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Hauts Grades

Lettre de Willermoz au Prince Charles de Hesse-Cassel : 07/1781

17 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

Pour pouvoir faire mieux connaître à V.A.S. sur quoi je fonde moi-même ma propre opinion, je devrai remonter à des définitions générales, telles que je les connais dans cette matière.

 

Je dirai donc d’abord qu’il me paraît essentiel de ne pas confondre la vraie Maçonnerie avec la Maçonnerie symbolique. L’une renferme en elle une science très vaste dont elle est le moyen, l’autre est sous une dénomination conventionnelle l’école dans laquelle on étudie d’une manière préparatoire cette science voilée sous des figures.

 

 L’une doit être, sous différents noms, aussi ancienne que l’existence même de l’homme dégradé ; l’autre est beaucoup plus moderne, quoique déjà fort ancienne, et sa dénomination actuelle paraît devoir être nécessairement postérieure à la dernière révolution qu’à subi le temple de Jérusalem, qui est devenu son type fondamental. Cette école étant née dans le silence du mystère et du secret, l’époque de sa naissance reste perdue dans l’obscurité des siècles qui se sont écoulés depuis le dernier saccagement du Temple. Je ne pense pas que l’on puisse jamais parvenir à lui assigner incontestablement une époque fixe. Je ne pense pas non plus à persuader que les Chev. T. les instituteurs de la vraie maçonnerie ni même de la symbolique, soit à l’époque de la fondation, soit à celle de la destruction de leur ordre, cette assertion sans preuve étant démontrée par les Annales maçonniques anglaises, lesquelles quoique contestées, aussi sans preuves, seront toujours d’un grand poids contre elle. Mais je ne répugne point de croire, sans cependant en être persuadé, que cette institution secrète, déjà existante avant eux, ait été la source d’eux ; qu’elle ait même servi, si l’on veut, de base à leur institution particulière ; qu’ils aient cultivé et propagé par elle pendant leur règne la science dont elle était le voile et qu’ils se soient ensuite couverts de ce voile même pour perpétuer parmi eux et leurs descendants la mémoire de leurs malheurs et essayé par ce moyen de les réparer. Tout cela, quoique dénué de preuves suffisantes, ne répugne pas néanmoins à la raison, et pourrait être admis au besoin comme plus ou moins vraisemblable. Les annales anglaises déjà citées font mention d’une grande loge nationale tenue à York l’an 926, c’est-à-dire environ deux siècles avant la fondation de l’Ordre des prétendus instituteurs de la Maçonnerie ;  Elles avouent aussi qu’il existait des maçons avant cette époque en France, en Italie et ailleurs, et certainement l’amour-propre national anglais aurait supprimé cette anecdote si elle n’avait pas quelque fondement réel. Il est donc vraisemblable que l’ordre du T. institué au commencement du XII° siècle et dans le pays même qui est réputé avoir été le berceau des principales connaissances humaines, ait pu participer à la science maçonnique, la conserver et la transmettre indépendamment des autres classes d’hommes qui ont pu en faire autant. En un mot, si le prochain congrès général est d’avis de conserver des rapports maçonniques avec l’ancien Ordre du T., je ne vois nul inconvénient à présenter cet Ordre comme ayant été dépositaire des connaissances maçonniques et conservateur spécial des formes symboliques ; mais j’en verrai beaucoup à le présenter comme instituteur, parce que l’on pourrait trouver toujours et partout des contradicteurs très incommodes.

 

Je reviens donc au fond de la question. Je pense qu’il existe pour l’homme actuel une science universelle par laquelle il peut parvenir à connaître tout ce qui se rapporte à son composé ternaire d’esprit, d’âme et de corps dans les trois mondes créés, c’est-à-dire dans la nature spirituelle, dans celle animale ( temporelle et dans celle élémentaire corporelle. Je ne fais point ici mention du quatrième monde, le divin, parce qu’il n’est plus donné à l’homme dans son état actuel d’y lire immédiatement, et si parfois il y lit encore, ce n’est plus que subsidiairement. Par cette science il peut espérer de s’approprier les vertus des trois mondes et de s’en procurer les fruits. La science universelle, embrassant les trois natures, se subdivise aussi en trois classes ou genre de connaissances naturelles et relatives ; et chacune de ces classes est encore susceptible de subdivisions particulière, ce qui multiplie beaucoup les branches des connaissances humaines. Mais comme les deux natures inférieures sont pour ainsi dire confondues en une seule qui est dénommées nature sensible, il en résulte que toutes les connaissances qui s’y rapportent sont aussi confondues en un seul et même genre qui embrasse plusieurs espèces, d’où il résulte que ceux qui en suivent spécialement une espèce ne s’entendent pas toujours avec ceux qui en suivent une autre, quoique du même genre.

