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Hauts Grades

Lettre initiatique 24°,25°,26°,27°,28° et 29°degré

2 Avril 2012 , Rédigé par Jean MOURGUES Publié dans #Rites et rituels

24ème GRADE : PRINCE DU TABERNACLE.

Le Grade de Prince du Tabernacle, succédant à celui de Chef du Tabernacle n'a pas paru faire double emploi, aux yeux des rédacteurs du Rituel.

Peut-on en comprendre la raison ?

L'initiation au 23èmegrade comporte la présentation d'un squelette comme au 3ème, les tentures symbolisant l'innocence blanche, le sang répandu, rouge-brun la trahison noir semblent bien un rappel en effet du 3ème, Mais les mots de Vengeance, et les autels de l'Holocauste et des Parfums, ainsi que l'Arche et la Gloire du Grand Architecte de l'Univers rappellent les aspects sacrificiels, de la vocation chevaleresque. Seule la notation au rituel de certaines instructions permettent de comprendre l'aspect développé dans le 24èmegrade à partir du 23ème. Il est dit dans ce rituel du 23èmeà la question « Que représente le Tabernacle » : L'Univers.

Ainsi ce recueil de la Loi est en fait le symbole de la Nature.

C'est une façon assez nouvelle de comprendre l'initiation, et cette étrangeté apparaît d'autant mieux que la légende du 24° fait état du travail de l'aspirant au Temple de Salomon.

En réalité, il y a si l'on y réfléchit une sorte de convergence intime entre la légende et l'intention.

BONGARD indique que le 23èmegrade montre que la « société est menacée quand les institutions sont incapables de garantir la liberté, la propriété », et « que ce grade justifie le droit qu'ont les générations nouvelles de réformer les lois des générations qui les ont précédées. »

Mais dit encore BONGARD, il rend « tangible la criminalité du sectarisme, qui fractionne l'humanité au profit d'ombres vaines. »

Je préfère orienter la réflexion à partir de l'indication qui suit « Fidèles adorateurs, étroitement unis dans le cercle de la Loge, les Princes du Tabernacle sont invités à jouir des bienfaits de la nature. »

Cette orientation est confirmée par le catéchisme du grade. « Le mot de passe est le Globe et le triangle », et les connaissances ont été puisées dans le Grand Livre de la Loi Souveraine et immuable.

Ce livre est perpétuellement ouvert aux yeux de l'Univers, écrit en caractères lumineux et ineffaçables, et, ce qui a fait apercevoir ces connaissances, c'est la Beauté, la Stabilité et la Puissance.

En une certaine mesure, j'ai le sentiment que la confusion naît d'une conception ambiguë des rapports de la connaissance « scientifique » et de « l'Ordre social. »

La connaissance du Grand livre de la nature, comment s'obtient-elle ?

Voilà me semble-t-il le thème sous jacent du grade.

J'ai le souci de conjuguer des indications en apparence divergentes et ce souci peut apparaître abusif. En effet, rien ne me dit qu'il n'y a pas juxtaposition fortuite. Toutefois, je propose de retenir d'une part l'adoration (qui ne peut être celle que l'on adresse à des hommes) et l'indication selon laquelle le lévite proposé à l'admission comme Prince du Tabernacle a travaillé deux mille cent quatre vingt cinq jours à OBÉIR, autant à IMITER, et autant à PERFECTIONNER.

Il y a là une méthode qui n'est pas méprisable, une voie d'accès à la connaissance dont les artisans se sont longtemps prévalus.

Mais, en marge de l'activité professionnelle, les jours de repos ouvrent d'autres perspectives. « C'est dans ces périodes (les jours de repos), que je viens offrir le sacrifice de tout autre plaisir » dit le frère secrétaire lors de la clôture des travaux. Et curieusement, la fermeture des travaux présente une longue et inhabituelle interrogation.

L'Ordre de la Nature impose le repos. Si le sommeil fait cesser l'activité qui nous fait mouvoir, ce n'est que pour reposer nos forces et les employer à nouveau au service du Sanctuaire de celui qui les a données.

Enfin, « la dernière heure du dernier jour, celle des sept heures de Vie et de Suavité » indique une préoccupation toute nouvelle.

