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Hauts Grades

Les rose-croix ou le complot des sages

15 Octobre 2012 , Rédigé par Pierre Montloin et Jean-Pierre Bayard Publié dans #spiritualité

Les rose-croix ou le complot des sages 1

A Francfort-sur-le-Main, en 1628 parut un ouvrage intitulé Summum bonum qui fit grand bruit, par toute l’Europe, dans le monde savant. Il était signé Joachim Fizzio, pseudonyme de Robert Fludd. Quand on posa à l’auteur la question : « Etes-vous Rose-Croix ? », il répondit : « Je ne l’ai, en vérité, pas mérité, cependant cette bénédiction dépend de la grâce de dieu ». Robert Fludd, était un médecin et hermétiste anglais (1574-1637). Naudé, le bibliothécaire de Louis XIII affirma que les Rose-Croix s’engageaient notamment à exercer gratuitement la médecine, à se réunir une fois chaque année, à tenir leurs assemblée secrète. Ils confessaient que le pape est l’Antechrist. Hargrave Jennings écrivit « The Rosicrucians, their rites and mysteries » en 1870. Il affirma que les rose-croix se refusaient aux affections humaines, qu’ils considéraient les femmes comme des êtres inférieurs, ils ne recherchaient pas les honneurs, parce que aucune gloire humaine n’était convenable pour eux. Dans toutes les matières ils élargissaient à l’infini l’horizon intellectuel. Edward-George, first baronet of Bulwer Lytton (1803-1873) fut imperator de la Societas Rosicruciana in Anglia et considéra ses connaissances ésotériques dans « Zanoni ». (en réalité Bulwer Lytton se vit attribuer ce titre de façon honorifique mais il le refusa ce que Bayard ne sait pas).

L’Europe, la France et Paris en 1623

Au début du XVIIè siècle, les troubles religieux ont démontré qu’il n’y avait pas une France, mais des Frances, prêtres les unes et les autres à recouvrer leur indépendance. Par un balancement psychosociologique souvent constaté, ce qu’a perdu le christianisme profite aux sorcières, aux charlatans, escrocs. Puis arrive le cartésianisme qui reste attaché à l’Etre. Dans le tourbillon de la pensée religieuse et philosophique, le jansénisme va bientôt se manifester. Paradoxalement, il donnera naissance à un mysticisme trouble et incontrôlé. Gabriel Naudé (1600-1652) raconte ce qui s’est passé à l’été 1623. Dans son « Instruction à la France sur la vérité des frères de la rose-croix » (1623) il évoque les affiches où étaient écrit : « Nous, députés du collège principal des frères de la roze-croix, faisons séjour visible et invisible dans cette ville par la grâce du Très-Haut, vers lequel se tourne les cœurs des juste. Nous montrons et enseignons, sans livres ni marques, à parler toutes sortes de langues du pays où nous vouons être, pour tirer les hommes, nos semblables, d’erreur de mort ». Le peuple ne sachant pas lire ne réagit point. Le clergé s’inquiéta car les affiches sentaient le huguenot. Ces derniers seuls usaient communément de l’expression biblique « Très-Haut ». D’autres affiches appelaient le intéressés à rejoindre la rose-croix. Cette « campagne d’affichage » porta fruit. Voilà les chamailleries qui reprennent entre papistes et huguenots. Gabriel Naudé enquête. Il affirme que les rose-croix ne sont sujets ni à la faim, ni à la soif, ni à la vieillesse, ni aux maladies, ni à aucune incommodité de la nature, qu’ils ont un livre dans lequel ils peuvent apprendre tout ce qui est dans les autres livres faits ou à faire, qu’ils peuvent forcer les esprits et les démons les plus puissants de se mettre à leur service et attirer à eux, par la vertu de leur chant, les perles et les pierres précieuses, que dieu les a couverts d’un nuage pour les dérober à leurs ennemis, qu’ils confessaient publiquement que le pape est l’antéchrist, qu’ils reconnaissent la 4è monarchie et l’empereur des Romains pour leur chef et celui de tous les chrétiens, que leurs trésors sont inépuisables. Ce rêve du Saint Empire, de la 4è monarchie, d’une ultime période du monde était le reflet du grand dessein de Gibelins, dont Frédéric de Hohenstaufer, Dante, Joachim de Flore avaient été les interprètes. Un seul pouvoir temporel, une seule autorité spirituelle, une Eglise soustraite au césaro-papisme. Naudé rapporte les vœux de ceux qu’on commençait de nommer les frères de l’Invisible collège ou même les Invisibles : exercer la médecine charitablement, se vêtir suivant les usages des pays où l’on se trouve, se rendre, une fois tous les ans, au lieu de leur assemblée générale, se choisir un successeur capable de tenir sa place et de le représenter, avoir le caractère de la rose-croix pour signe de reconnaissance entre eux et pour symbole de leur congrégation, prendre les précautions nécessaires pour que le lieu de leur sépulcre soit inconnu, tenir leur société secrète et cachée pendant 120 ans. Les rose-croix en prophétisant la fin du règne de l’or, posaient déjà la question sociale. Il y a dans cette malédiction des richesses temporelles, un avant-goût, du communisme, un écho des espérances anabaptistes, une condamnation implicite du luthérianisme si attaché à la bénédiction de la réussite matérielle.

Les textes fondamentaux de la rose-croix

La rose-croix venait d’Allemagne. A cette époque sévissait la guerre de Trente ans. Les origines en étaient religieuses. La paix d’Augsbourg (3/10/1655) n’avait marqué qu’une trêve précaire entre les puissances catholiques et protestantes. L’empereur Ferdinand II, en 1618 tente de restaurer le catholicisme dans es Etats. La Bohême se révolte. En 1619, le conflit allumé en Bohême embrasse le Saint Empire, puis l’Europe entière. Il faudra attendre 1659 pour que soit signée une paix précaire. Chez les protestants il y a des divisions : luthériens de stricte observance figés dans une théologie qui renchérit sur le dogmatisme de Luther puis des indépendants que leurs adversaires nomment, avec plus ou moins de dédain, mystiques et piétistes. Le terme péjoratif d’enthousiastes implique une sorte d’excommunication. Ces derniers cherchent la Vérité, au moins autant que dans la bible, dans les écrits, imprimés ou manuscrits, de Jacob Böhme et de ses continuateurs directs comme Schweigarth et Sébastien Franck. Parmi les enthousiastes se trouvaient Andreae. Ce dernier a été le créateur de la rose-croix. On retrouve dans les textes des rose-croix une psychothéologie qui les apparente singulièrement aux penseurs et poètes du XVè siècle italien, tout imprégné de néo-platonisme et dont la Divine Comédie avait été l’expression la plus pure. Les rose-croix distinguent en l’Homme trois plans : celui de la pure nature privée de la grâce divine, celui de la nature humaine par la grâce et en chemin vers le contemporain béatifique de la Trinité, celui de la nature humaine, sauvée et magnifiée par la Grâce sanctifiante dont l’expression la plus accessible est la Sagesse, telle qu’elle est évoquée dans le Livre des Proverbes : « Par la Sagesse, Yaweh a fondé la Terre et affermi les cieux… Alors qu’il n’y avait pas d’abîmes, « je » (la Sagesse) fus enfantée… Lorsqu’Il traça un cercle à la surface de l’abîme. L’homme doit être aidé par la société à devenir lui-même, c’est-à-dire atteindre le plan suprême, celui de l’homme-esprit. La doctrine de la rose-croix est une doctrine d’amour « une force magique endormie par le péché est latente dans l’homme. Elle peut être réveillée par la grâce de dieu ou par l’art royal. Nous trouverons en nous la pure et sainte connaissance si nous parvenons à nous isoler de toute influence extérieure, et à nous laisser conduire par la lumière intérieure ». C’est dans cette expectative de la lumière intérieure qu’il faut border les textes fondamentaux de la rose-croix. En Allemagne, dès 1614, avaient paru deux manifestes : Fama et Confession. La même année parut une version allemande plus abondante de 417 pages le titre en étant : « L’universelle et générale réformation du vaste monde tout entier. Avec la Fama fraternitatis de l’illustre ordre de la rose-croix, adressée à tous les savants et dirigeants de l’Europe. Avec, également, une courte réponse de M. Haselmeyer, pareillement préparée pour l’impression et la diffusion et communiquée à tous les cœurs fidèles ». Haselmeyer fut condamné aux galères pour avoir diffusé la Fama. La prose de la Fama semble maintenant redondante, voire apocalyptique, mais est caractéristique du style de l’époque. Les rose croix estiment que chaque chrétien doit être un vrai jésuite, c’est-à-dire cheminer, vivre, être, demeurer en Jésus.

