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Hauts Grades

Les Rites Forestiers

24 Août 2012 , Rédigé par LUC CROIZE 12 /11/11 Publié dans #histoire de la FM

‘’Depuis bientôt  quatre siècles, notre détestable race détruit sans pitié tout ce qu’elle rencontre, homme, animaux, végétaux, minéraux. La baleine va s’éteindre, anéantie par une poursuite aveugle. Les forets de quinquina tombent l’une après l’autre. La hache abat, personne ne replante. On se soucie peu que l’avenir ait la fièvre.’’

Ainsi s’exprimait en 1869, AUGUSTE BLANQUI dans son ouvrage «  la critique sociale ». 

AUGUSTE BLANQUI, a appartenu aux ‘’ rites dits forestiers’’, fendeurs ou charbonniers et a été influencé par leurs philosophies. 

D’autres personnages illustres aux cours des siècles étaient affiliés à ces rites : BABEUF, BARBES, BRIOT, BUCHEZ,  BUONARROTTI, CARREL, EUGENE DELACROIX, GARIBALDI, LA FAYETTE, LEDRU ROLLIN, NAPOLEON III, ORSINI, OUDET, PROUDHON, MADAME DE STAEL, MADAME VIGIER LEBRUN, etc., et pour l’instant sans preuve formelle : MICHAEL ANGE, JEANNE D’ARC, FRANCOIS I , HENRI II, HENRI IV, DIANE DE POITIERS, LA POMPADOUR, RABELAIS, et DANTE qui dans sa ‘’ Divine Comédie’’ au chant premier de l’enfer nous fait un clin d’œil sur la réception forestière.

‘’Je perdis le véritable chemin, et je m’égarai dans une forêt obscure : ah ! Il serait trop pénible de dire combien cette forêt, dont le souvenir renouvelle ma crainte, était âpre, touffue et sauvage…Pour expliquer l’appui secourable que j’y rencontrai, je dirai quel autre spectacle s’offrit à mes yeux… je levai les yeux et… je vis le sommet de cette colline revêtu des rayons de l’astre qui est un guide sûr dans tous les voyages’’.    

L’étude historique des BBCC est complexe, nous manquons d’écrits sérieux sur le sujet. L’ouvrage de Jacques BRENGUES  ‘’LA FRANC MACONNERIE DU BOIS ‘’ est intéressante pour la reproduction de quelques rituels de fendeurs et charbonniers, mais ses commentaires concernant les rituels et ce mélange qu’il fait des fendeurs, des charbonniers, et de la franc maçonnerie mérite réflexion. Les ouvrages des éditions du Prieuré concernant les BBCC ont un manque de rigueur historique et scientifique avec mise en circulation d’hypothèses hasardeuses et ils ont contribué à brouiller l’accès à une connaissance véritable des BBCC. Le travail des historiens du compagnonnage tel Laurent BASTARD et Jean Michel MATHONNIERE est d’une autre rigueur.

Dans les années 80, j’apprends l’existence des BBCC par Robert AMADOU. Apres une très longue enquête et l’aide précieuse d’un F… mais aussi  BC, nous retrouvons en novembre 2008 à La Haye (nl), un véritable trésor : plus de 2000 feuilles où pages de rituels, chants, lettres, diplômes invitations, datant de 1754 à 1821 concernant les BBCC. Cette trouvaille est en cours de retranscription.  

La plus ancienne mention connue aujourd’hui concernant les fendeurs et charbonniers est conservée aux archives départementales de l’Yonne et date du 1 mai 1673, c’est une condamnation épiscopale émanant de Nicolas COLBERT, évêque du diocèse d’Auxerre. Je cite ‘’ sur ce qui nous a été remontré par notre promoteur général, qu’en plusieurs paroisses de notre diocèse il y a des forgerons, charbonniers et fendeurs qui font des serments avec certaines cérémonies qui profanent ce qu’il y a de plus sacré dans nos plus saintes et augustes mystères et par lesquels ils s’obligent à mal traiter tous ceux qui n’exécuteront pas toutes les lois qu’ils s’imposent à eux même contre toutes raisons et au préjudice des personnes publiques et particulières : et de ne pas souffrir ceux de leurs métiers à travailler avec eux avant qu’il aient juré en leurs présence d’une manière si détestable ‘’. L’ordonnance continue avec la promesse d’excommunication. L’année suivante le 10 avril 1674, l’évêque Nicolas COLBERT rend son ordonnance et indique ‘’ qu’ il y a en plusieurs paroisses de notre diocèse des charbonniers, bucherons ou fendeurs de bois et mineurs ou gens travaillant aux mines de fer, qui sous prétexte d’empêcher que leur métier ne devienne commun et que le nombre des maitres, ainsi qu’ils s’appellent n’augmente trop, font entre eux un certain serment exécrable de ne jamais révéler à qui que se soit le secret de leur métier…même à l’égard de leur confesseur…même à l’article de la mort’’ et l’évêque de poursuivre  ‘’ après avoir examiné et fait examiné le dit serment que nous avons jugé être mêlé d’impiété et de la profanation des plus saints mystères de notre religion, avons défendu  et défendons à tous les charbonniers, fendeurs et mineurs sous peine d’excommunication de faire désormais le dit serment ou d’exiger des autres qu’ils le fassent ‘’ . 

