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Hauts Grades

Les Trois Mauvais Compagnons

15 Juin 2013 , Rédigé par R\ D\ Publié dans #Planches

Pour trouver un sens profond au mythe des trois mauvais compagnons, il me semble indispensable de remonter aux sources.
On ne peut espérer comprendre la signification symbolique des trois mauvais compagnons que si l’on a compris les raisons et motifs de l’assassinat d’Hiram.
Dans le mythe fondateur du Grade de Maître, Hiram est assassiné par trois mauvais compagnons.
Qui était Hiram ?
Qui étaient les trois mauvais compagnons ?
Hiram était l’architecte, pas seulement le concepteur de l’ouvrage, mais aussi le chef des travaux.
C’est lui qui présidait à la rémunération des employés.
Le mythe laisse aussi entendre que c’était un homme pourvu de toutes les qualités, connaissance, sagesse, etc.
Quant aux mauvais compagnons, on ne connaît pas grand-chose d’eux.
On sait néanmoins qu’ils étaient des compagnons, pas des apprentis ni des profanes.
C’était des hommes dont une haute compétence de constructeur avait déjà été reconnue. Ce n’était pas n’importe qui.
On sait aussi qu’ils étaient trois et qu’ils ont pris part à l’assassinat, chacun avec un outil particulier:
le premier avec un fil a plomb, symbole de la verticale,
le deuxième avec un niveau, symbole du contrôle éclairé (des CC),
le troisième avec un maillet, symbole de la volonté (et autoritéfraternelle du VM).
On ne peut comprendre le mythe de l’assassinat d’Hiram, sans se demander ce que peut symboliser Hiram et les trois mauvais compagnons.
Le récipiendaire peut en rester à la troisième personne du singulier (il) : chacun des acteurs est une personne qui lui est étrangère et il se contente de réfléchir sur un récit, certes plausible, mais qui ne le concerne pas directement.
Bien entendu, cette réflexion ne mène pas loin.
La réflexion devient plus intéressante si le récipiendaire passe aux deux premières personnes du singulier (tu et je), en s’identifiant symboliquement à l’un des acteurs (Hiram ou l’un des mauvais compagnons) et en analysant ses relations avec les autres acteurs.
Encore plus intéressant : il peut identifier chacun des acteurs à une partie de lui-même : sa personnalité, ses pulsions profondes.
Aussi intéressant, en particulier dans les réflexions sociologiques et politiques, il peut identifier chacun (ou seulement certains) des acteurs à un groupe humain (loge, certes, mais aussi famille, entreprise, état ou autre collectivité territoriale, n’importe quel groupe humain).
Ainsi, si l’on ne se contente pas de considérer les acteurs comme des personnes physiques mais aussi des infra-personnes (c’est-à-dire des pulsions psychologiques) ou des supra-personnes (c’est-à-dire des aspirations sociologiques), les assassins d’Hiram ne sont plus seulement des malfaiteurs, mais aussi des « maléfices », psychologiques ou sociologiques.
De ce point de vue « venger Hiram » n’est plus vraiment tuer une personne physique mais surtout éliminer une ou plusieurs causes de malheur de l’Humanité.
À l’appui de cette interprétation, on peut aussi remarquer que les mythes rappellent les outils dont se sont servis les agresseurs d’Hiram: le fil a plomb, le niveau et le maillet.
Frapper quelqu’un a l’aide d’un outil, révèle le double aspect de nos symboles : chaque instrument de travail peut conduire a la perdition, tout dépend de notre intention.

