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Hauts Grades

Les trois fenêtres du tableau de Loge

12 Décembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

En exergue à cette planche je citerai le Coran sourate XXIV, dite la Lumière, verset 35 :

 

Dieu est la lumière des cieux et de la terre !
Sa lumière est comparable à une niche
Où se trouve une lampe.
La lampe est dans un verre ;
Le verre est semblable à une étoile brillante.

Cette lampe est allumée à un arbre béni,
L’olivier, qui ne provient
Ni de l’Orient ni de l’Occident
et dont l’huile est près d’éclairer
sans que le feu la touche.

Lumière sur lumière !
Dieu guide, vers sa lumière, qui il veut.
Dieu propose aux hommes des paraboles.
Dieu connaît toute chose.


Les documents de base que j’ai utilisés pour cette planche sont les pages 4 et 5 de notre Rituel du 1° degré. Si j’analyse le plan de la Loge (page 4), je remarque qu’il n’est mentionné aucune fenêtre sur les murs. Ce qui me permet d’indiquer que l’intitulé exact de cette planche pourrait être soit « Propos sur les 3 F du Tableau de Loge » soit « A propos des 3 F. du Tableau de Loge ». Mon unique ambition étant de vous inviter à me fournir de plus amples informations sur ce thème. Pour cette raison je ne formulerai que des suggestions, des propositions, me contentant de me laisser guider par ce que m’inspire le symbole de ce qu’il est convenu d’appeler « les trois Fenêtres du T. de L. »

Tout d’abord un petit rappel des indications données page 5 du rituel du 1° degré en ce qui concerne la description de la Loge :

« Le local ne doit pas laisser entrer la lumière du jour, ni les bruits extérieurs, il n’a qu’une porte, si possible à deux vantaux ; elle est située dans l’axe médian du local et elle indique l’ Occident. Parfois, deux autres fausses portes sont peintes ou simulées au milieu du mur du Midi, et au milieu du mur de l’Orient derrière le V.M.

Le plafond du local s’appelle la Voûte Etoilée, c’est-à-dire que, peint en bleu, il montre quelques étoiles notamment la Grande Ourse avec, au centre du plafond, l’Etoile Polaire qui doit être à l’aplomb du Tableau de  Loge. En effet, des Loges maintiennent l’usage de suspendre à la Polaire un fil à plomb qui symbolise l’axe du monde ».

Je retiens de ces prescriptions qu’il n’est fait aucune mention des 3 F., bien au contraire, puisqu’il est question d’un espace hermétiquement clos. La seule allusion à une ouverture quelconque est celle des portes dont le symbolisme se révèlera ultérieurement dans le parcours initiatique de l’Apprenti. Pour cette raison, je ne comprends pas pourquoi les différents commentateurs s’obstinent à nous faire croire que les 3 F. trouvent leur origine dans le Temple de Salomon (I Rois 6 4) «  Il fit à la Maison des fenêtres grillagées », à moins qu’i n’y ait une volonté délibérée de « coloniser » une tradition ancienne pour servir des buts précis de domination. On pourrait suggérer la même chose pour les Colonnes.

Par contre, je ne n’utiliserai pas les renseignements des différents documents consultés concernant les formes des F. qu’elles soient grillagées ou non, qu’elles prennent leur origine dans les temples égyptiens ou non, qu’elles se servent de la géométrie sacrée ou non, qu’elles distribuent la lumière du soleil qui est censée éclairer le V.M., le 1° S . ou les Apprentis. Autant d’éléments, qui à mesure que mes recherches progressaient, me gênaient énormément.

D’ailleurs, le V.M. ne demande-t-il pas au F. Couvreur de s’assurer que le Temple est dûment couvert ? A partir de cet instant le Temple ne ressemble-t-il pas à l’athanor de l’alchimiste, un « ensemble » hermétiquement clos ?