Je diviserai donc la masse entière des connaissances en deux genres seulement, et pour les distinguer je nommerai l’un supérieur et l’autre inférieur, mais, comme l’un et l’autre sont exclusivement du domaine de l’être intellectuel ou actif de l’homme, et nullement du ressort de sa nature inférieure passive, le premier peut augmenter son bien-être temporel par le secours des deux genres et multiplier par eux les jouissances propres à sa nature et à son état actuel mixte. (3)

 

Cependant la première espèce sera toujours supérieure relativement à son but qui est tout spirituel. Par elle l’intelligence, se dégageant en quelque sorte du sensible auquel elle est liée, s’élève à sa plus haute sphère, et je suis fondé à croire que dans celle-là se trouve la connaissance du vrai culte et du vrai ministère sacerdotal, par lequel le ministre offre son culte à l’Eternel par la médiation de notre divin seigneur et maître J.-C. pour la famille ou la nation qu’il représente. C’est aussi dans celle-là seulement (4) que j’ai reçu des lumières et des instructions et dans laquelle j’ai eu le bonheur d’acquérir quelques preuves qui feront toujours la consolation de ma vie. Peut-être aussi ai-je trop négligé les occasions de m’instruire de ce qui concerne la classe que je nomme inférieure ; du moins je me le suis reproché depuis que j’ai eu lieu de me persuader que les connaissances de celle-ci peuvent servir d’échelons pour arriver à la première et peut-être aussi de moyens pour y opérer plus virtuellement, mais j’ai été longtemps combattu par la crainte d’être trop attiré par l’appât des succès dans la sensible et d’être par là excité à m’arrêter au milieu de ma route comme cela est arrivé à plusieurs autres ; de sorte que m’étant toujours efforcé de planer au-dessus du sensible et ayant été toujours soutenu dans mes efforts par quelques succès rares à la vérité, mais certains, je n’ai vu que les superficies des connaissances qui s’y rapportent et je n’en ai point sondé la profondeur, ce qui fait que je suis peu en état de les bien dessiner et de bien déterminer ni leur espèce ni leur étendue, et par cette raison je me suis déterminer à chercher de nouveau et à saisir les occasions que j’ai négligées ci-devant de m’instruire dans les connaissances de celle-ci. Si j’y parviens, ce sera alors seulement que je pourrai juger plus sainement l’ensemble du tout et apprécier chaque partie ; peut-être aussi devenir plus utile à d’autres que je ne puis l’être à présent.

 

Je ne doute donc pas que la 2è classe ne renferme des connaissances très précieuses pour l’homme et si je la nomme inférieure, c’est seulement par comparaison à l’objet à l’objet unique de la première car dans la nature tout est grand, utile, majestueux et sublime pour celui qui y cherche avec une intention pure. Mais aussi on y voit plusieurs systèmes très différents qui ont néanmoins beaucoup d’analogie entre eux dans leurs buts ou dans leurs moyens. Je n’entends parler ici que de ceux qui peuvent conduire à quelques connaissances des sciences naturelles, et nullement de ceux qui n’ont aucun rapport direct avec celles-là. Je ne veux même pas faire mention de la science de l’évocation des esprits que quelques-uns, surtout en Allemagne, ont appliquée à la maçonnerie, parce que ce qu’il y a de bon dans cette science appartient à une classe plus élevée et ce qui s’y trouve de mauvais devrait être toujours ignoré ; je ne citerai même que les principaux de ceux qui en ce genre sont venus à ma connaissance.

L’un prétend que la maçonnerie enseigne l’alchimie ou l’art mercuriel de faire la pierre philosophale et voudrait voir les Loges meublées de fourneaux et d’alambics.

 

L’autre, dédaignant l’art mécanique des souffleurs et même l’or qu’ils cherchent avec tant d’ardeur, donnent un sens plus relevé à la science hermétique et paraît employer pour son œuvre d’autres moyens. Il fait espérer qu’en retrouvant la parole perdue que cherchent les maçons, on obtiendra une panacée universelle par laquelle on guérira toutes les maladies humaines et on prolongera la durée ordinaire de la vie.

