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Hauts Grades

Lettre initiatique 30°degré

2 Avril 2012 , Rédigé par Jean MOURGUES 33° Publié dans #Rites et rituels

30ème GRADE : GRAND ÉLU CHEVALIER KADOSH.

Encore une fois le candidat à l'admission au 30ème degré s'entendra dire qu'il a atteint le Nec Plus ultra de l'initiation, et encore une fois, il constatera que c'est faux, et il lui faudra du temps pour comprendre que l'initiation est un processus toujours ouvert sur l'infini.

On passe de chambre vide en chambre vide, en poussant des portes plus ou moins bien closes pour s'apercevoir que l'on n'a plus rien à apprendre parce que tout ce qui était à apprendre a toujours été connu des hommes, et incapable de comprendre comment on ne l'a pas compris plus tôt.

La philosophie a ceci de remarquable qu'elle est l'art de s'interroger sur des évidences qui ne soulèvent pas de question. L'initiation achevée, si tant est qu'elle puisse l'être est l'art de ne plus se poser de question sur des mystères qui en soulèvent à l'infini.

Bien sûr il y a là une plaisanterie, mais après tout, les paradoxes sont bien utiles parfois pour stimuler l'attention. Et l'attention ici sur quoi porte-t-elle ?

Sur le fait que les enseignements du Kadosh sont ceux qui courent les rues : on ne se bat vraiment pour la paix et la liberté qu'en déposant les armes avilissantes, asservissantes, qu'en renonçant à la vengeance, qu'en agissant avec prudence, indulgence, amour, et qu'en essayant de ne contribuer ni aux conflits, ni aux oppressions, ni aux folies glorieuses.

Après dix ou douze années passées à fréquenter les loges de l'ordre, le franc-maçon devrait connaître le secret maçonnique s'il y en avait un. Il n'en est rien. Le secret n'existe pas, du moins dans les enseignements donnés. Il est en fait tout entier dans les fonctions assumées par l'ordre dans la cité. En ce sens, le secret c'est l'action telle qu'elle est conçue d'après le rituel des Kadosh.

Savoir, comprendre, agir, disent les uns, Fais ce que dois, advienne que pourra disent les autres ? Soit, il y a là une tension de l'esprit et une volonté d'agir qui dépasse toutes les formules morales, et qui situe l'action au plus haut niveau celui de la nécessité. Or, cette action n'est et ne peut être définie qu'en fonction d'une situation donnée.

L'évocation, dans le cours de l'initiation, des Chevaliers du Temple ou de l'Ordre Teutonique, les qualifications de Grands Juges, la détention du poignard, en tout état de cause signifient que la vie est un combat, et le Kadosh identifie ce combat avec la quête de la lumière.

On peut à bon droit se demander si les épreuves prétendues, celles qui faisaient du grade de Kadosh un grade de vengeance n'ont pas été plus ou moins l'occasion d'opérations très orientées. Les origines du grade sont troubles, et si la philosophie en est aujourd'hui épurée, il faut considérer combien difficile est la tâche du maçon qui doit tenir l'Ordre à l'écart de toute entreprise de caractère profane.

La difficulté quand on parle d'action, c'est qu'aussitôt le profane qui sommeille en tout maçon envisage le service d'une cause.

J'ai mis longtemps à comprendre pourquoi l'Église prenait toujours le parti du fort et bénissait les faibles, et je crois avoir compris qu'il faut toujours accepter les choses telles qu'elles sont quand on prétend à la sainteté.

La bénédiction donnée aux troupes de chaque camp, la célébration des Te deum pour la victoire, quel que soit le camp qui triomphe, voilà des indications qu'il serait bon de méditer.

Ce qui est en fait au cœur de la progression initiatique nous le savons, c'est l'épreuve, c'est le combat. Mais la nature du combat, mais les modalités de l'épreuve importent peu ou même pas du tout. On s'aperçoit que ceux qui ont servi dans des camps opposés se ressemblent à la fin des combats.

On constate que la lutte engendre la reconnaissance en chacun des combattants des vertus potentielles. On découvre que la vie est conflit et que la paix à laquelle on aspire, ce n'est pas celle de l'absolue inertie mais c'est celle qui s'élève au cœur de la tempête.

Il y a une nécessité pour accéder au plus haut degré de conscience, c'est de cultiver les aptitudes et les dons que la nature nous a partagés.

La simple loi de l'action et de la réaction témoigne de la constance de la démarche dans le sens d'une domination successivement progressive des situations conflictuelles. D'abord le chaos, d'où peu à peu l'on se sépare par l'activité sensorielle, puis par l'activité intellectuelle, ensuite par l'ordonnancement des connaissances, et enfin par la sagesse, mais ce n'est qu'une ascension. Il nous faudra redescendre. Le maçon ne se perd nullement dans une contemplation qui le ravit au monde. Il vit dans le monde et le porte comme Atlas sur ses épaules.

Faut-il interroger ? Quelle Lumière demande-t-on au Kadosh, et on lui fait répondre, celle de la Liberté. Mais la liberté est en nous, et c'est de notre lumière intérieure qu'il est toujours question. C'est notre jugement qui fait de nous des hommes. Et notre jugement, relatif dans ses attendus, partial dans ses conclusions est souverain en soi dans sa liberté.

Le grade de Kadosh est un grade d'enseignement moral, mais c'est aussi un grade de caractère politique, et de portée initiatique considérable.

Dans le rythme des jours et des nuits, le sage considère les modalités de l'apparence. Tout ce qui est croit et décroît, monte et descend, se développe et périclite, et les apparences se succèdent qui manifestent une même réalité.

Dans la Lumière, le philosophe reconnaît la conscience, mais trouve les limites de la connaissance.

Par la volonté de vivre en accord avec la Vérité, le Kadosh se situe dans l'ordre des chercheurs.

Par la certitude de la découverte progressive, mais jamais achevée le véritable initié assure sa foi dans la vie.

Enfin, dans l'acte quotidien et l'accomplissement du devoir, le citoyen accomplit sa destinée terrestre et fraternelle.

Ce qui est remarquable, c'est que le grade de Kadosh fasse appel d'une façon d'ailleurs très diversifiée, à l'échelle, qui est depuis longtemps le symbole initiatique par excellence. Mais ce ne sont pas les étapes franchies qui caractérisent l'initiation du Kadosh, mais le fait que ces étapes sont successivement montantes et descendantes.

L'échelle de Jacob conduit aux cieux. L'échelle du Maçon ramène sur la terre. Le maçon n'ignore pas les cieux, mais il revient auprès de ses frères, et d'ailleurs est-il jamais autre chose que l'ignorant, le faible, I'orgueilleux, le fanatique, le cruel qu'il doit combattre.

La leçon initiatique du 30ème grade est en définitive la véritable leçon de sagesse. Si haut que nous puissions aller dans le domaine de la connaissance ou de la création ou de l'amour, il nous faut toujours revenir aux vérités élémentaires.

La plus grande des découvertes qu'un homme puisse faire, c'est que toute la sagesse du monde est à la portée du premier venu, qui consent à écouter et à essayer de comprendre ce qui a toujours été dit par les sages de tous les temps.

Modérer les passions, apaiser les conflits, travailler à éclairer les esprits, et ne prétendre à rien.

Disponible et sans préjugé, voilà le sage au service de l'homme. Mais prudent et réservé dans l'exercice de ses vertus, mesuré et discret dans ses rapports avec les hommes, et libre intérieurement.

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