D’où, pour moi, une certitude : ce que l’on nomme les  3 F. ne jouent pas le rôle classique attribué aux fenêtres. Seul le T.de .L les contient et non le Temple. Première absence notoire qui me renvoie à une seconde absence : celle du 4° Pilier. Celui-ci, à son tour, m’invite à constater que le T.de L. ne comporte  pas de fenêtre au nord. Cela fait beaucoup d’absences pour être innocent. C’est ce qu’on appelle en littérature « la dimension d’absence » dont le but est de solliciter l’attention, d’une façon discrète, pour ne pas s’attirer les foudres de la pensée dogmatique, sur des éléments particulièrement importants pour le développement des idées. Surtout s’il s’agit de faits qui orientent l’ensemble des recherches, leur communiquent un souffle de  vie nouveau, permettent d’en saisir le sens caché, ésotérique.

Alors pourquoi, en tant que gnostique, accepterions-nous de répéter, comme des élèves sérieux et conformistes, que la Lumière vient de l’Orient, ne peut venir que de l’Orient ? Pourquoi, puisque nous sommes au niveau des symboles, ne pas nous demander si la véritable Lumière ne viendrait pas d’ailleurs, du Nord, de ce qu’on appelle l’Hyperborée ? Ceci nous oblige à une metanoïa, à un retournement complet, à une remise en question de la notion de pôle.

En quoi consiste être un Hyperboréen, si ce n’est à aller plus loin que le pays d’où souffle le Borée, le dieu du vent du nord, fils d’un Titan et de l’Aurore. Or Aurore (Eos en grec) est une divinité grecque et romaine qui ouvrait les portes de l’orient au char du Soleil. Les Grecs considéraient l’Hyperborée comme le pays de toutes les enfances, de tous les âges d’or, comme une sorte de Paradis lointain. De plus, c’est de là qu’est partie la flèche qui a formé la constellation  du Sagittaire et la flèche, je cite  « est le symbole du dépassement des conditions normales, elle est un affranchissement imaginaire de la distance et de la pesanteur, une anticipation mentale de la conquête d’un bien hors d’atteinte » (allusion à la Parole Perdue ?) Et  cette constellation du Sagittaire avec sa flèche,  semble vouloir me donner une explication pour les trois Fenêtres. Celles-ci « symboliseraient la trinité du Feu avec la puissance ignée viscérale du Bélier à l’Orient, la magnificence du Moi du Lion au Midi, la force du Sagittaire à l’Occident où cette force devient celle des décantations spirituelles, des illuminations de l’esprit, des montées intérieures par lesquelles l’instinct et l’ego se dépassent dans une transcendance vers le surhumain ». De l’éveil de la libido à la recherche de la sainteté, le Sagittaire, et son arc, nous montre en une image l’énergie primordiale et l’énergie psychique que la tradition indienne place respectivement dans le sacrum (1° Çakra) et  sommet du crâne (7° Çakra).  Alors ce n’est pas de fenêtres dont il faut parler mais d’ouverture dans la trame de l’univers, dans sa texture. Cette énergie qui  apparaît derrière le grillage symbole de l’intellect, de l’ego de l’homme, n’est que l’ombre de l’Esprit Premier, de l’Esprit Suprême, du GADLU « extrême limite des degrés du Paradis derrière laquelle il n’y a plus ni détermination, ni degré existentiel ». Uniquement une pure Conscience, l’Invariable Milieu, le point fixe autour duquel s’effectuent toutes les révolutions.

