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Hauts Grades

Les Trois Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie

2 Février 2013 , Rédigé par Gérard REYNAUD Publié dans #Planches

Je voudrais tout d'abord pour commencer cette conférence, rappeler l'énoncé des deux premiers articles de la Déclaration de Principes de la Grande Loge de France, en date du 5 mars 1955 :

"Article Premier : La Grande Loge de France travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers.

Article Deuxième : Conformément aux traditions de l'Ordre, trois gran­des lumières sont placées sur l'autel des loges : l'Equerre, le Compas et un Livre de la Loi Sacrée. Les obligations des Maçons sont prêtées sur ces Trois Grandes Lumières".

Chacun peut, je pense, à la lecture de ces deux premiers articles, pren­dre conscience de l'importance capitale de ces trois grandes lumières dans la démarche initiatique de la Franc-Maçonnerie.

Dans la Déclaration de Principes, elles viennent juste derrière la men­tion du Grand Architecte de l'Univers, véritable clef de voûte de toute la symbolique maçonnique. Principe fondamental qui donne à l'initiation son caractère traditionnel. L'invocation au Grand Architecte de l'Univers appa­raît comme indispensable pour qu'il y ait véritablement communication du sacré, mise en relation entre ce Principe d'Ordre et le candidat qui contracte une alliance librement consentie, au point culminant de la cérémonie d'ini­tiation, lorsque le récipiendaire va prêter serment.

C'est pourquoi, la Grande Loge de France, rappelle avant toute chose, dans sa Déclaration de Principes qu'elle "travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers".

Une fois ce principe fondamental énoncé, nous allons très rapidement comprendre l'importance et la place des Trois Grandes Lumières. L'article 2 nous apporte trois précisions qu'il importe ici de rappeler brièvement :

Premièrement : il lie les Trois Grandes Lumières à la Tradition de l'Or­dre et précise leur place dans la Loge : sur l'autel, à cet endroit qui est l'un des plus remarquables du point de vue de la "géographie symbolique" de la Loge, là où nous accomplissons lors de l'ouverture et de la fermeture des travaux des gestes rituels d'une très haute signification, mais aussi parce que c'est 1à, que nous nous lions à l'Ordre.

Deuxièmement : les Trois Grandes Lumières se composent de deux caté­gories d'objets : l'Equerre et le Compas, puis le Volume de la Loi Sacrée. L'Equerre et le Compas qui sont les outils nécessaires à toute construction. Outils qui nous ont été transmis par les maçons opératifs constructeurs d'édi­fices sacrés, au Moyen Age. Mais bien que l'Ordre maçonnique soit aujourd'hui totalement spéculatif, l'Equerre et le Compas conservent pour nous toute leur efficacité, car nous aussi nous construisons un Temple, un Temple de pierres vivantes qui doivent être harmonieusement assemblées et disposées selon les règles de la Sagesse, avec l'Energie de la Force et le souci de la Beauté. Chaque franc-maçon est donc invité, à l'aide de l'Equerre et du Compas, à s'améliorer progressivement, à passer de l'état de chaos à celui de l'ordre, à devenir une pierre aux proportions telles qu'elle puisse s'intégrer dans l'édifice commun, sans jamais pour autant perdre sa propre identité, de la même façon que dans les édifices anciens les compagnons- tailleurs de pierre inscrivaient dans leur oeuvre, leur marque distinctive. Car la Franc-Maçonnerie est — ou devrait être — ce lieu privilégié où la per­sonnalité peut véritablement s'épanouir en harmonie avec les autres, et la Loge ne peut en aucun cas ressembler à je ne sais quelle société profane où les hommes s'assemblent par grégarisme.

Le deuxième objet lié au couple Equerre-Compas c'est le Volume de la Loi Sacrée. Au Rite Ecossais ancien et accepté, dans ce Temple de la Grande Loge de France où vous êtes cet après-midi, le Volume de la Loi Sacrée c'est la Bible — Ancien et Nouveau Testament —, Bible que nous avons coutume d'ouvrir au Prologue de l'Evangile selon Saint Jean.

Il y a donc, comme vous le voyez, Trois Grandes Lumières et non pas deux, car les outils de la construction, l'Equerre et le Compas, doivent tra­vailler en vue d'une finalité, conformément à un ordre, à une Loi Morale, étant entendu que le mot morale n'a, ici, rien à voir avec la morale sociale. Sans ce Volume de la Loi Sacrée l’œuvre de construction ne serait pas reliée au Principe qui lui donne son sens et sa finalité initiatiques.

