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Hauts Grades

Lettre initiatique 11° degré

2 Avril 2012 Publié dans #Rites et rituels

L'ambiguïté règne dans toutes les propositions avancées par le rituel des grades non pratiqués. C'est ainsi qu'au 11ème grade, pour former le Grand Chapitre, on tire au sort les participants ce qui est évidemment une façon d'exclure la faveur. Mais que devient le souci de récompenser selon leur mérite ceux qui ont agi avec fidélité, loyauté et prudence. Est-ce que le tirage au sort est un moyen éprouvé de distinguer les meilleurs ?

Car enfin, il suffit de retenir les indications du rite : il faut distinguer les meilleurs pour les charger de gouverner les hommes. Votre royaume sera prospère si vous êtes sage, il sera paisible si vous êtes fort.

Je veux admettre que le choix des meilleurs est souhaitable, encore que la définition du meilleur soit toujours relative.

Mais je me demande alors ce que signifie le tirage au sort.

C'est un fait qu'à Rome on tirait au sort les Provinces. Avec toutefois des corrections opportunes.

On peut admettre également qu'une fois le seuil de compétence minimum atteint, seul le sort puisse décider entre les pairs celui qui est le plus apte.

En réalité, les choix se font toujours selon une double grille, dont chacune d'ailleurs comporte de nombreux paramètres : la première tient aux aptitudes et aux nécessités, la seconde tient aux vertus et aux intentions.

Le choix des hommes est effectivement le plus haut des devoirs de ceux qui exercent l'autorité. Mais la connaissance des lieux et des circonstances impose de telles marges dans l'appréciation de ce qui convient qu'il n'est pas impertinent de procéder par tirage au sort. Les choix soulevant toujours de sérieuses tensions entre les fidèles.

En réalité, le 11ème grade, où le temple est décoré de noir, est un grade de passage. C'est celui de la foi: dans la nuit et l'humilité l'attente d'une récompense, sans doute juste, mais promise par qui ?

Car là est un des grands mystères de la conduite humaine: où l'on se détermine par intérêt, ou par vertu. Mais si l'on sait que les intérêts ne sont pas toujours choses sûres et acquises, qui a dit que la vertu serait récompensée ?

De toute façon, répondent les moralistes, la vertu est à soi sa propre récompense. Oui, mais cela n'est pas dit ici.

Ce beau nom de vertu, comment en définir la portée ?

Le 11èmegrade l'esquisse, cette définition, en faisant du néophyte le modèle de l'homme vrai en toute circonstance, et des Chevaliers élus des hommes fidèles "en toute occasion."

Vrai à l'égard de qui ? De soi ou de sa vocation ?

De la réponse à ces questions dépend la définition de la véracité de l'homme.

Etre soi même en tous lieux, en tous temps n'est-ce pas être fidèle aussi ? Mais à soi.

La vérité et la fidélité à soi, encore faudrait-il savoir ce que cela peut vouloir dire, parce que nous sommes toujours plus ou moins déterminés de l'extérieur.

Nos désirs, nos passions nous assujettissent. La vérité de chacun est faite de son hérédité, de son tempérament, de ses aspirations les plus nobles comme les plus viles.

En somme, être vrai, serait-ce être spontané, naturel, ingénu ? Ou au contraire, faut-il voir dans cette vérité une exigence de transparence à l'égard d'autrui. Etre ce que l'on paraît, ne pas tromper, ne pas dissimuler.

Mais tromper qui, si tant est qu'on ne trompe pas soi ?

Nous sommes si divers et si fragiles au fond dans nos déterminations.

Le véritable homme fidèle, peut-il être fidèle à autrui sans être d'abord fidèle à soi ? Car c'est là la charnière de l'analyse.

Comment peut-on être à la fois fidèle à autrui et vrai. La fidélité à quelque chose d'extérieur à soi n'emporte-t-elle pas la nécessité de se dominer, ou de s'oublier ?

Et la vérité à l'égard de soi, n'emporte-t-elle pas la nécessité de ne pas s'accorder à autrui ? Au risque de paraître infidèle.

Je ne saurais conclure ces remarques que d'une seule façon: on n'est vrai que si l'on est fidèle à soi.

Et c'est en somme la définition de l'homme libre. De celui qui a tué en lui les mauvais compagnons, l'envie qui est tournée vers l'extérieur l'orgueil qui est aussi tourné vers le monde et la volonté de puissance qui s'assouvit dans le monde également.

Détruire le principe de contradiction est peut-être la plus haute tache de la plus haute logique.

NOVALIS

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