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Hauts Grades

Les Jésuites chassés de la Maçonnerie (extrait)

7 Février 2014 , Rédigé par Nicolas de Bonneville Publié dans #histoire de la FM

La Maçonnerie Écossaise comparée avec les trois professions & le secret des Templiers du Quatorzième siècle.

Première partie.

Serait-ce encore le temps où notre faible vue ne peut s'éclairer de trop près du flambeau de la raison ? Faudrait-il encore avoir recours aux mains invisibles de l'Éternel ? Ne ferait-il donc point possible que, sans descendre immédiatement du ciel, une heureuse institution produisit des législateurs de génie, des héros et des hommes ! Des hommes dieux, les véritables images d'un Dieu sur la terre ! Il faut qu'une société soit recommandable par les grands desseins dont elle s'occupe, et par le dévouement éclairé des membres qui la composent ; mais il importe peu qu'elle soit formée d'hier, ou que son origine, même reconnue, aille se perdre dans la nuit des temps. Une société qui se glorifie d'être ancienne, ressemble assez à ces familles anciennement illustres, que Bacon, si je ne me trompe, compare à de vieux châteaux. Est-ce donc le fondateur ou le possesseur d'un édifice qui l'honore aux yeux du sage ? Toutefois, je l'avoue, le sensible voyageur s'arrête, le cœur attendri, devant ces monuments augustes que le temps, qui prend plaisir, en son orgueil, d'effacer par tout la main des hommes, a comme animés sous les embrassements d'un lierre vigoureux, dont la chevelure épaisse et argentée atteste sa force inépuisable, et une naissance incertaine qui semble toucher à la création. Il contemple en ses douces méditations la vieille enceinte d'une voûte antique qui lui paraît surchargée du poids des siècles entassés. Il se recueille pour les célestes jouissances de l'inspiration. Mais si tout-à-coup il rencontre un conciliabule d'hypocrites, des reptiles impurs, ou des tigres, ou des brigands, ou un héritier stupide, quel que soit son respect pour le monument qu'il admire, et pour les grands hommes qui l'ont sanctifié de leur présence, il n'ose plus y porter les yeux : traînant ses regards dans la poussière, il s'éloigne à la hâte d'un sanctuaire profané.

Ce n'est pas sans un grand dessein que nombre d'écrivains ont fait remonter l'origine de la Franc-Maçonnerie à la plus haute antiquité ; à la faveur de quelque ombre des savantes allégories de Pythagore, de Simonide, d'Homère et de Pindare, il était facile de forcer le génie, avide de connaître, à des recherches perpétuelles, sans que jamais il pût se laisser décourager par des veilles infructueuses. Persuadé qu'il y a des cultes tellement absurdes qu'ils n'ont jamais pu entrer, sans cause, dans la tête des sages d'un siècle, ni même en sortir, quel que fût, dans tous les temps, le délire de l’esprit humain, il cherche à toutes les allégories monstrueuses un sens naturel qui le satisfasse ; loin de jeter quelques ridicules sur les cérémonies les plus bizarres, il y soumet sa raison avec respect, pour conserver l'allégorie intègre et pure : il regarde ces allégories comme un voile tiré entre l’histoire perdue et celle qui nous reste : il les analyse et les rassemble comme les fragments d'une vérité persécutée : une étude qui l'a rendu observateur, qui, lui enseignant à réfléchir, lui a montré toute l'importance de se perfectionner dans l'art de se chercher soi-même, lui agrée, le console, il s'y complaît. C'est vraiment lui qui est attentif à des faits isolés et lumineux, qui, sans présenter autre chose que de simples lueurs, annoncent des clartés. Ce qui est déjà prouvé pour l'homme qui pense, mais qui est une découverte toute sublime pour l'être enfant qui n'a jamais rien approfondi, le rendra respectueux jusqu'à l'enthousiasme pour la conservation d'une cérémonie allégorique dont il a tiré un sens littéral qu'il aura trouvé simple et raisonnable : il aime l'artifice innocent des allégories qui protègent la vérité contre les fureurs de la superstition altérée du sang de son frère. Quelle que soit l'explication qu'on lui en donne, il y cherche le sien dans ces Miroirs à plusieurs faces que le génie fut contraint d'employer pour abuser les méchants et les indiscrets.

