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Hauts Grades

Les trois premiers grades du Rite Ecossais Philosophique

28 Janvier 2014 , Rédigé par Jacques Litvine Publié dans #Rites et rituels

Le premier grade.

 

La Loge étant formée toute la signification cérémonielle prend une valeur nouvelle et l'initiation revêt un instant sacré où l'impétrant naît à une vie nouvelle.

Comme à tous les rites, le principe ternaire, ou Trinitaire est de rigueur.

Le candidat est introduit par trois grands coups, le Vénérable lui demande par trois s'il persiste, après être sorti de la caverne où il communie avec la terre-Mère et sa conscience le candidat fera trois voyages initiatiques avant de prêter serment sur les trois lumières et être proclamé par trois fois.

L'ouverture et la fermeture ont été commentés avec les généralités, nous n'analyserons que la cérémonie proprement dite.

Le séjour dans la caverne est particulièrement important et au rite Philosophique bien codifié. Conçu pour amener le candidat à réaliser l'importance de sa démarche, il vise à ce que le futur maçon prenne conscience de son inimportance, de son insignifiance en dehors de, ou par comparaison avec l'humanité dont il n'est qu'un humble maillon.

Cette partie très importante de la cérémonie mettra l'ascension vers la lumière en valeur, mais aussi et surtout placera le candidat en "condition" pour qu'il reçoive celle-ci pleinement.

Le séjour dans la caverne est notablement sobre dans les détails, mais aussi plus éprouvant : pas de VITRIOL, pas de dessins, pas d'ossements, rien qu'un quignon de pain sec, un verre d'eau et une table avec du papier et un verre d'eau, éventuellement un sablier. Et les seuls contacts qu'il aura seront fait par deux FF inconnus du candidat afin de savoir s'il persiste à se  faire recevoir.

Le rite fait revêtir le candidat de lin blanc, n'est-il pas probe et libre, libre ... pas tout à fait: le pied droit en pantoufle, le pied gauche nu lui fait saisir la précarité de son existence et de sa situation en le déséquilibrant légèrement, la plante gauche dénudée, au contact de la terre lui rappelle sa dépendance totale vis à vis de celle-ci. Le genou droit dénudé lui permettra de prêter serment non seulement sur les symboles, mais mis à la terre", origine des "Mères" et comme le disait Goethe: il devrait trembler de prête serment sur de si redoutables fondations.

La poitrine dénudée montre que le cœur du candidat n'a rien à cacher et ose se montrer à nu aux yeux de ceux qu'il désire rejoindre. Accessoirement il témoigne de ce qu'il appartient bien au sexe masculin, mais là n'est pas le symbole principal, bien loin de là. La maçonnerie ne connaît pas le corps "matériel" en tant que tel, si ce n'est avec le profond respect pour l'âme qui l'habite.

Il est dépourvu de métaux, ceux-ci, outils de la civilisation, ne lui seront d'aucun secours en ce lieu sacré et le Temple ne fut-il pas bâti sans l'aide d'aucun outil de métal, la Jérusalem Céleste à laquelle il dédiera sa vie, à plus forte raison n'en requiert aucun.

L'introduction du candidat par trois grands coups appelle un interrogatoire sommaire quant à la personne du candidat conduit par le Vénérable, relayé par les surveillants. Au REP, il ne comporte aucune question quant à la religion du Candidat.

Les VOYAGES.            

Ceux-ci n'existent pas sous la forme connue par à peu près tous les rites continentaux au rite anglais. Ils proviennent probablement de la folie littéraire des XVIIèmeet XVIIIèmesiècles, avec le Télémaque de Fénelon, les voyages de Cyrus de Ramsay, le Séthos de Terasson et rappellent les épreuves initiatiques des Isiarques et d'Eleusis.

Les rites anglais adoptés par la Loge de réconciliation en 1813, connaissent effectivement les déambulations, mais celles-ci ne sont pas l'objet d'épreuves ni initiatiques ni "physiques" quelles qu'elles soient.

Le premier voyage amène une purification par l'eau. Ceci est le rite purificatoire primordial, l'impétrant doit se présenter lavé de toute souillure, les baptêmes par immersion ou par onction ne procèdent pas autrement.

