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Hauts Grades

Les Gants Blancs

23 Février 2013 , Rédigé par Solange Sudarskis Publié dans #Planches

On peut caractériser une société traditionnelle par le fait que tous les individus de cette société s'y insèrent en une hiérarchie sociale harmonieuse qui permet de s'accomplir pleinement et de donner carrière aussi bien à l'exercice efficace d'un métier qu’à une réalisation spirituelle effective.

La F \M\est une société traditionnelle, elle a conservé ces deux aspects du perfectionnement et certains de ses rituels et symboles manifestent l'origine du métier de bâtisseur en même temps que les valeurs spirituelles sur lesquelles elle repose. Les gants sont un de ces symboles à la fois professionnels et gnostiques.

Dans l'histoire du costume, les gants sont, dans un premier temps, considérés comme symbole de déférence, de soumission, de loyauté en particulier. Dès les premiers temps du christianisme, il est d’usage de se déganter devant un supérieur. C'est une exigence que l’on retrouve tout au long des siècles : les juges royaux demeurent mains nues dans l’exercice de leurs fonctions, et on ôte ses gants pour entrer dans les Grandes et Petites Écuries du Roi-Soleil ; aujourd’hui encore, un homme se dégante pour serrer la main d’une femme. Se déganter est un acte de respect et on peut considérer que c'est sur ce registre que le F\M\ se dégante pour prêter ses serments.

C’est en acte de soumission que le gant est offert au roi, au Moyen âge, par ses villes vassales. Lors des cérémonies rituelles du couronnement en France, l’archevêque, en bénissant et en présentant une paire de gants au souverain, lui assure, par ce geste, possession de son domaine et loyauté de ses sujets.

En Occident, c’est vers le VIIe siècle que les gants deviennent des accessoires de luxe et donc de mode.

Les comptes d’Isabeau de Bavière mentionnent en 1408 des gants « brodés tout autour », Montaigne ne s’en serait pas plus passé que de sa chemise et Catherine de Médicis les offre en cadeau très apprécié aux dames de la cour ; ils sont alors en soie ou en cuir, si fins qu’ils peuvent être roulés dans une coque de noix, usage qui persistera encore au XIXe siècle, en Angleterre surtout, où la noix est pendue ostensiblement à la taille pour bien marquer la faveur royale. Henri III et ses mignons les affectionnent, pour la nuit, imprégnés de musc, ambre gris, civette et benjoin.

Laissons là les fioritures de l'histoire et revenons à nos gants blancs.

La première pensée qu'il me vient est que les gants blancs sont des masques de main.

Le directeur de la prison dela Force où était enfermé Lacenaire en 1835 dit de son pensionnaire: « ses actes comme sa personne étaient en contradiction perpétuelle, il était charitable et assassin, il aimait le sang et ses traits n'exprimaient que la douceur. Il n'était repoussant que par ses mains qu'il avait laides et difformes. C'est par là que j'avais deviné Lacenaire. Ainsi ce tigre cachait-il ses griffes sous ses gants. »

Que cachons nous sous nos gants ? Et bien je dirai que nous ne cachons pas, mais que nous essayons de dominer, comme avec la bavette remontée du tablier, nos pulsions les plus ténébreuses pour les tourner en lumière.

La tragédie antique masquait de blanc les acteurs. Cela permettait, outre l'identification cathartique aux personnages, la possibilité de laisser surgir le tragique c'est à dire de doubler les significations et les situations qui se rapportent à l'homme; mais à quel homme ? Ni à vous, ni à moi non plus, mais à l'homme en général, mais à une image de l'homme au centre de l'univers dramatique et c'est ce que l'on peut appeler une philosophie. Derrière le masque, qu'elle qu'en soit sa couleur, l'attitude ne réussit pourtant jamais à se dissimuler. Le blanc ne saurait suffire pour faire d'une main repliée dans son poing une main tendue. Eloge dela Caresse ! La main s'ouvre, déploie ses doigts vers le dehors. Mais lorsqu'elle atteint et rencontre le monde, objet ou sujet, chose ou être humain, les doigts ne se referment pas en un main-tenant, elles restent tendues, ouvertes. Ainsi la main se fait caresse. La caresse, comme je l'ai souvent évoqué sur la planche à tracer, s'oppose à la violence de la griffe. La caresse est un concept ou plutôt un anti-concept qu'Emmanuel Lévinas introduit en philosophie en 1947 dans son essai Le temps et l'autre. Ecoutons le: "La caresse est un mode d'être du sujet, où le sujet, le contact d'un autre va au-delà de ce contact. Le contact, en tant que sensation, fait partie de la lumière". On peut dire avec le philosophe Ouaknin que la caresse découvre une intention, une modalité de l'être qui ne se pense pas dans son rapport au monde comme saisir, posséder ou connaître. La caresse n'est pas un savoir mais une expérience, une rencontre, la caresse n'est pas connaissance de l'être mais son respect.

