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Hauts Grades

Lettre initiatique 31°,32° et 33° degré

2 Avril 2012 , Rédigé par Jean MOURGUES 33° Publié dans #Rites et rituels

31ème GRADE : GRAND INSPECTEUR INQUISITEUR COMMANDEUR.

On dit administratifs les grades blancs. C'est sans doute par antinomie, car en fait d'administration, ce ne sont pas les 31° qui assument le travail mais les Kadosh et le Suprême Conseil pour ce qui est des formulaires, et des propositions.

Toutefois, les grades blancs ont une vocation plus délicate. Ils sont les juges. Et des juges qui ne prononcent aucune sentence mais qui en leur âme et conscience reconnaissent leurs frères parmi les maçons.

Les idées des frères reçus apprentis sont mal préparées à cette relation entre les maçons. Non qu'ils se trouvent surpris par la discrétion de certains anciens, mais parce qu'on leur fait croire que les promotions et les grades s'obtiennent par un vote, où le mot démocratie qui leur est répété a un sens que les maçons des hauts grades ne confirment pas.

La démocratie des hauts grades est celle de la pairie. Tous égaux parce que tous libres. Mais quel est le maçon qui est vraiment libre ?

Je considérais volontiers l'échelle initiatique formelle de ce R\E\A\A\ comme faisant succéder aux opératifs, les défenseurs, et aux défenseurs les sages, ou bien si l'on préfère, les maçons actifs, les chevaliers protecteurs, et les directeurs des travaux.

Bref, je pensais que la fameuse hiérarchie dont les loges bleues ne pratique guère la sélection, se formalisait dans les séries de trois grades triples, apprenti, compagnon et maître, Maître secret, Chevalier Rose Croix, et Chevalier Kadosh, 31°, 32° et 33°.

C'était une vue un peu schématique, mais je ne la condamne pas car elle pourrait inspirer une refonte du rite, en assurant les enseignements intermédiaires, autant que possible sans omission, mais en écartant les redondances ou les redites.

En fait, tout se passe comme si les grades blancs avaient pour mission de représenter la conscience de l'Ordre. Non pas qu'ils soient plus représentatifs que les maçons de loges bleues, mais parce que naturellement mieux éclairés en raison de leur ancienneté dans l'ordre, et de la distance prise du fait de leur âge, avec les événements.

C'est sans doute une faute, de la part des maçons anciens, de négliger la raison d'être de leur élévation. Elle ne leur confère pas d'autorité mais elle devrait confirmer celle qu'ils ont acquise en matière de connaissance et de pratique maçonnique.

La Franc-Maçonnerie ne peut dévier de sa vocation sans tomber dans des pratiques déjà connues, et sans se réduire à des formes sans intérêt particulier. Cela, les nouveaux Inspecteurs Inquisiteurs Commandeurs devraient en prendre conscience.

La grande idée du Grade de Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur semble bien être le passage nécessaire de la Loi au jugement de la conscience éclairée, de la Loi à l'Equité.

Pourquoi faut-il que ce grade soit soumis au ridicule d'un tel titre. Il faudrait sans doute que les maçons prennent conscience de la portée purement figurative de ces titres, et qu'ils n'en déduisent rien que de symbolique.

Comment admettre que le terme d'inquisiteur, qui double d'une certaine façon celui d'inspecteur, se trouve associé au terme de Commandeur sans que soient soulevées quelques réactions plus ou moins spirituelles ou ironiques.

L'inquisition a laissé de tragiques souvenirs. Mais elle n'est assurément pas une institution pire que les Gestapo, Guépéou ou Polices secrètes des chefs d'Etat tyranniques de part le monde.

Etre inspecteur peut mieux s'accepter, à la condition qu'on ne fasse pas de la liberté la rengaine des enseignements maçonniques.

Quant au titre de Commandeur, il est assurément lourd de majesté mais dans les faits, parfaitement dépourvu de signification, car le commandeur ne commande rien.

Le titre de Grand, nous le savons, n'est ni un qualificatif, ni un symbole, il désigne seulement une fonction plus générale dans son domaine que celle qui est assumée par ceux qui ne sont pas « Grands. »

Reste le véritable fond de l'enseignement : La Loi, qui dans la figuration symbolique a connu trois formulations successives : Abraham, Moïse, Jésus, ou Moïse, Noé, Jésus, et qui, en pratique a suivi d'autres modifications selon que les usages et les références se manifestèrent en fonction des pouvoirs reconnus.

Et l'Equité, qui est l'expression du Jugement des hommes, qui est la Conscience faite juge, et qui est proprement l'Esprit des Lois. Qui évolue aussi, mais qui donne à la Lettre de la Loi sa portée humaine et à l'homme sa grandeur.

La loi est une formulation relative aux temps et aux lieux. Elle traduit les valeurs admises, sans considération de circonstances adjacentes et la personne humaine y est tenue pour une abstraction, même si elle n'y est pas soumise à des considérations égalitaires.

Car l'Equité, c'est précisément l'expression de la volonté égalitaire, prenant la mesure des inégalités naturelles. C'est l'homme corrigeant les apparences pour adapter les jugements aux Lois aveugles et systématiques.

Les enseignements quotidiens ne tiennent en général pas compte des nécessités de l'Ordre. Ils suivent les humeurs, ils épousent les réactions spontanées, ils s'appuient sur des exemples toujours sollicités, c'est-à-dire interprétés.

On peut dire d'une façon générale que nul texte n'est assez précis, assez souple, assez riche pour prévoir toutes les situations et rendre compte de toutes les démarches. D'où la nécessité, pour la justice, de se traduire par une confrontation contradictoire, et par une jurisprudence éclairante quand elle entend prononcer une peine particulière.