Pratiqué d'une manière toute symbolique, ce voyage n'est pas accompagné comme au rite moderne d'un tintamarre qui lui ôte sa signification principielle pour en faire l'emblème du Chaos. Bousculer le candidat, lui mettre des obstacles sur la route qu'il parcourt les yeux bandés dans un chahut d'épées et de pieds tapés sur le sol, enlève en grande partie le sérieux e la cérémonie, la fait s'étioler dans l'esprit des assistants, mais surtout en change la signification profonde. Il s'agit au R.E.P d'une purification par l'eau lustrale et non d'un retour chaotique dans le monde profane.

A l'issue de ce premier voyage, conduit au son d'une musique relativement bruyante, quelques questions rituelles sont posées sur la conception du candidat quant aux DEVOIRS de l'homme.

Diablement important ce passage, car la morale actuelle oublie trop souvent les devoirs de l'homme pour ne penser qu'aux droits du citoyen. Le rôle du Maçon n'est-il pas cependant sa mise à la disposition de l'humanité et son travail un don à sa famille et à la société?

Les assistants se gardent bien d'interrompre ou de souffler la "bonne" réponse au candidat, qui reste seul devant les interrogations.

Le Vénérable s'il a obtenu une réponse satisfaisante fait alors procéder au second voyage qui est une PURIFICATION PAR LE FEU. A l'issue de celle-ci menée d'une façon symbolique, une flamme de bougie est promenée sur la main nue du candidat, d'autres questions sont posées par le Maître sur les raisons qui poussent le futur apprenti à vouloir entrer en loge.

Le troisième voyage crée la grande différence d'avec le rite moderne Français.

Au rite moderne, le candidat après avoir quitté la caverne, voyage par l'air dans un monde bruyant symbolisant le monde profane, puis dans un monde un peu plus éloigné de celui-ci, à l'issue duquel il est purifié par l'eau et enfin au troisième voyage, passé par les flammes purificatoires dans une sérénité enfin méritée.

Au rite philosophique comme au rite Français Traditionnel, la triade est fort différente. Pour bien situer l'impact de cette initiation, il faut se rappeler les Evangiles, notamment celui de Saint Jean, et si le premier voyage est un baptême par l'eau, le second voit l' impétrant purifié par le feu du Saint Esprit.

Une autre signification, kabbaliste, peut-être donnée à ceci, l'approche en sera faite lors d commentaires du grade de Maître.

Lavé de toutes souillures par l'eau baptismale, purification qu'il n'obtient qu'à la condition de souscrire aux devoirs essentiels de l'homme et d'en faire la preuve tant orale que morale par la qualité de ses réponses, le feu achève de métamorphoser le néophyte, s'il prouve la pleine conscience de sa démarche.

Ensuite vient l'épreuve ultime, l'alliance-baptême par le sang. Cette forme initiatique est une des plus anciennes de l'humanité, l'offrande du sang étant le don le plus sacré et le plus précieux et ce dans toutes les formes de pensée spirituelles.

Abraham offrait son fils au Seigneur; le sang des guerriers était versé pour la marche du Soleil Roi chez les Mayas comme chez les Aztèques et les alliances sacrées comme les "pactes" diaboliques ou non, n'étaient ils pas signés de mémoire d'homme par le sang, enfin, la Rédemption n'est-elle pas elle aussi un pacte de sang?

Cependant, avant cette offrande du sang à la Fraternité, un dernier voyage est accompli dans le silence le plus total.

Homme "pur" mais seul devant sa conscience, ainsi qu'il lui est fait préalablement remarquer, le candidat conduit toujours par le tranchant de l' épée du frère terrible symbole de la difficulté dans la voie de la vertu, voyage dans le noir et le silence.

Cette dernière déambulation est suivie d'une instruction ésotérique. Le Vénérable Maître l'instruit de l'Universalité de la famille Maçonnique, de la Fraternité profonde qui unit le Maçons.

Alors et alors seulement il lui est demandé de sceller son serment par l'offrande de son sang ou de sa vie en buvant le calice. Ce faisant il témoigne de son attachement définitif à l'Ordre dans1equel il désire entrer et prouve de son courage à en défendre les principes.