La main gantée de blanc c'est une main qui ne peut être que caresse.

La réflexion sur les fonctions du rituel a été profondément marquée par Durkheim, qui, utilisant des variables à la fois psychologiques et sociologiques (les «sentiments collectifs»), y a vu des expressions symboliques de l’unité d’une société et de ses valeurs fondamentales, expressions par lesquelles les individus se représentent la société dont ils sont membres.

Remarquons que dans le clergé seuls les évêques, archevêques et papes portent des gants et seul le pape les porte blancs.

Les gants blancs lissent notre identité commune et nous devenons comme semblables aux groupes de personnes qui mettent aussi des gants blancs rituels.

Ce gant blanc était l'attribut des tailleurs de pierre dans la tradition du rite de Salomon. Il signifiait que celui qui le portait était innocent de tout crime. Respect du compagnon pour la vie!

Mais comment un app\ pourrait être coupable de ce qu'il ne peut pas même approcher ? Faut-il alors n'évoquer pour le blanc des gants que les qualités profanes de pureté, de rectitude dans les actions, de respect de la parole donnée?

D'un point de vue initiatique nous savons que le blanc, étant la synthèse des couleurs de l'arc en ciel, évoque la lumière spirituelle. Le blanc, couleur initiatique, devient la couleur de la grâce de la transfiguration qui éblouit, éveillant l'entendement. Aux premiers temps du christianisme le baptême se nommait illumination. Et c'était après qu'il eut prononcé ses vœux que le nouveau chrétien, né à la vie véritable, endossait, selon les termes du Pseudo-Denys, des habits d'une éclatante blancheur, car, ajoute l'Aréopagite, échappant par une ferme et divine constance aux attaques des passions et aspirant avec ardeur à l'unité, ce qu'il avait de déréglé entre dans l'ordre, ce qu'il avait de défectueux s'embellit et il resplendit de toute la lumière d'une pure et sainte vie. Ne sourions pas trop car cela peut aussi s'appeler le perfectionnement de l'être, mais c'est la perfection qui reste à définir.

Le rituel est à considérer comme une sorte de code linguistique qui permet de découvrir, au-delà de la signification littérale des actes et croyances, leur signification « plus profonde»: les rituels sont des «énoncés symboliques sur l’ordre social », sur les valeurs fondamentales d’une société, des énoncés non analysables en termes rationnels, car ils se mesurent d’après d’autres standards et appartiennent à des registres cognitifs différents.

Les saint-cyriens en tenue d'apparat portent des gants blancs, symboles du savoir-vivre qui est savoir mourir, symboles d’une certaine société où honneur et panache sont inséparables.

Dans la tradition compagnonnique, le compagnon fini recevait avec ses gants de travail une autre paire de gants blancs, surnommée la clandestine parce qu'il la remettait à la femme de son choix qui n'était justement pas toujours sa femme légitime!La F \M\ masculine reprendra cette tradition dès l'initiation. Combien de mères, d'épouses, de sœurs ou d'amante reçurent cette manifestation d'Amour. Goethe en offrant à Mme de Staël cette seconde paire de gants en dira : C'est la seule chose qu'un homme puisse n'offrir qu'une fois dans sa vie.

La F \M\ se gante de blanc, pour toutes ces raisons peut-être et pour que les mains, en palpant ce qui est extérieur, captent, par leurs prédispositions d'antennes, la lumière de nos loges bleues.