Le fondateur éponyme : Christian Rosencreutz

Dans la Fama, les auteurs font l’éloge de l’empereur Justinien qui avait compilé les lois de Rome, l’aréopage signataire invite chaque sage à lui soumettre ses suggestions. Un auteur estime que tout le mal vient de l’insincérité et propose d’aménager une petite fenêtre dans la poitrine de chacun de nous : ainsi l’on verrait aussitôt nos mensonges. Un autre sage propose la redistribution des richesses, la suppression de la circulation de l’or et de l’argent. Un misanthrope demande à dieu un nouveau déluge qui exterminera, enfin, les hommes méchants et toutes les femmes. Il est tué ; l’assemblée implore le Très-Haut d’épargner le beau sexe. Et ce symposium finit dans le tumulte. Puis les auteurs écrivent la biographie de Rosencreutz. Né en 1378 sur les bords du Rhin, de parents pauvres mais nobles, Christian Rosenkreuz est placé, dès l’âge de six ans, dans une abbaye où il apprend le grec, le latin, l’hébreu et la magie. A 16 ans, il part en pèlerinage pour la Terre sainte, avec un compagnon qui meurt à Chypre. La maladie le contraint à s’arrêter à Damas où il reçoit l’enseignement secret des Sages. Ils le guérissent, lui confient les arcanes de la nature et le conduisent dans leur « cité philosophique » où il passe trois ans. Ensuite, il parcourt le Liban, la Syrie, le Maroc. Des Fassis le conduisent à la connaissance suprême ou adeptat. Désormais il sera nommé le Père. Il a reçu la mission de communiquer à la chrétienté la sagesse qu’il vient d’acquérir et de fonder une société secrète qui « aura à satiété or et pierres précieuses, et qui enseignera les monarques ». Il accomplit, dans un lieu sauvage, une retraite de cinq années. Il recrute trois fidèles compagnons, Frater G.V., Frater I.A. et Frater I.O. Il écrivent sous sa direction des écrits fondamentaux. Ils bâtissent le nouveau temple du Saint-Esprit, guérissent les malades et consolent les désespérés. Sept ans plus tard, Rosencreuz coopte d’autres étudiants et constitue ainsi « la fraternité ». Pour y être admis, il faut être célibataire et chaste. Les frères partent en mission à travers le monde et se réunissent une fois par an dans le temple du Saint Esprit. Le Père meurt en Engeland à 106 ans. I.A. meurt en Gaule narbonnaise. Les disciples du Père sont son neveu R.C., le peintre B., G.G. et P.D. L’enseignement est condensé en trois textes : Axiomata : le plus docte, Rotae Mundi : le plus subtil, Protheus : le plus utile. Quelques siècles plus tard, un successeur du père, l’imperator N.N. découvrit son mausolée qui a sept côtés et est constamment éclairé par des lampes inextinguibles. Au centre, un autel cylindrique, avec l’inscription : ACRC Hoc Universi Compendium vivi mihi sepulcrum feci (je me suis fait ce sépulcre (qui sera) pour les vivants abrégé de l’univers, avec en exergue : Jesu mihi omnia (Jésus est tout pour moi). Le corps manifié du Père tient dans sa dextre le Liber T. A ses côtés une Bible, un vocabulaire, un itinéraire, et sa biographie en caractères mystérieux. On lit aussi la devise de la fraternité : Ex Deo nascimur , in Jesu morimur, per spiritum reviviscimus (nés de dieu, morts dans Jésus, nous ressuscitons par le Saint Esprit). Le caractère myhtique de Rosenkreuz est admis pour le plupart des historiens de la rose-croix sauf pour Roesgen von Floss qui affirme en 1923 dans son « Histoire des rose-croix » que Rosenkreuz survécut au meurtre des Albigeois et s’enfuit vers l’Est. Il serait arrivé en Turquie et en Arabie où on le jugea digne de lui dévoiler les secrets de l’Ordre des rose-croix. Revenu en Europe renonça à son nom de famille et prit celui de Christian Rosencreutz.

Les énigmes des noces chymiques

Les Noces chymiques sont un « Märchen », un récit tissé sur une trame de voyage, de découvertes. Elles inspirés de « La Reine des fées » de Spenser. Les Noces chymiques sont anonymes mais la critique s’accorde à en attribuer la paternité à Jean-Valentin Andreae. Les Noces se poursuivent sur sept jours. Rosencreuz médite quand survient une tempête. Il voit une femme belle vêtue d’une robe bleue parsemée d’étoiles d’or. Elle tient une trompette d’or et un gros paquet de lettres écrites dans toutes les langues. Elle a de grandes ailes couvertes d’yeux. Elle invite Christian aux noces du roi. Christian met une robe de bure, pique quatre roses à son chapeau et croise contre sa poitrine un ruban écarlate. Il part pour la forêt et se trouve devant trois voies : un sentier court mais périlleux, une voie royale réservée à quelques prédestinés et une route aisée mais si longue qu’il lui faudrait un millénaire pour atteindre le but. Une quatrième voie est fermée aux mortels. Ne sachant quelle voie choisir, il pénètre dans la forêt où il sauve une colombe qu’un corbeau poursuivait. Ainsi il opte pour la voie royale. Il arrive à la porte d’un château au moment où on allait la clore. Il est reçu par un vieux gardien qui porte une bague magique et expie une faute. Christian retrouve la belle jeune femme qui le conduit dans une cour du palais du roi. Il franchit une porte gardée par deux statues ayant pour devise : « Donne et l’on te donnera » et se mèle aux invités. Mais tous ne sont pas purs. La vierge annonce que le lendemain, aura lieu l’épreuve qui séparera les justes des indignes. L’épreuve consiste en une pesée des vertus. Rosencreuz se révèle le plus pur. Il est reçu avec honneur alors que la plupart des autres candidats sont condamnés à l’exil. Ne restait auprès de lui que quelques justes. A ceux qui ont triomphé, on confère la Toison d’or. Les indignes sont chassés ignominieusement après avoir bu la coupe de l’oubli. Aux élus, la vierge ailée propose une énigme : son propre nom (la solution est Alchemia). Une jeune pucelle guidera les sélectionnés vers le dieu tout-puissant. LE lendemain, les élus sont présentés au roi. Il exige d’eux un serment de fidélité absolue. Une femme jeune et belle (la reine) et une vieille femme voilée sont assises près du roi. Plus loin folâtre Cupidon. La reine semble officier devant un autel où sont posés un livre relié de noir, un vase contenait un liquide rouge et une tête de mort où un serpent sort et entre par les orbites. Le nom des élus est inscrit sur le livre noir. Tous les assistants boivent dans la même coupe le breuvage du silence. La salle est ensuite tapissée de noir. On bande les yeux du roi et de la reine et de deux autres couples royaux. Un bourreau décapite les six monarques, le sang est recueilli dans un vase d’or. Les corps sont étendus dans des cercueils. Puis un assistant décapite le bourreau. Dans la nuit, les cercueils sont embarqués sur des vaisseaux qui naviguent sur un lac. Le lendemain ont lieu les simulacres d’obsèques royales. La vierge exige un nouveau serment de fidélité avant de conduire les élus à la tour Olympi située sur une île. Ils voient un édifice de sept tours imbriquées les unes dans les autres. Là, les corps des souverains et la tête du bourreau sont bouillis sous la direction d’un vieux jardinier. De la cuisson émerge une boule rouge qui est exposée au soleil. Il en sort un phénix. Ses cendres sont tissées en haut de la tour et entrent dans la préparation de deux « homonculi ». L’âme des six rois les animeront, ils seront ressuscités et formeront un couple royal archétypique. Les nouveaux monarques proclament les élus « chevaliers de l’or ». Tous sont délivrés sauf Christian qui, pendant un temps indéterminé, devra, pour expier une faute non exprimée, remplacer le gardien au seuil du château.