Les épreuves de l'eau baptismale, du feu purificateur et du sang qui scelle l'alliance, sont un triade initiatique relevant de l'antiquité la plus noble dans les pactes d'alliance entre l'humain et le divin.

La cérémonie se poursuivant l'impétrant, au rite écossais philosophique, est conduit dans sa robe blanche, symbole de la candeur de ses et des intentions de l'Ordre, à l'Occident. Les paroles du Vénérable changent de style, le ton se faisant plus affectueux, le candidat est rassuré quant au fait d'avoir les yeux bandés "qui n'enlève rien à sa dignité d'homme". Ensuite, instruction lui est faite par l'Orateur du serment traditionnel et ancestral , comprenant les pénalités anciennes, serment qui ne contient rien de contraire à l'Etat et à son Souverain ainsi qu'à la Religion (qui est ainsi évoquée pour la première fois) et assurance lui est demandée s'il "persiste s'engager formellement".

La Cérémonie, à la demande du candidat peut encore être interrompue à ce stade.

Il est évident que cette cérémonie initiatique, avec ses temps forts de purification et d'engagement suivis d'un serment dont le candidat a connaissance avant de le prêter et encore sous sa forme la plus sévère, est une cérémonie qui ne laisse subsister aucune équivoque ni aucune inconnue quant à son importance et sa portée, tant pour le néophyte que dans le chef des assistants.

Le candidat aura ensuite à prêter son serment, à l'Orient, le genou droit en terre en signe de communion avec celle-ci, mais le genou dans un équerre tournée vers l'Occident, car il est sous la protection de ceux qui sont déjà ses Frères un compas ouvert sur le cœur et il prononcera le serment devant" le Grand Architecte de l'Univers et la Respectable Assemblée" en le terminant par la phrase "Que Dieu me soit en aide" et en le scellant de ses lèvres sur le volume de la Sainte Loi.

Reconduit à l'Occident sous une voûte d'acier, la lumière lui sera accordée par le Vénérable au troisième coup de maillet et à cet instant, une lumière violente l'éblouira, lui rappelant comme le lui dira le Vénérable par sa fugacité, la vanité des gloires mondaines; la pipe à Lycopode du R.F.T et le "Sic Gloria Mundi" du rite écossais rectifié relèvent de la même démarche.

Le nouveau frère vient à la lumière dans le cercle des épées fraternelles qui lui rappellent une dernière fois la rectitude de pensée et d'action qui doivent obligatoirement animer les Franc-Maçons, ... mais aussi les remords qui ne manqueraient pas de lui percer le cœur s'il venait à manquer à son serment.

Il restera au jeune frère à être adoubé par le Vénérable, sur le front et par trois fois et à être reconduit au parvis pour reparaître en Loge, cette fois débarrassé de sa robe et correctement vêtu, mais toujours sans ses métaux.

Nouvel ouvrier à la Jérusalem Céleste, il doit apprendre, et le catéchisme le lui transmettra, que tous les outils de métaux en étaient bannis car impurs.

Il lui restera, pour que la cérémonie soit totale à recevoir son décor, les mots de passe et sacrés, les gestes et attouchements, et en prouver l'assimilation avant d'être proclamé devant la Loge debout, ce par trois fois.

Avant les paroles de bienvenue prononcées par le Frère Orateur, une instruction générale du grade doit obligatoirement être faite. Cette pièce d'anthologie maçonnique est, au rite philosophique, un réel credo maçonnique qui bien compris explique la dichotomie des Lumières, grandes et petites, la disposition de la loge.

Fermées par ses signes et acclamations ordinaires, cette cérémonie se terminera par la chaîne d'union en chantant le bonheur d'être Maçon.

En conclusion.

Cette cérémonie relève d'une philosophie basée sur des connaissances ésotériques qui ira au plus profond de l'âme lors des grades ultérieurs, et là est la différence d'avec les autres rites dits "modernes" qui font de la maçonnerie une fraternité charitable ou politique en en expurgeant les bases sacrées.

 

Le second grade.

 

Le second degré est contrairement au second grade des rites modernes qui se réfèrent sans arrêt au compagnonnage, un réel rituel de passage, en ce sens qu'il confirme le jeune maçon dans a fraternité et lui permet de s'approcher de l'initiation complète.

