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Hauts Grades

Les gants blancs

25 Février 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Lors de mon initiation, j'avais eu un éclair particulier, lorsque le V\M\, m'avait remis les gants blancs, un instant j'avais eu l'impression d'avoir déjà vécu ce moment précis. Si à ce jour je n'ai pu retrouver l'origine de cette vision, j'ai mis à profit certaines recherches et approches sur les gants blancs. Puis-je vous proposer de les partager en réclamant toute votre indulgence quant à mon ignorance dans les matières que j'aborde ce midi.

Pour simple qu'il paraissait, le sujet est vite apparu plus riche et plus étendu qu'on ne pouvait l'imaginer. Aussi, je m'attacherai essentiellement à la paire de gants blancs destinée à l'A\ et me contenterai d'évoquer celle qui revient à « l'âme sœur » du néophyte.
Ce travail vous rapportera, dans une première partie, ce que disent certains auteurs faisant référence. Je m'attacherai pour cette phase à commenter uniquement les points forts de leurs analyses. Dans une deuxième partie, je tenterai une approche personnelle de facettes qui pourraient révéler un nouvel aspect du sujet pour lesquelles je souhaite et j'attends tous vos avis et commentaires.
En annexe et sans vous les lire, je joins les extraits « in extenso des ouvrages » que j'ai pu parcourir.

Dans son ouvrage intitulé CAUSERIES INITIATIQUES POUR LE TRAVAIL EN LOGES D'APPRENTIS, dans le chapitre consacré aux gants, EDOUARD PLANTAGENET aborde quatre thèmes.

Le premier thème, à la suite directe de son commentaire sur le tablier blanc, trouve une continuité logique par le passage de la couleur blanche qui, chez lui, plus encore que la pureté, évoque la perfection. Cette perfection, c'est celle à laquelle doit tendre chaque maçon et c'est la valeur vraie qui doit être reconnue chez les individus et notamment chez la femme à qui sera remise la première paire de gants blancs.
De son commentaire, on peut extraire cette phrase parfaitement représentative : « Le Maçon n'est tenu qu'au respect justifié par la valeur intellectuelle ou morale de ceux dont les travaux, la vie, la mentalité et l'attitude forcent « l'estime » et méritent l'hommage de ce sentiment qui doit être pour nous ce qu'il a de plus précieux et de plus grand ».
Nous comprenons donc, que les gants blancs seront représentatifs de la valeur intellectuelle ou morale de celui qui les porte ou de celui qui les reçoit.

Le deuxième thème abordé par EDOUARD PLANTAGENET est axé sur la paire de gants blancs offerte à la femme la plus estimée. Il nous apprend que ces gants ont été parfois remplacés par un message écrit sur vélin décoré d'un emblème maçonnique, il était hommage des Frères, transmettait estime et affection.

Dans le troisième thème, EDOUARD PLANTAGENET nous indique que les gants sont évidemment utilisés et portés au cours des travaux rituéliques et qu'alors, les gants rappellent que le maçon doit avoir les mains vierges de toute souillure. Il rappelle en plus, que trois paires étaient envoyées, au sein du GRAND ORIENT DE FRANCE, aux trois commissaires installateurs d'un nouvel atelier et que ceux-ci les revêtaient rituéliquement au seuil du temple, avant d'y pénétrer.
Il serait impensable qu'un Frère maçon ne soit pas ganté de blanc immaculé pour les Travaux en Loge, cette tradition doit être perpétuée insiste-t-il.
Pour conclure, il rappelle que la signification profonde que revêt le port du tablier et des gants blancs par le Maçon, est son détachement de « l'arrière-monde » et son affectation, sa vocation aux durs travaux de l'édification, sur le plan terrestre, du Temple de l'Humanité.

Dans son ouvrage intitulé DES RITS MAÇONNIQUES, VÉCU INITIATIQUE ET FRANC-MAÇONNERIE, PHILIPPE LANGLET aborde principalement l'étude comparée des différents Rits Maçonniques, dont ceux liés à la transmission des gants, Rits anciens ou modernes. Il y met en avant les différences au niveau de la rituélie et plus loin au niveau du contenu.
L'auteur nous fait remarquer que les rits modernes transmettent les gants blancs immédiatement après la remise du tablier blanc et donc bien avant toute instruction du nouvel apprenti, alors que les rits anciens, ainsi que Memphis Misraïm donnent les gants après l'instruction.

Relevons cette phrase significative de l'analyse de PHILIPPE LANGLET : « Les Rits de type ancien procèdent à la reconnaissance et à la grippe, à main nue, avec tout ce que cela suppose de contact subtil entre les mains, alors que les Rits modernes ont déjà couvert les mains de leurs apprentis, et que les mains sont donc cachées et isolées. »
Ici, j'ai été séduit par l'idée du transmis des éléments subtils de la communication à mains nues, l'idée de ce rapprochement extrême entre le F:. Expert et le néophyte qu'il instruit. L'apprenti continuerait ainsi son initiation à travers le monde du ressenti, à l'image de ce qu'il a vécu précédemment.
Nous pourrions nous interroger sur le fait qu'à ce moment, et dans notre rituélie, le F\ Expert ait les mains gantées et donc qu'il existe un filtre ou une protection entre l'enseignant et l'enseigné. Ne faudrait-il pas, au même titre qu'au moment de la chaîne d'union, alors que la volonté est manifeste, de vouloir que les FF\ soient unis de la manière la plus intense et que les forces vives et subtiles puissent circuler entre tous, ne faudrait-il donc pas que le F\ Expert puisse, déganté, transmettre son enseignement avec la même intensité, marquant ainsi le début de la chaîne à laquelle le néophyte pourra désormais être intégré ?

PHILIPPE LANGLET aborde ensuite les aspects du contenu de la transmission des gants, faisant remarquer que l'aspect opératif des gants est désormais oublié dans les significations et qu'ils ne gardent plus que les aspects symboliques et moralisants, tels la Conscience pure, la dignité et la candeur.
Il se penche pour terminer sur la paire offerte, d'une façon maladroite dit-il, comme justification, et particulièrement dans les Rits Modernes, aux objections qui pourraient être faites du refus d'admettre les femmes dans les Loges.

Pour ma part j'estime qu'il est bon de remarquer les qualités exceptionnelles qui sont attribuées à la récipiendaire de l'autre paire de gants blancs, dans les rites de Memphis Misraïm et Misraïm, en vous relisant ce que dit le V\M\ : « La seconde paire, vous l'offrirez à la Femme que vous chérissez le plus, non pas pour sa beauté matérielle, non pas pour l'attrait qu'elle constitue pour vos sens, mais à la Femme qui concrétise pour vous, à son maximum, l'Âme-Soeur, la Femme-Idéale, la parèdre, dans le monde physique, de la Mère-Éternelle, la Natura Naturanda ».
Il apparaît que l'image qui nous est donnée de cette compagne serait au-delà de l'humain et tendrait vers un absolu qui ne peut être qu'au-dessus des querelles sexistes. C'est l'être auprès duquel il vous est possible, même en perdition de vous ressourcer, de vous retrouver, voire de renaître.