La première génération des rose-croix

Les Rose-croix étaient des hommes d’action et de pensée préoccupés par les grands problèmes de leur temps Johan-Valentin Andreae naît à Herrenberg le 17/08/1586 et meurt à Stuttgart le 27/61654. Son père était le 7è enfant du chancelier Jacob Andreae, abbé commandataire de Konigsbrann. Sa mère, Maria Moser, était si pieuse que son fils la compara à Sainte Monique, la mère de Saint Augustin. Après la mort de son père en 1601, sa mère alla s’établir avec ses six autres enfants à Tübingen où Valentin parfait ses études durant six ans, sous la direction de Maestlin, le maître de Kepler. En 1603, il est baccalaureus, en 1605 magister. En 1603 ; il écrit deux pièces de théâtre de style élisabéthain et à la même époque Les Noces chymiques. Il subit la crise de l’adolescence qui brise sa carrière ecclésiastique et le contraint à une vie errante. Il es professer à Lavingen mais doit fuir à cause de ses frasques. Il est accueilli comme enseignant par les jésuites de Dillingen et revient, absous, à Tübingen, où il est musicien, pédagogue, horloger. En 1610, il séjourne à Genève, il y rencontre des théologiens calvinistes. Rappelé à Tübingen, il donne des leçons particulières tout en apprenant les langues vivantes européennes ; il se passionne pour les mathématiques et l’astronomie. Il visite l’Italie et l’Autriche. Il se stabilise : mariage et poste pastoral à Vaihingen. Il publie six ouvrages qui sont des gloses de la Fama et de la Confessio. Il imagine une Société idéale obéissant à deux impératifs, l’Autorité spirituelle, incarnée dans le Pape, et le Pouvoir temporel, confié à l’Empereur. Pour Andreae, les rose-croix constituent l’autorité spirituelle, l’Eglise invisible, pauvre, pure, non administrative. Par leurs conseils, les rose-croix ramèneront le pouvoir temporel sur la bonne voie. En 1620, Andreae créa à Calw une Fondation des Teinturiers en apparence corporation de métier, en fait cercle alchimique. Le clergé luthérien s’acharnait contre Andreae. En 1634, la maison d’Andreae, fut brûlée à cause de Laguerre. Il perdit ses archives. En 1639, le duc Eberhard de Würtemberg en fit son prédicateur et son conseiller. En 1650, Andreae fut abbé de Bebenhauser. Il est haï, on le traite d’ « enthousiaste » (piétiste böhmien) mais il est soutenu par le duc Auguste de Brünswick. Il mourut le 27 juin 1654 à Stutggart. Dans quelques uns de ses écrits il avait infirmé son rôle dans les rose-croix. Il redoutait un procès d’hérésie qui l’eût conduit au bûcher.
François Bacon de Verulam (1561-1626) fit des études de droit. Il fut élu en 1593 à la Chambre des Communes. Il fut protégé par le comte d’Essex, favori de la reine. Essex fut disgracié en 1601 et Bacon se fit son accusateur. Il gagna la faveur de Jacques 1er qui le combla de titres. En 1618, il fut Grand chancelier. Ses ennemis l’accusèrent de concussion et il fut contraint de démissionner. Il consacra ses dernières années à la science et à la philosophie. Ses deux principaux ouvrages furent Novum Organum (1620) et Nova Atlantis (1624). On lui a parfois attribué la paternité des œuvres de Shakespeare. Pour J.P. Bayard, et contrairement à Paul Arnold, l’appartenance à la fraternité des rose-croix de Bacon n’est prouvée mais probable. Pourtant la rose-croix était une farce et n’a jamais existé au XVIIè siècle donc Bacon ne pouvait en faire partie. Pour Bayard, la Nouvelle Atlantide est une « utopie » rigoureusement conforme au message rosicrucien. John Heydon (1629-1667). Il écrivit plusieurs traités sur les rose-croix dont The Glory of the Rosy-Cross (1664) et the Rosie-crucian infaillible axiomata (1661). Euterpe lui enseigna les axiomes des rose-croix, les secrets des nombres et lui permit de les publier. La Belle Euterpe donna deux médailles d’un métal inconnu à Heydon et se dissipa dans l’éther naturel. Heydon découvrit des pièces d’or et un parchemin à la place d’Euterpe. Il décida de partir au pays des rose-croix. Il partit en bateau et atteint un continent peuplé de gens hostiles. Il leur remit le parchemin d’Euterpe et on le laissa en paix.