Troisièmement : l'article 2 nous dit que les obligations du franc-maçon sont prêtées sur les Trois Grandes Lumières. Il y a là, je crois une affirma­tion tout à fait essentielle. L'obligation, c'est ce moment décisif, ce moment capital où va se nouer l'alliance entre l'Ordre et le nouvel initié. Cette prise d'Obligation réintègre celui qui entre dans la Loge, dans l'espace et le temps sacralisé de la Loge ouverte, mais aussi dans la Tradition ici représentée par le Volume de la Loi Sacrée. Lors de cette prise d'Obligation, les Trois Gran­des Lumières "concentrent" en elles, toute la Tradition à laquelle le pro­fane va se lier à l'Ordre pour devenir franc-maçon.

Aussi loin que nous remontions dans le temps, en gardant les pieds sur terre, c'est-à-dire texte à l'appui, nous pouvons dire qu'il y a sous une forme implicite ou explicite, présence des Trois Grandes Lumières. Les Manus­crits des Anciens Devoirs, qu'il s'agisse du Régius de 1390, du Cooke de 1410 ou ceux plus tardifs d'Edimbourg de 1696 ou Dumfrier de 1710, mon­trent bien que nos ancêtres les maçons opératifs et ceux qui parmi eux étaient des acceptés, prêtaient leurs Obligations à l'aide des outils du Métier repré­sentant la connaissance et la transmission de cette connaissance, dans le secret de l'initiation et juraient obéissance et fidélité à Dieu et à la Sainte Eglise, en présence de tout ou partie du Livre Sacré. N'oublions pas, en effet, que la Franc-Maçonnerie est fille de la Chrétienté et que toutes les anciennes corporations de métier avaient une règle qui énonçait en préambule la fidé­lité à Dieu et à l'Eglise.

En ce qui concerne la présence du Livre, il est probable qu'avant le XVIe/XVII° siècle nous n'avions qu'un fragment de la Bible, l'un des récits évangéliques par exemple. L'usage intégral de la Bible ne commence vrai­ment qu'avec la Réformation de l'Eglise au XVI° siècle. Le texte de Samuel Prichard "Masonry Dissected" de 1730 atteste la présence de la Bible, dans les Loges spéculatives anglaises de l'époque.

Nous reviendrons sur toutes les questions posées par la présence du Volume de la Loi Sacrée sur l'autel des Loges.

J'en viens maintenant, si vous le voulez bien, à la signification symbo­lique de l'Equerre et du Compas. Je ne ferais qu'évoquer la signification symbolique de ces deux outils, car la véritable compréhension du symbole repose avant tout sur le vécu, dans le cadre du rituel de Loge.

Je n'affirme rien, car on ne peut nommer le symbole dans son essence sans courir le risque de le transformer en un signe sans vie, ou au mieux en une belle allégorie. Il n'y a plus alors, de symbole, mais seulement un signe, ce qui est fondamentalement différent. Il faut également éviter de sépa­rer, d'isoler, ce qui n'a de sens que dans le cadre d'une vision globale. Les symboles ne parlent qu'à celui qui les perçoit dans leur unité, qu'à celui qui lève un coin du voile sur le très complexe réseau de relations analogiques qu'ils entretiennent entre eux. C'est alors seulement qu'ils sont, pour repren­dre l'expression de Goethe, une fenêtre ouverte sur l'ineffable réalité. Gar­dons nous également, par une utilisation répétée et par là trop souvent sim­pliste de priver nos symboles de toute force évocatrice, car ils deviendraient alors le tombeau de notre mémoire. Si j'évoque ici séparément l'Equerre et le Compas, c'est uniquement pour mettre sur une voie, car à aucun moment je n'oublie qu'ils doivent être aussitôt réenvisagés dans leur rela­tion réciproque.

L'Equerre est un instrument fixe qui donne un angle droit. Elle a pour propriété de rendre les corps carrés. Elle est, de tout temps utilisée par les tailleurs de pierre. Quelle peut-être la signification symbolique de l'Equerre pour un franc-maçon spéculatif aujourd'hui ? On peut je pense proposer deux niveaux de réflexion :

Le premier concerne la forme de la loge elle-même, son espace géogra­phique. Les limites de la loge sont tracées à l'aide de l'équerre et cette loge est elle-même symboliquement construite aux dimensions de l'univers. N'ou­blions pas en effet que les anciennes représentations cosmologiques repré­sentaient la terre comme un carré et que dans cette perspective l'Equerre a une double signification : elle est à la fois le symbole de cette terre et l'ou­til qui sert à délimiter, à marquer l'espace terrestre. Il est utile, je crois, de rappeler ici que si ces anciennes représentations cosmologiques de l'univers n'ont plus aucune valeur scientifique depuis longtemps, elles conservent néan­moins pour nous toute leur actualité symbolique si l'on veut bien réfléchir sur les conséquences du rapport analogique des dimensions de la loge comme carré long et de la terre telle qu'elle est figurée dans la géographie des anciens.