Chez JULES BOUCHER, dans l'ouvrage qu'il a intitulé LA SYMBOLIQUE MAÇONNIQUE, on trouve en première partie l'approche symbolique de pureté à laquelle s'attache l'auteur. Il fait référence à la pureté des Maçons vis à vis du meurtre de l'Architecte légendaire du temple de Salomon…
Il est le seul à faire l'analogie du port des gants en Loge et lors des cérémonies religieuses catholiques par les Evêques et les Cardinaux et que là aussi ils sont porteurs de la notion de pureté.
Il fait référence à Wirth essentiellement en ce qui concerne la paire destinée à la femme la plus estimée, en se gardant de la confondre avec la femme la plus aimée, car disait Wirth l'amour étant aveugle, le Maçon pourrait se tromper sur la valeur morale de celle qui doit être l'inspiratrice de toutes les œuvres grandes et généreuses.

JULES BOUCHER passe ensuite des gants symboles aux gants objets de rituel.
Il rappelle que le magnétisme des mains est réel, particulièrement l'extrémité des doigts et les mains gantées de blanc ne laissent filtrer qu'un magnétisme transformé et bénéfique. L'impression qui peut être ressentie dans une assemblée de Maçons, où tous sont gantés de blanc, dit-il, est une impression d'apaisement, de sérénité, de quiétude qui émane tout naturellement.
Je tiens à relever, dans son texte, telle quelle la phrase suivante qui est particulièrement significative et que je livre à votre réflexion.
« La modification apportée par ce « signe extérieur » est plus profonde qu'on pourrait être tenté de le croire. Il en est ainsi d'ailleurs pour maints symboles qui deviennent efficients lorsque, du plan « mythique », ils passent sur le plan « rituel » ».

Encore un ouvrage consulté, est le Dictionnaire des Symboles Maçonniques de JEAN FERRE.
Il y traite le sujet des gants en deux étapes, la première nous rappelant l'aspect initial, opératif des gants ; les gants en cuir épais des ouvriers mais aussi les gants réservés aux Maîtres qui marquaient ainsi leur suprématie sur les exécutants. Les gants protecteurs d'une part et les gants signes de compétence accrue d'autre part.
Il vient à la symbolique désormais classique de la couleur blanche, qui évoque pour lui, la candeur et la pureté des actions qui doivent régner chez l'honnête homme. Il aborde succinctement la paire offerte à la femme la plus estimée et rappelle que Goethe avait bien remarqué l'aspect unique de ce cadeau qui ne se renouvelle jamais dans la vie d'un maçon et de la personne à qui il transmet ce cadeau.

C'est d'ailleurs quelque chose qui me semble aussi particulièrement remarquable. Cette paire de gants va être désormais le lien entre « l'âme sœur » du nouvel apprenti et les FF\ qui ainsi les reçoivent, elle et lui qui sont logiquement indissolubles.
On peut même dire que ces gants offrent la possibilité de transmettre à cette « âme-sœur » une part, réduite au silence certes, mais une part unique de l'Initiation. De plus, le rituel de l'Initiation est unique, non renouvelable, de même, cette paire de gants est unique et ne pourra être offerte qu'une seule fois à une seule personne.

ROBERT AMBELAIN, dans son ouvrage : SCALA PHILOSOPHORUM OU LA SYMBOLIQUE MACONNIQUE DES OUTILS, comme FERRET,
Définit le Tablier et les Gants comme habillement du Maçon, les Décors étant constitués des Cordons ou des Sautoirs d'Officiers.
Faisant référence à Jean Pierre Bayard, il relève la symbolique de pureté des cœurs et des œuvres, qui se traduit de la même façon par le port des gants blancs par les évêques et les cardinaux.
Ensuite, il fait référence à Jules Boucher, au magnétisme des mains transformé par les gants blanc, l'efficience des symboles qui passent du plan mythique au plan rituel.
Se rapportant à Oswald Wirth il relève que les gants blancs évoquent pour le Maçon le souvenir de ses engagements et que la seconde paire se destine à la femme digne de « l'Amour Parfait ».
Il passe ensuite à la symbolique liturgique religieuse chrétienne, établissant une multiple analogie intéressante mais assez complexe entre Jacob, le Nouvel Adam, l'Evêque et enfin Hiram en souvenir de qui nous portons les gants blancs.

L'approche suivante, maçonnique, revêt pour lui des aspects plus subtils. Il y trouve symbole de douceur, souplesse déférence envers l'Ordre et les Frères; l'expression du mérite du nouvel apprenti, ainsi que les symboles d'honneur et de dignité, pour terminer il évoque encore le symbole de pureté, droiture.
Au terme de ces lectures, il est des éléments qui sont explicitement décrits par les différents auteurs et que j'annexe à la fin de ce travail. Ce sont les explications les plus généralement reproduites, sur lesquels je ne reviendrai pas.
Il est cependant envisageable, considérant la diversité des sensibilités et des individualités, que certaines interprétations soient encore possibles. Modestement je vais tenter une approche par une réflexion essentiellement axée sur la paire reçue par le nouvel apprenti. Réflexion en deux parties, la première relèvera la fonction protectrice du gant, la deuxième la fonction d'habillement.

Les gants objets de protection.
Les Gants et leur matérialité :
Les gants sont, comme le tablier, objets de protection, un peu comme une deuxième peau. Dans certains rites ou à certaines époques, ils furent réellement en peau.
Ainsi en est-il dans de nombreux métiers où ils sont protection, protection agissant d'ailleurs dans les deux sens. Soit qu'ils protègent les mains de celui qui les porte, soit qu'ils protègent l'objet ou la personne sur quoi ou sur qui intervient celui qui les porte. Maçons opératifs, tailleurs de pierre, forgerons, verriers et bien d'autres encore les portent pour se protéger. Médecins, dentistes, chirurgiens, se couvrent les mains pour se protéger mais également pour préserver leurs patients d'une éventuelle contamination. Photographes manipulant les clichés, les orfèvres lorsqu'ils traitent et polissent des métaux précieux, portent ces gants afin de ne pas altérer la qualité de leur travail. Il en va de même pour les serveurs en tenue qui évitent ainsi tout risque d'altération des mets qu'ils présentent. Il est sans doute intéressant de remarquer que les trois derniers portent des gants blancs, afin que toute souillure soit immédiatement visible.
Les gants évitent donc les contacts inopportuns, involontaires ou non recherchés.