Les rose-croix ou le complot II

Comenius, Descartes et quelques autres penseurs

Pour Bayard, Comenius était rose-croix à l’instar de nombre de savants de son temps. Jan Amos, Komensky avait latinisé son nom. Il naquit en Moravie le 28 mars 1592 et mourut à Naarden (Pays-Bas) le 15 novembre 1670. Sa famille appartenait à l’Eglise des Frères Moraves. Orphelin très jeune, Jan Amos est confié à des tuteurs qui s’en désintéressent. Il est envoyé à l’université de Herborn où il fait des études thologiques. Il entreprend un manuel de pédagogie et un glossaire latin-tchèque. Diplômé, il débute comme pasteur-maître d’école à Fülnek (Moravie). Pendant la guère de Trente ans, la maison de Comenius fut pillée, sa femme et ses enfants furent tués. Chassé de Bohême, il se réfugia à Leszno, en Pologne. Il instaura dans un collège une pédagogie nouvelle s’appuyant sur les idées de deux rose-croix Francis Bacon et Campanella (Bayard se trompe encore car Campanella n’était pas rose-croix). Il rédigea un « cours de langue ». Protégé par un mécène suédois, Louis de Gear, il publia un prologue à la Pansophie, doctrine tentant d’établir une méthodologie conciliatrice des divers courants religieux, ainsi que des sciences et des techniques. En 1641, il alla à Londres pour y fonder un cercle pansophique. Le projet fut abandonné à cause de la Révolution anglaise. Il partit en Suède, rencontra Descartes. En butte, à Stockholm, à l’hostilité des luthériens, il se fixa à Elbing, en Prusse et écrivit de nouveaux ouvrages de pédagogie. En 1645, il prit part à Thorn, à un colloque ecclésial, ce qui le brouilla avec les Suédois. Son dessein était : unification du savoir et universalité de sa propagation sous la haute direction d’une académie de sages, coordination politique sous la direction d’institutions internationales, arbitrant les conflits politiques, réconciliation des Eglises chrétienne et juive. Promu évêque de l’ Unité des Frères, Comenius revint à Lezno. Les Suédois pillèrent Lezno en 1656. Comenius perdit sa maison, ses archives, sa bibliothèque mais échappa à la mort. Il se réfugia à Amsterdam où il mourut le 15 novembre 1670. Pour Comenius : « la société humaine est une société d’éducation. » L’éducation fait corps avec le processus formateur qui anime tous les êtres. Il était pour l’éducation des filles ce qui était révolutionnaire à l’époque. Comenius imaginera une ébauche de synarchie : a) plan de réforme universelle dont la préparation incomba aux peuples chrétien, b) exposé des maux, et de leurs remèdes, c) exposé des réformes de la philosophie, de la politique, de la religion, d) création d’un concile internationale (parlement mondial) f) découvertes de sages, des Supérieurs inconnus. Il imagina trois tribunaux : le tribunal des lettrés ou Conseil de la Lumière, le tribunal politique ecclésiastique ou Consistoire mondial et le tribunal politique ou Cour de justice.

Robert Fludd (1574-1637)

D’après Bayard, Robert Fludd ne fit jamais mystère de son appartenance à la Rose-Croix ce que nie Paul Arnold. Fludd naquit à Milgate (Kent) en 1574 et mourut à Londres le 8 septembre 1637. Après avoir fait de sérieuses études, il voyagea par toute l’Europe durant sept années. C’est en Allemagne qu’il fut affilié aux rose-croix. De retour en Angleterre, il fut reçu docteur en médecine à Oxford. Il exerça la médecine à Londres jusqu’à sa mort. Il écrivit une Apologie des rose-croix en 1616.

René Descartes (1596-1650)

Il est certain que Renée Descartes, intriguée par les Rose-croix, a tenté d’entrer en relation avec eux. Descartes admirait Comenius et il la rencontra à plusieurs reprises. De retour en France en 1622, Descartes avoua n’avoir rien appris de certain sur les rose-croix mais son séjour en Allemagne lui valut la réputation d’être de la confrérie. Descartes dédia son ouvrage « Polybii cosmopolitani thesaurus mathematicus « aux rose-croix. Editeur des « œuvres complètes » de Descartes, Charles Adam, auteur de « Descartes », sa vie et ses œuvre, affirma que rêne Descartes fut initié à la rose-croix par le mathématicien Faulhaber (1580-1635).

Sincerus renatus et la rose-croix d’or

Après avoir brillé d’un si vif éclat, après avoir brillé d’un si vif éclat, après avoir éclairé des hommes de valeur comme Comenius et Valentin Andreae, la rose-croix primitive s’occulta. C’est seulement aux alentours de 1720 qu’un initié signant Sincerus Renatus tenta une seconde version de la rose-croix. Sincerus Renatus était un pasteur luthérien de Breslau, son nom profane était Samuel Richter. On ne sait rien de sa vie. Il a écrit et édité en 1710 et 1714 « La véridique et parfaite préparation de la pierre philosophale, de la fraternité de l’ordre de la croix et de la croix d’or… »
L’ouvrage de Sincerus Renatus était divisé en trois parties. La 1ère et la 3è sont consacrées à l’alchimie et la 2è comportait une règle sur la rose-croix en 52 articles qui la structuraient comme une société secrète. Les frères devaient rester célibataires, pratiquer l’alchimie – chaque frère, après avoir été reçu, doit changer de nom et prénom, se rajeunir avec la pierre philosophale. Si, par accident ou par imprudence, un frère était découvert par un potentat, il devrait préférer mourir à trahir son secret. La réception doit se faire dans un temple rose-croix, devant six frères, après que le néophyte a été instruit pendant trois mois. On doit donner au nouveau frère le nomen du dernier mort. Pour Bayard, la rose-croix originelle, celle de la Fama et de la Confessio, avait été un invisible collège, une Eglise intérieure, une fraternité. Sans organisation administrative, elle rassemblait dans un commun idéal des hommes prédestinés. Ils se retrouvaient rarement mais étaient unis par une mutuelle estime. Ils correspondaient selon un langage inintelligible aux profanes. Ils n’avaient pas d’organisation et d’archives ce qui permet à certains auteurs de nier l’existence de l’Invisible collège. Toute différente était l’organisation de la rose-croix d’or. C’était une société secrète et non pas une fraternité libre. Elle comportait une hiérarchie de grades, des initiations, une enquête préalable avant l’admission. La rose-croix d’or se faisait reconnaître selon des mots, signes et attouchements. Très vite, la rose-croix d’or apparut comme une franc-maçonnerie particulière. Après une période probatoire de deux années et trois mois, le néophyte est reçu dans le temple en présence de six rose-croix. On lui donne le signe de la paix (une feuille de palme) et on l’embrasse trois fois en lui ordonnant le secret absolu. Après quoi, vêtu d’un « habit pontifical » et flanqué, à droite, d’un parrain et, à gauche, d’un « directeur », le candidat s’agenouille devant l’imperator et jura le silence sur les secrets qui vont lui être révélés. Le maître lui coupe sept mèches de cheveux qu’il glisse en sept enveloppes scellées par un assistant. Ensuite ont lieu des agapes au cours desquelles on rompt le même pain et l’on boit du vin à la même coupe. Pour correspondre, les adeptes usaient d’un alphabet secret, dit Enochien. Il y avait douze grades : junior, théoricien, praticien, philosophe mineur, philosophe majeur, adepte exemplaire, magiste, mage, mage des mages, Vicaire de Salomon, roi Salomon et Elie Artiste. Les rose-croix d’or se réunissaient à date fixe dans un templum secret et consacré. Chaque cercle avait un bureau analogue au comité d’un atelier maçonnique. Cinq cercles formaient une chaine obéissant à une direction supérieure composée de trois adeptes dont un seul seul était connu des grades inférieurs. Enfin, chaque direction suprême obéissant, à un ou plusieurs supérieurs inconnus, dont nul ne savait l’identité. Ils correspondaient par des billets qu’on brûlait dès qu’on les avait lus. Certains rose-croix étaient potentats, ministres, favoris des princes d’autres d’autres étaient des charlatans. LA rose-croix d’or, se devait de rendre un culte, en esprit et en vérité, à Elie Artiste.
Paracelse avait prophétisé la venue de l’Esprit radiant de l’enseignement du rose-croix : Elie Artiste. Paracelse mourut en 1540 et la rose-croix ne se manifesta en Allemagne que vers 1610. Ou bien la Pronostication est une œuvre apocryphe ou bien, dans une stricte clandestinité, la rose-croix existait avant l’impression de la Fama. Le vade-mecum des adeptes de la rose-croix d’or, c’est l’Aurea catena Homeri qui parut à Berlin en 1781. Son auteur présumé est Herwerd von Forchenrus. Goethe rendit hommage à ce livre.

