Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Les notions de sacré, sacrifice, sacerdoce du 1er au 14ème degré

2 Septembre 2012 , Rédigé par ANCK131 Publié dans #Planches

A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS ORDO AB CHAO, DEUS MEUMQUE JUS

A partir de la même racine latine « sacer », le nouvel initié va découvrir différents concepts lors de sa progression initiatique du 1er au 14ème degré du REAA , progression qui loin d’être directe, droite et rectiligne a un trajet spiralé, hélicoïdal qui l’amène à s’intéresser sans cesse mais à un autre niveau de conscience aux différents symboles qui jalonnent son parcours. Sacer (« qui appartient au service divin ») est à l’origine de « sacré », « sacrifice » (sacrum facere=rendre sacré l’objet du sacrifice) et « sacerdoce » (sacerdotum : dire le sacré, enseigner le sacré). Notons également, mais y insister ici, qu’il existe une grande proximité étymologique entre sacré (sacer, sacratum) et « secret » (secretum) puisqu’il s’agit dans l’un et l’autre cas de ce qui est mis à part. Nous allons examiner comment apparaissent ces trois termes dans le cursus initiatique.

Le Sacré

Ouvrons les dictionnaires. Pour Larousse, dans l’interprétation des phénomènes religieux, le sacré est le caractère de ce qui transcende l’humain par opposition au profane (profanum=devant le temple). « Sacré » = qui a rapport avec le divin ; qui doit inspirer un respect absolu, inviolable. On voit que pour ce dictionnaire, sacré appelle la religiosité. Sont donc considérés comme sacrés, les objets, les lieux et les rites destinés à un culte. Pour le Gaffiot, la racine latine « sacer, sacra, sacrum » signifie saint, sacré, consacré à une divinité. Pour Julien Ries, l’expérience du sacré implique la découverte d’une réalité absolue que l’homme perçoit comme une transcendance. Les romains donnaient à « sacer » le sens de « consacré aux dieux » mais aussi de « chargé de souillures ». Le tout désigne donc ce qu’on ne doit pas toucher. Notons que cette ambivalence se retrouve de nos jours dans le mot sacré.

C’est Otto Höfler qui a mis en évidence l’importance du sacré dans la vie de l’individu comme dans les formes archaïques d’organisation de la société. Pour Emile Durkheim, le sacré apparait comme ce à quoi on accorde un respect tout particulier. C’est le terme qui définit les choses ou les êtres que des interdits protègent ou isolent, ce en quoi elles se distinguent des choses profanes. Durkheim cite le drapeau national dont la profanation est un acte grave pour illustrer son propos sur le sacré. Mircea Eliade tout comme Claude Levy-Strauss ont démontré dans leurs travaux sur les civilisations primitives, combien l’être humain a un besoin naturel de sacré et de sacraliser des lieux, des gestes, des fonctions et des rites, voire des personnes. Le culte des ancêtres présent dans toutes les civilisations, participe de cette démarche. L’homme a de tout temps eu besoin de cette dimension spirituelle, subjective, qui donne de l’importance aux êtres, aux lieux, aux gestes, aux rites ; ils nous font émerger de l’espace et du temps ordinaires. Pour Jean-Jacques Wunenburger, « le sacré est un vécu émotionnel qui nous met en présence d’une puissance qui nous dépasse. (…) Le Sacré est l’autre versant de l’existence, une structure médiatrice qui nous permet de nous arracher à la vie, qui nous permet une transition vers une autre entité. En fait, le sacré a un statut de médium, intermédiaire entre le monde du quotidien et le monde divin, un espace transitionnel qui nous ouvre une lumière et nous permet de monter. (…) Le sacré exige des portes qui s’ouvrent et qui se ferment. Il a besoin d’être canalisé. (…) La pratique du sacré ne peut faire l’économie d’un certain nombre de contraintes, comme la ritualisation et l’interprétation symbolique»