Les Gants et les Mains chargées :
Si on voit mal ce qui peut agresser physiquement les mains d'un Maçon spéculatif, à l'inverse, nous avons vu, et Jules BOUCHER nous le dit aussi dans ses commentaires, comme objet rituel, les gants filtrent les ondes magnétiques émises au niveau des mains. Les gants dans ce contexte serviront à protéger les F\ en Loge et à générer une atmosphère bénéfique aux actes spirituels.
L'éminent professeur Yves Rocard, physicien Français de renom, s'est penché d'une manière scientifique sur les phénomènes de perception humaine des champs magnétiques. Il a évidemment abordé de la même manière les émissions magnétiques des êtres humains, particulièrement au niveau des mains. Il a rapporté résultats et mesures dans son ouvrage intitulé « la science et les sourciers ». Il nous y confirme que cette influence se transmet grâce à la magnétite, présente dans les mains et liée au système nerveux. Cette influence est encore mesurable à plus de trente centimètres de distance, et les mains de certains magnétiseurs sont capables, par manipulation, de momification.

La main du Maçon va émettre à travers le gant des ondes chargées par le gant lui-même, chargées aussi des symboles et des signifiants, de la pureté et de la perfection, de l'unité et de l'harmonie.
L'eau se charge en sels et minéraux, parfois en substances toxiques, durant sa migration à travers les strates diverses du sous-sol, avant de resurgir en source bonne ou mauvaise. Le Feng Shui\ prononcer Feng Shouai) nous apprend que les courants, les fluides, le Ch'i\ prononcer tchi) se chargent des qualités de ce qu'ils traversent, mais aussi des éventuelles pollutions qu'ils rencontrent. Afin de préserver la qualité des ondes ou fluides émis par les doigts, il faut que le filtre soit beau et bon, propre et sain, de telle sorte que les émanations génèrent la beauté et la qualité, la pureté et la perfection.

Les Gants et le détachement :
Par le biais de la protection et les distances que les gants induisent chez celui qui les porte avec ce qui est manipulé, on peut également comprendre qu'il est bon que le Maçon mette la distance avec les choses matérielles, les choses tactiles, les choses du monde profane afin de lui permettre d'aborder des matières plus subtiles, et d'œuvrer de manière plus indépendante à l'édification du « temple de l'humanité ».
De même la distance engendrée par les gants, dans les recherches qu'il entreprend, permettent au maçon de rester éloigné des apparences qui pourraient l'induire en erreur. De libérer son esprit des réactions « à fleur de peau ». Ce n'est pas son corps qui lui dira de quoi est faite cette substance nouvelle, mais c'est bien la compréhension et l'analyse qui vont le guider.

Si l'on se rapporte au symbole que nous avons ici développé, les gants blancs signifient aussi que celui qui les porte est protégé des contraintes matérielles extérieures et de leurs agressions, mais encore que celui qui les porte a tout mis en œuvre pour éviter de souiller le Sacré ou l'œuvre Sacrée auquel il touche lors des Tenues en Loge.
Outre le soin qu'il aura de ne pas altérer la qualité de son travail, tel le bon orfèvre, le Maçon qui polit son ouvrage n'y laissera même pas les empreintes de ses doigts, car il ne peut revendiquer l'appropriation du Sacré; la trace qu'il doit y laisser c'est le polissage lui-même, la substance de son œuvre, subtilité de son travail. Rien ne restera de sa sueur. Il y laissera, seule son âme, seuls son souffle et son esprit, afin que l'Œuvre vive et rayonne.
Les gants pièces d'habillement (voir Robert Ambelain et Jean Ferré)

Les gants partie d'uniforme et les dualités :
Avec le tablier blanc, les gants blancs font partie de l'habillement, certains disent des décors du Maçon. Le but n'est pas ici de déterminer le choix des termes qui doit être fait, le tablier blanc et les gants sont les signes visibles de l'appartenance du maçon. Un peu plus si l'on considère qu'ils viennent compléter les vêtements noirs, cravate et chaussures noires, qui font partie ici de ce qui rend « uniforme » une réunion de Maçons. Cet élément vient ajouter à la ressemblance des FF\ qui ne veulent arborer aucune particularité et manifestent ainsi leur égalité et leur unité. Cette unité, (même vestimentaire) permet alors d'approcher le spirituel, sans heurt, sans effort particulier qui serait engendré par une quelconque dissonance, il faut que règne l'harmonie.
Cet élément de la tenue vestimentaire du maçon, comme le tablier blanc ou le fond du tablier blanc, la chemise blanche, entrent en opposition avec les vêtements noirs et sont alors à l'image du Pavé Mosaïque, symbole des dualités et complémentarités universelles, ténèbres et lumière, matérialité et spiritualité, corps et esprit...que le Maçon doit s'efforcer de réunir afin de les intégrer dans son travail et dans le Tout, et qu'ils ne soient plus objets de dualité mais compléments indissociables.

Les gants signes du visible
Dans plusieurs, pour ne pas dire presque tous les uniformes, les gants blancs font partie de la tenue dite d'apparat. L'apparat n'est pas implicitement synonyme, de dorure, de stuc ou de parade. L'apparat, c'est ce qui appert, c'est ce qui est visible ou que l'on doit voir, par analogie c'est ce que l'on veut montrer. L'uniforme d'apparat veut montrer des hommes parfaits dans un ensemble parfait, et voici de nouveau rassemblés l'unité et la perfection. Le blanc des gants est ici encore signe visible de netteté, de pureté. La main gantée de blanc, est plus visible, le gant blanc amplifie et parfait son mouvement.

Les gants signes du service.
Certaines professions font usage des gants blancs durant leur travail ou dirai-je plus volontiers durant leur service. Plus précisément encore quand il s'agit, comme dit plus haut, du service à table. On a pu voir que la propreté des gants était garante, signe immédiat et flagrant de la qualité ou de l'intégrité des plats présentés. Plus encore on peut assimiler le port du gant blanc à la notion de service lui-même. Voilà aussi que ce gant blanc devient humilité, car il est signe de déférence vis à vis de la personne ou de l'œuvre servie.

Jules Boucher nous a fait remarquer que les Evêques et Cardinaux portaient des gants (blancs à l'origine) durant les offices, privilège de leur rang, mais qu'il me soit permis de rappeler que Ministre ou ministre du culte veut dire serviteur ou serviteur du culte.
Ces gants sont donc, à ce moment déférence et respect vis-à-vis du sacré qu'ils touchent, et signe de leur humilité vis à vis de l'œuvre à accomplir.
Il doit en être de même pour le Maçon dont l'œuvre n'est pas moindre, il est bon que les gants soient le symbole de l'oubli de soi dans l'uniformisation, l'image du profond respect qu'il porte à son œuvre et à l'Œuvre dans sa globalité. Servir à quelque chose, ou simplement servir est l'essence qui maintient vivant, c'est une des racines de l'être.
Les gants blancs en tant que symbole n'ont pas été choisis au hasard, dans quelque office qu'ils aient été retenus. Pour maintenir la qualité de ce symbole à travers les générations et les hommes, il faut que ses qualités même matérielles, ses spécificités ne soient pas altérées, bien au contraire il faut que ce symbole soit complet et parfaitement entretenu, il est un des signes de notre raison d'être.