Wolfgang Goethe et Zacharias Werner

En 1768, Goethe eut une hémorragie et faillit mourir. Ses parents le confièrent au Dr Johan-Friedrich Metz qui le guérit rapidement. Metz recommanda à Goethe des ouvrages rosicruciens. Il l’introduisit dans le cercle de Susanna von Klettenberg, un cercle de la Croix d’or et de la Rose rouge. Susanna était dépositaire d’une tradition ésotérique qui remontait à Jacob Böhme où les enseignements christiques s’unissaient aux mystères de l’Art royal. Dans ce cercle on lisait l’Aurea catena Homeri qui joua un rôle essentiel dans la pensée de Goethe. De l’Aurea catena, Goethe déduisit au moins son œuvre : l’incessante métamorphose du tout en un et du un en tout ; le rythme polaire qui détermine la métamorphose universelle ; la nature, la vie universelle agit par une évolution lente, majestueuse, rythmique. Goethe fut profondément impressionné par les rose-croix qui l’avaient transmué de profane en initié. Mêlant dans une synthèse grandiose les deux individualités de Susanna von Klettenberg et du Dr Metz, il créera la personnalité de Makarie, le sage, le rose-croix, de Wilhelm Meister. Le rose-croix Makarie, c’est Goethe « tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change ».

Zacharias Werner (1768-1823) est le type même du romantique allemand. Après une jeunesse orageuse, il devient secrétaire de Schröter, ministre du roi de Prusse Frédéric-Guillaume II. Il se fait initier dans la franc-maçonnerie, fréquente les cercles piétistes et occultistes. Il fréquente le cercle de Germaine de Staël. En 1810, à Rome, il se convertit au catholicisme. Il entre au séminaire, est ordonné prêtre et manifeste alors un mysticisme exalté. Il a écrit « les fils de la vallée » (1805), « La Croix vers la Baltique ». Les deux œuvres sont profondément imprégnées de rosicrucianisme concomitant au romantisme.

Parmi les proches de la rose-croix d’or on trouvait le prince Charles de Hesse-Cassel (1744-1836). Dans son laboratoire-oratoire du château de Göttorp, il se livra à des expériences médiumniques et alchimiques. Hans-Georg Schréepfer (1730-1774) fut un étrange rose-croix d’or. Il était médium et frère servant d’une loge maçonnique de Leipzig, reliée à la rose-croix d’or. Il gravit rapidement les plus hauts-échelons de la rose-croix et de la franc-maçonnerie occultiste. Pour vivre il tenait une auberge qui devint le théâtre d’apparitions de fantômes. Il prétendit avoir un trésor et fit de larges emprunts. Il commit l’imprudence de s’adresser à de riches bourgeois qui voulurent voir son magot. Il les invita chez lui et leur fit croire qu’il leur montrerait un vivant qu’ils tiendraient pour mort. Et en effet il se suicida d’un coup de feu.

Les Réau-croix de Martines de Pasqually

Joachim Martines de Pasqually ; fut un homme essentiellement mystérieux. On ne peut fixer nettement le lieu de sa naissance et l’emplacement de son tombeau est resté inconnu. Il venait de l’Orient, selon les uns ; il était juif portugais selon d’autres. La vérité semble différente. La patente maçonnique délivrée à son père le 20 mai 1738 par le grand-maître de la loge des Stuarts, enregistra la naissance de celui-ci dans la ville d’Alicante, en 1671. Martinès de Pasqually serait donc espagnol. Son père étant venu s’installer en France, il naquit probablement aux environs de 1710 soit à Grenoble, soit dans une localité proche de cette ville. En 1769 ayant poursuivi en justice un certain de Guers, il prouva devant les juges sa catholicité, il n’était donc pas juif. Il se maria à Bordeaux à l’église de sa paroisse et fit baptiser ses enfants. Le père de Martinès, franc-maçon, initia son fils. Il lui transmit aussi la science kabbalistique. Ainsi Martinès de Pasqually, dans le cadre de la Maçonnerie Ecossaise, implanta son rite personnel, rite conçu d’après les traditions de la Kabbale et de la gnose. A partir de 1750, Martinès parcourut le sud-est de la France, et partout se fit admettre dans les loges maçonniques. Il entra à la loge la Française et en moins d’un an il la transforma et la reconstitua dans son rite propre sous le nom de La Perfection Elue et Ecossaise. Sous cette nouvelle forme, l’atelier fut reconnu par la Grande Loge de France à la date du 1er février 1765. Désormais le rite des Elus Cohens était lancé. Martinès initia les maçons les plus en vue de Paris au Rite Cohen. En 1767, il institua, à Paris, le souverain tribunal, organe directeur de l’ordre et nomma Baron de la Chevalerie son substitut. Jean-Baptiste Willermoz, enthousiasmé par Martinès, il créa un atelier à Lyon qui fut le Centre Cohen le plus actif de France. En 1772, Martinès s’embarqua pour Saint Domingue, où il devait recueillir une succession. Il écrivit « De la réintégration des êtres » mais ne l’acheva pas. Il mourut à Port-au-Prince le 20/9/1774. L’Ordre de Martinès était encore représenté en 1806, au Grand Collège des Rites du Grand Orient de France. L’ordre des Elus Coëns d l’univers (le martinésisme) était structuré selon une hiérarchie voisine de la franc-maçonnerie écossaise : Apprenti, compagnon, maître. Les grades supérieurs étaient apprenti élu Cohen, compagnon élu Cohen, maître élu Cohen. Ensuite, les grades du Temple : grand architecte, grand élu de Zorobabel et au sommet de cette pyramide, le grade supérieur de Réau-croix, terme qui évoque la rose-croix sans la nommer. Expressément.

Rose-croix et franc-maçonnerie écossaise

Dès le haut Moyen Age, la plupart des corps de métiers se groupèrent en associations professionnelles. Une profonde solidarité unissait leurs membres. Ces institutions vénérables se sont perpétuées jusqu’à nos jours dans le compagnonnage. Une de ces corporations, en déviant de son rôle primitif, a eu une fortune singulière : celle des maçons. On distinguait, au Moyen Age, les ouvriers bâtisseurs, sans qualifications particulières, dits en Angleterre rough Masons, des constructeurs qualifiés ou free massons, ce terme englobant non seulement les ouvriers, mais les tailleurs de pierre et les architectes, ou les maîtres d’œuvre. Groupés en loges, les francs-maçons se divisaient en apprentis et compagnons. Chaque loge était présidée par un maître, choisi parmi les anciens compagnons. Les réceptions et les séances obéissaient à des rituels, où les outils prenaient valeur de symboles. Ils étaient protégés par les papes et les rois. Voyageant pour bâtir les cathédrales dans le monde entier, ils étaient indépendants et, afin d’éliminer les indésirables, ils se reconnaissaient par des « signes, mots et attouchements ». Au cours des siècles, ils admirent parmi eux des chapelains, de grands seigneurs, de riches bourgeois. On discutait en loge d’alchimie, astrologie, numérologie, symbolisme. Les francs-maçons de métiers étaient les opératifs ceux du dehors, les spéculatifs. Vint un moment où les spéculatifs furent les seuls influents dans les loges. En 1717, en Angleterre, les loges se fédérèrent. Bayard prétend que les rose-croix étaient bien organisés en Angleterre au XVIIè siècle ce que Paul Arnold réfute. Bayard prétend que les rose-croix furent en butte aux suspicions des diverses Eglises et que pour œuvrer en paix ils s’insinuèrent dans les loges. Ce serait eux qui auraient créé le grade de maître et la légende d’Hiram. Parmi les érudits qui teintèrent la maçonnerie opérative de rosicrucianisme, il faut réserver une place prépondérante à Elias Ashmole, auteur et compilateur de traités hermétiques. Ashmole (1617-1692) était antiquaire. Son père appartenait à une bonne famille, qui avait beaucoup servi en Irlande. Il reçut une bonne éducation à l’école de grammaire de Lichfield, et comme choriste de la cathédrale. En 1642, il prit parti pour le roi Charles Ier dans la guerre civile. En 1644, le roi le nomma commissaire de l’excise (contributions indirectes) à Lichfield. Il se lia avec le capitaine George Wharton qui lui fit obtenir un poste dans l’artillerie royale, et lui donna cette passion de l’astrologie et de l’alchimie qui devint plus tard, avec celle des choses anciennes, le trait principal de son caractère. Il se fit inscrire au collège de Brasenose, et étudia la physique et les mathématiques. Il devint capitaine de cavalerie et contrôleur de l’artillerie.

