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Hauts Grades

Les rapports entre la Franc-maçonnerie et l'Eglise catholique

21 Octobre 2012 , Rédigé par H\ H\ Publié dans #Planches

La maçonnerie, comment naît-elle ? D’où vient-elle ?
Elle est née dans les îles britanniques et nulle part ailleurs.
Il y a déjà des loges qui ressemblent à la FM\ en Ecosse dés la fin du XVI°siècle et en Angleterre au XVII°s.
La maçonnerie telle qu’on la connaît prend naissance en 1717 avec la constitution de la grande loge de Londres résultant de la fusion de 4 loges.
Qu’est-ce qui explique que la maçonnerie soit née dans les îles britanniques ?
A mon avis cela s’explique par le climat politique et intellectuel très particulier qui est celui des ces îles au XVII° et XVIII°s.
Pendant cette période elles sont vraiment des territoires à part, qui n’ont rien à voir avec ce qui se passe sur le continent, et notamment en France.
A partir du XVII°s on voit se développer deux types de sociétés :

  • Une société bloquée, essentiellement la société continentale et plus particulièrement la France
  • Une société qui anticipe d’un siècle la société qui sera celle du XIX°s.

L’Angleterre a coupé la tête à son roi en 1649, presque 150 ans avant que la France ne le fasse.
En dépit de tentatives absolutistes des rois, des évolutions profondes ont lieu en Angleterre.
L’habeas corpus voté en 1679 donne 150 ans d’avance à l’Angleterre en matière de droit de la personne. Ce dispositif est révolutionnaire pour l’époque.

A partir de 1689, on peut dire que le roi règne mais ne gouverne pas.
Il y a des partis politiques, des élections périodiques. L’Angleterre invente la notion de budget, la cassette du roi ne se confond plus avec celle de l’Etat.
La liberté de presse et d’expression est totale. La censure n’existe pas. Il y a donc un débat démocratique (acte de tolérance de 1689).

En Angleterre on raisonne autrement qu’ailleurs.
John Toland publie « le christianisme dans ses mystères ». Cet ouvrage jette les fondements du déisme.
Cela contraste avec ce qui se passe sur le continent, où, pour un voyageur, la première chose qu’on lui demande est quelle est sa religion.
Dans des couches importantes de la société anglaise, une telle question ne se pose plus. On a sa religion et « on se fiche » de celle des autres. La religion devient une question personnelle, on n’en discute plus.

En 1660 a été créée la Royal Society. Elle accueillera Newton, John Locke, tous les grands noms de la science mais aussi du commerce et de la finance. Des praticiens donc aussi, des armateurs, des industriels.
On n’y discute pas de théologie. On demande à ses membres d’appliquer de la meilleure façon le résultat de leurs recherches, pour le plus grand bonheur de l’humanité, le plus grand bien-être des hommes.

Le bonheur de l’homme est « la tarte à la crème (sic) » du XVIII°s.
Avec la Royal Society, l’Angleterre invente la R&D = Recherche-Développement.

Un homme va jouer un rôle important dans ce processus : DESAGULIERS.
C’est un huguenot français qui a émigré très jeune avec ses parents en raison des persécutions.
Il devient docteur en philosophie et en physique. C’est le meilleur élève de Newton.
Il entre à la Royal Société en 1714. Il est initié en maçonnerie. Il participe en 1717 à la fondation de la maçonnerie moderne.
En 1719 il devient grand maître.
Il confie à un prêtre écossais presbytérien le soin de rédiger des constitutions (ANDERSON 1723).

Ces constitutions naissent donc dans un pays qui se libère des religions (orthodoxes), où la liberté d’expression devient totale, où le débat politique est monnaie courante, où le déisme devient à la mode, en tout cas chez les intellectuels et dans les couches élevées de la société.
Ces constitutions disent que pour être franc-maçon il ne faut pas être un athée stupide ou un libertin irréligieux.
L’athéisme radical est condamné. Mais l’athée tel qu’il est visé là, c’est parfois celui qui ne croit pas en un dieu déterminé d’une religion…(ensuite propos inaudibles en raison de personnes s’étant mises à tousser aux alentour du micro).

Ce créateur, cette puissance première, de grand architecte, son pouvoir s’est arrêté immédiatement après la création.
C’est quelqu’un dont on n’accepte plus les interférences dans la vie.
Comme l’a écrit le sociologue français GUSDORF (?), parlant du renversement copernicien qui s’opère dans la société du XVIII°s, Dieu devient un monarque constitutionnel, il règne mais ne gouverne pas. Il n’intervient plus dans la société. On s’écarte résolument de la vision providentialiste de l’histoire qui était encore celle d’un Descartes, et qui sera celle de Bossuet et de beaucoup d’autres encore jusqu’au XIX°s, savoir que dieu sait tout et conduit tout du passé, du présent et du futur.