 

Fendeur, charbonnier, forgeron, mineur, mais quels sont ces métiers ? Nous trouvons la meilleure description du métier de fendeur dans l’ouvrage édité en 1769 de DUHAMEL DU MONCEAU ‘’ de l’exploitation des bois ‘’  ‘’ Quand les bucherons ont abattu les arbres, et qu’ils en ont retranché les branches, le marchand… livre en cet état aux ouvriers fendeurs. DUAHAMEL DU MONCEAU poursuit en donnant les avantages à refendre le bois et non à le scier. ‘’ Les ouvriers qui travaillent les bois dans les forêt ont bien su profiter de cette propriété du bois pour le fendre, et en faire d’une façon expéditive, plusieurs ouvrages qui, par cette manœuvre, sont beaucoup meilleurs que s’ils étaient refendus à la scie…la scie ne suivant point régulièrement les inflexions des fibres, elle les coupe, et ne fait que du bois tranché, au lieu que par la méchanique du fendeur, ces fibres restent dans leur entier, et les ouvrages en ont beaucoup plus de solidité. Joignons à cela qu’en fendant le bois, on épargne ce que le trait de la scie emporte, ce qui ne laisse pas d’être considérable ‘’.  L’auteur nous précise que le fendeur doit reconnaitre les marques extérieures d’un arbre propre à la fente. Les essences se fendent différemment, et une même espèce d’arbre, selon son exposition et le sol où il a poussé, se fendra plus ou moins bien. Il donne des indications sur les qualités et les défauts des bois, données que l’on retrouve dans nos rituels. L’outil du fendeur c’est le coin en bois dur souvent en bois de charme. Le fendeur fabrique : le plancher des habitations, les lattes, pour le couvreur, pour le maçon, le plâtrier, il fournit le tonnelier en merrain, la marine en rames pour les galères, le vigneron pour les échalas, l’armée pour les fourreaux d’épées ou de sabres.

Le charbonnier qui est mentionné sur l’ordonnance n’est pas un marchand de charbon, mais un fabricant de charbon issu du bois par combustion incomplète. Ce travail n’est pas aussi simple qu’il y parait, c’est un véritable art alchimiste, que de transformer un morceau de bois en charbon, sans le réduire en cendre. De la construction de la meule à l’allumage de celle-ci, à la surveillance de la cuisson, au défournement, c’est un très grand savoir faire. Si nous connaissons aujourd’hui le charbon de bois pour griller côtelettes, merguez, sa fonction était toute autre il y a moins de cent ans. Avant la découverte de la houille noire et la fabrication du coke, il servait de combustible pour les forges, le chauffage domestique, la poudre à canon, le filtrage de l’eau.

La déforestation à très grande échelle provoqua les ordonnances du début du XVIII siècles qui réglementeront d’une façon draconienne l’abattage des arbres, ce qui forcera l’emploi de la houille noire et de son dérivé le coke. Le métier de charbonnier s’éteindra doucement. Nous n’évoquerons pas ici les métiers de forgeron et de mineur encore connu de nos jours.