En 1646, Ashmole revint à Londres et fréquenta les amateurs de sciences occultes, particulièrement les astrologues, se lia avec Lilly et Booker, et fut un des convives habituels de « La fête mathmatique » qui se tenait au Cerf Blanc. Il fut aussi un des premiers francs-maçons d’Angleterre, il avait été initié en 1646, ou environ. Il se remaria avec une dame qui avait vingt ans de plus que lui et avait été déjà trois fois veuve. Le 16/11/1649, il entra en possession du domaine de sa femme mais sans vivre avec elle d’une manière constante. Il mena avec passion des études d’astrologie, d’alchimie et de botanique. En 1650, il édita une œuvre alchimique de John Dee et un traité sur le même sujet, qu’il signa de l’anagramme de son nom, James Hasolle. En 1652, il publia le premier volume de son Theatrum chimicum, recueil d’anciens traités en vers sur l’alchimie. Il étudia l’hébreu, la gravure, le blason et fit preuve d’une curiosité universelle. La Restauration et le loyalisme d’Ashmole lui valurent la faveur de Charles II. Il fut nommé commissaire contrôleur et comptable général de l’excise ; il eut aussi la charge de commissaire pour la colonie de Surinam et le contrôle du White Office. Sa femme mourut en 1668, et l’année était à peine écoulée qu’il se remariait, cette fois avec la fille de son ami, le héraut Dugdale. Dès lors, il consacra tout son temps à son grand ouvrage « Institution, Lows and Ceremonies of the Order of the Garter », publié en 1672. Il se démit bientôt après de son emploi de héraut de Windsor, avec une pension de 400 livres ; il refusa par la suite la fonction de roi d’armes de la Jarretière. En 1677, il constitua un musée pour l’université d’Oxford. En 1690, Oxford lui conféra le titre de métro en théologie. Il mourut le 18/5/1692.

Les rose-croix ou le complot III

En France, le chevalier de Ramsay rédigea un « Discours » dans lequel il faisait remonter la franc-maçonnerie à l’ordre des Templiers mais ne parlait pas des rose-croix. La supposition de Ramsay influença la création de hauts-grades dans la franc-maçonnerie. Le grade de rose-croix eut un immense succès. Bayard prétend qu’il émanait d’authentiques rose-croix qui « noyautaient » les hauts-grades. A la fin du XVIIIè, des initiés mirent de l’ordre dans la franc-maçonnerie chevaleresque qu’on appelait écossisme. Il s’en dégagea deux rites parallèles, le Rite Ecossais rectifié, surtout répondu en Europe centrale, où l’influence des rose-croix d’or est indéniable et le rite écossais Ancien et Accepté pratiqué en France. Le Rite Ecossais Rectifié n’avait pourtant pas de grade rose-croix. A la fin de la Révolution se créa l’Ordre des Illuminés d’Avignon. Son animateur fut l’abbé Pernéty. Il créa un Ordre maçonnique directement inspiré par la rose-croix. Pernéty naît à Roanne le 13/2/1716. Il est le neveu d’un chanoine de Lyon. En 1732, il prononce ses vœux de bénédictin. En 1754, il traduit un énorme Traité de mathématiques et publie un Manuel bénédictin. Il rédige un dictionnaire des arts et rassemble un herbier. Il s’enthousiasme pour les doctrines hermétiques, la kabbale, l’alchimie. En 1758, paraît son dictionnaire mytho-hermétique puis les Fables égyptiennes et grecques dévoilées. Pour échapper à une probable censure, Pernéty part, en 1763, en qualité d’aumônier, avec Bougainville, pour l’expédition des Iles Malouines. Il publie le récit de ce voyage. En 1705 il quitte l’Eglise et se réfugie à Avignon. Il s’ affilie aux loges maçonniques du Comtat. En 1738, le pape Clément XII décrète l’excommunication des francs-maçons mais la bulle In Eminenti est sans effet en France. Bravant l’Inquisition, Pernéty fonde au sein des « sectateurs de la vertu », le Rite hermétique ou des Illuminés d’Avignon ou rite de Pernéty. Il comprenait les trois grades de base plus des hauts-grades inspirés des rose-croix : vrai maçon, vrai maçon de la voie droite, chevalier des Argonautes, chevalier de la Toison d’or. Bientôt la hiérarchie fut complétée par le grade des chevaliers du Soleil. Inspiré par l’alchimie. Poursuivi l’Eglise, Pernéty se réfugie en Prusse où le roi Frédéric II le nomme conservateur de la bibliothèque de Berlin, membre de l’Académie royale et lui octroie le bénéfice d’une abbaye de Thuringe. A Berlin, l’ancien bénédictin découvre l’œuvre de Swedenborg. Il traduit les Merveilles du ciel et de l’Enfer de William Blake. Frédéric II en prend ombrage et Pernéty doit quitter la Prusse en 1783. Il se fixe à Valence. En adversité avec le GODF se crée une maçonnerie inspirée des vers d’or de Pythagore : les Sublimes Maîtres de l’anneau lumineux. L’Inquisition perd son autorité. La maçonnerie est hébergée dans le Comtat. Le Rite hermétique prend un essor considérable. Le comte Thadée Lesczy Gabrianka avait rêvé de conquérir la Palestine puis de se faire élire roi de Pologne et apporta aux Illuminés d’Avignon le secret de la Sainte Parole qu’il tenait d’un mystérieux adepte connu sous le nomen mysticum d’Elie Artiste. La Sainte Parole était un moyen de communication avec les anges. D’une manière générale, les idées de Pernéty sont celles de Swedenborg. Il croit en un dieu unique enfermant en lui la divine Trinité. Il croit aux anges, esprits célestes, intermédiaires entre le ciel et l’homme, l’initiation conférant le pouvoir de communiquer directement avec les anges. Mais il différait de Swedenborg car il vouait un culte à la vierge Marie. Cela choque Gabrianka qui cré sa dissidence : le Nouvel Israël. Le Comtat fut intégré à la France en 1791. La Convention interdit les réunions maçonniques. Pernéty fut emprisonné en 1793 et mourut en 1796. Il ne reste plus du Rite hermétique que le 28 è degré, celui de chevalier du Soleil, au Rite Ecossais Ancien et Accepté.

