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Hauts Grades

Les origines écossaises de la FrancMaçonnerie

3 Janvier 2013 , Rédigé par D\ S\ Publié dans #Planches

Les questions historiques simples appellent souvent des réponses complexes, et à l’évidence appellent parfois des réponses dépourvues de certitude absolue. La difficulté à répondre peut être causée par la façon de définir les termes de la question, les documents disponibles, souvent fragmentaires ou contradictoires, et des problèmes de parti-pris, car l’historien totalement objectif n’existe pas. Je suis, par exemple, écossais, de culture protestante, j’appartiens à la classe moyenne et je ne suis pas Franc-Maçon. L’ensemble affecte inévitablement mon approche des questions historiques telles que celle qui nous occupe ce soir : le lieu et la période d’origine de la Franc-Maçonnerie.

Mes recherches sur ce sujet ont débuté presque par erreur. En effectuant des recherches sur un tout autre sujet, je découvris des preuves de l’existence de Francs-Maçons au début du 17ème siècle en Ecosse et que beaucoup de preuves existantes avaient été négligées par les historiens universitaires. Mes recherches sur ces documents m’ont conduit à la conclusion que la Franc-Maçonnerie commence en Ecosse.

Mon hypothèse de travail quant aux composantes essentielles de la Franc-Maçonnerie était la suivante :

  • l’existence d’institutions bénévoles ou de clubs, appelés Loges, ayant des activités rituelles et conviviales,
  • le postulat que, même si les Loges s’autogouvernaient, elles appartenaient toutes à un mouvement plus vaste, aux pratiques et croyances partagées,
  • la fondation de la structure des Loges et du rituel sur les traditions et mythes des maçons opératifs médiévaux,
  • la revendication pour le métier de maçon de la première place parmi tous les métiers, parce que l’architecture était la reine des Arts et était basée sur des principes mathématiques ou scientifiques,
  • l’enseignement de la morale, au moyen d’un rituel basé sur les pratiques opératives, illustrées par un symbolisme utilisant leurs outils de travail,
  • la possession de « secrets ».

La Franc-Maçonnerie d’Ecosse au 17ème siècle

Je prétends que le mouvement qui apparut dans l’Ecosse du 17ème siècle correspond à tous ces critères. La grande époque de la Franc-Maçonnerie était sans doute encore à venir, au 18ème siècle, où elle est identifiée aux Lumières, mais ce mouvement naquît à partir d’une période antérieure de grandes réalisations culturelles, la Renaissance.

Dans la mesure où on peut dire que la Franc-Maçonnerie, qui devait syncrétiser la culture de nombreuses époques, eut un fondateur, ce fut William Schaw. Schaw était Maître des Travaux du Roi d’Ecosse, Jacques VI, et cherchait, en tant que représentant de la couronne, à placer tous les maçons opératifs d’Ecosse sous son contrôle. Il s’intitulait Surveillant Général des Maçons et fut le premier Maître des Travaux à s’attribuer le titre d’« Architecte du Roi », répandant ainsi sur les maçons une partie de la gloire qui au cours de la Renaissance s’était associée à l’architecture, envisagée comme la Reine des Sciences, ainsi que le plus grand triomphe des mathématiques appliquées au monde. Et les mathématiques étaient de plus en plus perçues comme une clé pour comprendre le monde.

A l’évidence, Schaw croyait que les maçons étaient —ou devaient être— non pas de simples artisans, mais des hommes ayant un rôle dans le progrès des mathématiques. De plus, il croyait que cette importance devait être reconnue au moyen de leur organisation et du rituel. Nous avons là, je pense, deux points significatifs. Schaw appartenait à la génération qui suivit l’apport du Protestantisme en Ecosse par la Réforme. Et Schaw lui-même était catholique (romain) fidèle à une religion interdite, et n’échappa à la persécution que grâce à l’attitude relativement tolérante de la Cour, qui l’employait. Les maçons avec lesquels Schaw travaillait étaient presque tous Protestants, mais cependant, il se peut que, comme d’autres artisans, ils aient ressenti une perte en raison de la Réforme. Auparavant, leurs guildes de métiers remplissaient d’importantes fonctions rituelles et cérémonielles. Elles avaient leurs Saints patrons, leurs processions publiques lors des fêtes de leurs Saints et leurs autels dans les églises. Les guildes étaient en partie des fraternités religieuses.

Tout cela disparut avec la Réforme. Les guildes ne furent plus concernés que par les problèmes pratiques d’organisation des règles de travail des maçons et la supervision de leur formation. Je suggère que Schaw souhaitait restaurer une partie de cette vie rituelle perdue aux maçons, au moyen des loges qu’il patronnait mais qu’il eut soin de dire clairement que la religion n’était pas impliquée, car cela eût été inacceptable dans l’Ecosse Protestante. La fierté et les mythologies des maçons médiévaux pouvaient être ressuscitées et adaptées et les Saints patrons laïcisés furent repoussés à l’arrière-plan. Les rituels et les symboles étaient voués à la morale plutôt qu’au culte, et le statut était fourni par la référence aux mathématiques et à l’architecture.