 

Lorsqu’au volant de votre véhicule à 130km/h, réglementation oblige, sur autoroute, vous traversez une forêt, vous n’avez aucune idée de ce que pouvait être la forêt il y a même cent ans. Si aujourd’hui elle est devenue un lieu d’abattage mécanisé et de loisir, vide d’humain elle était il a peu, peuplée de professionnels de tous les métiers se rapportant aux bois, à la chasse, à l’élevage, aux mines. Ceux-ci étaient en relation constante et direct avec des urbains : charpentiers, ébénistes, tonneliers, marchands, voituriers, propriétaires forestiers (représentants du pouvoir royal, seigneurs locaux, ordres monastiques, bourgeois). Ce monde de la forêt n’était pas fermé et ne vivait pas en vase clos, il y avait contact, échange, entraide. La forêt était aussi le refuge, du proscrit, du rebelle (Ernst JUNGER   ‘’ Le Traité du Rebelle ‘’ ou  ‘’ Le Recours aux Forêts ‘’), qui pour survivre fera quelques petits travaux, mais pourra influencer philosophiquement les forestiers. Néanmoins, comme l’indique Sébastien Jahan et Emmanuel Dion dans leur ouvrage ‘’Le Peuple de la Forêt ‘’ .Les charbonniers, bucherons, fendeurs ne sont pas des brigands, des asociaux, mais de très bons chrétiens et pères de famille souvent indociles face aux impôts et taxes, de redoutables commerçants avec une très bonne  connaissance de l’offre et de la demande, ce qui ne leur fait pas que des amis.   

La forêt c’est un territoire dangereux, il y a des bêtes sauvages, on s’y perd, on peut mourir de faim, de froid, de soif, il suffit de lire les contes de GRIM, de PERAULT, pour ce rendre compte des dangers que recèle le monde de la forêt. Mais il faut bien y vivre, y circuler. Alors s’impose pour survivre, l’indispensable : aide et secours. Un pouvoir se crée, les conditions sont remplies pour l’existence d’une société de résistance et de secours mutuels qui la rende précieuse, aux professionnels de la forêt, aux négociants, aux voyageurs, qui sur les routes et dans les forêts pourraient courir des dangers. Quiconque était affilié aux fendeurs, charbonniers, faisait un signe ou prononçait certaines paroles et s’il se trouvait à portée d’un bon cousin celui-ci accourait immédiatement à son aide. Beaucoup d’idées mutualistes en cours aujourd’hui sont issues de ces mouvements proches du compagnonnage. Clavez, dans son ‘’histoire pittoresque de la F…M…et des sociétés secrètes anciennes et modernes’’ (1843), nous raconte ceci, ‘’ Briot, reçu charbonnier prés de Besançon, futur membre des cinq-cents, pendant les guerres révolutionnaires, fut fait prisonnier par les Autrichiens prés de la Forêt Noire, lors de la retraite de Moreau, parvient à s’échapper, s’égare et vient à tomber au milieu des partisans. A la vue de l’uniforme qu’il portait on l’entoure, c’en est fait de lui, cependant il aperçoit dans la troupe des charbonniers qu’il reconnait à leur costume, il se hâte de faire les signes de la charbonnerie et les BBCC le prennent sous leur protection et vont le guider jusqu’aux avant postes français. Ce même Briot créa la compagnie d’assurances mutualistes au nom évocateur ‘’ Le Phénix ‘’.  

Les fendeurs et les charbonniers ont accepté des spéculatifs au milieu d’eux : les urbains décrits plus haut, les propriétaires des bois, les voituriers. Mais le plus illustre de ces membres acceptés fut, suivant une tradition plus ou moins légendaire, le roi François I, qui s’étant emporté par l’ardeur de la chasse et s’étant égaré (forêt de Chambord), à la nuit tombée, se trouva obligé de se réfugier dans une cabane de charbonnier, s’étant simplement assis sur le billot du Père Maître, celui-ci le fit relever en lui disant ‘’ charbonnier est maître chez soi’’. François I reçu l’initiation charbonnière et a toujours été tenu en honneur chez les charbonniers à qui il a conféré des privilèges.  

A la suite de l’unification de la F.M. spéculative, avec la création de la Grande Loge de Londres le 24 juin 1717, des loges militaires, avec les Stuarts, arrivent en France, et vont rencontrer divers mouvements, fraternités possédants rites et rituels initiatiques, tel le compagnonnage, les R+C, les Architectes, l’Agla, la société du Brouillard, les Gouliards, et nos BBCC Fendeurs ou Charbonniers. Un grand nombre de ces sociétés initiatiques seront absorbées par la F… M…sur le continent et laisseront à travers elles des traces encore visibles aujourd’hui, plus particulièrement au REAA : les architectes avec le 8°degré’’ intendant des bâtiments’’ et le 12° degré ’’ grand maitre architecte’’, les rose+croix avec le 18° degré ‘’ chevalier rose croix ‘’. Un seul mouvement ne sera pas touché par cet engouement car étant le seul rite opératif, bien que la F… M…y puisera ses symboles, c’est le compagnonnage. Plus complexe les BBC fendeurs ou charbonniers vont se diviser en deux parties une fenderie fidèle aux origines et une fenderie maçonnique qui deviendra immédiatement un 4° degré et même plus de la F… M…tout en gardant sa propre spécificité. Nous la retrouvons au REAA au 22° degré  ‘’ chevalier de royal hache ou prince du liban ‘’.   