Les gants liturgiques, et les nôtres puisqu'ils appartiennent aux rituels, ces gants furent toujours à doigtiers distincts et non des mitaines. Chaque doigt relevant d'une symbolique planétaire particulière se devait en effet de conserver son indépendance pour laisser agir son rayonnement propre, son énergie et pour mémoire je vous rappellerai : Vénus en pouce, Jupiter en index, Saturne pour le médium, le Soleil avec l'annulaire et Mercure, le petit messager, à l'auriculaire.

Permettez moi une remarque sur la possibilité de pouvoir opposer le pouce à chacun des autres doigts. Voyez ! Le pouce aligné avec le reste de la main donne au salut une connotation qui vaut tout aussi bien, je devrais dire aussi mal, celle où le pouce disparaît dans la paume.

Le pouce à l'équerre nous préserve de la forme des totalitarismes.

Je retourne ma main, comme un miroir, j'y vois dans les doigts écartés, les cinq points de l'étoile flamboyante dans la lumière indéfinissable de l'électrum des anciens.

Léonard de Vinci a placé à l'entrée de son labyrinthe un gant de Notre Dame surnommé aussi églantine, fleur blanche à 5 éperons. Cette plante est connue des herboristes pour la guérison des maux d'yeux et pour l'amplification de la vision qu'elle procure. Quand le toucher devient délicatesse et tact, alors la vue devient vision et intuition, l'ouïe permet l'entendement de la voie intérieure, le goût l'appréciation des valeurs spirituelles et l'odorat unit l'intelligence au savoir.

Mettre des gants blancs, c'est glisser sa main dans un athanor qui alchimise l'homme en être fraternel. Etre frère c'est avoir la même origine, être fraternel, c'est considérer toute vie comme équivalente d'une autre. C'est dépasser ses différences pour ne retenir que ce qui nous est commun ou partageable, c'est accepter l'autre pour lui-même, c'est ne pas vouloir, par une sur-conscience diminuer l'autre pour se grandir. Avec mes gants blancs, je demeure moi-même, l'autre me complète mais, à ses mains si semblables aux miennes, je n'oublie pas qu'il est aussi un peu de moi.

Parce que ganté de blanc, le F\M\n'est ni pouvoir ni violence mais fraternité; parce qu'il n'est pas fusion mais relation, il se dégage d'une assemblée de F\M\une impression d'apaisement et de sérénité. On ne peut manquer d'associer les gants blancs avec le niveau du 1er surv\ dans l'analogie de leur symbolique. Le gant, le niveau nous invitent à inventer une reliance avec les autres.

Il s'agit de vivre une fraternité organique fondée sur les vérités humaines, de fonder une communauté qui ne repose plus sur le combat pour le pouvoir ni sur la volonté de primer mais sur la joie d'être et l'exaltation des modalités généreuses de l'être. Dès lors que Walt Disney entrera en F\M\, le personnage Mickey sera complété avec des gants blancs qui lui assureront une définitive image de gentillesse.

Se recouvrir la chair par des gants de spiritualité c'est affirmer vouloir à la fois se protéger et protéger les autres des influences néfastes, que ce soit celles de notre nature ou celles des énergies et matières manipulées lors de cérémonies rituelles.

C'est aussi utiliser un objet pour fixer la conscience sur les exigences de "chair spirituelle" comprises par son interprétation symbolique.

Connaître, c'est participer de l'objet connu, dit Corbin.

Le port des gants est le message apparent du passage du F\M\ à un autre plan d'être. Alors, faut-il permettre, par courtoisie, pour le confort de mieux tourner ses pages, faut-il permettre aux F\et S\qui se présentent au plateau de l'Orat\ de quitter leurs gants au moment où ils s'expriment sur la planche qui trace les plans du chantier sur lequel se bâtit le temple ? Est ce qu'ils seraient autorisés à quitter leur tablier pour des raison de confort ?

Pour nous c'est justement le temps des symboles et nous ne saurions accorder de quitter ce qui nous protège tous et qui nous indique ainsi la voie de la matière spirituelle.

Et c'est dans la chaîne d'union, parce qu'en enlaçant nos mains, nous ouvrons aussi nos cœurs, que se quittera l'objet de la conscience, symbole intériorisé par l'égrégore et qui est devenu vivant dans la chair qui est le soufre, qui retient et fixe enfin l'esprit qui est le mercure. L'athanor n'est plus utile, le F\M\ est devenu pierre philosophale.

Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com/article-650900.html

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