L’étymologie latine renvoie donc aux Dieux. Est sacré ce qui appartient aux dieux, à la déité, au divin. Mais qu’est ce que le divin ? C’est le non humain. Quel non-humain ? Soit ce qui est en deçà de l’humain (c’est l’immanence du sacré) soit au-delà de l’humain (c’est la transcendance du sacré). Le sacré relie l’immanent au transcendant en passant par le centre de l’esprit humain. Pour l’impétrant que j’étais lorsque j’ai frappé à la porte du Temple, le sacré était pour moi de l’ordre du religieux : un lieu sacré était un lieu de culte dont le nom diffère selon les religions (église, synagogue, mosquée…) ; les objets sacrés : des objets de culte. Je connaissais la musique sacrée écrite pour des cérémonies religieuses (messes, requiem etc.), l’art pictural sacré (peintures, sculpture, architecture…), les livres sacrés des différentes religions et philosophies et ce n’est que depuis que je me suis engagé sur le chemin initiatique comme Apprenti que j’ai compris que le religieux n’est qu’une des possibles gestions du sacré, terme qui existait bien avant les religions notamment celles du Livre. J’ai découvert un lieu sacré, le Temple, un Temps sacré (entre midi et minuit, mon âge de 3 ans), des mots sacrés (Boaz) et ai bien réalisé qu’on était hors du cadre de la religion puisque toutes y étaient représentées (pas de dogme, pas de sacrement) et que les mythes que nous vivions étaient une façon différente de faire vivre le sacré. La prestation du Serment du candidat, engagement individuel et solennel, a un caractère sacré évident. Lors des 3 premiers degrés, le Temple devient un espace sacré quand le Volume de la loi sacrée est ouvert, quand les outils sont dévoilés. En dehors de ce temps, le lieu redevient profane et ordinaire. En revanche, à partir du 4ème degré, nous sommes dans le Saint des saints, lieu sacré par nature, ce qui se remarque puisqu’on ne désacralise pas les lieux lors de la clôture des travaux.

Pour Claude Canion, « la franc-maçonnerie régulière présente un caractère sacré évident en raison du théisme qui constitue son fondement essentiel. Véritable école d’éveil, elle suit une autre voie que la religion , dont l’ésotérisme constitue le fil conducteur mais dont le but est tout aussi sacré, puisqu’il s’agit de retrouver Dieu. (…) Finalement le sacré peut se résumer en deux phrases : le sacré est ce qui relie les hommes entre eux et les hommes à Dieu. Le Sacré est une porte entr’ouverte sur l’Absolu ».La notion de sacré est liée aux notions de respect, de dignité et de pureté. Leur ennemi commun, c’est l’égo. Le maçon ne peut être initié qu’après avoir domestiqué son ego. On a pu dire que le sens du sacré est l’exact inverse du sens de l’égo. La caractéristique première du monde profane, c’est la centralité des égos : l’égoïsme, l’égocentrisme, l’égotisme etc. Au-delà du « Connais-toi toi-même » delphique, il y a l’« oublie-toi toi-même » maçonnique.

Découvert dès l’entrée au 1er degré, les éléments sacrés (mots sacrés etc.) vont se découvrir à chaque nouvelle étape comme par exemple au 4ème degré de Maitre secret, le mot de passe Z*** se lit A*** de droite à gauche, terme qui signifie « sacré ». Pour Roger Caillois, est sacré : « l’être, la chose ou l’idée à quoi l’homme suspend toute sa conduite, ce qu’il n’accepte pas de remettre en discussion, de voir bafoué ou plaisanté, ce qu’il ne trahirait ou ne renierait à aucun prix ». Finalement, pour les Franc-maçons, la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience, l’amour fraternel, la vérité, la justice et la discrétion possèdent bien l’intangibilité et l’inviolabilité de ce sacré-là.

Le sacrifice

Etymologiquement : du latin sacer facere, sacrificium : « fait de rendre sacré ». On accomplit un geste, une action au nom de quelque chose qu’on considère comme sacré, en général pour mettre dans de bonnes dispositions des instances divines, soit pour faire pardonner (expiation pour le Grand Pardon hébreux) soit pour obtenir (demande de fertilité dans les rites d’Eleusis)

Le sacrifice est un des trois aspects fondamentaux du sacré mis en acte avec la danse, les gestes sacrés et l’initiation. Pour le philosophe René Girard, l’acte fondateur du sacré est l’immolation du bouc émissaire, bouc biblique ou être humain, chargé de tous les refoulements et sacrifié pour purifier le groupe. Les sacrifices humains puis animaux, ou plus symboliquement d’objets, aboutissent dans leur forme la plus attiédie aux serments de renonciation. L’archétype du sacrifice se trouve dans la Bible : Abraham et son fils Isaac, ou encore Jephté, Abel tué par Caïn… Les mythes de sacrifices sont innombrables depuis les sacrifices humains incas jusqu’au sacrifice de Jésus.