L'Equerre est donc à la fois pour nous, la matière et l'instrument ordon­nateur de cette matière. Elle symbolise la nécessaire unité que l'on doit recher­cher par delà la multiplicité des apparences et l'obligation faite au franc- maçon de concilier les contraires pour pouvoir construire selon les normes de l'Ordre universel.

Sans le travail de l'Equerre il n'y a donc pas — symboliquement — de matière ordonnée, donc pas de vie possible selon l'être, car le chaos est toujours synonyme d'indifférenciation et de mort. Ainsi le franc-maçon réac­complit à l'aide de l'Equerre, le geste ordonnateur de Dieu qui dans le récit de la Genèse, sépare et met en place les éléments de l'univers, geste qui rend la vie possible. Cette action ne doit pas toutefois le conduire — du moins je l'espère — à se prendre lui-même pour Dieu !

Ainsi l'Equerre est cet instrument qui harmonise les contraires, unis­sant le passif et l'actif. Voilà pourquoi nous disons qu'elle est symbole d'équité, de rectitude, d'équilibre. C'est pourquoi aussi, elle est le signe du Maître de Loge, car c'est lui qui conduit le travail des ouvriers, de ces ouvriers qui ont pour unique ambition de contenir leurs passions pour s'édifier con­formément aux normes de la sagesse.

Le Compas est quant à lui un instrument de mesure, permettant de tra­cer des cercles, de mesurer, de reporter. Alors que l'Equerre est fixe , il est lui — le Compas — mobile. Il est le symbole actif du potentiel créateur de la pensée et la Tradition en fait le symbole du Grand Architecte lui-même. Alors que l'équerre nous renvoyait à la matière et à l'objet, le compas nous renvoie au sujet et à l'esprit, au dynamisme créateur de la pensée. Toute­fois, souvenons-nous qu'il convient de ne pas oublier la relation existant entre l'Equerre et le Compas. Si nous ne perdons pas de vue la relation réci­proque de ces deux outils, nous voyons qu'il y a des limites à ne pas fran­chir. Le compas ouvert à plus de 90° devient un instrument instable et ino­pérant.

Et il y a là une leçon que nous devons méditer. Il doit toujours y avoir un équilibre de relation entre l'Equerre et le Compas et cet équilibre nous indique les bornes que nous ne saurions franchir, limites au-delà desquelles nous sortons de l'initiation maçonnique proprement dite. La pluralité de sens de nos symboles ne nous autorise pas pour autant à nous lancer dans un pseudo-ésotérisme, qui, évacuant le sain garde-fou de la raison, ressem­ble en fait au délire de la pensée.

Un texte de Bernard Palissy tiré de son Dessin du Jardin Delectable, illustre les mésaventures de celui qui serait amené à considérer les outils en dehors de leurs relations réciproques : "Puisque nous sommes sur le pro­pos de la géométrie, il advint la semaine passée, qu'estant en mon repos sur l'heure de minuit, il m'estoit avis que mes outils de géométrie s'estoient eslevez l'un contre l'autre et qu'ils se débatoyent à qui appartenoit l'hon­neur d'aller le premier. Et estant en ce debat, le Compas disoit : "Il m'ap­partient l'Honneur car c'est moy qui conduit et mesure toutes choses aussi, quand on veut reprouver un homme de sa despense superflue on l'admo­neste de vivre par compas". La Reigle disoit au compas : "Tu ne sais pas ce que tu dis : tu ne saurois rien faire qu'un rond seulement, mais moy, je conduis toutes choses directement et du long et de travers ; et en quelque sorte que ce soit, je fais mon cher droit devant moi. Ainsi, quand un homme est mal vivant, on dit qu'il vit dereiglement qui est autant à dire que, sans moi, il ne peut vivre droitement. Voilà pourquoi l'honneur m'appartient d'aller devant". Lors l'Escarre dit : "C'est à moy à qui l'honneur appar­tient, car pour un besoin, on trouvera deux reigles en moy ; aussi, c'est moy qui conduis les pierres angulaires et principales du coin, sans lesquelles nûl bâtiment ne pourroit tenir".

Ce petit texte illustre parfaitement les dangers qui nous guettent si nous séparons l'Equerre et le Compas, et l'impuissance, l'incapacité qui résulte de cette séparation. C'est pourquoi, d'ailleurs, tous les hommes ne sont pas initiables, car tous ne portent pas en eux cette indispensable "nostalgie" de l'Unité, sans laquelle il n'y a pas, à mes yeux, de démarche initiatique possible.

Retenons pour le moment, qu'à l'image des autres hommes, l'initié n'étant ni ange ni bête pour reprendre l'expression de Pascal, il convient pour lui de s'édifier entre l'Equerre et le Compas. Car cette relation com­plémentaire qui unit l'Equerre et le Compas c'est bien celle qui unit le réel et la pensée, la matière et l'esprit, l'objet et le sujet.