Ne trouve-t-on pas ici la définition du Pôle, symbole de la stabilité au milieu du mouvement ? Cet Invariable Milieu est le Moyeu de la Roue Cosmique. N’avons-nous pas en Loge, au-dessus du Tableau de Loge, le symbole de ce pôle, l’axe du monde qui joint le pôle terrestre au pôle céleste, le centre du monde à la constellation boréale, le Fil à Plomb, suspendu à la Grande Ourse ? La Grande Ourse dans la tradition hindoue n’est-elle pas la demeure des 7 rishis, symboles de la Sagesse et de la tradition primordiale ? Cette constellation n’est-elle pas, à la fois, le centre, l’arche où se conserve la connaissance traditionnelle ?, l’Etoile Polaire étant considérée comme la demeure du Suprême UN ?  L’Etoile Polaire n’est-elle pas utilisée comme support dans certaines méthodes de concentration spirituelle pour garder l’UN ? C’est pourquoi la Tradition Primordiale peut être considérée comme Hyperboréenne.  Et ce Pôle symbolique est, depuis la différenciation de la Tradition Polaire Primordiale, situé en chaque centre spirituel :
- le pôle islamique est à l’aplomb de la KA’BA mecquoise,
- le pôle chinois à l’aplomb du MING TANG,
- le pôle judéo-chrétien à l’aplomb de JERUSALEM.

Si nous nous référons à l’Islam, le pôle (Al QUTB) désigne, par analogie, le centre, le sommet d’une hiérarchie spirituelle. Moïse est désigné comme QUTB. Il assure l’équilibre et la stabilité du monde. Il est au Nord, au sommet du Sinaï. L’orientation vers la QIBLA, qui n’est « ni d’Orient, ni d’Occident » (Coran 24 35), est celle qui conduit au Pôle.

Les cheikhs et chefs de confrérie soufie reçoivent le titre honorifique de Pôle. Il s’agit, pour nous, de retrouver la dimension du Nord dans sa puissance symbolique, puissance telle qu’elle ouvre la porte de l’au-delà. A partir de cela on peut saisir la richesse de l’expression « perdre le nord » c’est-à-dire ne plus pouvoir distinguer entre le ciel et l’enfer, l’ange et le démon, la lumière et l’ombre, l’inconscient et la transconcience. Elle suggère, cette expression, que l’homme est sans dimension verticale, qu’il est réduit à chercher le sens d’une histoire en imposant d’autorité les termes de référence, qu’il est impuissant à saisir les formes dans le sens de la hauteur, mais qu’il est expert à superposer d’absurdes parallélépipèdes . Il est impuissant à concevoir un univers suprasensible parce qu’il survalorise  d’une façon excessive la réalité sensible.

Méditer sur la signification d’une lumière qui n’est ni d’Orient ni d’Occident est une opportunité pour situer et interpréter d’une façon nouvelle l’opposition entre orient et occident. En s’orientant sur le pôle céleste comme seuil de l’au-delà, c’est un monde autre que celui de l’espace géographique, physique, astronomique dont il s’agit. Ne divaguer ni vers l’est, ni vers l’ouest, c’est tendre au centre, c’est une ascension hors des dimensions cartographiques, c’est la découverte d’un monde intérieur qui secrète lui-même sa lumière, qui EST le monde de la lumière ; « c’est une intériorité de lumière s’opposant à la spatialité du monde extérieur qui par contraste apparaîtra comme Ténèbre ».
Il est temps maintenant de revenir aux 3 F. Quatre éléments sont à retenir :
-         1° – Certaines explications que j’ai pu lire affirmaient que par ces fenêtres parvenait à la loge de l’air, un souffle lumineux, un souffle d’air. Or la traduction latine de « souffle de l’air, de vent, de souffle de vie, d’inspiration, de souffle créateur, d’âme, d’esprit » est SPIRITUS. Partant du principe exposé plus haut que les 3 F . du Tableau. de Loge ne peuvent  laisser passer le moindre souffle d’air au sens le plus matériel du terme, j’en déduis qu’il ne peut y avoir là qu’une allusion au souffle de l’Eprit, sous-entendu de l’Esprit Saint, de la Conscience Universelle, du GADLU.
-         2° – Le grillage : ou bien il symbolise le tamis, le tri qui doit être effectué dans notre saisie du symbolisme des 3 F. Ou bien il peut faire allusion au mental, à l’ego, en tant qu’obstacle important lors de l’approche de l’Intellect Suprême.
-         3° - La couleur jaune de ces fenêtres : toujours en partant du principe qu’elles sont dans l’incapacité de laisser passer une quelconque lumière, le jaune symbolise, ici, la couleur de l’éternité, le monde de Lumière que je viens de mentionner. Il symbolise la « lumière d’or », chemin de communication à double sens, médiateur entre les hommes et les dieux, le jaune d’or étant l’attribut de Mithra en Perse et d’Apollon en Grèce. Mais le jaune symbolise, aussi, le danger qui guette celui qui oublie l’amour divin et qu’attend le soufre luciférien, image de l’orgueil, de la présomption, de l’intelligence qui ne veut s’alimenter qu’à elle-même. J’aurai tendance à y voir une représentation de la Kundalini, ou bien de l’énergie fondamentale  qui est à la base de notre univers et dont les physiciens se demandent s’il ne s’agirait pas de la Conscience Universelle.
-         4° – Enfin le nombre des carrés déterminés par le grillage. Ils sont au nombre de 36.  A ce propos vous pouvez consulter ce qu’en disent  le Dr. Allendy dans « Le symbolisme des nombres » et le dictionnaire des symboles  En voici des extraits : «  36 est le nombre de la solidarité cosmique, de la rencontre des éléments et des évolutions cycliques. 36 est mesure le carré de côté 9 ; c’est la valeur approchée du cercle de diamètre 12 ; 360 est la division du cercle  et celle de l’année lunaire. 36 est la somme des 4 premiers pairs et des 4 premiers impairs (20+16) ce qui lui valut chez les Pythagoriciens le nom de grand quaternaire ; 36 est la somme des cubes des trois premiers nombres. 36, 72, 108 sont les nombres favoris des sociétés secrètes. Etc…etc En fonction de ce que je viens de lire je me demande ici les éléments qui ont été nommés « fenêtres » ne sont pas en fait des carrés longs.  D’où ma question : pourquoi ces trois carrés longs ?