Le gant ne peut être souillé qui révélerait une âme manquant de respect à ce qu'elle est, à Ceux qu'elle sert, à l'œuvre à laquelle elle s'applique, le gant ne peut être troué qui montrerait que celui qui le porte est en danger, n'est pas entier, intègre, totalement voué à son Œuvre. Le gant est blanc, sans souillure aucune, il nous protège, protège les FF\, nous représente serviteurs loyaux et purs, il nous projette vers le sacré et nous permet d'œuvrer dans une atmosphère saine et bénie.
V\M\ et vous tous mes FF\ en vos degrés et fonctions, ma conclusion est un peu partout dans ce qui précède, mais mon refrain d'apprenti sera dans ces lignes que je reprends.
Le Maçon qui polit son ouvrage n'y laissera même pas les empreintes de ses doigts, car il ne peut revendiquer l'appropriation du Sacré; la trace qu'il doit y laisser c'est le polissage lui-même, la substance de son œuvre, subtilité de son travail. Rien ne restera de sa sueur. Il y laissera, seule son âme, seuls son souffle et son esprit, afin que l’Œuvre vive et rayonne.

V\M\ J'ai dit.
A\M\ N\

NOTES

Extrait de : EDOUARD E. PLANTAGENET
CAUSERIES INITIATIQUES POUR LE TRAVAIL
EN LOGES D'APPRENTIS
Ed. DERVY

... et c'est pourquoi le tablier est blanc, immaculé et pur.
En le conservant tel, chacun peut, sur son plan, réaliser cette « perfection » à laquelle aspire tout Initié.
Cette perfection s'affirme encore à l'origine de cette tradition maçonnique qui veut qu'il soit offert deux paires de gants blancs au nouvel initié. La première qu'il est invité d'offrir à son tour à la femme qu'il estime le plus, lui signifie qu'affranchi des préjugés profanes et libéré des passions qui troublent l'esprit de l'homme, le Maçon est inaccessible aux considérations sociales ou aux influences passionnelles gui inspirent les manifestations extérieures d'un respect conventionnel qu'il est d'usage de témoigner à certaines personnes en raison de leur rang ou de la place qu'elles occupent dans la vie particulière des individus. Le Maçon n'est tenu qu'au respect justifié par la valeur intellectuelle ou morale de ceux dont les travaux, la vie, la mentalité et l'attitude forcent « l'estime » et méritent l'hommage de ce sentiment qui doit être pour nous ce qu'il a de plus précieux et de plus grand.

En France, la première paire de gants a, pendant longtemps, été remplacée par une feuille de vélin de vingt centimètres de long sur treize de large, pliée dans le sens de la longueur. Cette feuille, décorée d'un emblème maçonnique, compas, équerre, triangle ou bouquet d'acacia, portait le texte suivant :
Dans une circonstance solennelle, le Vénérable d'une Loge m'a dit :
« Nous n'admettons pas actuellement les femmes à l'initiation maçonnique mais nous honorons leurs vertus, et aimons à rappeler leur souvenir. Cet emblème vous est donné par vos Frères, pour que vous le donniez vous-même à la femme qui a le plus de droit à votre estime et à votre affection. »
« Acceptez, Madame, ce souvenir à titre d'hommage. »
(Rituel du G\ O\ D\ F\, 1887)

La seconde paire de gants doit être portée en Loge, au cours de travaux rituéliques. Pour être digne d'y participer, le Maçon doit avoir les mains vierges de toute souillure et pendant de longues années il fut même d'usage, au sein du G\ O\ D\ F\ d'envoyer lors de l'Installation d'un nouvel Atelier, trois paires de gants blancs aux trois Commissaires installateurs, et ceux-ci les revêtaient rituéliquement au seuil du Temple, avant d'y pénétrer.
Aujourd'hui, quoique certaines Maçonnerie aient laissé tomber ces coutumes en sommeil, la grande majorité des Ateliers disséminés à travers le monde, n'admettraient pas à leurs travaux un F\ non ganté de blanc.

En tout état de cause, un Maçon en revêtant ces emblèmes de pureté et de travail que sont les gants et le tablier, doit se souvenir que, même au sens symbolique que les Ecritures donnent à ce geste consacré, celui-ci l'arrache définitivement aux mystères de l'arrière monde et le voue - comme le furent Adam et Eve dès l'instant où la « tunique de peau » couvrit leur nudité transcendante - aux durs travaux de l'édification, sur le plan terrestre, du Temple de l'Humanité.

Extrait de : PHILIPPE LANGLET
DES RITS MAÇONNIQUES
VÉCU INITIATIQUE ET FRANC-MAÇONNERIE
ED. DERVI

Les gants
Tous les Rits, bien sûr, remettent les gants au jeune maçon après qu'il ait revêtu son tablier. Les Rits du groupe Ancien ne les remettent qu'après toutes les phases d'instruction et de reconnaissance. Ceux du groupe Moderne procèdent à cette remise, dans la logique qui les animent, immédiatement après avoir donné le tablier, c'est-à-dire bien avant toute instruction, et toute reconnaissance. C'est ce qu'on constate aux Rits Ecossais Rectifiés et aux Rits Français. Le Rit Emulation et le Rit d'York n'en font pas une composante cérémonielle : les jeunes maçons se verront remettre leurs gants au moment de reprendre un aspect vestimentaire normal, et les porteront pour revenir dans la Loge. Il n'y a que le Rit Ecossais Ancien Accepté qui, pour cette procédure, y accorde l'importance « moderne ». Le Rit Memphis Misraïm donnera les gants, de la même façon que les Rits anciens, après l'instruction. Nous constatons ici encore une profonde différence dans les pratiques.

Les Rits de type ancien procèdent à la reconnaissance et à la grippe, à main nue, avec tout ce que cela suppose de contact subtil entre les mains, alors que les Rits modernes ont déjà couvert les mains de leurs apprentis, et que les mains sont donc cachées et isolées.
Voyons ce qu'en disent les rituels actuels. Au Rit Français Traditionnel : « Les gants, par leur blancheur, vous avertissent de la candeur qui doit toujours régner dans l'âme d'un honnête homme, et la pureté de nos actions. Le Vénérable ajoute en lui donnant des gants de femme : Nous n'admettons pas les femmes dans nos mystères, mais en rendant hommage à leurs vertus, nous aimons à en rappeler le souvenir dans nos travaux. Voilà, mon Cher Frère, des gants que vous donnerez à la femme que vous estimez le plus. »

Pour le Rit Ecossais Ancien Accepté de la Grande Loge De France : « Mon frère, suivant une très ancienne tradition, qui remonte tout au moins aux Maçons opératifs du XVI’siècle, je vous remets maintenant une paire de gants blancs, dont vous vous servirez dans nos Tenues solennelles. Ils vous indiquent que les mains d'un Franc-Maçon doivent rester pures de tous actes blâmables, de même que sa conscience sera pure de tous sentiments vils. Autrefois, on remettait aussi au nouveau Frère une paire de gants blancs de femme, qu'il destinait à celle qui avait le plus de droit à son respect et à son estime. N.B. Il est conseillé de remettre une rose au nouveau Frère. »