Puisque l'homme n'est ni Dieu ni un pur esprit, le sujet ne peut se con­cevoir, se penser lui-même en dehors d'une relation avec l'objet. Voilà pour­quoi le symbolisme maçonnique place le franc-maçon entre l'Equerre et le Compas, indiquant du même coup que le compas a besoin de l'équerre pour réaliser ce dont il est potentiellement et virtuellement capable de même que l'équerre a besoin du compas pour travailler selon la règle de l'esprit. Ainsi donc je pense que l'on peut affirmer que l'équerre et le compas n'ont véri­tablement de sens que dans le cadre de leur relation réciproque.

Venons-en maintenant au Volume de la Loi Sacrée. Quelle est sa signi­fication dans le cadre de l'initiation maçonnique ? Quelles sont les relations qu'il entretient avec les outils symboliques, l'Equerre et le Compas ? Voilà bien deux questions importantes. Mais je parlerai aussi du rapport entre les Trois Grandes Lumières et le Grand Architecte de l'Univers, car on ne peut les isoler du Principe qui leur donne tout leur sens.

La présence du Volume de la Loi Sacrée sur l'autel des Loges pose plu­sieurs types de problèmes. Le premier d'entre eux peut se résumer par cette simple question : quel livre ? Il faut se souvenir, pour répondre à cette ques­tion, que la Franc-Maçonnerie n'est pas, Dieu merci, un bloc monolithi­que. L'universalité de l'Ordre n'est pas synonyme d'uniformité. J'en veux pour preuve, l'existence à travers le monde de plusieurs rites qui ont chacun leur légitimité traditionnelle. En Franc-Maçonnerie universalité ne veut pas dire uniformité, pas plus que l'idée de diversité ne doit être confondue avec celle de confusion.

Si nous appliquons ce qui vient d'être dit à la présence du Volume de la Loi Sacrée dans la Loge symbolique de tradition écossaise, nous pouvons dire que seule la Bible doit être présente comme Livre Sacré, sur l'autel des Serments. Il n'y a là aucune affirmation sectaire, et encore moins un quel­conque mépris pour d'autres livres sacrés. La raison d'une telle affirmation se situe à un tout autre niveau. Je m'explique : le rite écossais ancien et accepté est très marqué par ses origines judéo-chrétiennes. Qu'il s'agisse des noms symboliques, des noms de certaines pièces du mobilier de la loge, de la référence à la construction du Temple de Salomon comme à celle de l'Évan­gile de Saint Jean, des légendes qui servent de cadre à la transmission de la connaissance initiatique, tout cela est assurément d'origine biblique. La Bible étant prise ici, non pas comme Parole de Dieu révélée, mais comme le Livre de la Loi Morale et le Livre qui contient l'essentiel des symboles du Rite. La présence de la Bible dans la loge écossaise, comme Volume de la Loi Sacrée, relève donc ici de la simple logique. Remarquons aussi que le développement au niveau mondial du rite écossais ancien et accepté, cor­respond grosso-modo à l'espace culturel d'origine judéo-chrétien et il n'y a là, je pense, nul hasard.

La Bible est ici, le Volume de la Loi Sacrée, car il faut bien en dehors de tout critère de foi religieuse — ce qui est le cas à la Grande Loge de France — qu'il y ait un consensus culturel minimum dans lequel tous les hommes de l'esprit, quelles que soient leurs conceptions particulières, reconnaissent dans ce Livre, la présence d'une Loi plus haute que toutes les autres lois. Tous les hommes de bien — en Occident — reconnaîtront je pense la voca­tion de la Bible à exprimer les valeurs du sacré, pour la simple raison que ce Livre est hautement significatif, qu'on le lise comme Parole de Dieu ou comme Livre de sagesse ou d'histoire. On peut même dire qu'il est consubs­tantiel à la civilisation occidentale à laquelle nous appartenons.

Dans la Franc-Maçonnerie de tradition, le Volume de la Loi Sacrée a une double signification. D'une part, il est la référence de toute l'architec­ture symbolique, d'autre part, il exprime la Loi Morale qui s'offre comme étant la Règle de tous ceux qui veulent s'édifier selon l'Esprit par l'initia­tion.

Cette Loi Morale qui transcende l'homme n'est nulle part ailleurs mieux représentée que par le Volume de la Loi Sacrée. Ce sont ces deux raisons qui fondent sa présence dans la loge écossaise. C'est cette présence qui donne à la prise de serment son caractère indélébile, ce qui explique du même coup les terribles châtiments dont parlent presque tous les textes d'Obligations, châtiments auxquels s'exposent le parjure. La rupture du serment est en effet un acte de profanation au niveau ontologique et a pour conséquence un véri­table retranchement du sacré.