 

Un autre enfin, prenant un vol encore plus élevé prétend qu’on enseigne aux vrais maçons l’art unique ou la science du grand œuvre par excellence par laquelle selon lui l’homme acquiert la sagesse, opère en lui-même le vrai Christianisme pratiqué dans les premiers siècles de l’ère chrétienne et se régénère corporellement en renaissant par l’eau et par l’esprit selon le conseil qui fut donné à nicodème qui s’en effraya. Celui-ci assurant qu’il connaît la vraie matière de l’œuvre ainsi que les vrais vases, fourneaux et feu de la nature par lesquels il l’opère, assure aussi que par la conjonction du soleil et de la lune et en pratiquant exactement ce qui est indiqué emblématiquement par les trois premiers grades symboliques, il sera produit un enfant philosophique, par les vertus duquel le possesseur prolongera aussi ses jours, guérira les malades et spiritualisera pour ainsi dire son corps, s’il a eu assez de courage et assez de confiance pour aller chercher la vie jusque dans les bras de la mort. Je m’arrêterai là, ces systèmes et surtout les deux derniers embrassent généralement ce que tous les autres n’indiquent que partiellement.

 

Je ne puis savoir encore auxquels de ces systèmes celui du Cher Frère baron Haugwitz  se rapporte le plus. L’explication qu’il donne des mots Jakin et Boaz, et ce qu’il indique relativement aux propriétés du 3è grade paraît assez ce rapporter à ce que je connais des deux derniers que j’ai cités. De plus, il m’est parvenu par diverses voies que sa Loge à Goerlitz en Silésie a pour but spécial la science hermétique, mais je crois devoir suspendre en tout mon jugement jusqu’à ce que j’ai reçu la traduction dont V.A.S. m’annonce qu’il veut bien s’occuper pour moi.

Quoi que je n’aie aucune notion fixe sur les voies par lesquelles ces connaissances aussi anciennes que le monde se trouvent unies au christianisme et ont même été perfectionnées par lui, je ne répugne point d’admettre la possibilité que Saint Jean l’Evangéliste, qui a traité avec tant d’énergie et de sublimité de l’essence du sacré Verbe divin, ait réuni les anciens professeurs des sciences naturelles  et ait perfectionné leurs connaissances par la lumière de l’Evangile, lesquelles sont ainsi parvenues jusqu’à nous ; mais une telle filiation qui ne serait démontrée que par une simple vraisemblance sera-t-elle de grand poids pour ceux qui cherchent la vérité, surtout si on y fait intervenir sans titre réel l’Ordre des Templiers ? Je crois cependant que tout cela pourrait s’arranger assez convenablement si on ne donne que pour vraisemblable ce qui ne pourrait être prouvé, et non comme certain. Tout dépendra donc du genre de preuves ou de probabilité que le cher Frère baron d’Haugwitz serait en état de produire.

 

Mais je pense que le point le plus essentiel dans la conjoncture présente, si on veut établir une fois pour toutes dans le régime une base fixe et invariable, est de ne présenter, en ce moment, de réforme aux maçons qu’un but réel et possible dans son espèce et dont l’effet puisse devenir certain pour ceux qui, ayant été suffisamment préparés et éprouvés, suivront fidèlement les moyens qui seraient indiqués par le système même. Si on ne les nourrissait à l’avenir comme par le passé que de principes vagues de théorie, sans leur garantir la certitude du succès de manière  à ce qu’ils puissent s’attendre à recevoir indubitablement par la pratique même les effets qui leur seraient promis, il est à craindre que, lassés déjà par bien des promesses illusoire que leur fait en général la Maçonnerie, ils ne s’en lassent tout à fait.

 

Le système de l’Ordre des Grands Profès diffère essentiellement des précédents en ce que, ne promettant aucun résultat physique et n’annonçant qu’un but spirituel moral à la portée de tous ceux qui y sont admis, il remplit parfaitement le but. Mais si à ce premier on en joint un autre, ainsi qu’il me paraît possible, qui promette quelques succès physiques dans la science naturelle, avant de l’annoncer on doit, ce me semble, s’être assuré de pouvoir donner au Elus des moyens certains de se procurer la preuve de la vérité.

 

Source : http://www.rite-ecossais-rectifie.org

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