Dimanche 26 août 2012 7 26 /08 /Août /2012 08:27

La planche présentée s’inscrit dans l’étude symbolique des « Voyages du Compagnon ».

Je commencerais cette planche par la lecture d’un chant pour ténor et piano écrit par W.A. MOZART, j’évoquerais ensuite les voyages du compagnon, puis dans une troisième partie, je ferais part de quelques questionnements que le voyage initiatique a nourri.

Voyage des Compagnons – « Die ihr einem neuen Grade » KV 468

 

Vous qui vous approchez à présent

D’un nouveau degré de connaissance,

Marchez fermement votre sentier,

Sachez qu’il est celui de la sagesse !

Seul l’homme courageux

Peut s’approcher de la lumière.

Prenez pour viatique, ô pèlerins,

La bénédiction de vos Frères !

Que la prudence soit toujours à vos côtés,

Que la soif d’apprendre guide vos pas !

Exercez votre jugement et ne vous laissez

Jamais assujettir à l’illusion d’un passif

Aveuglement !

Rude est certes le voyage de la vie,

Mais doux est le prix attendant le voyageur

Qui sait sagement tirer profit de sa course.

Heureux qui pourra dire un jour :

La lumière éclaire ma route !

 

L’apprenti qui aspire à devenir compagnon effectue cinq voyages lors de son augmentation de salaire. Dans le manuel d’instruction au grade de compagnon, on indique le sens général de ces voyages : « Les voyages figurent les travaux et les études que comporte le grade de compagnon. »

Voyages avec les outils, de cartouche en cartouche ; mais chacun renferme en lui-même, le programme d’études de plusieurs vies humaines. Comment aborder le message qui nous est donné ?

Compagnon, je me retrouve ainsi apprenti devant de nouveaux savoirs, de nouvelles situations. Si la marche du compagnon poursuit celle de l’apprenti et s’il est sensé savoir marcher, on l’invite à faire un pas de côté vers le midi. Il est ainsi invité à agir, à voyager, à sortir de la voie tracée initialement en ligne droite par les trois pas de l’apprenti. Le compagnon doit être en perpétuelles pérégrinations. Le voyage compagnonnique peut en effet être regardé simultanément sous trois angles :

  • le premier est celui des cinq voyages avec la découverte des cartouches l’invitant à approfondir sa connaissance,
  • le deuxième celui où le compagnon voyage à l’extérieur, quand il rend visite à d’autres loges pour s’instruire
  • et enfin, le troisième, à mes yeux le plus important, est le voyage intérieur.

1. Revenons d’abord sur les cinq voyages accomplis par le nouveau compagnon.

Le premier, à la fois, continuité du grade d’apprenti et transition vers le grade de compagnon, avec le maillet et le ciseau, rappelle que le compagnon doit s’améliorer lui-même en s’efforçant de faire disparaître ses défauts, ses préjugés et ses erreurs. Mais à ce travail, doit s’adjoindre l’étude des sens qui conduit à la connaissance de la personnalité humaine et qui travaille sur la formation des idées.

Au cours du deuxième voyage, deux outils l’accompagnent, l’équerre et le compas, symboles de justice et de la vérité. Il est indiqué aussi dans le manuel que le compagnon doit faire aux Arts une place importante. Pour la première fois depuis son initiation, le compagnon découvre un texte où la notion symbolique de l’art est évoquée. La référence exprimée est celle de la Grèce antique. « La qualité du goût dans l’ancienne Grèce créa la perfection dans la Cité en même temps que l’harmonie du corps humain. L’art a dit Aristote, est la joie des hommes libres. »

Le compagnon, « membre de l’équipage », participe activement à la construction du temple. La recherche du chef d’œuvre est un élément essentiel. Toutes les œuvres que nous ont léguées les Anciens témoignent de cette recherche permanente qui est liée à l’Art Royal, à l’art sacré. Dans la perspective de la tradition initiatique, l’Art, en effet, sert à formuler le mystère. Ses différents modes d’expression poursuivent souvent le but, en façonnant des formes, de capter et de révéler l’ordre invisible qui régit la Vie , dans son principe comme dans ses manifestations. Dans la tradition initiatique, le chef d’œuvre ne se limite pas à une maîtrise technique. Il a une autre dimension : il s’agit de manifester dans une œuvre une puissance créatrice.