Au Rit Ecossais Ancien Accepté de la Grande Loge Nationale de France F, après le premier travail sur la Pierre brute, le néophyte reçoit ses gants. Le Vénérable Maître dit : « Mon frère, suivant une très ancienne tradition, je vous remets maintenant une paire de gants blancs, dont vous vous servirez dans nos tenues. Ils indiquent que les mains d'un Franc-Maçon doivent rester pures de tous actes blâmables, de même que sa conscience sera pure de tous sentiments vils. Autrefois, on remettait aussi une paire de gants blancs de femme, qu'il destinait à celle qui avait le plus de droit à son respect et à son estime. N.B. : Il est possible de procéder ainsi ou d'offrir une rose. »

Dans le rituel, sous-titré « d'après les Rituels Anciens » et qui est censé dater de 1802, le Rit Ecossais Ancien Accepté de la Grande Loge Nationale de France déclare : « Mon frère, suivant une très ancienne tradition qui remonte tout au moins aux Maçons opératifs du XVI, siècle, je vous remets maintenant une paire de gants blancs, dont vous vous servirez dans nos Tenues solennelles. Ils indiquent que les mains d'un franc-maçon doivent rester pures de tous actes blâmables, de même que sa conscience sera pure de tous sentiments vils. Autrefois, on remettait aussi au nouveau Frère une paire de gants blancs de femme, qu'il destinait à celle qui avait le plus de droit à son respect et à son estime. Aujourd'hui on substitue aux gants une rose. La Franc-Maçonnerie, d'après une tradition immémoriale, n'admet pas les femmes dans son sein, mais elle leur rend le tribut de respect et d'amour qui leur est dû. »

Au Rit Ecossais Rectifié, le Frère Apprenti reçoit les vêtements de son grade, d'abord le tablier, puis les gants. « La Loge vous donne ces gants blancs. Leur couleur vous annonce que vos mains ne doivent jamais se prostituer à des actes contraires à vos devoirs et à la dignité de votre âme. En lui donnant des gants de femme : Nos lois et la bienséance ne nous permettent pas d'admettre les femmes dans nos assemblées. Mais nous nous faisons un devoir d'honorer en elles la modestie et la vertu. C'est donc pour vous avertir du respect que tout homme doit à celles qui en sont dignes, que la loge vous présente ces gants de femme. Recevez-les au nom de l'Ordre pour celle que vous estimerez le plus. »

Au Rit français du Grand Orient De France, la procédure est simple. « Après l'avoir revêtu de tablier, le Vénérable lui donne des gants, puis, Ne souillez jamais la blancheur éclatante de ces gants dans les eaux bourbeuses du vice, ils sont le symbole de votre admission dans le Temple de la vertu. »

Au Rit Memphis Misraïm, on peut lire : « Mon Frère, il est d'usage immémorial dans la Maçonnerie que ceux que vous venez de prendre pour Frères vous offrent deux paires de gants de peau blanche. L'une d'elles vous est destinée. Vous les porterez et les consacrerez au même usage que ceux que vous voyez portés et utilisés par les Assistants de cette respectable Loge. La seconde paire, vous l'offrirez à la Femme que vous chérissez le plus, non pas pour sa beauté matérielle, non pas pour l'attrait qu'elle constitue pour vos sens, mais à la Femme qui concrétise pour vous, à son maximum, l'Âme-Soeur, la Femme-Idéale, la parèdre, dans le monde physique, de la Mère-Éternelle, la Natura Naturanda. »

Dans quelques rituels anciens, nous trouvons des éléments proches, en France, de ce qui se pratique actuellement.
La Réception d'un Frey-Maçon \1737) : « ...on lui donne une paire de Gants d'hommes pour lui, et une autre de Gants de femme pour celle qu'il estime le plus... »
Le Parfait Maçon \1744) : « ...on lui donne un tablier et deux paires de gants, dont une pour sa maçonne... ».
Citons le rituel de la Mère Loge Ecossaise de Marseille \ 1751) : « ...le ceint d'un Tablier blanc, lui donne deux paires de gants de la même couleur dont une paire pour homme l'autre pour femme, il lui dit de destiner celle-ci à la personne qu'il estimera le plus, espérant que ce sera la plus vertueuse que si les maçons excluent le sexe de leur société, ce n'est pas par défaut d'estime, mais par crainte d'indiscrétion. »
Le Guide... : « Le vénérable prend des gants d'homme, et dit : Ne souillez jamais la blancheur éclatante de ces gants, en trempant vos mains dans les eaux bourbeuses du vice ; ils sont le symbole de votre admission dans le temple de la vertu. Il prend ensuite des gants de femme, et dit : Ceux-ci sont destinés pour celle que vous aimez le plus, persuadé qu'un maçon ne saurait faire un choix indigne de lui. »
Quant au rituel d'Uzerche \1780), il nous livre un discours semblable à tous ceux de l'époque : « Voilà une paire de gans d'homme qui vous démontrera qu'un bon maçon ne doit jamais tremper ses mains dans l'iniquité. Voilà une paire de gans de femme que vous ferés présens a votre maçonne. Ils sont pour leur marquer que pour détruire \illisible) vulgaire nous nous souvenons d'elles dans nos délibérations. »
Les rituels français anciens comme actuels nous montrent ainsi de grandes ressemblances.

L'aspect cérémoniel de la remise des gants ne se trouve que dans les Rits de type Moderne ou au Rit Ecossais Ancien Accepté qui s'en rapproche ici. Il est surprenant que les Rits qui remettent les gants en grande cérémonie n'en évoquent jamais l'aspect « opératif », mais plutôt l'aspect moral et en remettent généralement une deuxième paire, ce qui est devenu récemment « une rose » pour les variantes \trans-obédientielles) du Rit Ecossais Ancien Accepté. Les gants ne sont pas considérés sous l'angle d'une protection de travail mais d'un ornement. Nous nous trouvons face à deux parties dans le discours lié aux gants. Il y a d'abord remise d'une première paire de gants en moralisant l'objet : « conscience pure », « dignité », « candeur », et en même temps, on remet une deuxième paire de gants, en justifiant par avance des objections qui pourraient s'élever du monde profane sur le refus d'admettre les femmes.

C'est à propos de cette remise que les Rits Modernes abordent donc, de façon maladroite et presque clandestine, l'absence des femmes dans les Loges. Il faut se « dédouaner » de ce qui pourrait se dire ou de ce qui pouvait se dire sur le refus d'admettre des femmes. Il faut d'autant plus se dédouaner que le premier discours justifiant de cette absence était le bavardage, la faiblesse, et l'état de dépendance « naturelle » de la femme, tous arguments sentant bien leur époque. Les Maçons « modernes » ont toujours eu des difficultés à assumer cet aspect traditionnel. Ces Rits sont bien, on peut le constater une fois de plus, modernes dans leur démarche, car ils tiennent toujours plus compte des considérations du monde que les Rits anciens. Il semble que cette démarche ne soit pas spécifiquement française, et qu'elle ait plutôt été en rapport avec le milieu où la Maçonnerie spéculative a commencé à « recruter » ses adeptes. Les rituels pratiqués outre-Manche connaissaient les mêmes procédures, comme on peut le trouver dans L'Examen d'un maçon \1723) : « Quand un Franc-Maçon est reçu, il reçoit pour tout cadeau de la fraternité une paire de gants d'homme et une de gants de femme, et un tablier de cuir ». Ce document constitue, selon H. Carr, « la première référence connue aux gants de femme en relation avec les pratiques de Maçons non-opératifs ».

