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Hauts Grades

Lettre de LC de St Martin à JB Willermoz (1784)

18 Avril 2012 , Rédigé par Louis-Claude de St Martin Publié dans #histoire de la FM

Paris le 29 décembre 1784

Quoique j'ai chargé le Mtre Paganici T. Ch. Me [Très cher maître], de vous souhaiter de ma part une bonne année, à vous et à tous les vôtres, je me fais un plaisir de vous renouveler moi-même l'assurance des sentiments que je vous ai promis solennellement de garder pour vous toute ma vie. Ce n'est pas que vous me gâtiez par de trop fréquents signes de souvenirs. J'espérais qu'étant plus libre depuis que, vous avez laissé le commerce, vous pourriez plus souvent que par le passé me donner de petits rafraîchissements d'amitié, mais mon marché est fait avec vous sans réserve et sans restriction et je vous aimerai jusqu'au tombeau de quelque manière que vous me traitiez.

Je voudrais être moins paresseux, je vous faisais un long détail de ce que j'ai vu à Buzancy [2] et dont je n'ai parlé à la mère [3] qu'en courant. En somme, un jeune homme sourd depuis quinze ans mais complètement guéri en huit jours à entendre comme vous.

Ce même homme guérissant ensuite en quatre jours une femme rongée d'une sciatique épouvantable depuis nombre d'années et la mettant en état de marcher et de se servir de tous ses membres ce même homme attaqué le lendemain de cette cure, d'une maladie de nerfs mêlée de paralysie universelle et de catalepsie et guéri en huit jours au point d'avoir une force double de celle antérieure, un usage plus parfait de tous ses organes qui tous avoient été altérés dès sa jeunesse et enfin d'avoir crû de près d'un pouce dans ce court intervalle.

Tout son pays est dans l'admiration, je ne vous parle point de mille autres petits faits dont j'ai été également témoin mais je dois ajouter que toutes ces cures avec tous leurs symptômes sont annoncées par les malades eux-mêmes plusieurs jours d'avance et je n'ai vu aucune de ces annonces qui ne soit arrivée à l'heure dite et avec toutes les circonstances indiquées. Je ne me suis mêlé en rien de tous ces traitements. J'assistais, j'aidais seulement à prêter les secours ordinaires qu'on donne à tous les malades mais je ne magnétisais point, mon physique ne me paraissant pas assez robuste pour cela.

En revanche j'ai beaucoup observé et je me suis rendu de tous ces phénomènes un compte suffisant pour croire que la raison n'ait point à s'en plaindre. Rien de cela ne paraîtra dans le public. Ce n'est pas dans l'état de combustion où sont les choses que les idées froides comme les miennes peuvent trouver place et cela restera dans le portefeuille avec beaucoup d'autres choses [4]. Si quelque jour nous ne faisons pas comme les montagnes qui ne se rencontrent point, je vous communiquerai ces observations magnétiques.

De votre côté si vous jugez à propos de me mettre au fait de l'état des choses en votre ville je suis prêt à vous entendre. Fait-on des cures par les procédés admis dans votre école ? Êtes vous content des succès ? Voilà des choses que vous pouvez me dire.

Quant à ce que le Mtre Giraud [5] a bien voulu me confier d'après l'aveu de votre société, je vous avoue que j'en crains les suites ou plutôt je vois que la chose ne peut pas rester au point où elle me parait être d'après l'exposé qu'on m'a fait. Elle montera ou elle descendra. C'est à l'évènement à m'instruire. Vous ne doutez pas que j'aimasse mieux la voir monter, alors elle serait tout à fait spiritualisme et il n'y aurait plus besoin d'image, chose dont je souhaiterais que l'on pût se passer. Je pense tout haut avec vous, mon cher Mtre mais je ne tiens point à mes idées et j'attendrai tranquillement les vôtres.

Quant à l'objet principal je persévère plus que jamais dans mon goût pour la retraite et l'obscurité. Je trouve que c'est là où je me parfume le mieux de cette huile de joie dont parlent Isaïe et St Paul. S’il plait un jour à la sagesse suprême de m'employer à autre chose, je ferai en sorte qu'elle me trouve prêt. Si elle ne le juge pas à propos. Sa volonté soit faite !

Cela ne m'empêche pas chemin faisant de donner la main à mes semblables quand j'en trouve d'enfoncés dans le bourbier, et tous les prodiges magnétiques que j'ai vus ne m'ont pas peu servi à faire ouvrir les yeux à quelques aveugles. Cela ne m'empêche pas non plus de causer avec eux quand il y a lieu. Mais cela ne va pas plus loin.

Je ne compte pas mon apparition, il y a six mois, à la loge de la Bienfaisance. J'y aurais même été encore hier à la fête de St Jean où l'on m'a fait la faveur de m'inviter si j'eusse été libre. Je n'y peux voir que les grades inférieurs et je n'y suis que fauteuil ; ainsi cela ne discorde point avec mon gout et mon titre d'indépendant. Enfin cela ne m’empêche pas de prendre communication de toutes les idées et écrits que l'on veut bien me communiquer et j'attends en conséquence que vous autorisiez vos lieutenants à me confier la lecture de la rédaction des grades dont vous m'avez parlé cet été et dont je vous dis que je ne me permettrais pas la demande.

En effet si vous ne m'aplanissez les voies sur cela, je verrais cent ans tous les membres de la bienfaisance que je ne leur en ouvrirais pas la bouche. Bien entendu que cela m'empêche moins encore de me mettre aux pieds d'un Gamaliel s'il s'en rencontrait sur mon chemin. Personne n'en sent plus que moi le besoin, et j'ai eu dans ma cellule des mouvements assez positifs pour me convaincre combien il me serait utile d'en rencontrer.

Vous m'avez promis aussi dans le temps de vous souvenir de moi, s'il y avait du bonbon. Je compte toujours sur votre amitié pour cela si le cas y échoit. Vous savez que je suis un enfant gâté et que c'est vraiment du bonbon qu'il me faut ce qui me rend tiède sur tout le reste.

Vous jugez bien que d'après tout cela je cours peu la cohue de chercheurs que l'ami Delanges [1] va rassembler des quatre coins du monde le 15 février prochain. J'ai reçu une belle circulaire à cet effet dont probablement vous aurez connaissance. Mais ma réponse est toute faite, je n'y mettrai pas les pieds. Ce sera le festin de l'Évangile à cela près que le principal hôte n'y sera pas le plus honoré, car si on croyait en lui on ne se rassemblerait pas pour chercher à qui l'on doit croire. Que ferai-je là mon Dieu ! Je regarde cet homme comme le tourment de la vérité.

Adieu, mon cher Me je me recommande toujours à vos bonnes prières et à celles de tous les nôtres. J'avais prié la mère de deux petites commissions. L'une était bien pressée. C'était du sel pour mon malade. N'entendant parler de rien j'ai écrit directement à Paganuci et j'attends chaque jour de ses nouvelles. L'autre était pour l'ami Pernon, il s'est chargé de me faire reteindre un habit de velours de coton bleu. Voila trois mois qu'il l'a ; j'avais pourtant bien compté m'en servir cet hiver.

Adieu encore une fois, mon cher Mtre,

Ora pro nobis.

Source : http://www.philosophe-inconnu.com

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