Ainsi les sages ont un respect motivé pour les allégories anciennes. Mais s'il est vrai que le Philosophe respecte une allégorie qu'il ne peut expliquer, il faut au moins lui prouver qu'elle est ancienne ; qu'il voie qu'elle a été respectable et chère à des hommes dont la conduite irréprochable annonce un sens droit et pénétrant : il ne ressemblera point à ces prétendus esprits forts qui méprisent tout ce qu'ils n'entendent pas, il y soupçonne toujours une cause, rien ne le rebute ; et dès qu'il ne voit plus la trace antique, il n'en est que plus empressé à découvrir la main cachée qui agit dans le silence ; des cordons ridicules et des secrets à vendre lui paraissent des monopoles odieux. Je ne sais, mais il me semble qu'il y a toujours dans le cœur d'un honnête homme une voix secrète qui lui révèle, par un cri douloureux, la présence invisible du crime ; et sans doute il est un Dieu bienfaisant qui ne permet pas toujours que la vertu fait éternellement sur la terre sans récompense.

La société des Francs-Maçons a eu, dans tous les temps, et dans les diverses parties du monde où elle a fleuri, et fleurit encore, des membres remplis des plus rares connaissances et d'un mérite qui n'est pas douteux : satisfaits probablement de ce qu'ils trouvaient de conforme aux allégories anciennes, ils s'occupaient avec moins d'empressement à soulever d'autres voiles qui leur devaient paraître modernes, ou du moins altérés par négligence ou stupidité. Comme la politique ne leur semblait entrer pour rien dans des allégories joviennes ou magiques, ou Celtiques, ou Egyptiennes, ils cédaient sans effort à d'insensibles innovations que des anciens de l’ordre, appelèrent de nouveaux grades qui leur étaient inconnus : peu à peu on défigura le système allégorique des premiers bienfaiteurs du genre humain, pour y substituer un système avilissant et cruel, et le faire adopter tous l’emblème du style mystérieux des annales de l'ancien monde.

A la place des allégories obscures, il est vrai, mais que leur antiquité du moins engageait à méditer, on a fait accepter à des millions d'hommes l'espérance de mériter l'explication d'une foule de mystères importants, dont la clef est, dit-on, entre les mains, de supérieurs inconnus. S\ I\. Ceux qui ont jeté les yeux sur quelque philosophe ancien, ont pris de bonne foi les chiffres et calculs de leurs machinations infernales pour les nombres de Pythagore dont la connaissance parfaite, si l’on en croit ses disciples, était une science profonde des mystères de la nature.

Comme il faut avoir déjà beaucoup réfléchi pour sentir ce qu'il y a de raisonnable à étudier les mystères de la nature, et ce qu'on perd de son esprit et de son cœur à vouloir débrouiller les mystères des méchants, je crois nécessaire d'entrer dans quelques détails, qui mettront peut être à la portée du grand nombre une idée très importante à mon sujet. Qu'il me soit donc permis, pour me faire mieux entendre, de comparer la nature à un être pensant qui travaille publiquement et au grand jour, mais toujours par modestie, ou par caprice, ou par une loi qui ne m'est pas connue, couverte d'un voile plus ou moins épais. Si j'entre dans son atelier, et que je sois attentif à, ses mouvements pleins de grâce ; si j'entends une voix caressante, je fais déjà que ce n’est point un tigre qui est caché fous le voile ; j'y soupçonne un artiste habile ou une femme de génie, c'est peut-être une jeune fille née pour l'amour : par quelque heureuse négligence ou par un bienfait de son cœur, elle laissera peut-être s'entrouvrir un coin du voile. Je connaîtrai peut-être sa beauté : peut être que par l'étude de ses traits saisis à la dérobée, je pourrai démêler le vrai chemin de son cœur, et ensuite apprendre de sa bouche quelle est sa naissance et la cause du voile impénétrable qui cache ses attraits divins et sa main créatrice. Je veux qu'elle paraisse un instant insensible à ma prière ; ne saurais-je pas au moins le but de mes recherches ? Après avoir beaucoup obtenu, ne ferais-je pas fondé à espérer encore davantage ? Alors si la nécessité ne me permettait pas de rester longtemps en contemplation dans l'atelier, combien je me trouverais heureux d'aller me recueillir avec les grands hommes de mon siècle, pour apprendre d'eux l’histoire de tous les indices que l'être, inconnu sous le voile, aurait pu donner des procédés de son travail, ou du mystère de son sexe ! Et s'ils avaient assez de respect pour la vérité, et assez bonne opinion de mon zèle pour avoir à m'offrir des témoignages, et non des interprétations, que ne leur devrais-je pas de reconnaissance et de bonheur ! Mais si quelque homme à secrets m'invite à sa confiance ; s'il m'indique sa demeure à des jours fixés, et que j'aie toujours un nouveau domestique à solliciter, une autre porte à ouvrir ; si le grand maître est toujours absent ; si de prétendus initiés se contredisent tous dans ce qu'ils me racontent des merveilles et des desseins de leur supérieur ; s'ils ne m'apprennent pas même le nom ni la nature du Protée inaccessible, je m'écrie en frémissent : « Tout n'est pas bien ici ! »

