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Hauts Grades

Lettre initiatique 10° degré

2 Avril 2012 , Rédigé par Jean MOURGUES 33° Publié dans #Rites et rituels

On serait le plus souvent heureux de percer les intentions des rédacteurs de rituels. Les notations qu'ils ont adoptées pour les signes, les attouchements, les mots de passe et les mots sacrés, ils ont bien du avoir une intention en les choisissant. En fait, pour qui examine ces fourre-tout, sans mauvaise volonté, la seule réaction possible est : mais qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ?

Après avoir appris, et judicieusement, que le zèle était toujours une disposition redoutable, dans le comportement d'un auxiliaire, on ne cesse de célébrer le zèle des élus. Soit. Mais ces têtes au bout des piques, que l'on place aux portes de la ville ? Faut-il que les révolutionnaires aient à ce point marqué les rédacteurs du rituel qu'ils aient tenus à faire état des têtes tranchées promenées au bout d'une pique.

Au reste, qui ne verrait dans ces grades, des allusions aux conflits sociaux, aux révoltes populaires, à la "Grande Révolution ?"

Sans-doute, tout ceci est plus ou moins voilé par une mythologie Judaïque. D'ailleurs, le cours des figurations rituelles qui d'abord est calqué sur les références au Judaïsme, passera plus tard au christianisme, puis à l'épopée Chevaleresque, pour finir dans une sorte de symbolique gnostique. Comme s'il y avait là une double progression possible, de la vie sociale et du chantier populaire, à la vie de l'esprit et, de l'époque ancestrale de Jérusalem, à la spiritualité moderne.

Mais là n'est pas la question pour le moment.

Ce qui est à remarquer, c'est la décoration rouge et blanche du Temple. Nous sommes dans un tribunal ou le juge est le souverain. (N'oublions pas que le symbole s'applique aussi bien au monarque qu'au peuple.)

Le souverain ordonne la poursuite des meurtriers d'HIRAM. Mais les jugements, quand les deux meurtriers sont extradés à la demande de Salomon sont promptement exécutés, et dans des conditions stupéfiantes.

Ce ne peut être l'intention des auteurs du rituel de montrer de pareils supplices. "On les mit nus, on les attacha à deux poteaux et on leur ouvrit le ventre sur la hauteur et la largeur. On les laissa ainsi pendant huit heures sous un soleil ardent, exposé à la morsure des insectes qui buvaient leur sang, et aux horreurs d'une mort cruelle. Ils proférèrent des cris horribles, l'exécuteur pris de compassion pour leurs souffrances leur trancha la tête." Le plus triste en fait, c'est que de pareils supplices sont pratiqués réellement depuis toujours dans le monde.

Il n'est peut être pas inutile de rappeler aux hommes les cruautés dont ils sont capables. Il n'est pas vain non plus d'évoquer la nécessité pour tout pouvoir de compter sur des auxiliaires susceptibles de leur faire découvrir les éléments hostiles. Le tableau de l'humanité, tel qu'il est présenté, est sans doute plus objectif que la simple et ingénue figuration que les grades des loges bleues nous proposent.

Toutefois, il serait bon que le frère qui étudie ces grades dans la loge de perfection soit à même d'en décrypter l'intention. Or cette intention ne se manifeste pas clairement : Est-ce la justice, ou le châtiment qui sont au cœur de la réaction populaire devant le crime ?

N'oublions pas le supplice de la roue, pour le moindre crime sacrilège ou crapuleux. N'oublions pas, la non proportionnalité des peines aux dommages réels. Il n'y a dans le fait, aucune table de correspondance qui n'ait varié au cours des temps, et les compensations prévues par les coutumes Mérovingiennes ou Franques, ne sont pas les mêmes que celles que nous concevons aujourd'hui comme légitimes. Nous aurions presque tendance à tenir le coupable pour plus à plaindre que la victime, dans la mesure où nous voyons en lui une victime de la vie sociale.

Ces drames rituels nous offrent une occasion sérieuse de nous interroger sur le malentendu permanent qui transparaît dans nos réactions d'individus, et de citoyens.

Dire que les prisonniers sont chargés de chaînes dont les maillons étaient de règle, d'équerre et de maillets, qu'est-ce à dire, sinon que les instruments qui servent à émanciper l'homme des servitudes matérielles les entraînent à subir d'autres formes de servitudes ?

Enfin, comment peut-on à la fois parler de vengeance et de justice ?

Je ne sais s'il est préférable de considérer ces grades comme de pures fantaisies ou si nous ne devons pas les conserver pour prendre la mesure d'une évolution dont nous ne concevons plus la courbe, en raison de notre faculté d'oubli.

Si les rites et les divers grades ne sont pas objets de croyances, mais d'examen, comme je le pense, alors, faisons en sorte que nous sentions la portée des indications qu'ils nous donnent concernant les hommes.

Il arrive trop souvent qu'à deux ou trois mille kilomètres de chez nous, les mœurs en soient encore à cinq cents ans de distance.

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