Si les écoles d'architecture des constructeurs de cathédrales, comme celle de Villard de Honnecourt se révélaient être une école d'initiation à la science de la pierre et les déplacements les compagnons et Maîtres motivés par les chantiers, le "tour de France" du Compagnon du XIXèmesiècle , Jacques ou Dévorant, est tout à fait différent et a une signification très différente.

Le compagnon cherche une formation complète en s' inscrivant dans diverses écoles afin d'en cerner les méthodes de travail et en connaître les différents secrets et en recevoir la morale. Il  s'agit non plus de déplacements motivés par des chantiers dirigés par un ou des Maîtres, mais un tour de formation revêtant certaines formes rituelles dans une apologie du travail bien fait et de l'ordre, bref, de la "belle ouvrage".

Les "Compagnons" tels que nous les connaissons sous leur forme actuelle, ne datent que du 19èmesiècle et le fameux "tour" également. Toute estimable que soit cette confrérie, elle n'a rien à voir avec la maçonnerie spéculative tant actuelle que passée et les "opératifs actuels" ont une vie, des activités et des idéaux bien à eux et qui ne relèvent pas Franc-maçonnerie ou franche maçonnerie née au 18èmesiècle.

Le compagnonnage actuel a emprunté ses rituels à la Franc-maçonnerie, et non le contraire. Que la Franc-maçonnerie tire son origine de sociétés opératives du XVII ou XVIIIèmesiècle est possible mais non prouvé, cela n'a d'ailleurs que peu d'importance, car nous n'en connaissons aucun des rituels.

La perte de la perception ésotérique dès les années 1850, fit que tout les rituels mais surtout ceux du second grade dévièrent puis se recherchèrent, mais dans un plan tellement différent du plan initial que ce second grade devint incompréhensible, quoiqu'en dise Wirth, Plantagenet ou Berteaux.

Dans les rituels philosophiques et Français Traditionnels qui datent du 18èmesiècle, l' apprenti apprend à s'approcher de la planche à tracer du Maître, par cinq voyages qui lui révèlent les cinq arts libéraux, et lui font gravir les cinq premières marches de l'escalier à vis.

Comme le dit Colin Dyer, les deux grades apprenti et compagnon, forment une suite logique et continue, l'apprenti au deuxième grade reçoit la révélation de l'étoile flamboyante, symbole de la divinité éternelle et omniprésente qui nous juge et nous apprécie suivant nos actions.

Q - Que signifie la lettre "G"

R - Géométrie mais aussi "God" ce qui signifie Dieu en Anglois.

Dans les instructions de Browne, on trouve la lecture suivante:

La Géométrie est à l'origine des mathématiques et à la base de l'architecture, comprenant la Doctrine de toute diminution ou augmentation, c'est à dire, non seulement le Point, la ligne ou la superficie mais aussi le temps, l'espace, la vitesse et la Grandeur, en général.

Par l'étude de la cinquième science, base de la Maçonnerie, nous sommes amenés à reconnaître les œuvres inimitables du Souverain Grand Géomètre de l'Univers.

Le discours de Preston en 1741 à la consécration de la Vernon Kilwinning Lodge à Edinbourg (Dyer pp. 90-91), adopté comme instruction standard depuis lors, donne la dimension du second degré:

· ..... "la Géométrie, la plus noble et la première des sciences est la base sur laquelle est érigée la superstructure maçonnique. Par "Géométrie", nous pouvons tracer la Nature au travers de ses diverses formes, jusqu'à ses formes les plus secrètes. Par elle, nous sommes à même de découvrir le pouvoir, la sagesse, et la beauté du grand Artisan (artificer) de l'Univers, et admirer avec un plaisir ébloui les proportions sublimes qui relient et bénissent cette vaste entreprise. ( ... ) ... des mondes sans nombre existent autour de nous, tous conçus par le même Artiste Divin ( ... ). l'observation de la nature et des proportions superbes, peuvent inciter de prime abord l'homme à imiter le plan divin et étudier la symétrie et l'ordre des choses. Cela crée des sociétés et donne naissance aux arts utiles. ( ... ) . plus tard, l'architecte dessine les plans qui améliorés par la pratique et l'expérience donneront des chefs d'œuvre qui feront l'admiration des générations futures .... "

Le Vénérable Maître, lors de la cérémonie, attire l'attention du futur compagnon sur la lettre "G" et lui tient discours sur l'importance de la Géométrie, la plus noble des sciences, mais une géométrie prise dans le sens ontologique, non pas dans le sens mathématique.