La présence du Volume de la Loi Sacrée lors de la prise d'Obligation (mais aussi pendant tous les travaux de loge) est une nécessité absolue, car il n'y a pas de véritable initiation sans communication du sacré sans mise en relation entre le Transcendant et l'Immanent sans alliance entre celui qui aspire A franc-maton et le Principe d'Ordre universel qu'exprime

le Grand architecte de l'Univers, sans volonté et s’intégrer dans cette Loi Morale exprimée da ns le volume de la Loi Sacrée.

Où serait alors, la Tradition de l'Ordre, le lien au Principe, la Loi Morale, si d'aventure nous disposions un simple livre blanc sur l'autel des Serments, ou même le livre des Constitutions d'Anderson ?

Cette question m'amène à vous parler maintenant de deux types de posi­tion que l'on rencontre dans la Franc-Maçonnerie, positions qui sont diffé­rentes de celles de la G.L.D.F. Et il importe de les étudier pour bien com­prendre la position de la Grande Loge de France qui, tout en tenant ferme­ment à l'invocation au Grand Architecte de l'Univers et à la présence du Volume de la Loi Sacrée, refuse l'identification au Dieu révélé pour le Grand Architecte, et la "Volonté exprimée d'En-Haut" pour le Livre de la Loi Sacrée.

La première confusion consiste à identifier le symbolique au religieux. Pour des raisons historiques très complexes, que je ne peux pas analyser ici par manque de temps, la cassure entre le catholicisme romain et la Franc- Maçonnerie en France, essentiellement par la faute de l'Eglise romaine du XIXe siècle a amené le développement d'une Maçonnerie assez largement anti-cléricale quand elle n'était pas tout simplement anti-religieuse. Une Maçonnerie largement ouverte aux idées philosophiques positivistes, appe­lée à rapidement se séparer de tout ce qui pouvait être considéré comme une réminiscence suspecte d'un passé religieux détesté. Le Grand Architecte de l'Univers fit les frais de l'opération et à partir de 1877 bon nombre de Loges françaises s'en séparèrent. Le Volume de la Loi Sacrée disparut lui aussi, car voyez-vous, le Grand Architecte de l'Univers et le Volume de la Loi Sacrée, sont deux inséparables. L'un ne va pas sans l'autre. Cette situation, qui je le répète est le point d'aboutissement d'un mouvement qui parcourre le XIXe siècle, depuis le Concordat de 1802, mouvement qu'il faut analyser, non dans un esprit de polémique mais plutôt de compréhension afin d'en tirer les leçons pour nous aujourd'hui, aboutit à un changement fondamen­tal dans l'orientation d'un grand nombre de loges. Elles devinrent alors, ces loges, des sociétés axées sur la réflexion politique, des forces de propo­sition dans le domaine législatif, ce qui me semble contraire à la vocation traditionnelle de l'Ordre qui ne doit se préoccuper ni de politique ni de reli­gion. Je crois de plus qu'en politique l'efficace est à rechercher, entre autre dans l'Unité de pensée et d'action. Or la loge — selon la Tradition — doit être le milieu le plus hétérogène qu'il soit, socialement, politiquement, reli­gieusement, philosophiquement, faute de quoi elle ne peut jouer son rôle de centre de l'union.

Inutile de rappeler également que la disparition des Trois Grandes Lumières, entraîne dans ce cas, une désagrégation lente mais certaine de la pratique du rituel, pourtant indispensable pour accéder au contenu initiati­que de l'ordre. .,,..,. .

La deuxième confusion réside dans l'identité entre le religieux et le symbolique. Attitude d'origine anglo-saxonne qui s'éclaire lorsque l'on remonte aux origines de la Maçonnerie spéculative, née au début du XVIIIe siècle en Angleterre. Deux courants s'opposent : celui de la première Grande Loge de Londres que l'on reconnaît avec les Constitutions d'Anderson de 1723. Celui dit des Anciens qui va se constituer en Grande Loge à partir de 1756.

Le passage à une Maçonnerie totalement spéculative au début du XVIIIe siècle pose aux Maçons londoniens plusieurs questions sur la con­servation des traditions du Métier dans la situation nouvelle et la possibilité pour la Maçonnerie de survivre au métier opératif. Les Constitutions de James Anderson de 1723 vont répondre à ces questions et poser comme prin­cipe, dans cette Angleterre saignée par les conflits politiques et religieux, la nécessité pour la Maçonnerie de jouer le rôle de centre de l'union. La référence au Dieu de tel ou telle religion particulière va alors disparaître dans les Obligations du Franc-Maçon pour céder la place à l'énoncé d'une loi morale sur laquelle tous les hommes qui demandent l'initiation peuvent et doivent être d'accord : ce sera le fameux article 1 "Concernant Dieu et la Religion" :

"Un maçon est obligé, par son engagement d'obéir à la Loi Morale et, s'il comprend bien l'art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irreligieux. Mais quoique dans les temps anciens, les Maçons fussent obli­gés, dans chaque pays d'être de la religion de ce pays ou nation, quelle qu'elle fût, aujourd'hui, il a été considéré plus commode de les astreindre seulement. à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord, laissant à chacun ses propres opinions, c'est-à-dire d'être des hommes de bien et loyaux ou des hommes d'honneur et de probité, quelles que soient les déno­minations ou croyances religieuses qui aident à les distinguer, par suite de quoi, la Maçonnerie devient le centre de l'Union et le Moyen de nouer une amitié fidèle parmi des personnes qui auraient pu rester à une perpétuelle distance".