Au travers des statuts de la FM, dans le contexte, le bain philosophique que nous venons de retracer, c’est une vision qui s’atténue (suite de secondes inaudible).
C’est un Dieu qui n’est pas celui d’une religion spécifique, j’insiste sur ce point, c’est un Dieu qui transcende toutes les religions.
On appelle dans les constitutions d’Anderson à une forme de respect et de tolérance entre les croyances et les croyants.

Desaguliers est aussi un prêtre anglican. Il fait écrire les statuts de la FM :. par un presbytérien écossais.
Ce qui frappe dans cette FM\ quand elle naît c’est l’esprit de tolérance.
Elle est en rupture totale avec la société profane, civile, en particulier continentale où on n’a que des religions d’Etat.
Si on n’est pas catholique en France, on est un citoyen de seconde zone, on est exclu de certains professions, de l’armée, de l’enseignement, on n’a pas droit à son culte, à des pasteurs, on n’a pas d’état civil, pas de cimetière…

La FM\ telle qu’elle éclot est révolutionnaire par la pratique de la tolérance.
Dans une loge on trouvera des gens de toutes les religions.
A la fin du XVIII°s un certain nombre de musulmans ont été initiés.
L’autre aspect qui frappe c’est la pratique de l’égalité. C’est aussi ce qui va faire que la FM\ va paraître un mécanisme d’ascension sociale au XVIII°s.
En loge on se tutoie, tous sont sur un pied d’égalité pendant la durée des travaux. Ceci est en rupture totale avec la société civile traditionnelle, très hiérarchisée, très stratifiée. Encore que, là aussi, l’Angleterre avait des dizaines d’années d’avance sur le continent.

Les fondements de la FM\ sont donc baignés par le climat religieux et intellectuel du temps.

L’Eglise catholique va rapidement comprendre qu’il y a peut-être là un danger.
A deux reprises la papauté condamne la FM\ au XVIII°s. En 1738 et en 1751. Elle somme les catholiques de quitter la FM \
Les condamnations fulminées par Rome vont-elles avoir un effet ?
On constate que, dans un certain nombre de pays, elles n’ont aucun effet. Elles ne seront même pas publiées.
Ce sera le cas dans nos régions et pour la monarchie austro-hongroise.
Que reproche l’Eglise catholique à la FM \ ?
Deux points fondamentaux apparaissent dés 1738 et vont être récurrents jusqu’au XX°s.
1° point :

On vivait dans des sociétés mono culturelles d’un point de vue religieux partout sauf en Angleterre, et un peu en Hollande aussi Dans ce bain mono culturel, ce qui n’appartient pas à la relation dominante est écarté. La crainte de l’Eglise c’est que les catholiques ne soient au contact de personnes appartenant à d’autres religions et ne soient en quelque sorte pervertis, devenant potentiellement des hérétiques.

2° point
L’Eglise ne peut pas accepter qu’un maçon s’engage au secret maçonnique. Le catholique se trouve en conflit par rapport à l’Eglise car il ne doit rien cacher à son confesseur. Il y a une relation particulière entre le fidèle catholique et son confesseur. Elle ne peut être mise à mal du fait du serment maçonnique.

(10 mn de développements sur l’empire austro hongrois non retranscrits).
On parle 16 langes dans cet empire et y pratique toutes les religions.
Les empereurs ne suivront pas les bulles papales.
L’empereur d’Allemagne a été initié maçon par Desaguliers.
Il joue le rôle (lui et ses successeurs) de pare-feu contre les bulles papales.
A noter que dans les autres royaumes les souverains sont aussi en lutte contre Rome. C’est Louis XV qui expulse les jésuites en 1764.
C’est un cardinal archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne, qui préside une commission, dans les années 1770, qui décide de la fermeture de 400 couvents et monastères considérés comme inutiles.

Les esprits évoluent, y compris à l’intérieur du clergé. Un père jésuite ami du conférencier a conclu qu’à la veille de la révolution il y avait environ 2000 ecclésiastiques dans les loges en France.

Un évènement important pour la FM. : est la publication par un abbé jésuite réfugié à Londres, Barruel, de « mémoire pour servir l’histoire du jacobinisme ».
Barruel est influencé par les idées venues d’Allemagne et d’Autriche et il soutient que la maçonnerie est à l’origine des grands bouleversements, dont la décapitation de Louis XVI.
Les connotations qu’avait la philosophie française (les philosophes des Lumières) étaient qu’elle était une arme de combat contre le christianisme, la plupart des philosophes étant athées ou théistes.
On oublie trop que beaucoup d’idées modernes, comme la tolérance par exemple, venaient aussi d’Allemagne, d’Italie et de Hollande.
Souvenons nous que la France des Lumières fait imprimer ses écrits (Voltaire, Diderot…) à l’étranger.
Dans plusieurs parties de l’Europe on veut réformer le christianisme, on eut une morale plus austère, plus rationnelle.