CONCLUSION
Pour conclure je signalerai qu’un des textes fondamentaux, le REGIUS ?, le COOKE ? ne mentionne en aucune façon la Bible comme texte de référence, ce qui laisse la porte ouverte à d’étonnantes possibilités.
Ce travail sur les 3 F. du T.de L. m’a  permis de comprendre  que, je cite ici Henry Corbin, « ce qui existe concrètement ce n’est pas la collectivité, ce sont des âmes individuelles, c’est-à-dire des personnes dont chacune peut aider l’autre à trouver sa propre voie pour sortir du puits,  mais dès que les uns veulent imposer leur voie aux autres, la situation retourne à celle de la « cité des oppresseurs. Cette collectivisation de la psyché, entraînant avec elle la désorientation des symboles, n’est, elle aussi,  qu’une conséquence de l’oubli déjà dénoncé : la perte de la dimension verticale ascensionnelle, à laquelle se substitue l’extension horizontale évolutionnaire. La dimension verticale est individuation et sacralisation ; l’autre est collectivisation et sécularisation. La première libère à la fois de l’ombre individuelle et de l’ombre collective… et permet de voir sa propre Personne de Lumière ».

Je viens d’achever la lecture d’un ouvrage Bruno Etienne intitulé « Abd-el-Kader et la Franc-Maçonnerie – soufisme et franc-maçonnerie » et je n’ai pu m’empêcher de relever ces quelques lignes qui me semblent comme un doublet de la pensée de Henry Corbin « …Le soufisme, comme la franc-maçonnerie, apparaît essentiellement comme l’illustration du « connais-toi toi-même » socratique. C’est donc non seulement une méthode introspective, mais aussi une praxia , une orthopraxie, pratique vraie qui vise à supprimer les distorsions, les distinctions car sa finalité est l’union existentielle. Avec Dieu ? Avec le Cosmos ? Avec l’Un ? Là interviennent les anathèmes ; or je n’ai jamais trouvé, ni dans les textes soufis, ni dans les écrits maçonniques, des raisons  de soutenir qu’il fallait préciser à qui – autre que soi-même – pouvait servir cette connaissance réalisatrice.

J’ai dit V.M.

J\ D\  

 

source : www.ledifice.net

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