Le thème du sacrifice de Maitre Hiram assassiné par trois mauvais compagnons est majeur au 3ème degré en prenant tout de suite une grande ampleur puisque Hiram nous est présenté comme un homme de douceur et de bonté. Il incarne la compréhension, l’amour et la justice bienveillante. Le sacrifice d’Hiram est le point central du mythe de la maitrise puisque le candidat va enjamber son corps, laisser derrière lui sa dépouille qu’il va récupérer quelques instants plus tard avant d’être relevé par les 5 points de la maitrise et de revenir à la vie, plus radieux que jamais. Rappelons néanmoins que le thème du sacrifice a été suggéré lors de l’initiation au moment de la scène du cadavre (châtiment du parjure) ou par l’abandon des métaux, la coupe de libation. Le rituel de réception au grade d’Apprenti prononce le mot de sacrifice. Le Compagnon, lui, apprend à sacrifier ses temps libres pour aller apprendre dans différents chantiers. Le Sacrifice, on le rencontre au 4ème degré lors du 4ème voyage qui nous parle de Justice et de Devoir pouvant conduire au Sacrifice. Claude Guerillot voit également cette notion de sacrifice au 7ème grade de Juge et Prévôt, les travaux étant ouverts à 8 heures, 2 heures et 7 heures. En guématria à l’envers, 8, 2 et 7 donnent Zain, Beth et Kheit soit « Zevakh », mot signifiant sacrifice. Si nous examinons sans cesse notre comportement en rapport avec une référence morale et spirituelle, nous sommes en permanence amenés à faire des choix et nous devons souvent sacrifier notre confort moral ou physique, nos égoïsmes, nos ambitions, nos rêves et nos fantasmes. Le thème du sacrifice réapparaitra dans les 9ème et 10ème degrés (Maitre élu des 9 et Illustre Elu des 15) quand les têtes coupées des trois meurtriers sont exposées aux portes de la ville. Avec le Sublime Chevalier Elu des 12 (11ème degré), le mythe du sacrifice achève son cycle : le candidat à l’élévation est consacré homme vrai, homme de vérité, (Emek) médiateur entre le ciel et la terre, entre l’Equerre et le Compas : il a eu accès au Tabernacle et à l’Arche d’alliance

Ce concept de sacrifice vu comme une « mort et renaissance » est un archétype. Les Grecs avaient déjà développé le thème de la mort symbolique : ils nommaient « deux fois nés » ceux qui avaient franchi les portes de l’Erèbe et en étaient revenus : Thésée, Héraclès, Persée, Ulysse…Phénix illustre également ce thème tout comme un certain nombre d’évènements bibliques. La mort a toujours impressionné les hommes. Ce que nous craignons, c’est la perte de notre individualité, de notre moi constitué en partie de notre conscience et de la mémoire de notre vécu. Pourtant, en dehors de nos neurones, toutes nos cellules ne cessent de mourir et de se renouveler tout au long de notre vie. « Pour ce qui est de notre conscient, il est en perpétuelle évolution. Nous avons l’illusion d’une continuité en raison de notre mémoire. Nous nous souvenons de qui nous étions il y a quelques années, mais étions-nous les mêmes qu’aujourd‘hui ? Celui qui examine ses souvenirs le fait à la lumière de ce qu’il est devenu. (…) Qui peut se vanter d’être encore ce qu’il était il y a seulement quelques années, du point de vue physique, intellectuel, émotionnel ? Quand nous disons « je suis », cela ne concerne qu’un temps infime compris entre qui nous étions hier et qui nous seront demain. (…) Notre vie est en réalité constituée dans un processus continu de morts et de naissances perpétuelles sur tous les plans. Le phénomène « mort et renaissance » ne fait que marquer dans le temps un changement continu. Il peut aussi bien d’ailleurs marquer une prise de conscience provoquant un changement brutal en un moment précis ».