On le voit, il n'y a plus de référence explicite au Dieu du christianisme, puisque c'est de lui dont il était question dans les Manuscrits des Anciens Devoirs. Seuls ceux qui refusent l'évidence rationnelle — pour le XVIII° siècle d'un ordre universel, "les athées stupides" et les libertins sont écartés de l'Ordre.

Nous sommes assez proche, somme toute du déisme philosophique, bien qu'Anderson et Désaguliers n'ont jamais été des déistes. N'oublions pas qu'ils étaient pasteurs et que comme tels, ils sont toujours restés attachés aux dog­mes de la religion chrétienne, qui n'ont pas grand chose à voir avec le déisme philosophique.

Mais comme Maçons, ils ont oeuvré pour l'alliance la plus large possi­ble, au-delà des croyances particulières. Ceci apparaît dans l'édition de 1738 des Constitutions, où l'on parle du maçon comme devant être un bon noa­chite. Or l'alliance de Dieu avec Noé est l'alliance la plus universelle qui soit. Il suffit pour s'en convaincre de se reporter au chapitre 9 de la Genèse : verset 11 :

"J'établis mon alliance avec vous, il n'arrivera plus que toute chair soit retranchée par les eaux du déluge et il n'y aura plus de déluge".

Puis il établit le signe de cette alliance : verset 12 :

"Dieu dit : Voici le signe de l'alliance que je place entre moi et vous ainsi que les êtres vivants qui sont avec vous pour les générations à venir."

L'alliance noachite est si universelle qu'elle s'applique en fait à tous les êtres vivants, humains et autres qui vivent sur la terre. Anderson sug­gère donc que tout homme, si il est un homme juste, un homme d'honneur et de probité entre de fait dans le cadre de cette alliance universelle contrac­tée entre Dieu et Noé. Car c'est bien parce qu'il est un homme juste que Noé est sauvé des eaux du déluge.

Ainsi vous le voyez : nulle obligation de foi dans cet article Pr. Vous allez voir qu'il en est tout autrement avec la Constitution dite Ahiman Rezon, rédigée par Laurence Dermott qui sera Grand Maître de la Grande Loge dite des Anciens, après 1756. Je cite :

"Un maçon est obligé, de par sa tenue de croire fermement et d'adorer fidèlement le Dieu éternel aussi bien que les enseignements sacrés que les Dignitaires et Pères de l'Eglise ont rédigés et publiés pour l'usage des hom­mes sages, de telle sorte qu'aucun de ceux qui comprennent bien l'Art puis­sent possiblement marcher sur le sentier irréligieux du malheureux libertin ou être induit à suivre les arrogants professeurs d'athéisme ou de déisme, ni a être souillé par les erreurs grossières de l'aveugle superstition, mais qu'il puisse avoir la liberté d'embrasser la foi qu'il jugera convenable pourvu qu'en tous instants il témoigne du respect dû à son Créateur, et agisse dans le monde avec honneur et honnêteté, prenant pour règle permanente de ses actes le précepte d'or qui engage chacun à faire à autrui ce qu'il voudrait qu'on lui fit".

On le voit les deux textes s'opposent franchement. A une Maçonnerie — Centre de l'Union basée sur une alliance la plus universelle possible, on oppose une Maçonnerie ouvertement théiste qui exige le préalable de la foi, rejetant du même coup tous les hommes de l'esprit qui ne s'inscrivent pas dans une démarche de foi religieuse. Si l'on ne perd pas de vue ces deux textes, on comprendra du même coup l'évolution ultérieure, qui aboutit en 1929 à l'énoncé de règles terriblement restrictives, par la Grande Loge Unie d'Angleterre — entre temps auto-proclamée Grande Loge Mère du Monde — règles devant servir à la délivrance de patentes dites de "régularité".

Comment en est-on arrivé là ? Tout simplement par la Constitution d'une rigoureuse orthodoxie maçonnique qui va se développer à partir de l'acte d'union de 1813 qui vit la naissance de la Grande Loge Unie d'Angle­terre. Les Modernes, le courant andersonien, animés qu'ils étaient par un profond désir d'unité, firent de telles concessions, qu'ils obtinrent une union au profit quasi exclusif des "Anciens", qui finirent par imposer, grâce à une habile politique, leur point de vue sur à peu près tous les points.