Nous passons de l'action à la contemplation. Du travail mécanique et productif à la libération par le repos, la fête et le sommeil.

Car il y a des travaux de table qui couronnent les tenues au 23èmeet au 24èmegrade. Travaux de réjouissance et de réfection.

Alors, entre le projet réformiste, signalé dans l'interprétation de BONGARD le souci de pénétrer les lois de la Nature, qui sont celles dont le Tabernacle symbolise la Valeur suprême, et le repos, libérateur et régénérateur, que pouvons-nous établir comme donnée commune ?

Je ne vois guère qu'une sorte d'amplification du précepte: on ne commande à la nature qu'en obéissant à ses lois, qui permette d'établir le rapport, si tant est qu'il faille le faire. Le repos en effet est une des grandes lois de la Nature. Mais encore plus étroitement, notre constitution sociale est fondée sur les rythmes de la nature, les jours, les nuits, les saisons, les lunaisons, bref, sur ce qui est à la fois éternel et éphémère, le temps et ses aspects.

Fondée sur la Justice et la Raison, la Hiérarchie, car c'est là le terme qui désigne la Loge au 23èmeet au 24èmegrade constitue le facteur de la transmission. Ceux qui constituent l'Ordre : hiérarques !


25ème GRADE : CHEVALIER DU SERPENT D'AIRAIN.

Nous sommes, dans le Temple où se réunissent les Chevaliers du Serpent d'Airain, sur le terrain même où la Bible situe la révélation du Buisson Ardent, et l'invention du Serpent d'Airain.

C'est le pied du Mont Sinaï : La cour, dit le rituel d'une montagne figurée dans la loge par un cône tronqué de cinq pieds de haut.

Pourquoi vous êtes vous fait recevoir, dit le demandeur au candidat :

Pour porter, volontairement, le joug de mes frères !

Dans toute la mesure où je peux comprendre les choses, il y a là une proposition bien imprudente. La solidarité est une nécessité plus qu'un choix. La communauté est forte de la vertu de chacun. Il n'est pas sain et il n'est pas utile que quelques-uns se chargent du « joug » de leurs frères. Mais est-ce que cela signifie que les chevaliers du serpent d'airain se fourvoient ?

En réalité, le grade me semble beaucoup plus ouvrir les portes de la pratique médicale, que celles d'un pouvoir d'organisation quelconque.

Le temple, ici n'est plus en cause. Les frères peuvent être blessés.

J'imagine fort bien que le Serpent d'airain soit le symbole d'une pratique que je crois ancienne, selon laquelle on brûlait au fer rouge une plaie venimeuse. Peut-être ce Serpent est-il une figuration de la pratique nécessaire durant les voyages en pays désertiques.

Relier ce symbolisme à celui du prisonnier, délivré de ses chaînes, à celui de la marche serpentine me paraît audacieux. Pourtant, cette liaison a été établie. Faut-il considérer la marche dans le maquis ou le désert comme nécessairement prudente et oscillante. Faut-il voir dans cette procession un symbole de la démarche habituelle des êtres, qui n'avancent qu'en louvoyant ? Faut-il déterminer la voie cognitive à partir de ces ondulations ?

Les chaînes dont nous sommes chargés, sont-elles en rapport avec l'épisode du Serpent d'Airain ou symbolisent-elles simplement les contraintes et les préjugés dont nous devons nous défaire ? Il est vrai que la médecine a eu à lutter contre les superstitions qui entravaient tout progrès. On a longtemps interdit l'examen des cadavres aux chirurgiens, et l'approche du corps du malade, aux médecins.

Dans quelle mesure toute recherche n'est-elle pas entravée par des chaînes. (Craintes inavouées d'une dépossession de la personnalité.) La génétique actuelle pose les mêmes problèmes. Le droit des hommes à la recherche n'est-il pas en opposition avec le droit des hommes à la disposition d'eux-mêmes ?

Le Tau, autour duquel s'enroule le Serpent est un signe familier à ceux qui se souviennent de la forme de la Croix. Et curieusement ou plutôt, logiquement, les lettres, I.N.R.I. sont évoquées au cours de l'instruction rituelle du grade. Nous avons là naturellement un rappel non seulement du 18°, mais une sorte de contrepoint à l'évocation de l'épisode Mosaïque.