L’ordre maçonnique des Princes de Merci

La franc-maçonnerie écossaise comporte 33 grades mais l’initié passe directement du 18è au 30è donc le 26è intitulé prince de Merci n’est plus qu’un souvenir. Les opérations du Grand Œuvre y sont évoquées en mode sensible. Ce rituel devait laisser au candidat une impression durable l’obligeant à réfléchir sur une certaine conception de l’Homme, du cosmos et du ciel. Tout en ce grade offre l’emblème de la Trinité, de la science de la chimie minérale dont Hermès fut le fondateur. Démontrer que le bien et le mal ne sont que les accords et les discordances dont la réunion fait l’Harmonie universelle est le but de ce degré. Il fait battre en brèche tout privilège, tout monopole, toute division fondée sur la naissance, la position ou la richesse pour parvenir à leur abolition, à l’égalité sociale et à la substitution de l’esprit maçonnique à l’esprit de classe. L’invocation hermétique des Princes de Merci est l’appel à la Vérité qui fut et demeure la loi suprême du sage initié. La loge, qui se nomme 3è ciel, sera tendue de vert et décorée de 9 colonnes dont une blanche et une rouge alternativement. Il y aura, à chaque colonne, un bras portant 9 étoiles, ce qui fera le nombre de 81. Le Président s’appelle Prince Excellent. Au dessus de lui se trouve un dais tricolore, vert, blanc et rouge. Devant lui, sur la table est étendu un tapis de la même couleur. Sur sa table sera une statue de femme nue représentant la vérité, une flamme sortira de sa tête, elle tiendra un miroir de sa main gauche, la droite sera élevée vers le cœur tenant un triangle d’or. La statue sera couverte d’une voile tricolore comme le tapis. Le piédestal supportant la statue sera triangulaire et creux pour qu’il contienne un tiroir dans lequel se trouvera un livre triangulaire couvert d’une enveloppe tricolore comme le tapis. Ce livre, qui est le livre de la vérité renfermera l’explication de tous les emblèmes du grade. Il y aura sur la table une flèche longue de 3 pieds. Le bois sera blanc et les ailes vertes et rouges. La pointe sera d’or. Le Président porte une tunique tricolore et une couronne entourée de 3X3 pointes de flèches d’or et il tient à la main une flèche qui lui tient lieu de maillet. L’habillement de tous les autres frères consiste en un tablier rouge, un triangle blanc et vert garnit le milieu. Chacun porte un cordon tricolore, blanc, rouge et vert en sautoir à l’extrémité duquel est suspendu un grand triangle équilatéral en or. Le Président se nomme Rince Excellent et les surveillants, 1er et 2è excellents. Tous les frères ont le titre de Très excellent. La batterie est de 15 coups. L’âge maçonnique est 81 ans. Le néophyte, ayant les yeux bandés, et étant arrivé à l’entrée du Troisième ciel, frappe à la porte cinq coups lents, trois précipités, un lent. Puis il fait neuf pas en serpentant. On fixe sur les épaules du candidat des ailes en forme de rame et on lui met dans les mains les manches de ces ailes qui se croisent devant la poitrine, de sorte qu’il puisse les faire mouvoir aisément. On avance un gradin qui doit avoir neuf marches et être au moins haut de cinq pieds et on le place entre les frères 1er et 2è excellents, les marches tournées du côté de la porte d’entrée. Quand le néophyte a monté les neuf degrés du gradin, sans quitter la manche de ses ailes, le sacrificateur le laisse seul en lui disant tout bas d’attendre l’ordre du maître. Si l’intention du néophyte est de continuer, il répond « oui » à la question de savoir s’il veut faire son 1er voyage, le Prince excellent lui donne le signal de départ, qui sera trois claquement de main. Au 3è coup le candidat doit sauter et au-dessous de lui se trouve une bonne couverture de laine tendue par six frères pour que la chute du candidat soit freinée. Après cette épreuve, on le débarrasse de ses ailes. Le Prince excellent lui dit qu’il atteint le firmament du 1er ciel. Puis le néophyte monte une échelle de trois échelons. Ainsi il atteint le 2è ciel. Il doit prononcer le nom des trois colonnes du grade de rose-croix (Foi, Espérance et Charité) en montant. Arrivé en haut d l’échelle, on approche une cire allumée de la main du néophyte pour lui faire comprendre qu’il a atteint la chaleur des étoiles. Puis on lui fait boire l’éther du 2è ciel (un verre plein de mousse de savon). Ensuite on le repose sur le plancher. Le 3è voyage consiste pour le Frère sacrificateur à saisir à saisir le néophyte par le milieu du corps, le balancer comme pour le précipiter et à le remettre sur ses pieds. Quand le néophyte a atteint le 3è ciel, le Prince excellent tire un coup de pistolet et le Frère sacrificateur enlève le bandeau du néophyte et lui fait faire trois fois le tour du Triangle emblématique. On lui explique les figures se trouvant sur le tableau de loge. Un bûcher allumé, un bras armé d’un grand coutelas, un ange dans un nuage rappelait le sacrifice d’Abraham ; une grande croix, une lance, une couronne d’épines, ces figures rappellent la Passion du christ ; une arche d’alliance, des tables de la Loi, un encensoir, ces trois figures rappellent la manifestation du Seigneur à Moise ; une figure au mercure, un réchaud surmonté d’un creuset, un lingot d’or, ces figures rappellent le principe, l’argent et le produit du Grand Œuvre ; un flambeau ardent, un globe tournant sur son axe, un triangle équilatéral d’or, ces trois figures sont l’emblème du feu central qui anime tout ce qui existe, du mouvement imprimé à l’univers et duquel résulte l’harmonie éternelle et enfin, du Créateur de toutes choses. On apprend au néophyte que les Frères du grade savent fabriquer de l’or et qu’il va apprendre. Quand la somme de trois millions est atteinte, le plus ancien des frères part avec l’or dans un pays lointain pour jouir de sa fortune. Puis le frère gardien sacré enlève le voile de la Statue et la montre au néophyte. Le Prince excellent lui demande s’il sait ce qu’elle représente. Alors le Prince excellent prend le livre triangulaire et en lit un passage au nouvel initié. Il l’informe que les princes de Merci ne passent pas leur vie à fabriquer de l’or et qu’il faut trouver la force de supporter sa destinée, le courage de se plier à sa condition, d’en être satisfait. Enfin, le Prince excellent fait approcher le candidat de l’autel, lui fait poser un genou à terre et le constitue Prince de Merci en frappant 16 coups sur sa flèche avec une autre flèche.