Dès lors on ira de restriction en restriction. La Grande Loge à l'image de l'Angleterre impériale deviendra très victorienne. En 1929 paraît une nou­velle édition des "landmarks" revus et corrigés devant servir à la reconnais­sance des Grandes Loges étrangères.

Citons, dans le cadre de notre travail les articles 2 et 3 :

Article 2 : Que la croyance au Grand Architecte de l'Univers et en sa Volonté révélée sont les conditions essentielles à l'admission des membres.

Article 3 : Que tous les initiés doivent prêter leur obligation sur le Livre de la Loi Sacrée, ou les yeux fixés sur ce Livre ouvert, par lequel est expri­mée la Révélation d'En-Haut par laquelle la conscience de l'individu qu'on initie est irrévocablement lié".

Ce texte représente même une régression considérable par rapport aux Constitutions Ahiman Rezon de la Grande Loge des Anciens.

Comment situer alors tous les hommes de foi, qui de par le monde se rattachent à des religions qui ne connaissent pas l'idée de révélation ?

On voit donc, par cette approche historique très approximative, par manque de temps, que le rite écossais ancien et accepté est doublement fidèle à la tradition andersonienne.

L'obligation de la croyance en Dieu, telle qu'elle est définie par les textes anglais de 1929 n'existe pas dans les Constitutions d'Anderson. Et ce qui est inacceptable ce n'est pas l'affirmation d'une telle obligation, mais plu­tôt de prétendre qu'elle est le critère de la seule et unique Maçonnerie (celle qui est admise par les Anglais, naturellement !).

La défense d'une telle position peut aussi mener à l'énoncé de la thèse de la "révélation au-delà des croyances", thèse qui n'est pas sans soulever de nombreux problèmes d'ordre théologique, que je ne vais pas débattre ici.

S'il est exact que la foi n'est pas la croyance, je crois qu'il y a quelque danger à vouloir les opposer systématiquement, et l'on risque de transfor­mer la notion de révélation en une idée générale et abstraite alors que la révélation est au contraire un processus concret inscrit dans une histoire, un temps et un espace déterminés. Ne risque-t-on pas non plus d'aboutir à l'idée que la Maçonnerie serait en quelque sorte une super-religion qui unifie ou qui prétend unifier toutes les religions particulières ? On tombe alors dans un syncrétisme qui ne peut en aucun cas satisfaire les croyants des différentes religions.

La Franc-Maçonnerie est un Ordre initiatique et n'a pas de ce fait à se préoccuper des dogmes religieux, qui ne sont pas de son domaine. Elle n'impose pas à ses membres de déclaration préalable de foi, car elle a pour unique préoccupation, dans le cadre de sa démarche de permettre à ses adep­tes d'accéder au contenu initiatique de l'Ordre par "la pratique scrupuleuse du rituel et du symbolisme". Elle tient les différentes démarches religieuses dans un même respect, mais elle s'interdit toute ingérence dans ce domaine.

Nous avons vu que la double présence du symbole du Grand Archi­tecte de l'Univers et des Trois Grandes Lumières, assure dans la Loge, la communication du sacré sans laquelle il n'y a pas d'initiation régulière.

Nous savons également que la Bible comme Volume de la Loi Sacrée est le témoin de cette Transcendance universelle, de cette Tradition, de cette Loi Morale qui donne son sens et sa finalité à l'initiation maçonnique.

Puisque l'on parle de cette Loi morale dans laquelle tous les hommes de bonne volonté qui sont initiables doivent se reconnaître, comment la carac­tériser ?

Un premier principe nous apprend que si nous construisons dans la sépa­ration, nous construisons en vain, car la séparation nous pousse à travailler les uns contre les autres. Tout est alors promis au néant et à la mort. C'est bien ce que veut nous dire Saint Jean, dans sa première Epitre : "Celui qui aime son frère demeure dans la Lumière et ne risque pas de tomber. Mais celui qui a de la haine pour son frère est dans les ténèbres : il marche dans les ténèbres et ne sait où il va, parce que les ténèbres ont rendu ses yeux aveugles".

La Loi Morale que "nous portons dans nos coeurs avec la voûte étoilée au-dessus de nos têtes" pour reprendre l'expression de Kant c'est donc bien fondamentalement la loi d'amour, sans laquelle il n'y a pas de construction possible en Franc-Maçonnerie. Cette loi d'amour par laquelle toute chose s'édifie en conformité avec le plan du grand Architecte de l'Univers, cette loi dont le Volume disposé sur l'autel de la loge est le symbole vivant, doit être le principe même de toute notre action.