Le premier rituel connu aujourd’hui est un rituel de l’ordre des fendeurs du début du XVIII° siècle conservé au musée du compagnonnage à tours. Ce rituel n’a aucune influence franc maçonnique, mais il est intéressant de signaler que la mise à l’ordre est debout, la main droite à la gorge en forme de coin et nous verrons ultérieurement l’explication du terme battre la diane. Les fendeurs ont influencé la F…M…naissante sur le continent. Jusque dans les années 1750 les rituels retrouvés sont plutôt à comportement compagnonnique. Puis arrive celui mis en place  par le Chevalier de Beauchesne en 1747.

C’est un ordre mixte semblable aux autres ordres forestiers, avec cousins et cousines, mais va emprunter à la F…M…naissante des éléments ritueliques. Mais grâce au rituel de Macon (1751), nous avons la preuve que parallèlement il existait toujours un ordre des BBCC fendeurs totalement indépendant de la F…M… .On y retrouve même une attaque contre celle ci ‘’ chez nous pas de bandeau tout est lumière’’.

Dans l’ouvrage en 6 tomes de 1762 ‘’ La Maçonnerie des hommes’’, description d’une F..M… en 65 grades. Le 45° grade ‘’ Le Prodigue Converti Grade Forestier’’

  ‘’Rituel d’Alexandre la Confiance ‘’, cité dans l’ouvrage de Jacques Brengues et dont la provenance du fond Kernuz des A.D. du Finistère me semble plus récente, et le 60° grade ‘’Compagnon Fendeur où Devoir des Fendeurs ‘’en cours de retranscription, sont purement des rituels de BBCC peu teintés de maçonnerie, mais perdus dans celle-ci. En 1780 nous avons un rituel ‘’Le Fendeur 4 Grade de l’Art Royal de la Maçonnerie ‘’. Mais aussi datant de la même époque le très intéressant rituel, ‘’ Des Rogers Bontemps ‘’ ‘’ 4 Grade de la F… M… ‘’ base de notre rituel actuel, que Ragon va synthétiser dans son ouvrage ‘’ Rituel de la Maçonnerie Forestière. D’autres rituels de ‘’la fenderie courant historique ‘’et de ‘’la fenderie courant maçonnique’’ jalonnent le XVIII siècle. Au début du XIX° siècle les ventes de fendeurs se fondent dans les loges maçonniques où dans les ventes charbonnières. Le 10 thermidor an 10 (29 juillet 1802) les BBCC courant historique invitent les FM à assister à une vente, c’est pour ma part, le dernier document connu d’une telle vente de BBCC. Même sous l’influence maçonnique, les ventes de fendeurs seront toujours en harmonie avec la nature, tout en rappelant aux BBCC leurs devoirs vis-à-vis d’elle.  

Nous avons connaissance de l’existence de ventes charbonnières au XVII° et XVIII°, sans connaissance de rituel pour l’instant.  Au XIX° siècle 3 types de ventes charbonnières vont coexister :

              Les charbonniers uniquement de métier

              Les charbonniers de métier qui ont accepté avec eux des membres extérieurs, des spéculatifs. On y retrouve ainsi des notables, des militaires. Ils pratiquent un rituel très chrétien. Un sous groupe de cette représentation constituera un 4° grade de la F…M… . La démonstration est donné par l’ouvrage de Cauchard d’Hermilly ‘’ Des Carbonari et des Fendeurs Charbonniers ‘’ datant de 1822 et dont l’action se déroule à Arras.