Le troisième voyage, par la Règle et par le Levier symbolise l’étude de la Nature. « A cette étude nous dit le manuel d’instruction, se rattachent les différentes sciences, dont les données principales ne doivent pas rester étrangères au Compagnon. » Mais si les sciences ont permis de fonder au XVIII éme sciècle un projet d’émancipation en permettant « les progrès de la civilisation par ceux de la raison », selon l’expression de Luc Ferry, on ne peut plus fonder uniquement sur elles l’espoir d’une marche vers le bonheur et la liberté. Bien des faits historiques et bien des penseurs nous ont appris au cours du XX ème et du début du XXI ème siècle que notre vie sociale et notre vie intérieure sont les produits de notre expérience de « sujets intentionnels », les fruits de tradition et mythes. Les sciences ne permettent pas de fonder des normes du bien et du mal universelles mais peuvent créer des problèmes éthiques, sociaux et juridiques sans fournir les moyens de les résoudre. Nous sommes donc condamnés à construire de nouveaux systèmes de signification avec l’aide d’une réflexion anthropologique et philosophique renouvelée dans le contexte des savoirs et des incertitudes d’aujourd’hui.

Et le quatrième voyage nous invite par le niveau à réaliser progressivement l’égalité sociale. En cela la mémoire des bienfaiteurs de l’humanité doit être honorée. Mais, si pendant des millénaires, l’homme est resté ce qu’il était pour Aristote : un animal vivant et de plus capable d’une existence politique, aujourd’hui, l’homme est devenu dangereux pour lui-même en mettant en péril la vie qui le porte et la nature. Les perspectives qui aujourd’hui nous assaillent portent non seulement sur l’enjeu d’organisation juste de nos sociétés mais encore sur le principe d’humanité lui-même.

Le cinquième voyage que je ne développerai pas, marque par la Truelle l’achèvement du labeur et la glorification du travail. Il vise également au perfectionnement, de plus en plus nécessaire, de l’homme et de la société. On comprend donc bien pourquoi la glorification du travail n’arrive qu’au dernier voyage du compagnon.

2 - Le quatrième pas du compagnon marque donc une invitation à l’action exploratrice, à la découverte des quatre directions de l’espace pour mieux se connaître soi et l’univers qui nous entoure. Le compagnon est invité à parcourir le plan jusqu’aux limites les plus reculées en faisant son tour de France à l’image du compagnon opératif. Il prend des initiatives tout en se rappelant que par le cinquième pas il retourne dans l’axe des trois premiers, dans la voie de la recherche de la Lumière et de la Sagesse. Franc-maçon , je ne peux être qu’apprenti devant tout mode de pensée nouveau. Ce n’est que par l’intégration et la confrontation de ces données à mon vécu propre que je pourrai par moi-même tracer ma propre vie. Il n’y a pas de prêt à penser symbolique qui conduit sur le chemin initiatique sans tomber dans le risque de ce que Lacan appelait « engluer les sujets dans l’imaginaire illusoire d’une intégration de soi-même et dans la soumission mortelle de la liberté personnelle aux valeurs et aux normes du groupe ». Or cette invitation au voyage est là, me semble t-il pour éviter de confondre l’harmonie et la mise en condition de l’initié par l’atelier. En effet, si l’harmonie doit être recherchée parce qu’elle est expression de concordance, impression de bien-être et d’absence d’interférences entre les membres de l’atelier, on sait aussi qu’elle est éphémère. Si l’harmonie est une quête perpétuelle, ne doit-on pas savoir l’abandonner provisoirement et essayer ensuite de la retrouver afin d’éviter le piège de la soumission et de l’habitude. Le voyage du compagnon n’a-t-il pas ce sens de recherche permanente de l’harmonie : savoir la percevoir, savoir l’abandonner et essayer de la retrouver. Cette recherche se fait concrètement dans le temple, symbole de stabilité, lieu d’harmonie et de force qui met en éveil la sensibilité de celui qui est admis. Mais le temple est en perpétuelle construction. Il est le cœur où se développe une spiritualité hors de tout dogme.

« Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage … » dit le poète, et il ajoute : « et puis est retourné plein d’usage et raison, vivre entre ses parents, le reste de son âge ». Une des grandes réussites de la F.M. est peut-être d’avoir réussi à concilier de manière naturelle enracinement et aventure. L’enracinement, c’est la vie dans la Loge , l’aventure, c’est la visite des autres loges et des autres obédiences. A l’image du Tour de France pour le compagnonnage, la visite d’autres loges permet au compagnon de poursuivre son apprentissage. Mais ce qui m’est apparu comme essentiel au cours des visites que j’ai pu faire, c’est de découvrir la fraternité exprimée par des frères d’autres ateliers et de comprendre par l’expérience qu’au-delà des différences rituelles la F.M. est universelle.

3 - J’en arrive à ma troisième partie, celle du voyage intérieur.

On ne meurt que d’ex-ister, de quitter, de partir, de se placer sans cesse en écart à l’équilibre, de mal passer, nous dit Michel Serres. Ainsi, le stable se déséquilibre, le posé s’expose. C’est le voyage en lui-même et non son but qui a de l’importance. L’Odyssée, selon moi, le plus grand des poèmes initiatiques consacrés à la mer, a un sens complètement changé quand on y voit l’immense quête intérieure d’Ulysse qui revient à Ithaque initié aux secrets de la vie, de la mort, de la force et de la sagesse. Si le voyage engendre des angoisses, c’est sans doute qu’il est lié au temps : angoisse du temps trop vite passé, du devenir trop rapide, de la vie trop courte et dans le même mouvement angoisse du chemin trop long à parcourir. Le temps qui caractérise le voyage initiatique est irréversible. Le voyage est, me semble t-il intimement lié au temps. Pas question de pouvoir retourner au point de départ et de refaire le chemin. Aussi, le voyage me paraît-il plus rattaché au temps qu’au déplacement physique. Il est, pour moi, une quête intérieure du sens de la vie. Le voyage me semble peut lié à l’espace qui lui est en grande partie réversible. Je peux le parcourir dans le sens opposé et retourner au point de départ.

Le voyage initiatique nous éloigne du point de départ et le souvenir même que j’en ai évolue et se transforme. Le travail en loge est à cet égard beaucoup plus qu’un savoir livresque : c’est une expérience de vie par un certain type de relations humaines. A chaque tenue, cette expérience se forge et contribue à la fois à me déstabiliser et à me construire. Les travaux effectués en loge ne s’arrêtent pas sur le parvis. Les F.M. promettent de continuer à l’extérieur de la loge le travail commencé. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Comment pourrions-nous oublier l’expérience qui a été la nôtre au cours d’une tenue ? Comment ne pas repartir avec des questions, des doutes, des réflexions nouvelles après avoir vécu des moments forts en atelier ?

Je voudrais terminer cette planche par une phrase rencontrée dans un rituel pour le deuxième grade symbolique qui m’apparaît trouver un sens nouveau : « La tradition du compagnon est inséparable de l’acte de bâtir. Toute pensée, aussi élevée soit-elle, ne prend véritablement réalité que lorsqu’elle est exprimée par une construction est un travail. Bâtir, c’est donc formuler la connaissance et, par voie de conséquence, permettre à l’acte religieux au sens étymologique de « relier » le monde des dieux et celui des hommes.

Source : http://reveil.anicien.free.fr/

Par Thomas Dalet - Publié dans : Planches
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