Dans une certaine limite, on peut évoquer la complexité et l'ambiguïté du symbole du serpent pour justifier le passage de la Loi de Moïse à celle de Jésus. Avec l'intermède ou l'intervalle Noachite.

La juxtaposition des degrés me semble assez curieusement serpentine. Et peut-être faut-il admettre, comme le font certains interprètes du « Serpent Vert » de GOETHE, que le serpent figure l'humanité en marche.

De fait, les processions ou les caravanes ont certainement été perçues comme serpentines. Il suffit de considérer d'une certaine hauteur l'avance d'une caravane dans une plaine où nulle route ne la guide.

Et les poètes ont volontiers figuré l'humanité en marche par la « caravane. »

Mais est-ce suffisant pour en déduire la morale du grade ? Vertu et courage sont des vecteurs dont on ne perçoit les effets qu'extérieurement. Si c'est la devise des Chevaliers du Serpent d'airain, faut-il traduire qu'elle est celle des guérisseurs, des Restaurateurs, des Mainteneurs, de ceux dont la vocation est de Sauver les Vies ? (Selon l'interprétation donnée par BONGARD.)

De l'arbre de vie, auquel le Tau fait allusion, à la Croix l'aventure humaine se déroule sous la surveillance ou la protection des chevaliers qui ont assumé la mission, et qui ont eu la vocation de guider leurs frères.

Cette mission, et cette vocation conduisant parfois à des aveuglements dont le « Grand INQUISITEUR » de Dostoïevski figure l'archétype.

Qui peut se dire assez fort pour porter le joug de ses frères ? Celui là a bien besoin d'être ramené à l'humilité.

Il faut des chefs ? C'est un problème qui se pose en effet. Et que la progression initiatique nous engage à étudier. Il faut des chefs, et de fait, il y en a. On n'a pas souvent manqué en effet de ces êtres à la fois, ardents et instables, avides et lucides, aventureux et cruels ou indifférents aux souffrances d'autrui, pour assumer les honneurs et les risques.

Ceux qui ont vocation à soigner sont les plus nobles, quoi que non plus exempts d'aveuglement.

Mais comment laisser les hommes à l'abandon quand on a le cœur ardent ?

26ème GRADE : ÉCOSSAIS TRINITAIRE.

Le Prince de Merci est certainement d'une autre qualité que l'Écossais Trinitaire, si l'on veut bien distinguer les titres inspirés par les conventions, ou ceux que l'affectivité suggère. Mais de fait, comment comprendre le mot Merci, et quelle est son origine ?

Il importe à ce sujet que des études très sérieuses soient entreprises. Les travaux de « Sources » sont sans doute les plus immédiatement utiles de ce point de vue encore que les recherches aient pu être faites dans les cahiers de la Quatuor Coronati.

De toute façon on ne peut se contenter d'approximations si l'on veut pénétrer les intentions des rédacteurs du système. Il y a trop de fabulations d’ailleurs la plupart entretenues volontairement par les rédacteurs et leurs successeurs pour brouiller les pistes pour que les maçons modernes n'aient pas comme souci pressant de voir clair dans leur tradition.

On ne peut prendre en compte l'ambiguïté absolue. La tradition se retrouve certes, en raison même des constantes dans les comportements, mais il s'agit en l'espèce non d'un comportement mais d'un vocabulaire, et c'est là ce qui s'occulte le plus rapidement.

Reste que le 26èmegrade est présenté par BONGARD dans des termes d'une portée philosophique remarquable, car il conjugue à la fois le caractère trinitaire des notations, et le caractère traditionnel d'une triple inspiration: religieuse, alchimique et Templière.

J'avoue que les confusions étant communes dans la rédaction des rituels je ne peux prendre ces indications que comme des directions d'études. Toute l'histoire de la pensée se trouve à un moment ou à un autre concourir à l'intelligence d'une forme ou d'un rite.