                 Les charbonniers uniquement spéculatifs, très politisés, avec une ossature de société secrète, anti royaliste, napoléonienne, puis anti napoléonienne, anarchiste et dont le Marquis De Lafayette sera le Père Maître. Elle intriguera en France pendant une cinquantaine d’années, c’est peut-être la mère de la seconde république en 1848. Elle va aider le mouvement de l’indépendance de l’Italie en influençant la création de la ‘’ Carbonnaria’’. Ses idées se propageront en Espagne, au Portugal, au Brésil. Elle pèsera sur le mouvement laïc en Turquie en ayant un ascendant auprès des confréries Soufis. Même la Perse (Iran) sera contaminée par ses idées, particulièrement ’’ la Société de la Fraternité ‘’ dont les armes sont deux petites haches entrecroisées soutenant un bol. Cette charbonnerie fera beaucoup de tort aux autres charbonneries, qui se fonderont au cours du XIX siècle dans la F…M… . Néanmoins, on peut affirmer que la philosophie de cette charbonnerie aidera l’un de ses membres, Proudhon à développer ses thèses sur les enjeux mutualistes. La notion de la s. s. était née et comme évoqué précédemment, Briot créa la société d’assurance ‘’ le Phénix ‘’ calquée sur l’organisation des BBCC.  

 Au cours du XIX° siècle apparaissent des livres concernant les BBCC fendeurs où charbonniers. Je retiens ici cinq auteurs.

             Clavel      ‘’ Histoire Pittoresque de la Franc Maçonnerie ‘’ paru en 1843.

             Zaccone    ‘’ Histoire des sociétés secrètes politiques et religieuses ‘’  paru en 1847.

             Ragon       ‘’  Rituel de la Maçonnerie Forestière ‘’  paru en 1861.  

             Dinaux (valenciennois)  ‘’ les Sociétés Badines, Bachiques, Littéraires et Chantantes. Leurs Histoires et Leurs Travaux ‘’ paru en 1867 et un auteur prolifique,  Grasset D’Orcet, qui a laissé à la postérité plus de 700 articles. On peut retrouver dans cinq de ses  ouvrages des éléments concernant les BBCC, malheureusement éparpillés aux quatre coins de son œuvre. Il faut donc tout lire et trouver le fil d’ariane.   

Les BBCC charbonniers ou fendeurs sont des associations de types initiatiques proches du compagnonnage, mais acceptant des membres étrangers à leurs métiers. La meilleur définition est dans un texte de 1762 conservé à La Haye, ‘’ les fendeurs n’ait (ne sont) point un ordre, mais un devoir tel que les compagnons passants du devoir tailleurs de pierres, ce devoir est crée avec toutes la régularité possible avec eux, la charité y est observée ainsi que le devoir d’hospitalité, et ils s’en suivent les sept béatitudes’’. Ces sept béatitudes ou devoir des BBCC nous les retrouvons dans tout les rituels du XVIII° : les voici :

 

              J’ai été nu, vous m’avez  habillé.

              J’ai eu soif, vous m’avez donné à boire.

              J’ai eu faim, vous m’avez donné à manger.

              J’ai été en prison, vous m’avez visité.

              J’ai été malade, vous m’avez secouru.

              J’ai eu froid, vous m’avez réchauffé.

              J’ai été affligé et vous m’avez consolé.

 

Ces devoirs des BBCC ne sont pas les béatitudes du ‘’ sermon de la montagne ‘’ de l’Evangile de Luc ou de Matthieu, mais sont en partie tiré de Matthieu 25 verset 35/36, sauf que dans cet Evangile ces pensées sont six et qu’il en manque une : ‘’ j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ‘’. Celles concernant le froid et l’affligé sont en plus. Les BBCC ont supprimé l’étranger, car on assiste uniquement les membres d’une même fraternité, ce qui entraine la nécessité vitale de l’entraide des professionnelles de la forêt, mais aussi sur ceux avec qui l’on peut compter en cas de coups durs, et nous voila dans la finalité de l’initiation, du passage, de la réception. Le nombre sept, c’est bien entendu le tertius quartus. Une étude du père Lagrange, de l’Evangile  selon Matthieu nous donne des explications sur l’origine de ces dites béatitudes, ‘’on trouve en Egypte, en Mésopotamie, chez les philosophes grecs et latins bien des aphorismes qui vantent ces offices de bienfaisances comme agréables aux dieux ‘’.  

Je cite ici un texte trouvé dans un rituel antérieur à 1780 ‘’ une confrérie nombreuse d’hommes qui, quoique bien établis dans les villes par la fortune et les autres commodités de la vie, cherchent les bois, aiment les forêts les plus épaisses, s’y répandent pour y faire régner la lumière, le travail et l’humanité, pour y rendre les chemins praticables et assurés pour tous les voyageurs ‘’.