Voilà quelles sont, à peu près, les différentes impressions qu'on éprouve aujourd'hui dans la Franc-Maçonnerie ; un saint respect pour d'anciennes allégories, et de l'indignation pour des énigmes, qu'on soupçonne, avec raison, très-modernes. On a dit que la vérité était d'un plus grand prix à l'humanité que celui qui l'avait trouvée. Je le pense ! Jetons une lumière éternelle sur des brigands sanguinaires qui se glissent, armés de poignards, aux fêtes de la nature et de l'amitié ; qui parlent de vengeance, ne faisant plus qu'une caverne de bandits et d'imposteurs du temple de la bienfaisance et de la vérité ; temple auguste qui ne fut jamais fermé qu'au fanatisme qui s'irrite de tout sans savoir pourquoi, et surtout de la vérité, qui, toujours utile au genre humain, n'a jamais nui qu'à ceux qui trompent les hommes !

Une histoire complète de la société des Francs Maçons, confirmée par des monuments authentiques, est le seul moyen que nous ayons cru devoir adopter, comme le plus simple, pour détromper d'honnêtes gens qu'on entraîne au meurtre et à l’esclavage, en leur parlant toujours d'indépendance, de jeux innocents, et de bienfaisance et d'égalité. Ainsi les pontifes, lorsqu'ils n'étaient encore à Rome que de petits évêques sans pouvoir, parlaient de fraternité, d'une communauté de biens ; mais toujours d'une obéissance aveugle aux ordres de l'Eternel, dont ils se disaient humblement les représentants. A peine eurent-ils armé leurs frères pour venger la cause d'un Dieu assoiffé de sang, qu'on ne vit plus en eux que des monstres de cruauté. Les rois, dont ils avaient d'abord prétendu affermir l'autorité, furent obligés de fléchir le genou devant eux. On vit un pape, Adrien IV, dicter ses volontés au souverain d'un grand royaume, où son père et lui avaient mendié. Ils se faisaient léguer des états, des tributs, des hommages ; et en récompense, ils donnaient à l’usurpateur puissant des couronnes à conquérir ; jusqu'à des mers qui ne leur appartenaient pas : et à force de persuader aux souverains, capables de leur résister, de ne pas se refuser à des actes d'une humilité chrétienne qu'un ancien usage exigeait des rois, ils les fournirent insensiblement à l'indigne hommage d'une vassalité perpétuelle. Un Henri II, un Frédéric Barbe-Rousse, un Philippe Auguste, et tant d'autres monarques et empereurs d'un indomptable courage, qui, ayant appris, mais trop tard, que le roi qui enracine une erreur dans son royaume, est souvent forcé lui-même d'en dévorer l’amertume, s'indignèrent en vain de l'insolence des pontifes ; les pontifes en ont toujours triomphé. Ils appelèrent, sans pudeur, leur chaire épiscopale le trône du souverain des souverains de la terre ! Et ceux même qui les avaient servis, leurs frères, leurs alliés, leurs égaux, qu'ils avaient provisoirement assujettis à une obéissance réelle, sous la promesse auguste, et renouvelée chaque jour, de les combler de gloire, et de biens inespérés, furent dépouillés, méprisés, enchaînés ! Ils eurent beau réclamer des ferments et leurs titres ! Que font les titres les plus légitimes, quand l’ambitieux, la force en main, fait de son mauvais génie un Tout - Puissant, et qu'il annonce aux nations effrayées des ordres sanguinaires de la part d'un Dieu de paix, qui n'eut jamais d'autre langage que les saintes lois de la nature ?