Tout se fait par cinq: batterie, celle d'apprenti plus deux longues, les voyages, la découverte des cinq arts libéraux, l'escalade de l'escalier à vis, mais tout en maçonnerie symbolique ne se fait-il pas par 3, 5, 7 ?

Un point important de la cérémonie est que au fur et à mesure de l'approche par le candidat de la révélation du cinquième "art" et de la lettre "G", il lui est donné ordre de frapper la pierre cubique à pointe sur la colonne du sud, en apprenti.

Que signifie?

La pierre cubique à pointe a une signification bien particulière. Pierre: il y aurait une belle planche à écrire au sujet de la pierre, qui suivant la légende de Prométhée a  conservé une odeur humaine.

La pierre brute, d'origine divine, vient du ciel et muée en pierre polie, remonte vers son Dieu.

Le Temple, ainsi devait être bâti en pierre brute (Exode 20,25).

La pierre taillée est œuvre humaine, cubique elle est féminine, conique elle est masculine.

Symbole de la terre-mère elle est synonyme de connaissance et correspond au sel des alchimistes.

La pierre cubique à pointe, présente un tout.

La pierre de base, symbole de liberté et du divin qui est homme, est sel et homme. Le fait d'être surmontée par une autre pierre masculine en fait un édifice spirituel, une pierre-principe dressée mais aussi une clef de voûte, c'est à dire, une pierre fondamentale, pierre d'achèvement, de couronnement, mais aussi d'accomplissement du Grand Œuvre, car pierre principe, elle résume l'alliance entre le dynamique et le statique, entre le masculin et le féminin, entre le divin et l' homme. Mise sous la hache, et elle est parfois représentée ainsi, elle évoque la liaison intime avec le divin, elle est la pierre philosophale.

L'apprenti, au cours de ses trois derniers voyages y affûtera ses outils, c'est à dire qu'il apprendra tout doucement à communiquer avec la spiritualité qui est en lui par l'entremise des symboles qu'il lui appartient de percer, et qui lui sont confiés.

La cérémonie prend alors un tour plus spiritualiste. Un tuilage assez poussé fait suite, le candidat doit confirmer l'assimilation de la symbolique d'apprenti. Souffler les réponses au futur compagnon, comme il-est bien souvent de coutume est une faute impardonnable. La cérémonie ou confirmation de la connaissance s'interpénètre avec une leçon symbolique où le Vénérable Maître montre au futur compagnon, au départ de ces connaissances essentielles la voie divine et où il lui apprend parles symboles à "s'instruire dans la Géométrie", seule voie vers la perfection, en affûtant les outils qui lui sont confiés et qui sont des vertus morales que pierre vivante il possède mais doit percevoir et extérioriser, sur la pierre parfaite, la pierre philosophale qui lui permettra de concevoir l'œuvre divine.

Après ces révélations, il lui sera alors seulement permit de gravir les cinq premières marches de l'escalier à vis.

 

Le troisième Grade.

 

En vérité si je renais, Osiris renaît

Il importe à chaque homme de faire mourir son être charnel pour faire revivre le Dieu qu'il porte en lui, et qu'il a précisément tué, aveuglé par ses sens ou tyrannisé par ses passions ou par ses préjugés.

Q - Que cachez-vous?

R - Le secret des Maçons et de la Maçonnerie.

Q - Où gardez-vous ce secret ?

R - Dans le cœur.

Q - Y a-t-il une clef pour y entrer '?

R - Oui, Très Respectable.

Q - Où gardez vous cette clef ?

R - Dans une boite de corail en forme d'ARCHE, qui ne s'ouvre et ne se ferme qu'avec d'autres clefs d'ivoire.

Q - De quel métal est celle du cœur?