La notion de palingénésie doit être abordée. Lors de l’Initiation, le néophyte renait enfant âgé de 3 ans. Lors de la Maitrise, le néophyte renait en Hiram Abi (Hiram, mon père), imago du père bienveillant. Il a 7 ans et plus. Le sacrifice d’Hiram, c’est le « meurtre du père » et l’analogie avec le complexe d’Oedipe peut être évoquée même si nous n’aborderons pas ici la théorie Jungienne qui donne au sacrifice une notion psychanalytique qui mériterait un développement entier. Le sacrifice d’Hiram a au moins 3 significations : morale, symbolique et initiatique. Sur le plan moral, c’est celle d’un homme qui sacrifie sa vie par devoir, pour obéir à sa conscience et ne pas révéler un secret. C’est l’exemple de Galaad, chef des Lévites qui se sacrifie au 14ème degré. Au plan symbolique, c’est l’illustration de la parole du Christ : « En vérité, je vous le dit, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire, il meurt, il porte beaucoup de fruits». (Jean, XII, 24)Le plus important, pour nous Maçons, c’est sa signification initiatique. Le candidat, tour à tour soupçonné puis éprouvé comprend qu’en lui, le « vieil homme » est mort et qu’un « nouvel homme » est né, qui va s’engager dans une quête spirituelle. La légende d’Hiram nous pose une vraie question. Le sacrifice de soit, la mort à soi-même que prônent les morales, les philosophies, les religions et la franc-maçonnerie elle-même ne peut être considéré comme l’écrasement devant l’autre ou comme la soumission à un surmoi légaliste et culpabilisant. La signification est différente. Mourir à soi-même, se sacrifier, c’est perdre le narcissisme primitif qui rend l’homme inapte à toute vraie vie, à tout échange sincère avec autrui. C’est passer du stade objet, soumis à des interdits et à des tabous, au stade sujet, autonome, libre, responsable, volontaire (GMA, il connait la boulomie !), capable de s’aimer profondément et d’aimer profondément l’autre. C’est là le véritable sens de la résurrection ou de la renaissance qui font de nous des maçons libres après avoir sacrifié le vieil homme. La voie initiatique entraine pour chaque initié, une ascèse longue et pénible, nécessitant de nombreux sacrifices dont celui de l’égo, mais qui aboutissent à la pleine réalisation de l’être. Le Temple est un lieu sacré et un lieu de sacrifice où nous venons sacrifier notre orgueil, nos ambitions, nos préjugés. Le récipiendaire tue en lui l’individu qu’il était, qu’il veut remplacer par celui qu’il souhaite devenir et qui est en train d’émerger. Cette mort symbolique s’adresse à la totalité de l’être : physique, émotionnel et mental. Celui qui renaitra devra donc renouveler ses actions, ses sentiments et ses pensées.

Le sacerdoce

Du latin sacerdotum = dire le sacré, sacrum docet : enseigner le sacré ; le terme désigne la dignité et les fonctions du prêtre dans diverses religions. Or, on le sait, la maçonnerie n’est pas une religion. On retrouve donc une troisième fois la racine sacer sur notre chemin initiatique. Ce terme apparaît dès le 4ème degré puisque le Maitre Secret est un Lévite et a un rôle de serviteur du Temple et donc une fonction sacrée lui permettant de se tenir devant le Saint des saints. Il débute sa fonction sacerdotale. Le Maitre parfait revêt aussi une fonction sacerdotale. Le GMA, comme le prêtre, détient la parole puisqu’il est le pédagogue de la loge de perfection. Si les mages ou Grands Elus de la Voute sacrée méditent en sortant du puits, c’est qu’ils ont compris que le bonheur humain parvenait à la 9ème voute jusqu’au nom imprononçable de Dieu et qu’il était impossible d’aller au-delà. Néanmoins cette découverte du Nom ineffable est déjà considérable et mérite d’être enseignée. Voilà la tache des Grands Elus de la Voute Sacrée, Maitres parvenus au dernier degré de perfection : apporter la bonne parole, enseigner le sacré « à toutes les nations de la terre » (nul n’est prophète dans son pays !) Le titre de Maitre, au sens des opératifs, suppose avoir la maitrise de son art et transmettre celui-ci à des Apprentis et des Compagnons. Transposé aux loges spéculatives et à la tradition initiatique, cela correspond à un devoir de transmission. On ne peut transmettre que ce qu’on possède ou ce qu’on a compris d’où les devoirs de travail et de connaissance. Le Maitre a également un Devoir d’exemplarité à l’intérieur du Temple comme à l’extérieur. Un maitre doit se faire remarquer au dehors par ses propos modérés, son amour de la justice et de l’humanité « afin que rentrés dans le monde, on reconnaisse toujours à leur sagesse, les vrais enfants de la lumière ».

Conclusion

La notion de « sacré » s’impose dès le stade d’Apprenti où le nouvel initié découvre un espace sacré, le Temple, un temps sacré, des mots sacrés. Il apprend ensuite, au stade de Maitre, à faire le sacrifice de sa vie pleine de préjugés au nom d’un but sacré supérieur pour renaitre plus radieux que jamais. Puis enfin arrivé au terme du grade de perfection, après s’être approché au maximum humainement possible du Sacré, Chevalier de la royale Arche au fond de la Neuvième Voute et frôlé la 11ème porte, se préparer à transmettre comme un sacerdoce (ou un apostolat) ce qu’il a appris et compris pour mettre sur la voie les plus jeunes toujours sur le chemin.

Source : http://anck131.over-blog.com/

Partager cet article

Commenter cet article

gracia lefranc 07/02/2015 06:05

la parole circule