EXTRAIT DE : JULES BOUCHER
LA SYMBOLIQUE MAÇONNIQUE
ED. DERVY

LES GANTS BLANCS
Les gants blancs des Maçons sont, est-il besoin de le dire, symbole de pureté.
L'usage de porter des gants blancs n'est pas encore tombé en désuétude et bien des Maçons français respectent cette tradition. Il serait souhaitable que cette coutume soit généralisée. Dans certains pays étrangers c'est une règle stricte qui ne souffre aucune exception.
L'Apprenti, lors de sa réception, recevait, naguère encore, deux paires de gants blancs : l'une pour lui et l'autre qu'il devait remettre à « la femme qu'il estimait le plus ».
« Les gants blancs, dit Wirth, reçus le jour de son initiation, évoquent pour le Maçon le souvenir de ses engagements. La femme qui les lui montrera lorsqu'il sera sur le point de défaillir lui apparaîtra comme sa conscience vivante, comme la gardienne de son honneur. Quelle mission plus haute pourrait-on confier à la femme que l'on estime le plus ? »
« Le Rituel, ajoute Wirth, fait remarquer que ce n'est pas toujours celle que l'on aime le plus, car l'amour, souvent aveugle, peut se tromper sur la valeur morale de celle qui doit être l'inspiratrice de toutes les œuvres grandes et généreuses. »

Les gants blancs symbolisent aussi, dans la liturgie catholique, la pureté du cœur et des œuvres. Les évêques et les cardinaux sont seuls admis au privilège du port des gants. Il faut noter que si, primitivement, les gants liturgiques étaient blancs, à partir du XII’siècle, leur couleur fut assortie à celle des ornements sacerdotaux.
On dit aussi que les gants blancs du Maçon signifient que ses mains sont nettes parce qu'il n'a pas participe au meurtre d'Hiram

Les gants blancs sont, en Maçonnerie, non seulement un symbole, mais encore objets rituels.
On sait de façon certaine, qu'un magnétisme réel émane de l'extrémité des doigts et les mains gantées de blanc ne peuvent laisser filtrer qu'un magnétisme transformé et bénéfique.
D'une assemblée de Maçons, où tous sont gantés de blanc, se dégage une ambiance très particulière que ressent d'ailleurs très nettement le moins averti. Une impression d'apaisement, de sérénité, de quiétude, s'ensuit tout naturellement.
La modification apportée par ce « signe extérieur » est plus profonde qu'on pourrait être tenté de le croire. Il en est ainsi d'ailleurs pour maints symboles qui deviennent efficients lorsque, du plan « mythique », ils passent sur le plan « rituel ».

EXTRAIT DE : JEAN FERRE
DICTIONNAIRE DES SYMBOLES MAÇONNIQUES
ED : DU ROCHER

- Les gants
Il est certain que les tailleurs de pierre et les maçons ne portaient pas continuellement des gants pour travailler. De nos jours encore, il est rare de voir sur un chantier des ouvriers gantés.
Volonté de Vouvray, Honnête Compagnon Tailleur de pierre du Devoir, écrit :
La massette retombait plus souvent sur la main que sur l'outil... Ma main gauche commençait à présenter une belle teinte bleue... Ma main était toute sale de sang séché et craquelé...
Quand les ouvriers portaient des gants, ceux-ci étaient en cuir très épais. Ils n'ont rien à voir avec ceux des Maçons spéculatifs du XVIIIe siècle ou des Maçons d'aujourd'hui, en fin coton blanc. Le port des gants était sans doute réservé aux Maîtres qui marquaient ainsi leur suprématie sur les exécutants. Nicolas de Briard décrit ainsi un chantier :
Les Maîtres des maçons ayant en main la baguette et les gants disent aux autres : « par ici me le taille » et ils ne travaillent point.

La différence entre les différentes sortes de gants est visible dans l'ouvrage de Pierre du Colombier, Les Chantiers des Cathédrales \p. 17 et 103). Dans le vitrail de Chartres, le tailleur dont la tête est sous le compas porte des gants épais, alors que le Maître des maçons est finement ganté.
Les gants du Maçon ne sont pas un simple accessoire de mode ou d'élégance. Ils ont un véritable contenu symbolique. Les rituels disent que les compagnons portèrent des « gants blancs pour indiquer qu'ils étaient innocents du meurtre ». Le Maçon doit les garder continuellement en Loge sauf pendant les prestations de serment et pour la chaîne d'union.
Au Rite Français, comme au Rite Ecossais Rectifié, le Vénérable remet deux paires de gants au néophyte.

Les gants, par leur blancheur, vous avertissent de la candeur qui doit toujours régner dans l'âme d'un honnête homme, et la pureté de nos actions.
Nous n'admettons pas les femmes dans nos mystères, mais en rendant hommage à leurs vertus, nous aimons à en rappeler le souvenir dans nos travaux. Voilà mon cher Frère, des gants que vous donnerez à la femme que vous estimez le plus.
Au lendemain de son Initiation, le Frère Goethe offrit la seconde paire de gants à Mme Von Stein en lui expliquant que ce cadeau ne pouvait se faire qu'une fois dans la vie d'un Maçon.
Tablier et gants font partie de l'habillement du Maçon, plutôt que des décors maçonniques. Cependant, au Rite Ecossais Rectifié, le Vénérable dit :
Ne paraissez jamais en Loge sans être décoré de ce tablier blanc.
Les autres rites emploient le mot « revêtu ».

EXTRAIT DE : ROBERT AMBELAIN
SCALA PHILOSOPHORUM OU LA SYMBOLIQUE MACONNIQUE DES OUTILS.
ED : EDIMAF

Les gantelets formés de mailles ou de lamelles de fer qui se chevauchent, gardent les mains du chevalier des blessures, mais surtout des contacts impurs. Qu'il n'oublie point que toute sa force vient de Dieu, le souverain Seigneur et qu'après avoir déposé ses armes et ôté ses gantelets il lui reste l'impérieux devoir de joindre ses mains nues pour rendre grâce par la prière à Celui qui lui donna la force de vaincre... - Ravmond Lulle.