R - D'aucun, c'est une langue accoutumée aux bons rapports.

Le degré de Maître, dit-on, est un degré de mort et de résurrection.

Waite fait remarquer que avant tout, bien que sous la forme d'une légende, nous assistons en ce grade à l'érection d'une bâtisse, le Temple de Salomon, création de l'esprit et de la loi morale, et non pas à l'érection d'un monument personnel.

De ce fait, nous rencontrons quelque chose de très différent des deux premiers degrés.

Le troisième et dernier grade, est vraiment un degré de mort, un retour vers le néant, et même si une résurrection est évoquée, elle l'est au travers d'une notion de pourriture du corps, de corruption de la matière. Ceci doit être rapproché de la notion de nature et de son ultime secret.

Le mot de substitution lui-même, n'est pas seulement un mot de "mort", mais aussi de pourriture.

M .. B .. : la chair quitte les os, donc un mot de passage, quant à la résurrection qui est jouée par le candidat à la maîtrise, elle est un fait personnel à celui-ci et non une image emblématique de mort et résurrection.

L'initiation, qui ici prend son plein sens se joue sur deux plans, un plan mythique, la construction de la Jérusalem Céleste, et un plan psychologique personnel à la personne du Candidat QUI N'EST PAS LE MAITRE ARCHITECTE.

Le plan mythique est basé sur un petit épisode de l'ancien testament (Rois, 1-7-13) et cet épisode est à prendre au second degré: est-ce bien d'Hiram qu'il s'agit ou plusieurs démarches analogiques sont-elles possibles?

Hiram, fils d'une Veuve de la tribu de Nephtali représente pour Trescases101l'archétype du héros, né d'une femme représentant la terre, et d'un Dieu représentant le Ciel, soit: Comme tout héros, réalisé entre ciel et terre, ou comme tout Maçon accompli entre l'équerre et le compas. Dans Roi. il est donné fils de forgeron donc fils de la lignée de Caïn, c'est à dire d'une race supérieure à celle d'Adam.102

Cette filiation rappelle des légendes qui nous ramènent aux premiers contes héroïques de l'humanité: l'épopée de Guilgamesh, mais surtout celle d'Isis, veuve de son époux et frère, errant de l'Occident à l'Orient, par toute la terre pour rassembler ce qui est épars et ressusciter la lumière.

C'est la résurrection du Christ montrant la voie du salut possible, c'est Elie implorant Yavhé: Mon Dieu fais revenir en lui l'âme de cet enfant, qui était le fils de la veuve de Sérepta; c'est l'effort qu'il appartient à chacun d'entre nous de faire pour ressusciter une conscience morte en réveillant un subconscient endormi.

Autre exemple tiré de la Biblel03du fils d'une veuve de Naïn que le Christ rappela à la vie. Le Seigneur dit: "Je te le dis, lève-toi ... et il se leva et se mit à parler". Cet épisode pose la question non de la parole perdue mais de la parole vivante, éternelle, en qui vivent toutes choses et qui prononce la vie dans la mortl04.... "Quand le Verbe parle dans l'âme et que l'âme répond dans le verbe vivant, le fils vivant revient dans l'âme." Mais ceci est peut-être autre chose à laquelle même ce degré ne peut répondre.

Lors de l'élévation à la maîtrise, le candidat joue le rôle du Maître, souffre avec et pour lui, pour avoir voulu tenir sa parole et respecter ses engagements.

La vie charnelle ici, s'éteint et est effacée pour faire place à quelque chose de pire, une chose putride pour laquelle rien ne peut être fait.

La chair quitte les os.

Ce n'est donc plus une mort et une renaissance, mais une mort et une naissance spirituelle, ce n'est pas le mort, mais la mort qu'il ressuscite: ce n'est donc plus ainsi qu'il est souvent avancé une résurrection spirituelle au travers d'une autre vie, mais un adoubement, une élévation et réunion définitive avec des pairs, une nouvelle vie consacrée par la surconscience et par le Verbe.