Il est vrai que le rituel est œuvre humaine, et fait de pièces et de morceaux. Il est sans doute acquis, par tout lecteur sérieux, que l'inspiration de ces rituels n'est pas univoque. Il est même certain que des interpolations ou mêmes des déviations de sens ont enrichi ou rendu confuses les formulations. Reste que nous sommes dans cette ligne d'un syncrétisme pédagogique dont le fruit est difficile à mûrir.

Le Serpent est en rapport ambivalent avec le Ciel. Tout ce qui est Chtonien peut d'une certaine manière se trouver concourir à une hiérophanie.

Les dieux infernaux siègent aussi sur l'Olympe.

Bref, le Serpent est parmi les symboles celui qui offre le plus d'incertitude et de complexité mais aussi le plus de richesse.

Il y a dans le Serpent le mouvement d'élévation (religieux) le signe de la connaissance (alchimique) et le symbole de l'ambivalence.

Je relève sur le rituel les indications significatives.

D'abord les trois couleurs (vert, rouge et blanc), puis les trois épreuves, la vérité voilée, I'indication du Troisième Ciel, le signe d'appel ou de Secours « A moi les enfants de la Vérité. » La voûte impénétrable, la science infuse, le mot signifiant du moins selon l'interprétation donnée « Fais ce que tu voudrais qui te fut fait », enfin, le Palladium.

Que faut-il retenir à mon avis de ces indications. D'abord que le Palladium, et la fameuse Vérité voilée ne font naturellement qu'un. Sans doute est-ce là un rappel à la Sagesse, et à la prudence, dont les notations à propos de la science infuse, et des « enfants de la Vérité » tendraient à faire douter. Mais plus encore, à une référence à la loi, dont les trois formulations successives, celle d'Abraham, celle de Moïse et celle de Jésus ou, celle de Moïse, de Noé, et de Jésus peuvent légitimer le caractère progressif.

Dans quelle mesure le désir de s'instruire, le courage nécessaire, et la confiance en l'action entreprise, fondée sur la conscience et la pureté des principes sont des indications nouvelles, je me le demande ? Tout autant que la nouvelle purification, en haut de l'échelle, Foi, Espérance et Charité.

Tout au plus avons-nous une indication précieuse : Celle des eaux qui ne mouillent pas, où les alchimistes liront volontiers une allusion au Mercure, où les mystiques verront une image de l'esprit Saint qui flotte au-dessus des eaux, ou de Jésus qui marche sur les eaux.

Pour nous, ces eaux sont celles de la pure spéculation, en un sens ou celles de la vanité des choses de ce monde, qui, si nous sommes assez fortifiés dans notre vie intérieure ne nous atteignent pas.

Ce que je remarque, c'est que ces notations doivent être réordonnées pour être comprises, et que finalement ce grade, communiqué seulement ne peut porter les enseignements dont il est riche qu'à travers une sérieuse analyse, et pas du tout d'après une simple communication.

Après tout, s'il me fallait choisir, je retiendrais la Vérité voilée, et les eaux qui ne mouillent pas, comme peut-être le symbolisme de la Loi, selon la triple Alliance.

Nous allons de signes en symboles, vers une complexité bien digne de la vérité inaccessible telle qu'elle nous est suggérée par l'expérience d'une vie. La symbolique de l'eau, des rêves, de la mer originelle, des fantasmes dont Jung et Freud pourraient nous restituer l'origine, fournit certainement une donnée précieuse, et en contrepoint avec ce rappel à l'intelligence et à la Puissance composées dans l'Harmonie du monde.


27ème GRADE : GRAND COMMANDEUR DU TEMPLE.

Ce Grade est tout autant que le précédent un Grade composite, et il est lassant de revenir sur les mêmes observations. On comprend qu'il soit tombé en désuétude et seulement attribué par communication.

Succédant aux indications trinitaires du précédent, il semble introduire le nombre cinq, par les cinq lumières et les cinq qualités auxquelles il est fait référence.

Le thème est la délivrance et le dépouillement. La liberté et l'ascèse ou la pureté. Les qualités requises sont l'Humilité, la Tempérance, la Chasteté, la Générosité et l'Honneur.