Tablier et Gants blancs constituent l'habillement du Maçon. Les Cordons ou les Sautoirs d'officiers, sont des décors.
En son ouvrage le symbolisme maçonnique traditionnel, notre ami Jean-Pierre Bayard nous dit ceci.
Les gants blancs doivent servir dans toutes les tenues. Cette tradition remonterait aux Maçons opératifs du XIVème siècle. Ces gants indiquent que les mains d'un Franc-Maçon doivent rester pures de tous actes blâmables, de même que sa conscience sera pure de tous sentiments vils. Nous apprendrons par la suite qu'ils prouvent que les mains sont vierges de toute souillure parce qu'elles n'ont point participé au meurtre d'Hiram.
Cette pureté des cœurs et des œuvres se traduit de la même façon par le port de gants blancs uniquement par les évêques et les cardinaux. - \J-P Bayard : « Le Symbolisme Maçonnique Traditionnel », édition du Prisme Edimaf Editeur 1982).
Une exception est faite pour tous les grades à cordons noirs. Au cours des tenues, on y porte des gants de même couleur.

« Les gants blancs sont, en Maçonnerie non seulement un symbole, mais encore objets rituels. On sait, de façon certaine, qu'un magnétisme réel émane de l'extrémité des doigts et les mains gantées de blanc ne peuvent laisser filtrer qu'un magnétisme transformé et bénéfique. D'une assemblée de Maçons, où tous son gantés de blancs, se dégage une ambiance très particulière que ressent d'ailleurs très nettement le moins averti. Une impression d'apaisement, de sérénité, de quiétude, s'ensuit tout naturellement. La modification apportée par ce « signe extérieur - est plus profonde qu'on pourrait être tenté de le croire. Il en est ainsi d'ailleurs pour maints de nos symboles, qui deviennent efficients lorsque, du plan - mythique…ils passent sur le plan -rituel-... » \cf. Jules Boucher : La Symbolique Maçonnique. \Dervy éditeur l981).

Lors de sa réception dans les Obédiences fidèles à la tradition maçonnique séculaire, conscientes de leurs responsabilités initiatiques, l'Apprenti reçoit deux paires de gants blancs, l'une pour lui-même et qu'il portera au cours des Tenues rituelles, et la seconde destinée à la femme qu'il estime le plus...
Ici, nous citerons Oswald Wirth, disciple de Stanislas de Guaita, et donc ésotériste averti:
« Les gants blancs, reçus le jour de son initiation, évoquent pour le Maçon le souvenir de ses engagements. La femme qui les lui montrera, lorsqu'il sera sur le point de défaillir, lui apparaîtra comme sa conscience vivante, comme la gardienne de son honneur. Quelle mission plus haute pourrait-on confier à la femme que l'on estime le plus ? ».
Le Rituel, continue Oswald Wirth, fait observer que ce n'est pas toujours celle que l'on aime le plus, car l'amour, souvent aveugle peut se tromper sur la valeur morale de celle qui doit être l'inspiratrice de toutes les œuvres généreuses et grandes... - \1). Cf. Oswald Wirth : Le livre de l'Apprenti. \Dervy éditeur l982).

En effet, au dix-huitième siècle, la grande époque de la Franc-Maçonnerie, on donnait le nom de clandestine à la femme jugée la plus digne par le nouveau Maçon. Ce terme vient du latin clandestinus, qui a pour suppôt le même latin clam signifiant secret, caché. Nous pouvons donc supposer qu'il s'agissait là de la dame de pensée des Cours d'Amour, des trouvères et des troubadours, et donc proche en temps que tradition de l'Amour parfait, cher à Dante, aux Cathares et à toute la Chevalerie médiévale.
Ce geste d'offrande des gants symboliques, nous en aurons un nouvel aspect en nous souvenant que lorsque Goethe, reçu Apprenti à Weimar le 23 juin 1780, lors de la Saint Jean d'Eté, offrit les siens à Mme de Stein, il lui fit observer que si le cadeau était en apparence fort modeste, il présentait ce caractère particulier de ne pouvoir être offert par un Maçon qu'une seule fois en sa vie.

L'Eglise, bien avant la Franc-Maçonnerie spéculative, sa sœur jumelle dans l'univers des archétypes, a connu de très bonne heure, l'usage des gants.
Leur emploi, sous les noms latins de wanti. manicae, n'est pas toutefois antérieur à la fin du neuvième siècle. Au douzième, il était si habituel qu'Honorius d'Autun, évêque de cette ville, en faisait remonter l'origine aux Apôtres. Il n'y a là qu'une adaptation liturgique d'une pièce de vêtement profane, dans le but d'orner les mains de l'Evêque, comme ses pieds l'étaient depuis plus longtemps encore \voir le cérémonial du lavement des pieds, considéré comme sacrement, à une certaine époque et en certaines régions de la Chrétienté).
Réservé le droit aux Evêques, le port des gants en tant qu'insigne de dignité, fut concédé aux Abbés dès 1070. En dehors de Rome on les portait souvent avec la Chape. Du dixième au douzième siècle, les gants étaient ordinairement de fil. La soie s'y substitua peu à peu, bien qu'il y ait eu jusqu'à la fin du Moyen Age des gants de fil et même de laine. Durand de Mende ne paraît connaître que l'usage des gants blancs, mais on trouve cependant des gants de couleur \celle de la liturgie du jour) à partir du douzième siècle.

Les gants liturgiques furent toujours des gants à doigtiers distincts, et non de banales « mitaines ». Chaque doigt relevant d'une symbolique planétaire particulière \1) se devait en effet de conserver son indépendance et, partant son rayonnement propre. A l'image de la Sainte Tunique on tenait souvent à ce qu'ils fussent tissés d'une seule pièce pour montrer que la diversité de rayonnement offerte par les doigts, s'accommodait d'une dépendance générale en vue du but commun : la bénédiction et la vie spirituelle. Leur forme varia avec les époques, par adaptation aux modes laïques du temps.

On les ornait souvent au revers de la main, de plaquettes de métal émaillées ou non, ou encore de médaillons bradés, emblématiques du rôle sacramentel des mains de l'Officiant. A la fin du Moyen Age, on substitua à ces ornements mobiles des broderies, exécutées sur l'étoffe même du gant, comme celles que l'emmanchure portait d'ailleurs depuis longtemps.
En fait, dans la symbolique liturgique, les gants épiscopaux, quelle que soit leur matière \fil, soie, laine), évoquent les mains de Jacob, recouvertes de la peau du chevreau \voir Genèse, chap. XXVII, 16). On sait que Jacob signifie supplanteur. On connaît la vision de Salomon : « Et j'ai vu le second Adolescent se lever en la place de l'Autre \Ecclésiastique : IV, 16-15). Dans le port des gants, il y a l'idée d'affranchissement, de succession, de substitution. Le nouvel homme supplante le vieil homme, la Lumière repousse les Ténèbres au Non-Etre qu'elles n'auraient jamais dû dépasser, en ses limites ultimes ; le « Nouvel Adam » supplante le ténébreux souverain qu'il s'était imprudemment donné. Tel est l'enseignement ésotérique du christianisme réellement initiatique. Il peut être accepté, et interprété, par le Maçon.