C’est comparable a l’épée a double tranchant du Vénérable : destructive et créative à la fois.    
Or une interprétation symbolique courante de l’agression consiste à dire que les trois mauvais compagnons ont agi en « abusant » de leurs outils :
- Du fil a plomb, symbole de la rectitude, par dogmatisme qui paralyse.
- Du niveau, symbole de l’égalité, par intolérance qui étourdit.
- Du maillet, symbole de la volonté, de l’autorité, par ambition qui tue.
et que les causes du dogmatisme, de l’intolérance et de l’ambition sont respectivement l’ignorance, la faiblesse et l’orgueil.
Nous les désignerons symboliquement comme étant
l'Ignorance, le Fanatisme et l'Ambition.
L'ignorance : Ce défaut général de connaissance, ce manque de savoirs est redoutable quand l'Homme s'abandonne à elle.
Le second surveillant a été choisi pour incarner l’ignorance,
Les mal initiés méconnaissent la valeur de la quête personnelle et l’expérience commune en loge, ils vivent dans un demi conscient.
La plupart des gens croient que la vie matérielle et l’existence psychique constituent leur seule réalité, la force, l’intelligence et la science ne suffisent pas pour renaître.    
L’ignorance frappe aussi notre propre milieu.
En l’occurrence, tous ceux qui chipotent aux rituels sans avoir fait une sérieuse étude préalable.
Ils remplacent des choses essentielles par des phrases creuses.    
Le Fanatisme : que représente le second mauvais compagnon ne peut apporter que douleurs et peines dans la vie de celui qui est sous son emprise car aveuglé par une passion qui le pousse à des excès, il sera sourd à tout appel de la raison.
Le premier surveillant a été choisi pour incarner le fanatisme,
Le fanatisme (ou le mensonge) dogmatique entrave la réalisation initiatique.
Les maçons fanatiques se croient infaillibles.
Ils veillent sur la « régularité » et sur la juste exégèse du haut de leurs propres étroitesses d’esprit.
Ils veulent forcer une interprétation particulière des symboles.    
Il nous faut, nous Francs Maçons convaincus, personnellement ou collectivement avoir le courage de dire haut et fort que le mensonge triomphant qui passe, qu'il soit idéologique, politique, religieux ou économique doit être combattu chaque jours de notre vie…
Dire non aux responsables politico religieux quels qu'ils soient et quelle que soit leur obédience, qui voudraient amalgamer les lois de leurs dieux et les droits de leurs états et asservir ainsi un peu plus leurs concitoyens grâce à des diktats archaïques où la liberté d'expression ne serait plus qu'une facilité accordée ou refusée en fonction des circonstances.
Dire non à des prises de position pseudo scientifique qui utilisent la crédulité des hommes et des femmes pour leur faire prendre des vessies pour des lanternes et bourrer le crâne des enfants de notions fausses et contraires à l'avancée des sciences.
Dire non à ceux, qui, refusant de voir la réalité du terrain particulièrement dans les pays les plus défavorisés, se réfèrent à des dogmes criminels pour exprimer et imposer leur conception de la naissance, de la vie et de la mort.
Dire non enfin à ces irresponsables affairistes confondant science économique et financière avec casino et jeux vidéo virtuels, en utilisant l'épargne d'une vie de travail de leurs clients pour se tricoter eux-mêmes des parachutes dorés.
Dire non aujourd'hui, c'est quelque part s'exprimer en Franc Maçon, refuser le confort douillet des dogmes et des certitudes philosophiques, politiques ou sociologiques.
L’Ambition : que représente le troisième mauvais compagnon sous son aspect le plus négatif et le plus borné, le plus dangereux aussi lorsqu'il prend des formes les plus élaborées et les plus insidieuses.
Le Vénérable Maître incarne l’ambition.
Une de ces formes virales bien que parfaitement ridicule et révélatrice du manque de maturité et de réalisation de soi-même, se rencontre assez couramment en Franc-Maçonnerie et se nomme la CORDONITE.
On n’ambitionne une fonction en loge que lorsqu’on y est apte.

Les ambitieux essayent d’utiliser la FM pour leur carrière profane où cherchent dans l’organisation maçonnique une compensation pour le ratage de celle-ci.
   