Les Jésuites ont été les premiers à donner une histoire de la Maçonnerie, dès qu'ils eurent réussi à la rendre une allégorie complète des différents degrés de leur ordre ; mais ils la publièrent d'abord comme peu fondée ; ils la dire inconséquente et l'ouvrage de l'ignorance et de la cupidité : c'était écarter, en politiques habiles, l'investigation savante d'un observateur impitoyable : mais à mesure que cette histoire a vieilli, n'ayant plus à craindre l'œil de la censure, trop fatigué de nouvelles folies pour reprendre un ouvrage au rebut, et l'examiner à fond, ils ont peu à peu reconnu son authenticité. Quel homme assez instruit des détails de l'histoire générale, pour savoir précisément les dates de tel ou tel événement des siècles passés ? Il est probable qu'un roi ait eu un frère ; on l'a dit et on l'a cru ; on n'a rien soupçonné d'étrange dans une foule d'assertions semblables. Il est si pénible d'examiner, et si douloureux de soupçonner l'imposture, que l'on a ainsi impunément falsifié l'histoire pour tromper des millions d'hommes, qui, depuis des siècles, se sont accoutumés à croire aveuglément. D'ailleurs, les histoires élémentaires et abrégées sont en général les seules qu'on lise rapidement et aussi bien rarement ; et elles ne suffisent pas pour mettre un homme ordinaire en état de rectifier des dates, et de vérifier des assertions gratuites. Qu'est-il arrivé de cette négligence à critiquer les premières histoires de la société maçonnique des Jésuites ? C'est qu'ils ont osé attester véritable, par la solennité d'un serment judiciaire, une histoire impertinente qui offre à peine de légers rapports avec les annales de nos plus graves historiens.

Quand on se recueille, cette étrange histoire à la main, et qu'on y découvre tour à tour le mensonge et la vérité, on se trouve abîmé dans un chaos insondable ; et qu'il est peu d'observateurs qui sentent combien une erreur, nourrie dans les ténèbres, peut être un jour funeste au genre humain ; souvent encore il arrive que l'homme de génie, qui le fait toujours une grande affaire du bonheur de sa patrie et de la paix universelle, ne peut employer selon son cœur de longues années à des tentatives incertaines.

Les jésuites, qui ont toujours voulu que leurs conjurés vécussent célibataires pour ne point donner d'otages à la fortune, semblent avoir compté sur tous les obstacles d'une recherche sérieuse, en ne la soupçonnant point possible. On ferait tenté de croire que les supérieurs inconnus s'interrogent entre eux sur les soupçons qu'ils ont pu former du but caché de la Maçonnerie jésuitique, et que chacun alors travaille à écarter les indices qui peut-être l'auraient conduit à une découverte. Car on a vu tous leurs efforts pour anéantir des actes publics et des ouvrages imprudents qui leur étaient échappés dans l'ivresse de leurs succès : la Maçonnerie analysée par S. Pritchard a eu 21 éditions en Angleterre ; et l'on n'y en trouverait peut-être pas aujourd'hui un exemplaire à vendre publiquement, quelque somme qu'on en pût offrir à un libraire. Ils étaient fort embarrassés : il fallait parler de la société pour y appeler des hommes et des armes ; et ils avaient à craindre de laisser tomber la moindre étincelle : mais on a trouvé l'étincelle, on l’a entretenue, on l'a couvée sous la cendre ; on se demande avec impatience où est le magasin à poudre !

L'érudition de quelques Maçons modernes est exacte et profonde : le charlatanisme des jongleurs que les S\ I\ envoient en recrue, a produit, à la honte du grand ordre mystérieux, nombre d'écrits polémiques. On a vu paraître tout à coup un ouvrage dont la critique judicieuse et les recherches infinies ont mérité l'estime de tous les savants de l'Allemagne : je parle d'un essai sur l'ordre des Templiers par J\ F\ Nicolaï. Faut il qu'un pareil ouvrage ne soit pas écrit avec cette élégance de style et ces grâces aimables qui font lire dans toute l'Europe, à toutes les classes de citoyens, nos charmantes bagatelles.

L'admirable essai du savant Nicolaï sur l'ordre des Templiers m'a été d'un grand secours pour rapprocher des faits intéressants et pour les analyser jusqu'à l'évidence. C’était une faible lueur, mais un vrai rayon de lumière : à l'exemple de ce philosophe profond, j'essaierai de substituer à la méthode d'enseignement si facile et si ordinaire à nos critiques beaux esprits, la méthode sévère dé l'analyse qu'on ne trouve guère aujourd'hui en France que dans les écrits d'un Charles Bonnet, d'un Condorcet et d'un Bailly.