On observera l'importance des gants épiscopaux dans le fait qu'à la fin de la Cérémonie du Sacre d'un Evêque, le Consécrateur remet, en même temps, au nouvel Elu, et la Mitre et les Gants. L'Evêque nouvellement sacré illustre alors la phrase célèbre des Evangiles : « Voici l'heure où le Prince de ce Monde va être jeté dehors... » \Jean : Evangile, XII, 31). Reflet du Christ il est, lui aussi, un supplanteur.
Peut-être le Maçon doit-il relire la légende d'Hiram, en cette version druse rapportée par Gérard de Nerval en son Voyage en Orient, tout particulièrement dans les derniers paragraphes des Nuits de Ramazan : « Ainsi se vérifiait la prédiction que l'ombre d'Hénoch avait faite, dans l'empire du Feu à son fils Adoniram en ces termes : Tu es destiné à nous venger, et ce Temple que tu élèves causera la perte de Salomon... »
C'est donc en souvenir d'Hiram, supplanteur de Salomon auprès de Balkis, que les Fils de la Veuve porteraient des gants, symbole de cette permanente mission : destruction de toute tyrannie.

Maçonniquement, le gant revêt des aspects plus subtils encore que dans la liturgie religieuse chrétienne.
Le gant symbolisera en effet la douceur, la souplesse, la déférence envers l'ORDRE et envers les Frères de la Loge. Ne dit-on pas « prendre des gants... » lorsque l'on veut exprimer toutes ces qualités ?

Il exprimera également et tout naturellement le mérite pour l'Apprenti qui a triomphé des épreuves initiatiques et est parvenu à obtenir que le Vénérable de l'Atelier lui confère enfin la « Lumière ». Car la locution ancienne « se donner les gants de telle chose », signifie par-là s'approprier le mérite de cette chose \3).

Il est donc également symbole d'honneur et de dignité. Au Moyen Age, le seigneur suzerain, conférant une charge ou un fief en « fermage », était tenu de donner ses gants aux sergents qui l'avaient assisté, lui comme ses vassaux présents. Ceci exprimait une marque de confiance et de gratitude pour la garde ainsi assurée.

Le gant est encore symbole initiatique par excellence, il est l'initiation en soi, car pour exprimer le fait d'avoir la première idée, le mérite, le profit, la découverte de telle autre chose, on disait jadis que l'on « en avait les gants », c'est-à-dire l'initiative primordiale. Il est aussi symbole de précision, de perfection, « cela me va comme un gant ».

Il était également l'image de l'inédit, de la révélation, d'un message, car on donnait jadis des gants au messager porteur d'une nouvelle importante.
Cette locution existe encore en Espagne, « para guantès » est en effet l'équivalent ibérique « pour les gants » de notre « pourboire ».

Le gant est encore symbole de pureté, de droiture, de foi. L'ancienne locution propre aux filles « qui ont perdu leurs gants » signifie en effet qu'elles ont perdu leur virginité. On connaît les vers de La Fontaine :
« Mainte fille a perdu ses gants,
Et femme au retour s'est trouvée,
Qui ne sait la plupart du temps
Comme la chose est arrivée... ».

On donne le nom de - gant de Notre-Dame - à l'ancolie, encore nommée aiglantine, et qui n'est autre que l'achillée. Léonard de Vinci l'a placée à l'entrée de son Labyrinthe.
L'achillée est cette plante dont les géomanciens taoïstes de la vieille Chine se servaient pour confectionner les cinquante baguettes avec lesquelles ils interrogeaient le Yih-King, ce livre des transpositions divinatoires établi par lé mythique Fo-Hi. Elle est alors le symbole de la divination elle-même
Cette plante passait en outre dans les anciens herbolaires, pour, cueillie et infusée selon des rites précis, guérit les maux d'yeux, amplifier la vision. D'où son autre nom d'aiglantine, l'aigle étant le seul oiseau, capable, par sa double paupière de contempler le soleil en face.
Ainsi donc, placé par Léonard de Vinci à l'entrée du Labyrinthe, le « gant de Notre-Dame » est l'image de la divination, de la claire-vue susceptible de conduire le Myste, à travers les pièges du Labyrinthe, jusqu'à la mystérieuse « Chambre du Milieu » et, sous son nom d'aiglantine, il nous suggère la valeur de la doctrine joannite pour cette délicate opération. Nous observerons que le Labyrinthe classique avait trois entrées, tout comme les Cathédrales gothiques bâties par les Maçons constructeurs. Et ceci le rattache au symbo1isme de la Vierge céleste, qui va de l'Isis antique, mère d'Horus, le Verbe d'Osiris, à Marie, mère de Jésus, le Verbe du Père. Ainsi donc, les gants maçonniques relèvent du symbolisme zodiacal du Signe de la Vierge \1).

Nous observerons également que le plus célèbre des Labyrinthes antiques était celui de Cnossos en Crète, découvert en 1902 par le docteur Evans, d'Oxford. Il était, en latin, dénommé Absolum, mot bien près de notre Absolu. Nous ajouterons que pour les alchimistes familiers de la célèbre « cabale solaire » ou cabale phonétique, Cnossos est bien pris de Gnosis, signifiant -Connaissance… Et nous retrouvons le gant maçonnique, avec toutes ses précédentes significations ésotériques : divination, claire-vue, connaissance, initiation etc.
C'est par son « gant » que « Notre-Dame »- de Saint-Wandrillc \la célèbre abbaye bénédictine) est censée conduire le Mvste vers la Lumière, puisqu'elle est dite : ...a negocio perambulante in Tenebris, soit « Celle qui conduit ceux qui cheminent dans les ténèbres... ». Ce qui signifie que c'est par la Connaissance que l'initié assure son salut posthume. - Si nous avions à choisir entre le Salut et la Gnose, nous dit Clément d'Alexandrie, notre intérêt serait de choisir la Gnose... -

Le fait de se déganter est, d'autre part marque d'honneur, lorsque l'on se prépare à rencontrer quelqu'un à qui l'on désire manifester son respect tel lors de la présentation à un Souverain où lorsque les Maçons font la chaîne d'union en invoquant le Grand Architecte de l'Univers.
Un des aspects les plus profonds de cet usage séculaire se trouve dans le rituel de la Vénerie \chasse à courre). Au moment où le maître d'équipage doit « servir » \abattre) le « gibier » noble, \loup, sanglier, chevreuil, cerf) à la dague \c'est-à-dire au fer, tel un gentilhomme), et cela en présence des vassaux \les membres de l'équipage) et des valets d'armes, \les chiens de meute), les trompes sonnent l'hallali à terre. \On doit descendre de cheval).
A ce moment même tout le monde doit se déganter, et c'est le privilège du premier piqueux de confisquer les gants de ceux qui oublient que les honneurs rendus à l'animal qui va mourir, unissent dans un même sacrifice, aussi mystérieux que grandiose, l'Homme, la Bête et la Forêt. Cf. R. Ambelain Symbolisme et rituel de la chasse à courre. \R. Laffont édit. 1981)

Source : www.ledifice.net

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