Il y aura, après 1793, et après Napoléon 1°, une réaction européenne contre les idées françaises.
En Bavière, une secte, les illuminés, se développe. Elle n’a rien à voir avec la maçonnerie. Elle a un programme intéressant : égalité, liberté, elle professe la disparition des despotes.
Leur chef décide d’infiltrer la maçonnerie.
Barruel a eu accès aux archives des illuminés. Se développe l’idée nouvelle que la révolution a été tramée dans les loges maçonniques.
Avec comme conséquence : les maçons sont dangereux, ils sont susceptibles de faire des coups d’Etats.
Le mémoire de Barruel sera traduit dans de multiples langues.
Comme la révolution française a émancipé les juifs, l’idée se fait jour que ce sont les juifs qui sont derrière tout cela, d’où l’idée d’un complot judéo maçonnique.
Cette idée fera fureur jusqu’au régime de Vichy.
Le général FRANCO en Espagne était un obsédé de ce complot.

Revenons à l’Eglise.
1832. Grégoire XVI s’en prend au libéralisme religieux en général. Les arguments utilisés sont les mêmes qu’avant.
En décembre 1837 la conférence épiscopale de Belgique prend en compte l’encyclique et fait lire une lettre pastorale dans toutes les églises.
On va voir, en 15-20 ans, de plus en plus de catholiques quitter les loges.
Il se produit un changement sociologique dans les loges.
En 1864 le pape publie sa grande encyclique Quanta Cura. Elle est accompagnée d’un Syllabus, devenu Le Syllabus en raison de son importance. Ce texte condamné les grandes erreurs du temps aux yeux du pape : le libéralisme, le socialisme, la démocratie, la liberté de conscience…
Toutes les grandes libertés héritées de la révolution américaine et française sont condamnées.
Ceci provoque un déchirement chez un bon nombre d’intellectuels restés chrétiens ou spiritualistes.
Pour beaucoup il y a une incompatibilité entre la science et la foi, entre la liberté de pensée et l’adhésion à une religion révélée.

Une maçonnerie libérale se constitue. On change les statuts du Grand Orient en France et en Belgique. Pour être maçon il ne faut plus croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme. En loge, on accueille tout le monde, des agnostiques, des athées.
Ce mélange là existe toujours.
Une fracture se produit dans la maçonnerie dite universelle, entre une maçonnerie libérale et une autre qui reste attachée aux anciennes croyances.
Dans le droit canon de 1913, la FM. : est condamnée, elle est appelée secte et les catholiques maçons sont excommuniés.
En 1983, refonte du droit canon. On en trouve plus la FM dans la liste des institutions condamnées. Mais, après promulgation, le cardinal Ratzinger (devenu depuis pape) explique que rien n’a changé et que les condamnations demeurent.

FIN

Question : quelles différences entre croyant, agnostique et athée ?

Réponse du conférencier : l’agnostique dans mon genre c’est quelqu’un qui pratique un doute raisonnable et scientifique. Je ne peux pas prouver que Dieu n’existe pas, donc, la seule position intellectuellement tenable c’est l’agnosticisme.
Dieu ne fait pas partie de ma perspective, aucunement. Je n’y pense pas.
Mais je ne dirai pas que je suis athée, je dirai que je suis agnostique.
Parce qu’un athée, c’est un croyant qui croit que Dieu n’existe pas, face à un autre croyant qui croit que Dieu existe.

Le catholique, s’il est catholique, il (doit) s’incline devant le magistère, devant la vérité révélée. Il n’a pas sa liberté de pensée ; c'est-à-dire que l’homme catholique ne peut pas faire usage de son libre entendement.
C’est inacceptable pour l’Eglise que l’homme aille au bout de ses capacités intellectuelles.

Et ce citer son conflit avec l’évêque de Namur lorsqu’il voulait supprimer les cours de religions pour les remplacer par de la philosophie et de l’étude comparées des religions dans les deux dernières années du secondaire.

Ce qui fait peur à l’Eglise catholique, c’est la comparaison avec d’autres religions ; c’est le fait qu’en comparant on voit que, sous toutes les latitudes, à toutes les époques, les hommes se sont posés les mêmes questions.
Chaque Eglise prétend être celle qui détient la vérité.
Si l’on élargit le champ culturel des préoccupations, cela introduit le relativisme.
Le relativisme est le plus grand péché que puisse commettre un catholique.
En FM. : il n’y a pas de vérité révélée. Il peut y avoir une bible dans les ateliers mais corrigée par le compas et l’équerre.
Il y a une vérité, on la cherche, on espère la trouver, mais elle n’est pas révélée.

Source www.ledifice.net

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