Enfin, les défauts symbolisés par les trois compagnons coupables ont été indispensables au drame d'Hiram, car sans eux, cette dernière initiation, celle qui doit permettre l'accès à un plan de conscience supérieur, n'aurait pas eu lieu et se rappelant que les puissances impures sont donc utiles à ce travail d'alchimie spirituelle.
Ces trois attitudes humaines que dans nos Loges nous cherchons à dominer, ont été et seront toujours nécessaires à l'Homme pour qu'il puisse apprendre à travers elles, à vaincre sa propre nature et avancer sur le chemin des mystères et la perfection.
Les trois « défauts », d’un point de vue moral, sont à considérer comme un petit échantillon de l’arsenal incommensurable des vices humains.    
Chaque être humain emporte ses défauts comme son ombre.
Ils lui sont tout aussi indispensables.    
Ghandi jugeait les conflits sur leurs mérites constructifs.
Les conflits peuvent nous rendre conscients des besoins et des aspirations de la communauté.
Notre civilisation dépend de son aptitude à circonscrire les forces destructrices, mais surtout de sa capacité a les transformer en forces constructives.
De plus il faut savoir qu’une part de vérité se trouve toujours chez l’adversaire.
Pour édifier notre savoir, je renvoie au mythe de Prométhée dérobant le feu divin des forges d'Héphaïstos pour le mettre au service des humains et ainsi faire allusion à ce feu de la Connaissance qui brûle les scories de l'ignorance et qui exige à celui qui veut s'en servir, des purifications de plus en plus subtiles du mental et de l'esprit, car nul ne peut approcher le feu de la Connaissance s'il n'a pas dominé les défauts symbolisés par les mauvais compagnons.
Ce qui me fait dire, que si ces trois mauvais ouvriers ne sont, pour beaucoup de francs-maçons, que de simples personnages du drame vécu par Hiram, ils représentent en fait, les épreuves que le Maçon doit affronter seul.
Pour les Francs-Maçons, la légende d'Hiram a une double signification.
Tout d'abord, Hiram est le symbole de l'homme de valeur qui, malgré les tentations et les persécutions, remporte la victoire sur ses faiblesses et ses passions et se rapproche de la perfection humaine.
Les assassins d'Hiram sont les vices qui nous empêchent de parvenir à cet état:
envie, avarice, vanité, vengeance, ambition, intolérance.
Hiram est le symbole d'homme fidèle au devoir, du Franc-Maçon qui préfère mourir plutôt que de faillir à sa tâche.
Nul danger, nulle persécution, nulle vengeance ne l'intimide.
Ses adversaires envieux pourront certes lui porter des coups douloureux et lui faire beaucoup de tort dans l'opinion des hommes; mais ils ne pourront rien contre le bien dont le Franc-Maçon est le défenseur généreux.
La vérité, quels que soient les barrières qu'on lui appose, finit toujours par triompher; et celui que l'on a cru abattre naît un jour à une vie nouvelle et meilleure.
Que ce retour de la justice tarde à se produire, d'autres hommes se lèveront et se feront les défenseurs du droit écrasé et de l'idéal méconnu; car la force de l'idée est indestructible.
L'idée est immortelle, sa vie se poursuit à travers les générations humaines et les siècles, alors même que les hommes qui l'ont formulée pour la première fois, qui ont lutté et sont morts pour elle, ont été oubliés.
Personnellement, car la société change, j’aurais aimé rajouter a ce mythe un quatrième mauvais compagnon représentant l’égoïsme.
Par égoïsme, nous jetons nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous possédons 2 ou 3 trois voitures, nous vidons les mines, nous achetons nos fruits et légumes au bout monde, nous voyageons en tous sens,
Par égoïsme nous éclairons les nuits, nous arrosons les déserts, acidifions la pluie, nous fabriquons même des baskets qui clignotent quand on marche, etc, etc.
Par égoïsme nous avons fait fondre la banquise, couper les arbres, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruit un tiers des espèces vivantes, exploser l’atome, enfuit des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
(Evidemment c’était plus marrant de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.)
Apres la révolution néolithique et la révolution industrielle, nous arrivons a la troisième révolution et il y a du boulot.
Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, limiter l'usage de sa voiture, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, fermer les robinets, veiller à la paix, contenir l'avidité, cultiver les fruits de proximité et de saison, relancer la marine à voile, replanter les forets, laisser le charbon là où il est, récupérer le crottin pour en faire du compost,
S'efforcer, réfléchir même.
Et, sans vouloir offenser, avec un terme tombé en désuétude, « être solidaire ».
Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde dont une grande partie est sous alimentée, pendant que nous déversons le lait a l’égout pour conserver nos quotas et fabriquons du carburant avec des céréales.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la troisième révolution.
Enfin et pour terminer, je soumets à votre méditation les propos de notre très illustre frère Alain Pozarnick, qui lors de conférences a dit :
« Le contraire de la mort ce n’est pas la vie mais la naissance »
La chanson d’Alain Souchon que j’ai choisie est : « Et si en plus y a personne », c’est sa seule chanson engagée contre les extrémismes de toutes sortes.

J’ai dit Vénérable Maître

Source : www.ledifice.net

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