On pourrait discuter de la cohérence d'une pareille suite, opposer la possible analogie entre Tempérance et Chasteté, la possible opposition, entre Tempérance et Générosité, et la radicale antinomie entre humilité et le sentiment de l'honneur. A quoi bon ! Il faut nous résoudre à puiser dans le coffre ainsi découvert, qui, dans le grenier, peut encore nous révéler des trésors, mais dans lequel nous trouvons le plus souvent des oripeaux défraîchis.

Non pas que les lieux communs de la morale soient méprisables, mais parce qu'à les répéter, on les affaiblit.

Le Grand Commandeur, qui est introduit dans le Temple (La loge s'appelle ici la Cour.) est sans-doute voué à l'humilité, mais on lui fait dire: on m'a transporté de l'Occident à l'Orient pour m'apprendre en m'élevant au dessus des autres que tout me serait soumis à l'avenir.

Et encore, on me met une couronne de laurier, pour m'apprendre que c'est pour parvenir au faite de la grandeur et de la gloire, et que mes actions ont mérité d'être couronnées par le symbole de l'hermine.

Sans doute le rappel des lettres symboliques du Crucifié, I.N.R.I. est-il apparu comme une nécessité, de même que l'allusion à la clé, car si l'on n'a pas la clé de ces formulations, on peut tomber dans la pire des attitudes celle de la suffisance fausse et aveugle.

D'ailleurs, ce sont des formules de cet ordre qui ont donné lieu à tant de méprises de la part des profanes, et il ne faut pas toujours accuser la malveillance quand on se laisse aller à de telles audaces.

En réalité, le sentiment de la Gloire et de la Souveraineté est lié, ici, à l'épreuve symbolique de Jésus tenté par le diable. La seule Gloire, et la seule Souveraineté que nous puissions acquérir en ce monde, ce sont l'acceptation de notre condition mortelle, et c'est le sentiment du sacrifice nécessaire.

Servir la liberté, instruire l'humanité, venir en aide à ceux qui en ont besoin, voilà notre seule ambition de maçon.


28ème GRADE : CHEVALIER DU SOLEIL.

Avec le Grade de Chevalier du Soleil nous revenons à une conception mieux élaborée de l'enseignement traditionnel, et si les titres, ou mêmes les pratiques anciennes évoquent le « Prince adepte », le Chevalier adepte ou Chérubin, le Sublime élu de la Vérité, du moins les thèmes semblent mieux coordonnés que dans les grades précédents, et la pensée plus simple et plus riche à la fois.

Il y a au fond au cours de l'Initiation à ce Grade une perpétuelle utilisation de la conception Platonicienne, selon laquelle la Vérité et l'Intelligibilité sont liées.

Une transposition de la théophanie solaire au plan de la raison et de l'analyse de la relation entre l'homme et le cosmos paraît inspirer la démarche. Et les allusions à l'Hermétisme, à la Gnose, au Culte de Mithra, peuvent sans doute constituer un fonds consistant. Mais en fait, il est sans doute naïf de croire que nos ancêtres n'étaient pas sensibles à la Gloire solaire.

Du reste, il faudrait reprendre l'étude des croyances chères à l'empereur Julien, dit l'Apostat pour mesurer une des dimensions religieuses de la culture antique. L'occultation chrétienne, même si elle laisse filtrer quelques vagues clartés n'est pas un service rendu à la civilisation, quand elle détourne de l'examen des sources païennes.

On entend d'ailleurs, dans ces rituels assimiler la toute puissance du Soleil à une présence divine. Et si l'on dit ce grade philosophique, il peut aussi à bon droit s'appeler déiste.

Ce qu'il faut retenir me semble-t-il à ce niveau de l'initiation, c'est l'introduction des notions d'analogies et de contraires. C'est surtout la conception de la transmutation, et enfin, la force de l'intelligence et de l'amour.

Car on conçoit souvent l'amour comme pacifique et doux, alors qu'il est une force terrible, dont après tout, la violence est analogue à celle des éléments. La vie sur la terre se propage par la force irrésistible de l'amour.

Et si, I'intelligence est donnée comme un moyen de connaître, qui conduit jusqu'à la rigueur logique, et en opposition avec l'amour, il n'est pas certain que les termes ne doivent pas être renversés, tant l'intelligence peut se rapprocher de la Charité, et l'Amour de la Force aveugle.