Ainsi, au rite écossais philosophique, en entrant dans la chambre des Maîtres, le candidat, "traverse le corps du Maître": en réalité, il rejoint un autre espace, un autre plan spirituel en passant au delà de la pourriture pour, par une marche sénestrogyre, descendre vers son propre enfer. Il commence sa propre introspection élucidante105, il pénètre son subconscient et alors, pourra-t-il peut-être atteindre la surconscience, sous l'œil d'Horus, l'œil qui voit tout, lucidité parfaite d'une conscience sans complaisance. Par la marche sinistre il atteindra le fond le sa propre horreur.

De là, symboliquement, la différence qui est faite en loge philosophique entre le "corps" pourriture initiatique, porte du retour et, le "cœur" du Maître, lequel scellé dans une obélisque présente en Loge glorifie la cérémonie.

En fait, l'initiation subie est assez analogue dans une certaine mesure à la passion du Christ. "Ce qui fut en Lui était la vie

Et la vie était la Lumière des hommes"(Jean).

Si, et Jean l'affirme, Chrestos était la Lumière, tuée par la haine que l'homme dans son conditionnement imparfait porte à cette Lumière de Vérité, il meurt sur la croix en tant qu'être de chair pour ressusciter en esprit après TROIS jours, étant descendu aux enfers .

Hiram est mort, la parole est perdue.

Au rite écossais philosophique, le candidat subit une cérémonie en deux temps. Le premier temps, concerne une acceptation éventuelle des Maîtres quant à l'élévation du Candidat. Celui-ci, placé devant le tombeau-obélisque s'entend interroger sur les buts et principes  l'art royal. Puis, est prié de voyager par trois fois autour de la loge, pendant que les Maîtres formant la chaîne autour du cercueil, c'est à dire de la porte des enfers, font circuler le mot de Maître en tapant du pied, à la façon des Lévites qui par leur bruit empêchaient la foule d'entendre le Grand Prêtre qui appelait Dieu par le nom sacré et mystérieux.

Le candidat admis en théorie, peut alors se retourner et traversant le tombeau, commence la seconde partie de l'initiation, le récit de la légende Hiramique.

La parole, pour lui, est perdue.

La parole ...... donc le logos, la lumière, l'intelligence, la raison, mais aussi, suivant la tradition Johannite le commencement, le principe animant, ...

... il était au commencement avec Dieu

Et le verbe était Dieu.

La connaissance du mot du Maître est donc la connaissance de la volonté divine telle qu'elle se manifeste dans la vie, c'est la connaissance du sens de la vie et le fait de n'en pas connaître le sens relève d'une absence de perception, d'une absence de compréhension.

La parole existe, le mot est connu des seuls initiés et pourtant, le candidat reste dans les ténèbres.

Seule la légende qu'il revit lui parvient: les mauvais compagnons ont tué Hiram pour lui arracher une parcelle de compréhension. Mais quoi donc? Le sens de la vie, la volonté de Dieu est-elle du domaine réservé? Et il appartiendra au candidat de comprendre que le cercueil dans lequel il gît est l'emblème de son égoïsme, de ses idées préconçues, de son enfer en fait, il est mort en esprit et son destin comme celui des trois mauvais compagnons devient sans intérêt. S'il ne fait aucun effort personnel, il restera prisonnier des ténèbres, privé du verbe qui est vie et lumière.

C'est alors que les Maîtres sur ordre du Très Respectable iront à la recherche de ce qui peut rappeler le Maître. Et ici, commence pour le futur maître, une remontée lente de sa propre misère vers la lumière. Après un instant de désintégration totale, un recentrage de la personnalité débute.

Après le noir et le silence, le martèlement des talons, sourd mais en cercle le cercueil en étant le point de convergence marche cette fois dextrogyre, indique au candidat qu'il est en fait le centre et la clef de l'initiation.

Les travaux dans la loge sont suspendus, car la Lumière est perdue. Les sept Maîtres dirigés par le Très Respectable assisté du F. Terrible referont le chemin de la lumière, ils se dirigeront vers l'Orient pour rassembler ce qui est épars 107, et avec la découverte de la branche d'acacia, symbole d'immortalité mais rappelant aussi la branche d'Olivier, symbole Noachite gage de paix retrouvée et signe annonciateur de l'Alliance (Trescases. pp. 170),

·         Alliance de Yahvé avec son peuple

·         Alliance du candidat avec l'Ordre Initiatique

·         Alliance de l'homme avec lui-même.