Ainsi compris, je crois que le Volume de la Loi Sacrée demeure l'un des plus important symboles de cette Tradition maçonnique que chaque initié à le devoir de transmettre. Il est, avec l'Equerre et le Compas, le témoin de cette Lumière du Grand Architecte de l'Univers avec lequel le maçon veut collaborer dans l'oeuvre de construction universelle.

L'Equerre, le Compas et le Volume de la Loi Sacrée, ne peuvent être séparés. Sans le Livre, pas d'obligation au caractère irrévocable, mais aussi pas de guide pour les outils de la construction. Pas de sens, pas de finalité à cette construction. Sans les outils, pas de rencontre possible entre le haut et le bas, le Transcendant et l'Immanent. Pas d'équilibre entre méditation et action.

Quelle peut être alors, pour parler maintenant sur un plan plus géné­ral, la signification des Trois Grandes Lumières pour le franc-maçon en dehors de la loge ?

D'emblée je disais qu'elles nous invitent à prendre conscience de la tri­ple dimension de l'homme, composé de corps, âme, esprit pour reprendre les termes de l'anthropologie biblique. Cette prise de conscience est lourde de conséquences.

Elle nous permet d'échapper à la tentation si moderne de réduire l'homme à l'unidimensionnalité. La réduction par les vus des besoins de l'homme à leur seule dimension économique et sociale, l'acharnement à vou­loir privatiser toute expression de la spiritualité, l'envahissement du politi­que dans tous les domaines de la vie humaine, conduisent les hommes à la perte de la liberté, à l'esclavage idéologique, à la perte de la mémoire historique, à l'exaltation toujours plus effrénée de faux besoins matériels, comme unique objet, comme unique sens de la vie.

Les doctrines matérialistes du XXe siècle, sont à coup sûr, "l'opium du peuple" le plus raffiné que l'esprit humain divisé contre lui-même, ait inventé jusqu'à présent.

Il me plaît ici de rappeler ces admirables paroles d'Henri de Lubac, car elles expriment bien l'état de délabrement spirituel dans lequel végète l'homme d'aujourd'hui, après avoir été enfermé dans la camisole de force du matérialisme : "Qu'est-il devenu cet homme, qui je vous le rappelle est celui d'aujourd'hui assez largement. Trop souvent hélas un être que l'ose appeler encore "être". Une chose qui n'a plus de dedans, une cellule toute entière immergée dans une masse en devenir. Homme social et historique dont il ne reste rien qu'une pure abstraction en dehors des rapports sociaux et de la situation dans la durée par quoi il se définit. Qu'on y cherche donc pas quelque retraite inviolable, qu'on y prétende pas découvrir quelque valeur imposant à tous le respect. Rien n'empêche en fait — et les idéologues tou­tes catégories ne s'en privent pas — de l'utiliser comme un matériel, comme un outil. Rien n'empêche même de le rejeter comme inutilisable. Il a beau se laisser concevoir sur des types fort différents, selon que prédomine tel ou tel système d'explication. Mais sous ses diversités l'on retrouve toujours le même caractère fondamental ou plutôt l'on constate la même absence. Cet homme est, à la lettre, dissous. En réalité et dans un tel cas, je n'hésite­rais pas à dire qu'il n'y a plus d'homme parce qu'il n'y a plus rien qui dépasse l'homme".

En face de cela la Franc-Maçonnerie de tradition affirme que le Maçon est situé entre ciel et terre, entre l'Equerre et le Compas, entre l'ordre de la nature et celui de l'esprit.

La présence des Trois Grandes Lumières nous indique alors ce lieu vers lequel nous devons marcher, ce point au centre du cercle, qui renferme la Lumière, point vers lequel nous avançons progressivement par l'initiation, point qui réside à l'intérieur de nous-mêmes et qu'il convient de dégager la nuée ténébreuse qui l'entoure pour qu'il puisse réaliser les virtualités qui sont en lui.

C'est cette Lumière que nous cherchons dans l'initiation. C'est par cette recherche que nous passons de la matière à l'esprit. C'est par ce patient tra­vail que nous devenons maître de nous-mêmes et que nous nous intégrons dans cet ensemble harmonieux qu'est le Temple maçonnique ayant accédé à la compréhension de cette Loi Universelle pour pouvoir agir ensuite en conformité avec cette Loi.

Je dirais pour finir, en reprenant le propos du T.R.G.M. Henri Tort ­Nouguès que "cette Equerre, ce Compas, posés sur le Volume de la Loi Sacrée, ces Trois Grandes Lumières, c'est pour nous Francs-Maçons Ecos­sais, la Franc-Maçonnerie dans son Essence et sa pérennité".

(*) Conférence prononcée par Gérard REYNAUD dans le cadre du Cercle Condorcet-Brossolette, au Grand Temple de la G.L.D.F. le samedi 21 janvier 1984.

PVI

Source : www.ledifice.net

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