C'est l'ambivalence des indications qui ouvre l'esprit philosophique, et cette ambivalence paraît au cours de l'enseignement de ce grade.

Science, Sagesse, Sainteté, ainsi interprète-t-on les trois S.S.S. figurant dans le triangle lumineux. Sans doute est-ce un jeu de positions que l'on peut poursuivre à la manière du rituel: la sagesse et la science rendent l'homme Saint. Mais est-ce autre chose qu'un jeu de mot sans justification véritable.

Qu'est-ce en effet que la Science Connaissance ou pouvoir ? et la Sainteté ? Faut-il s'attacher au sens religieux universel ou conserver à ce mot sa valeur chrétienne. Quant à la Sagesse, n'est-elle pas parfois de refuser une science dangereuse, et d'écarter la rigueur de la sainteté ?

Je préfère suivre avec simplicité les indications du rituel. Les Chevaliers du Soleil se réunissent à douze, les Chevaliers adeptes, au nombre de sept. Leur réunion dans un lieu sans décoration particulière inspire l'idée d'un contact direct avec le milieu naturel. Il ne peut guère en être autrement quand on se réfère au culte solaire. Encore que le soleil puisse dévorer de sa flamme.

Et c'est sans doute pourquoi ce grade introduit les notions d'harmonie universelle et d'analogie des contraires.

Mais si nous prenons les réponses aux tuilages, elles se conjuguent curieusement pour nous introduire au niveau de la spéculation. Il s'agit de communiquer les Sept Grandes vérités. Certaines sont évidemment choquantes pour les maçons Athées: I'existence d'un Dieu inaccessible, innommable, incompréhensible. Ce qui au demeurant peut se réduire à la constatation de l'existence, sans autre précision.

Mais encore, que la Vie humaine n'est qu'un point dans le centre de l'éternité, que l'harmonie universelle provient de l'équilibre qui découle de l'analogie des contraires, que l'absolu est la raison existante par elle-même, que le Visible n'est que la manifestation de l'invisible, que le mal et la misère sont nécessaires à l'harmonie universelle, et enfin que l'analogie est l'unique clé de la Nature, voilà bien des affirmations qui sont d'allure dogmatique, et n'ont de sens que pour ceux qui les ont découvertes par eux-mêmes.

Peut-être est-il plus sage de les indiquer en les rapprochant des devoirs de la vie tranquille donnés par d'autres rituels: amour fraternel pour tous les hommes, éclairer nos semblables, abandonner sans ressentiment ceux qui persistent à rester dans l'ignorance, ne rien faire, dont nous dussions nous repentir, considérer qu'il n'y a pas de plus grand plaisir qu'à faire du bien et à éviter le mal.

On voit que le moralisme coule à pleins bords, et que le philosophe aurait fort à faire pour justifier les prescriptions morales et les analyses ontologiques. L'harmonie si elle est l'équilibre résulte d'une équivalence du bien et du mal, et si l'on fait le bien par plaisir, la morale est sans doute bien équivoque, car le plaisir l'emportera-t-il jamais pour justifier l'acte sur la science ou le devoir ?


29ème GRADE : GRAND ÉCOSSAIS DE SAINT-ANDRÉ.

Je n'ai jamais pour ma part compris le simulacre d'initiation rituelle par lequel on procède à la réception au 29° avant la réception au grade de Kadosh.

Je me suis toujours demandé en effet ce que pouvait apporter cette ouverture à un grade dont on ne précisait guère la portée. Or cette portée est considérable si on la prend à la lettre car elle est en fait l'esquisse d'une nouvelle initiation.

La tenture rouge, le rouge et l'or, le bleu des sièges, le titre de Grande Loge sont là pour souligner qu'il s'agit d'une étape à prendre en considération.

Mais de plus les signes de la Terre, de l'Eau, du Feu, de l'Air et du Soleil (Il y a sept signes en tout, dont un d'étonnement et d'horreur.) rappellent l'initiation au grade d'apprenti. En fait, c'est un retour en spirale sur le premier grade mais à un niveau de considérations plus élevées.

Les allusions aux doctrines passées n'ont d'intérêt que de façon très relative. Ce sont des rappels, ce ne sont sûrement pas des transmissions directes et fidèlement assumées.