La rose-croix à la fin du XIXè siècle

Selon Bayard, jusqu’aux premières décades du XIXè siècle, la rose-croix brille dans toute l’Europe, particulièrement en Scandinavie et dans les Etats du Saint Empire. Puis obéissant à son destin cyclique, elle s’éclipse. Il reste quelques conventicules cachés sous des hauts grades de la franc-maçonnerie écossaise. Vers 1865, à Londres, se manifeste la Societas Rosicruciana in Anglia dont le 1er imperator connu fut le baronet Edward Bulwer Lytton (Bayard se trompe car Bulwer Lytton a été nommé imperator d’honneur mais il a refusé ce titre). Il fut le mécène du mage français Eliphas Levi. La SRIA existe toujours. Le nombre de ses membres, tous maîtres maçons est limité à 72. On affirme que maintenant, ils se bornent à des recherches historiques et délaissent les « opérations » alchimiques ou magiques. Aux alentours de 1885, en France, la rose-croix reprit, sous des formes nouvelles, force et vigueur. Guaïta prit la tête de la rose-croix en 1887. A cette époque, les matérialistes étaient au pouvoir partout et voyaient leurs idées accueillies avec frénésie par une jeunesse avide de jouissance et de pouvoir. Les spiritualistes étaient composés en majeure partie de spirites nombreux et fervents mais divisés et impossibles à discipliner. En France, il y avait la franc-maçonnerie mais la section spiritualiste était presque entièrement en sommeil par suite de tendances politiques. Du côté des Illuminés se trouvaient des groupes épars organisés par Eliphas Lévi et des fils spirituels de Jean-Baptiste Willermoz et de Swedenborg. Saint-Yves d’Alveydre avait inspiré Guaïta. D’Alveydre en insistant sur la tradition chrétienne sacrifiée à la tradition païenne, fut le maître spirituel de la génération des kabbalistes de cette époque. Issu d’une illustre lignée florentine établie en Lorraine depuis plusieurs générations, Stanislas de Guaïta vint très tôt à Paris, où il fut apprécié comme poète mineur dans quelques cénacles littéraires. Il lut le « Vice suprême » (1884) de Joséphin Péladan préfacé par Barbey d’Aurevilly. Cette approche de la tradition ésotérique lui fut une révélation. Il lut les classiques de l’occultisme dont ceux de la rose-croix. Il fut aidé par Oswald Wirth. L’essentiel du message ésotérique, rosicrucien, de Stanislas de Guaïta est exprimé dans les trois tomes des « Essais de sciences maudites » : d’abord « Le Temple de Satan », étude de la magie noire, considérée comme la mise en œuvre, par et pour le Mal, de forces mystérieuses de la nature. Ensuite, dans la « Clef de la magie noire », Guaïta étudia la puissance de l’action des forces dont Satan dispute la maîtrise au Seigeur de Lumière. « Le Problème du mal » est une œuvre inachevée. En 1888, il fonda l’Ordre Kabbalistique de la rose-croix, dirigé par un Suprême conseil composé de douze membres ; six restant rigoureusement inconnus, et six autres seulement étant connus : Papus, Baret, Péladan, Paul Adam, Gabal, Thoron, Guaïta président. Plus tard ce suprême conseil comprit Mac Haven, l’abbé Alta, Paul Sédir, Augustin Chaboseau. Le signe distinctif des membres du suprême conseil est la lettre hébraïque Aleph. Outre ce degré supérieur, il en existe deux autres où est donnée l’initiation. La Kabbale et l’occultisme sont enseignés. L’ordre kabbalistique de la rose-croix conférait des grades d’université libre. Il décerna aussi quelques titres de docteur. LE 1er examen était sanctionné par le titre de « bachelier en Kabbale » ; le 2è, par celui de « licencié en Kabbale ». Enfin, un 3è examen était sanctionné par une soutenance de thèse de doctorat. Le 1er examen portait sur l’histoire générale de la tradition occidentale, particulièrement sur la rose-croix, sur la connaissance des lettres hébraïques, de leur forme, de leur nom et de leur symbolisme. Le 2è examen avait trait à : l’histoire générale de la tradition religieuse au cours des âges, en insistant particulièrement sur l’unité du dogme à travers la multiplicité des symboles, la connaissance des mots hébraïques quant à leur constitution.

Paul Adam fut l’auteur d’œuvres naturalistes comme « chair molle » (1885) ou « Les demoiselles Goubert » (1886) et d’œuvres d’anticipation qui avaient ouvert la voie de la science-fiction comme « La Force » (1889) ou « Le soleil de juillet » (1903). Paul Sédir, de son vrai nom Yvon Le Loup, naquit à Dinan, le 2/1/1871. Il fut employé à la Banque de France. Il fit connaissance de Papus et de Guaïta. Il publia de nombreux opuscules et des articles puis il se convertit au catholicisme et fit des conférences. Il créa un mouvement chrétien indépendant, « Les Amitiés spirituelles ».

Papus est le pseudonyme du docteur Gérard Encausse (1865-1916). Il fut le fondateur de l’Ordre martiniste et écrivit de nombreux ouvrages consacrés aux hautes sciences dont le « Traité méthodique de science occulte ». Il fut le conseiller du tsar Nicolas II qu’il initia au martinisme. Il fut disciple de Monsieur Philippe, le mage de Lyon. L’Ordre kabbalistique de la rose-croix mena simultanément une action occulte en vue de préserver la civilisation judéo-chrétienne, et une action diffusante au cœur d’un public de profanes, mais curieux de sciences occultes. Grâce à la revue L’Initiation, la rose-croix kabbalistique réédita et analysa des classiques de l’art royal : Eliphas Lévi, Fabre d’Olivet, Swedenborg, Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint Martin pour ne citer que les principaux.

Joséphin Peladan (1859-1918) avait été un des fondateurs de l’ordre de la rose-croix de Guaïta. Il se retourna contre Guaïta. Il s’attribua le hiéronyme de Sâr Merodak qu’il avait tenu par consécration « astrale » des mages de Chaldée. Il a laissé une abondante série de romans et d’essais groupés dans un Amphitéâtre des sciences mortes. Il quitta la rose-croix de Guaïta pour créer en 1890 la rose-croix esthétique. Parmi les dirigeants de ce nouvel ordre se trouvaient Elémit Bourges (1853-1915) et St Pol Roux. Bourges était membre fondateur de l’Académie Goncourt. Il avait publié La Nef qu’il mit 34 ans à écrire/ Saint Pol Roux, dit le Magnifique était l’auteur du livret de Louise que Charpentier mit en musique. Il fut proclamé par les surréalistes comme un de leur précurseurs. La Dame à la faux est son œuvre maîtresse.

Erik Satie fut disciple de Peladan. Peladan organisa, à la galerie Durand-Ruel, le Salon de la Rose-Croix qui fut un événement bien parisien. Après le schisme de Péladan, la rose-croix de Guaïta excommunia Péladan le 5/8/1891.

Bayard évoque l’ordre peu connu de la Fraternité hermétique de Louxor qui apparut à Boston vers 1880 et entra en lutte avec les groupes spirites se réclamant d’Allan Kardec puis avec les dirigeants de la Société Théosophique. Association très secrète, la Fraternité hermétique de Louxor existe toujours, compte peu d’adeptes et son état major réside actuellement à Zurich. Elle est puissamment hiérarchisée. Son enseignement oral ou par correspondance, est donné par degrés, et exige un intense travail personnel. La lecture et la méditation d’ouvrages recommandés constituent une propédeutique. Il y avait notamment Ghostland de Hardinge Britten traduit en français sous le titre « Au pays des esprits ». La Fraternité hermétique assurait son recrutement par l’astrologie. Le premier secrétaire général en fut l’Ecossais T.H. Bugoyne et le grand maître visible, un Etats-unien, Peter Davidson, que Papus nomme « l’un des plus remarquables parmi les adeptes occidentaux. Papus fut l’un des agents de cette société.

The Golden Dawn (l’Aube d’or) Pauwels et Bergier, dans le Matin des magiciens, ont révélé le rôle joué par la Golden Dawn. Ils démontrent que ce groupe ésotérique fut le « laboratoire où s’élaborèrent certaines des mutations essen

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