Ils découvriront, puis relèveront le candidat qui aura acquis son recentrage vital.

Reprenons la disposition d'une chambre de Maître au rite philosophique. Le corps du Maître n'est pas en réalité le tombeau de celui-ci mais un substitut où gît le candidat. le tombeau c'est l'Obélisque où est scellé le cœur d'Hiram et qui de l'Occident, tel l'œil d'Horus mène la cérémonie.

Le candidat lui est couché à même la terre et est ainsi au centre de l'Univers, dans l'axe du monde et se confondant avec la terre-mère. Qui est-il et que fait-il?

Il est l'éternel renouveau en quête de sa vie nouvelle, il est la graine qui se charge d'énergie, il est celui qui est sur le point de retrouver un sens à une vie nouvelle à laquelle il aspire mais ne peut encore concevoir.

Pour ce faire, il doit drainer en lui toute l'énergie accumulée au cours des initiations préliminaires.

Au premier grade, on lui aura appris à gravir les TROIS marches de l'escalier à vis, échelle de Jacob menant celui qui en a la persévérance à la plus sublime des transcendances, la sienne propre.

1 aura appris à connaître le Delta lumineux, symbole du TROIS, "élan vital, tel qu'il s'exprime incarné en lui-même (Trescases) par les trois pulsions qui se doivent d'être spiritualisées.

Parvenu à l'état de Compagnon, il a gravi les cinq premières marches de l'escalier, aura vu le rayonnement de 1'étoile à cinq branches et aura ainsi appris à connaître les cinq arts qui lui permettent d'ordonner son fonctionnement spirituel et concevoir les moyens de réaliser SON Temple spirituel.

Le chiffre SEPT, chiffre de mort et de destruction lui sera confié lors de sa descente en ses propres enfers, au centre de lui-même, loin de toutes les vanités.

Les trois tentatives de résurrection, la dernière étant la seule à réussir, ont suivant Trescases une signification bien établie.

Le second surveillant, gardien de la porte et surveillant de la colonne J ... colonne d'introspection et de méditation silencieuse, juge le candidat et ne peut que constater que l'imagination créant les pulsions primaires n'est toujours pas bridée, rectifiée ce qui est peut-être plus juste, il montre le ciel au candidat mais celui-ci qui n'est pas prêt ne peut y accéder: la chair quitte les os.

Le premier surveillant: maître de la colonne B ... , colonne de la force extravertie, tire le médius du candidat, fait en quelque sorte le contre signe, il lui demande s'il a "spiritualisé ses désirs pour les transformer en connaissance et amour", mais le candidat prisonnier de la erre, ne peut encore comprendre car il reste prisonnier de son subconscient. "La chair quitte les os".

Les cinq points de la Maîtrise: prouvent que rien n'est possible pour l'homme seul, c'est une apologie de la fraternité, le Maître rétablit le nouveau Maître dans le pentagramme droit et lui fait découvrir, s'il n'en avait pas encore pris conscience dans sa position de stagnation, la force de l'amour fraternel et de la solidarité et lui fait ainsi connaître le nombre 7.

Le nouveau maître apprendra mais bien plus tard, que le mot de Maître est la "parole" expression de la volonté divine.

En attendant, en jeune maître, il lui sera donné un mot de substitution qui doit le mettre su la voie, car comme le disait notre F. Raoul Berteaux le mot sacré substitué est un mot en "M" appelant le souffle créateur (OOM)

Berteaux attribuait énormément d'importance au "nom": nommer, c'est créer... "toute chose  naît, pour chacun de nous, à l'instant où nous en prenons conscience et la prise de conscience est témoignée par notre aptitude à nommer la chose."

Le candidat est donc mis sur la voie de la perfection par la révélation d'un mot qui ne peut être que le miroir du mot qu'il lui faudra chercher, de la pensée qu' il lui faudra épouser, du souffle vital qu'il lui faudra connaître.

Et, au rite philosophique, les Maîtres confirmés le connaissent, ce mot qui les unit à la vie mais aussi d'éternité en éternité dans la queste de la Lumière.

 

ACTA MACIONICA Volume 7 (5997)

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