Le grade a été composé et les ressourcements ont participé à sa richesse.

C'est un Grade, qui, au cours des temps a dû servir de couronnement à la succession des grades écossais.

Au demeurant, les enseignements en sont raisonnables.

L'homme le plus sage peut errer, dit le rituel, mais il doit avoir la force de se corriger.

C'est de bonne pratique éducative.

Le problème de l'admission des femmes est traité de façon brutale: les femmes ne sont pas admises dans nos loges parce qu'elles n'ont jamais travaillé aux édifices, et que leur caractère indiscret doit être pour nous un juste sujet de crainte.

Il y a là un aveu, qui peut choquer, mais qui révèle, s'il était besoin de le signifier que les hommes se méfient de l'emprise exercée par les femmes et qu'ils ont besoin de se retrouver entre eux. Cette réaction peut à bon droit être tenue pour une preuve de faiblesse. Elle ne peut en aucun cas passer pour un manque de prudence.

Au reste, l'Ecossais est reçu la « corde au cou » est-ce pour lui signifier qu'il ne peut rien attendre de l'avenir ou qu'il ne pèse pas lourd entre les mains de ceux qui détiennent les pouvoirs ?

Car le combat des Chevaliers du Temple, les missions des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem se conjuguent pour écarter l'infidèle et le lâche.

De toute façon, alors que le tuileur indique sept signes l'interrogatoire n'en donne que quatre, qui représentent: les peines de ce monde pour la Terre, la pureté du cœur, pour le Feu, la purification des mœurs pour l'Eau, et la droiture du Cœur pour l'Air.

Plus j'avance dans l'examen de ces degrés de l'Ecossisme, plus je me dis qu'il est parfaitement inutile de conserver ces formulations dont seules les contradictions peuvent intéresser les curieux.

Si un grade n'apporte rien, s'il n'est pas une étape, s'il ne fait que répéter et rendre confuse une figuration dont la grandeur serait à la fois la profondeur et la simplicité, il importe de réagir et de passer au-delà de la prudence conservatrice, et d'opérer non seulement une occultation, mais un réaménagement complet.

Ce qui doit manquer, ce sont les hommes, et le courage de prendre une décision. On se dit qu'après tout, cette accumulation de bonnes paroles ne dérange personne puisque de toute façon on ne pratique pas ces grades sans doute. Reste que l'étude en est souhaitable, ne serait-ce que pour comprendre comment de couche en couche, I'accumulation de modifications et de retouche peut rendre absolument sans portée une donnée nécessaire.

Le formulaire que j'ai sous les yeux, différent de celui dont je me suis servi dans le commentaire précédent souligne que le Grand Ecossais connaît ses quatre devoirs: Vénérer la raison pure, servir la Vérité, protéger la Vertu, combattre pour le Droit.

Cela n'engage à rien, cela peut ressembler étrangement à du dogmatisme, dans la mesure où nous avons là des formules sans réelle portée.

Il importe naturellement que nous sachions que d'autres Croix que celle du Christianisme sont en usage. Il importe aussi que nous sachions reconnaître les diverses religions pratiquées dans le monde.

Il importe à l'esprit de charité que nous essayions de comprendre en quoi et pour quoi les liturgies et les interprétations théologiques ont contribué à enrichir la réflexion et à parfaire les connaissances humaines.

Il est essentiel certes que nous comprenions comment la lumière se fait lorsque peu à peu l'esprit ou la raison dissipent le chaos. Une grande pénétration inspire l'utilisation de la formule: au commencement était l'énergie, comme traduction de l'Evangile selon Saint Jean. La force que chacun porte en soi, la foi en somme est le moyen par lequel nous allons à la découverte de nous-mêmes et du monde.

Que nous soyons le témoin de la Lumière, que nous établissions un certain ordre, que nous retenions comme important le passage de la Loi du Père à l'Amour du fils, et à la Connaissance de l'esprit, cela ne manque pas d'intérêt. Mais cela pouvait parfaitement être compris à travers le symbolisme du 1erGrade, s'il n'était pas limité sottement.

La progressivité initiatique est un faible argument pour justifier une formulation étroite.


 

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