Je conjure seulement tout ami de l'humanité d'être attentif à saisir les probabilités qui résulteront de l'examen rigoureux d'un grand nombre de faits ; car ce ne sont point des conjectures qui résultent des faits, c'est toujours une image parfaite des traits et du caractère d'une vérités cachée, et dont le rapprochement facile suffit à la faire reconnaître toute entière : ainsi, dans les ténèbres, on soupçonnera le retour d'un ami absent au bruit lointain de ses pas ; et l'on ne doute plus de son arrivée lorsqu'on entend sa voix.

Le capitaine George Smith, qu'il ne faut pas confondre, malgré sa célébrité, avec Adams Smith, auteur d'un fameux ouvrage sur la richesse des nations, a fait imprimer, à Londres, une histoire prétendue de l'origine et de l'antiquité de la Franc Maçonnerie.

Cette histoire, où tout semble innocent ou puéril, et presque sans dessein, n'est pas, il est vrai, un modèle d'élégance et de précision, mais c'est un chef-d'œuvre de ruses et d'intrigues. Que les contradictions apparentes que vous y rencontrez assez fréquemment ne vous rebutent pas ; elles se lieront toutes à un même but, dès que vous aurez mis la main sur un passe-partout jésuitique , jusqu'aux titres de leurs ouvrages, qui ont un sens caché sous des mots très-ordinaires, lesquels offrent eux-mêmes un sens clair au lecteur de bon aloi, qui ne soupçonne pas qu'un titre ait beaucoup d'importance, et qui n'ira jamais se rompre la tête à scruter un ouvrage dont le titre bizarre n'en donne pas une véritable idée.

Le succès inouï de cet ouvrage parmi les Franc-Maçons, est une preuve douloureuse que, même en notre siècle, on est à la merci d'un premier charlatan, et qu'on y croit encore assez volontiers ; ce qui ne fait pas un grand honneur à l'esprit humain.

Je vais mettre sous les yeux du lecteur quelques articles curieux de l'ouvrage de M. le capitaine George Smith, inspecteur de l'école royale militaire à Wolwich, provincial, grand maître provincial pour le comté de Kent, et R\ A\.

Il a pour titre : « The use and abuse of Free-Masonry » ; ce qui ne signifie point, comme il ferait cependant assez naturel de l'imaginer, l’usage et l’abus de la Franc-Maçonnerie, mais bien Use - U - ou 2o : Abuse – A - ou I. Or, I après 20 sont 2I ou V, ce qui donne pour premier résultat V\ V\ ou Venerandus, Venerandi ; titre qui désigne le clergé en général.

Dans la crainte d'embrouiller mon lecteur au commencement par des calculs, je les lui lai lisserai faire à une seconde lecture, avant d'avoir parcouru tout mon ouvrage, il fera très en état de trouver dans les mots Free-Masonry, l’accomplissement des quatre vœux jésuitiques.

L'usage et l'abus de la Maçonnerie me paraissait un titre peu convenable à l'ouvrage de M.Smith, surtout dans la langue Anglaise, où les mots use et abuse font une cacophonie révoltante : mais je vois évidemment que j'étais la dupe d'un jugement précipité ; je conviens que son véritable titre, le Clergé Jésuitique, a un rapport immédiat à tous les paragraphes de son livre a double face.

« Les Francs-Maçons, continue M. George Smith, sont bien informés, par leurs annales particulières et secrètes, que la construction du temple de Salomon, S\ T\, est une époque fameuse où nous avons acquis quantité des mystères de notre art. Ensuite qu'on se rappelle que ce grand événement date de plus de mille ans avant l'ère chrétienne, et conséquemment plus d'un siècle avant qu'eût écrit Homère, le premier des poètes Grecs .

« Et plus de cinq cents ans avant que Pythagore eût apporté de l'Orient son système de véritable instruction Maçonnique pour illuminer l'Occident.

« Mais quel qu’éloignée que soit cette période, nous ne lui devons pas le commencement de notre art ; car, quoiqu'il puisse avoir reçu du sage et glorieux roi quelques unes de ses formes mystiques et cérémonies hiéroglyphiques, cependant l'art lui-même est contemporain de l'homme, son grand objet».

Il est probable, comme M. Smith nous l'assure, que la société dont il se dit membre éclairé, a des annales secrètes qui attestent son origine, ses principes et ses desseins : mais ce qu'il ne faut pas croire, ainsi qu'il s'efforce de le faire entendre, c'est que l'art sublime, qu'il appelle Maçonnerie franche ; et acceptée, soit d'une antiquité solennelle ; les mystères de la société illuminée de M. Smith ne sont certainement pas descendus par Adam de Mathusalem à Noé... 

Source : les Editions de l’Edifice

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