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Hauts Grades

Lettre initiatique 12° degré

2 Avril 2012 , Rédigé par Jean MOURGUES 33° Publié dans #Rites et rituels

Le Grade de Grand Maître Architecte paraît bien avoir été, dans les intentions des rédacteurs du rituel, une sorte de couronnement. Si c'est le dernier Grade de la progression centrée autour de la construction du Temple, et du meurtre d'HIRAM ou sur le premier moment de la religion Judaïque symboliquement évoqué en la personne de Salomon, je ne saurais le dire.

Ce qui est évident, c'est que l'instruction rituelle est un récapitulatif des grades depuis celui d'apprenti, c'est qu'il évoque également les moyens des constructeurs, et enfin qu'il culmine par le symbole de la pureté, et par la connaissance.

Les deux aspects du projet de construction du Temple sont successivement évoqués au cours des 12 premiers grades.

La mort d'HIRAM, qui pouvait apparaître comme un achèvement significatif trouve sa vengeance, qui est une sorte de justice primitive, dans les grades d'Élus.

Le sens nécessaire aux pratiques administratives est évoqué dans les grades de Secrétaire intime, et de Prévôt et Juge.

Les principes d'administration des hommes dans ceux de Maître Secret et Maître Parfait.

Mais au 12èmeGrade, nous avons à nouveau la construction du Temple qui se trouve en question.

Sera-ce le Temple de Pierres, qu'avait entrepris HIRAM ou le Temple mystique qui semble suggéré sans formulation bien précise ? On ne peut en décider.

Ce qui est certain c'est que la Science et la volonté c'est-à-dire les deux colonnes sur lesquelles repose le génie humain, sont les éléments de la figuration rituelle. Le Grand Maître architecte a été apprenti, et a balayé la chambre des dessins, délayé l'encre de Chine, et collé les papiers sur les planches. Il sait que les besognes les plus ordinairement méprisées sont les plus nécessaires non seulement au fonctionnement de l'atelier ou du chantier, mais encore à la compréhension, par le futur Architecte de la condition même du travail. Les administrateurs devraient avoir durant de longues années pratiqué les métiers les plus élémentaires pour connaître les conditions même de l'action. Le supérieur repose sur l'inférieur et lui donne sens.

Mais le Grand Maître Architecte ne doit rien ignorer des outils de la connaissance, ni des hommes. Il sait que seul ou en compagnie, il est tributaire du travail des autres, il a des collaborateurs, les éléments qu'il met en Œuvre ont été élaborés par d'autres, et le produit de sa pensée sera matière pour de futurs ouvriers. C'est de simple et pure sagesse sociale.

Ce grade de Grand Maître Architecte révèle le véritable sens du secret. La plupart des esprits superficiels supposent que le secret est un élément matériel, dont la connaissance est détenue par certains, et qui n'est pas communiquée à d'autres.

Cette conception du secret est élémentaire. Elle suppose que le secret est un mot ou une formule dont l'application est aussitôt payante

En réalité, la garantie du Secret n'est pas du tout l'épaisseur d'un coffre, ou la discrétion d'un fidèle, c'est la difficulté de communiquer une connaissance à qui n'a pas fait l'effort suffisant pour en maîtriser les moyens et les données.

Un livre de mathématiques ou de physique n'a de sens que pour celui qui a dans ces sciences pratiqué les éléments. Une formule est inintelligible à qui n'en a pas reconstitué les facteurs.

Le drame de notre siècle, (et peut être de tous les siècles, mais en notre siècle l'attitude de Monsieur je sais tout a été cultivé à l'extrême, et l'opinion des plus ignorants sollicitée complaisamment, le drame de notre siècle, c'est que l'on croit pouvoir tout comprendre et tout savoir par communication immédiate.

Que la vulgarisation suffise à tout, et que les apparences du savoir dispensent de sa vertu profonde, voilà l'antiphrase de tout le projet maçonnique.

Il n'est pas suffisant de dire que cet enseignement de l'apprentissage nécessaire est un devoir de la part des individus conscients de leur vocation civique, il est indispensable que les maîtres de tous ordres en soient convaincus.

Les facilités actuelles pour disposer des résultats trompent les responsables de l'Ordre.

Croyant savoir, alors qu'ils ne font que répéter, ils ne sont pas à même de comprendre les déviations, les erreurs éventuelles et les dysfonctionnements. Ils ignorent les "effets pervers."

A trop se fier à ce qui est établi, on risque de sévères mécomptes. Cette leçon que certains événements actuels (ruptures de barrages, pannes énormes d'électricité, explosions redoutables et imprévisibles) rendent plus que jamais pressante, qui l'écoutera ?

Connaître et transmettre ne peuvent se faire qu'avec le concours du temps et des pratiques convenables.

Quand un homme peut dire : je veux et je construis, il est au sommet de sa vocation. En a-t-il toujours la vertu ?

La plus généreuse des leçons, après la nécessité de l'effort et de l'exercice pour acquérir la connaissance, c'est celle qui tient à la réponse du Grand Empirique, l'expert du Grade.

"Nous ne nous cachons que pour provoquer, par l'attrait du mystère le désir de pénétrer parmi nous."

J'admire quant à moi la dénomination d'Empiriste dans un Grade où les instruments mathématiques et la Science elle-même font l'objet du plus grand intérêt. Je souligne la sagesse d'une conception du savoir qui dépasse la simple connaissance, pour atteindre la CONNAISSANCE. La gnose, dans ce qu'elle apporte d'utile, transpose le savoir à son plus haut niveau, celui de la pénétration, de l'identification, de l'intuition profonde, bref, celui qui est nécessairement acquis par la pratique, éclairée par la théorie, et soutenu par la sagesse, c'est-à-dire, une véritable science, faite de principes mais aussi de théories, de pratiques, mais aussi d'expériences variées, de prudence, et de mesure.

On est parfois enclin à condamner la curiosité puérile. Mais les efforts actuels pour répandre l'instruction prouvent à contrario que l'absence de curiosité est ruineuse pour la science. Le fait de soumettre chacun à une sorte d'obligation provoque des réactions que l'attrait pour ce qui est caché neutraliserait.

Parce qu'on distribue le savoir sur la place publique personne n'en veut, et le savoir se perd. On est plus sûrement caché quand on est au milieu de la foule, qu'isolé dans une immense plaine.

On est plus sûrement méprisant pour les foules quand on distribue le savoir sans mesure ni contrôle, que lorsqu'on donne le désir de l'acquérir en le dissimulant aux yeux du vulgaire.

Cette sagesse, il serait bon que nous la retenions comme la clé même de tout progrès humain.

Elle est celle de la qualité humaine par excellence: la réserve ou la discrétion.

Puissent les frères qui lisent ces lignes découvrir les trésors cachés dans le patrimoine transmis par nos prédécesseurs, et s'inspirer de cette richesse pour se forger une vision plus généreuse des hommes que celle qu'en multiplient les mass médias.

Bien qu'on puisse n'avoir que l'illusion de la liberté, il n'est pas de liberté sans illusion.

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