Les BBCC pratiquent des rites de reconnaissance, leurs significations renvoient tantôt aux gestes de métiers, tantôt aux arbres de la forêt ou encore à des symboles chrétiens. D’autres reconnaissances se font de manière particulière pour être entendues de loin. On dit ‘’ battre la douelle ‘’ ou ‘’ battre la diane’’. Je cite ici un passage du rituel des Rogers Bontemps (- 1780), ‘’Il bat le bois ou la diane, ce qui se fait en battant deux petits morceaux de bois (égaux et longs d’un demi pied), l’un contre l’autre pour imiter le bruit des forgerons et en trois temps comme les maréchaux’’.

Le pain et le vin sont omniprésents chez les charbonniers, fendeurs.

On retrouve dans les chants des BBCC, ce texte ‘’qu’aucune vie sociale n’est possible sans prise en considération du milieu naturel dans lequel elle se déroule’’. L’homme est le jardinier, l’intendant de la nature, qui est un capital dans lequel on doit tirer profit uniquement de l’intérêt. Voici à ce sujet un court extrait d’un chant des fendeurs : ‘’a connaitre la nature, sans cesse nous travaillons à pratiquer ses leçons…’’.  

Ces rituels sont typiquement liés sociologiquement aux sociétés indo européennes, car ils s’organisent autour de trois facteurs : le sacerdotal, le guerrier, le producteur de bien du métier. 

Dans la première moitié du XX°, plusieurs tentatives discrètes de réveil des rites forestiers ont été tentés principalement par des F…M… . Deuxième moitié du XX° siècle, plusieurs publications évoqueront les BBCC : en 1960 ‘’les Egalitaires en Belgique Buonarrotti et ses sociétés secrètes’’ de Julien Kuypers, en 1966 ‘’ le Ligou’’, en 1973 ‘’ la F…M… du bois’’ de Jacques Brengues, divers textes de Robert Amadou, surtout dans la ‘’Renaissance Traditionnelle’’, en 1994 ‘’ Commémoration des bons cousins ‘’ de Francis Laget. C’est un lillois, René Jacques Martin qui le premier refonde une vente ‘’ le Chantier de la Grande Forêt des Gaules’’, dont l’objet est la restauration de l’initiation forestière et la protection de la forêt, les textes de références ‘’ Ragon et Brengues’’ décès de R. J. Martin pas ou peu de travail sur les rituels et le mouvement s’éteint. 1983 ‘’ Ordre des Cousins Forestiers Rétablis’’ quelques bulletins, et cette ordre disparait. En 1993, à la suite de plusieurs années de recherches, un groupe de F… M…participe, avec un mouvement druidique à la résurgence du ‘’rite forestier dit des modernes’’, en activant une première loge appelée ‘’ les Forestiers d’Avallon ‘’ qui se transformera ensuite en première vente forestière donnant naissance à d’autres ventes, une dizaine à ce jour. 

 

La vente à laquelle j’appartiens est issu de cette refonte, mais grâce aux documents que nous avons récoltés, des interrogations commencent à être résolues, telles que les questions suivantes :

               Sommes-nous F… M… ?

               Sommes-nous dans l’héritage Compagnonnique ?

               Sommes-nous une société initiatique à part entière ?

Actuellement, je dis bien actuellement, nous pensons que nous sommes une société initiatique à part entière, respectant les valeurs : compagnonniques (proche du compagnonnage, mais nous sommes des spéculatifs) et francs maçonniques. 

Nos traditions forestières transmettent, des savoirs, des réflexions, des habitudes, des goûts, des manières, certainement modifiés aux cours des temps. C’est un corpus matériel et spirituel qui n’a pu naître que de l’existence des acquis du passé, donc de notre longue filiation. Mais une tradition figée meurt faute d’avoir évoluée. Notre actualité, notre modernité se nourrit de l’héritage transmis de notre passé, notre rituel est évolutif. Il est vivant.  

VENTE : Clairière ou se pratique les ventes et échanges commerciaux. Par extension ce terme désigne le lieu de réunion et le nom de l’association des BBCC (loge et atelier).

BON COUSIN : Nom que se donnent entre eux les fendeurs et les charbonniers, ainsi que les membres de ces associations initiatiques.

BBCC : Bons Cousins

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