Les documents sont fragmentaires, mais Schaw établit un système de loges maçonniques en Ecosse, parallèle aux guildes officielles. En 1598 et 1599, il édicta pour elles deux ensembles de règlements, les « Statuts Schaw » régissant essentiellement la vie professionnelle des maçons, mais indiquant clairement qu’en devenant membres des loges, il y avait beaucoup à mémoriser et à garder secret. Afin de faciliter cela, on devait utiliser « l’art de la mémoire ». Il s’agissait d’un technique mnémonique dérivée de la Grèce antique et particulièrement appropriée aux maçons car elle était basée sur la création d’une construction imaginaire, au sein de laquelle on se déplaçait mentalement, en utilisant ses différentes parties comme rappels des idées ou des faits qu’elle contenait. La Renaissance était fascinée par l’Art de la mémoire, et on lui prêtait des pouvoirs quasi magiques. C’était donc pour Schaw une valeur intellectuelle significative à intégrer aux nouvelles loges rituelles qu’il créait.

Exactement au même moment que les Statuts Schaw, les premières archives écrites de loges commencent à apparaître, les plus anciennes étant de 1599. Elles révèlent un système à deux grades, apprenti et compagnon (appelé alternativement maître). Ce n’est qu’un siècle plus tard que le troisième grade apparaît (à nouveau en Ecosse) au moyen d’une séparation de compagnon et maître en deux grades distincts.

Dès le milieu du 17ème siècle, des hommes n’appartenant pas aux loges connaissent leur existence, ainsi que l’existence de leurs secrets, mystère connu sous le nom de « Mot de Maçon ». Dès la fin du siècle, nous savons ce qu’étaient certains secrets, car certains membres des loges commencent à les coucher par écrit, nous fournissant des « catéchismes maçonniques » qui soulignent les rituels d’initiations. Dès 1710, nous connaissons 25 loges en Ecosse, et les procès-verbaux d’un certain nombre d’entre elles ont survécu. En Ecosse, la Franc-Maçonnerie est, semble-t-il, bien établie. Il est vrai qu’après la mort de W. Schaw en 1602, l’organisation centrale s’est perdue, mais les loges se considèrent nettement comme étant liées les unes aux autres, et ayant un but commun.

En Angleterre, par contre, il n’existe aucune trace d’un mouvement maçonnique avant 1700. Il existe quelques références à l’initiation, mais la meilleure interprétation de celles-ci est de dire que quelques anglais commencent à être informés de l’existence de la Franc-Maçonnerie écossaise et en font l’expérience plutôt que d’affirmer qu’une Franc-Maçonnerie anglaise existe déjà.

Appartenance
Cependant, j’ai laissé de côté un aspect essentiel pour les origines de la Franc-Maçonnerie, et certains diraient que cela oriente la démonstration à l’avantage de l’Ecosse.
Qui étaient les membres des premières loges écossaises ? Très majoritairement, des maçons de métier, des travailleurs et leurs employeurs. Certains historiens en ont déduit que cela signifie que les loges écossaises étaient de simples organisations de métier. Ils avaient des idées et des pratiques grossières qui allaient être incorporées à la véritable Franc-Maçonnerie, mais celle-ci n’aurait fait son apparition qu’avec la création de loges fondées par des gentlemen, dominées par des gentlemen. Cet argument, me semble-t-il, fait de la Franc-Maçonnerie une affaire de classe sociale. Les premières loges anglaises du 18ème siècle copièrent les noms de leurs officiers, les noms de leurs grades, et leurs rituels sur les loges écossaises… Mais seule la pratique de ces rituels par des gentlemen les transformeraient en « Franc-Maçonnerie » !

Non seulement cet argument « Franc-Maçonnerie = snobisme » est étrange pour une organisation qui défend un idéal d’égalité, mais il peut être démonté par des preuves écossaises. Dès les années 1640, les loges écossaises recrutaient des membres qui n’étaient pas des opératifs. Certains étaient artisans d’autres corps de métier, mais il y avait aussi des « gentlemen », soldats, négociants et nobles. Et dès les années 1690, des loges commencent à être fondées en Ecosse par des « gentlemen » et dont les membres sont, pour la plupart, des « gentlemen ».

La Franc-Maçonnerie, me semble-t-il, a évolué en Ecosse, à partir du métier de maçon. Puis, remarquablement vite, elle est devenue à la mode dans l’Angleterre du 18ème siècle, et l’initiative de l’évolution ultérieure était désormais anglaise. L’Ecosse avait apporté sa contribution. En Angleterre, la Franc-Maçonnerie fut, dès ses débuts, un mouvement destiné aux élites sociales, sans lien aucun avec les maçons de métier.

Les origines différentes des Maçonneries anglaise et écossaise sont toujours visibles aujourd’hui. En Angleterre, la maçonnerie est toujours l’affaire des élites, hommes d’affaires et professions libérales, aristocratie. En Ecosse, ces élites sont présentes, et souvent importantes, mais il existe aussi de nombreuses loges dont les membres sont principalement des travailleurs. La Franc-Maçonnerie d’Ecosse s’est développée à partir d’organisations de travailleurs, et continue de les inclure. La Franc-Maçonnerie d’Angleterre fut importée toute faite d’Ecosse par des « gentlemen » pour leur usage propre, et ils n’avaient aucun lien avec les opératifs, ni une quelconque intention d’entrer en contact avec des gens aussi humbles.

Source : www.ledifice.net

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