Qu'est-ce qui est Juste? Est-ce ce que la Loi prescrit ?

Nous savons bien que ce qui est prescrit ici et aujourd'hui peut être discuté et infirmé, ici et demain ou ailleurs aujourd'hui.

Le sentiment de la Justice est un fait, la formulation de la Justice en est un autre, I'application des Lois est encore une autre chose.

Et nous savons tous que les mêmes exigences légales peuvent se traduire de façons différentes selon les hommes qui instrumentent.

Ce que l'on ne formule pas toujours clairement c'est l'évidence selon laquelle la justice naît des injustices ressenties, et reconnues.

La Justice est un produit: I'effet des jugements des hommes appliqués à l'exécution de la Loi.

Si par exemple une peine n'est jamais appliquée, c'est comme si elle n'avait plus de justification dans l'esprit des juges.

L'opinion est au cœur même des sentiments du juste et de l'injuste. Ce ne sont pas les Lois qui disent ce qui est Juste, c'est le sentiment des juges qui forge les Lois.

Et ces juges ne sont pas comme on peut le penser, du moins ne sont pas toujours, et même rarement, les magistrats, mais les citoyens ou les souverains interprétant les convenances.

L'Equité, traduit souvent mieux que la rigueur littérale cette volonté souveraine de la conscience humaine.

Mais il faut admettre d'une part que la Loi écrite est une référence nécessaire, et que la conscience humaine ne prend en compte les souffrances morales et psychiques qu'avec prudence et lenteur.

L'enseignement du Grade est beau en ce sens qu'il souligne bien que le Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur n'applique pas de peines.

Il ne prononce pas de jugement sans considérer l'envers et l'endroit, le haut et le bas, et l'évolution nécessaire, fidèle expression de la Vie.

32ème GRADE : PRINCE DU ROYAL SECRET.

Dans certaines juridictions américaines la carrière maçonnique véritable commence au 32ème Degré. Dans le cours de la progression initiatique, le 32èmegrade est le grade de la convergence.

L'image de l'arc en ciel définit très heureusement la nécessaire conjonction de toutes les vérités pour constituer la Vertu par excellence, la Lumière de l'humanité, et cette conjonction n'est naturellement possible que si notre Amour dépasse les frontières, s'élève au-dessus des apparences contradictoires, et se manifeste en dépit des affrontements.

Il serait vain de considérer que la lutte n'est pas nécessaire. Elle l'est contre nos passions aveugles, elle l'est contre les contraintes asservissantes, elle l'est contre les tyrans et les fanatiques, elle l'est pour simplement permettre à chacun de nous d'être lui-même.

Nous avons chacun à livrer notre combat là où nous sommes situés par la naissance, par les circonstances de la vie et par les engagements que nous avons cru devoir prendre.

Mais dans quelque camp que nous ayons exercé nos forces, et ayons pratiqué nos talents, nous avons à nous joindre à ceux qui ont travaillé comme nous pour constituer l'immense cohorte des troupes de la Vie, qui, incessamment mènent le combat contre les forces d'inertie, de destruction et de mort.

Il y a une solidarité entre ceux qui vivent. Cette solidarité est un fait. Et s'il n'apparaît pas dans le cours ordinaire des jours, c'est que notre regard ne sait pas s'élever au-delà des aspects superficiels de la manifestation.

Les réunions des Consistoires devraient rassembler tous les frères qui, selon leurs obédiences et leur engagement originel, ont entrepris la conquête de leur royaume, et ont assumé, selon les forces acquises par la conscience intime de leur Equité, les idéaux de l'humanité tout entière.

Ces assemblées, qui devraient rapprocher les frères, sans préjugés et sans contraintes serviles, c'est-à-dire sans soucis de compromettre leurs intérêts temporels, devraient offrir l'exemple de la plus parfaite disponibilité de leurs membres, et de la plus entière reconnaissance de la liberté.

Tous ceux jugés dignes dans leurs camps d'accéder au Secret Royal devraient pourvoir figurer sous leurs bannières, pour vouer leur service à cette vertu plus haute qui est l'Humanité.

Ils devraient illustrer un Art de Vivre maçonnique, qui loin d'être seulement cet Art de mourir dont les philosophes se font gloire, est une lumière apportée à tous, sans distinction, comme symbole de la lumière intérieure qui illumine chacune des consciences humaines.


33ème GRADE : SOUVERAIN GRAND INSPECTEUR GÉNÉRAL.

Le Grade de 33° est symboliquement le couronnement d'une démarche qui devrait conduire du chaos à la lumière révélatrice les aspirants à la Connaissance.

Il y a dans le propos de ce grade une profonde détermination: la communication formelle de l'incapacité où les hommes se trouvent de parvenir, jamais, à la Souveraine Puissance, à la Connaissance Absolue, à la Véritable Sagesse.

L'échelle est montée, mais aussi redescendue. La récapitulation des étapes lors des rites d'accession au dernier grade est une façon de renouer avec une évolution dépassée, mais c'est également un retour aux origines. C'est la figuration des retours au début que l'on pratique dans le jeu de l'oie, dont la fonction est d'ailleurs du même ordre quoi que sur d'autres bases que la démarche initiatique de la Franc-Maçonnerie.

La vertu par excellence c'est l'humilité. Mais il ne saurait être question de tenir cette vertu comme qualifiant l'absence de tout discernement, ni le refus de servir. C'est très exactement le sentiment que rien ne peut être fait de grand par l'homme s'il ne parvient pas à s'oublier après avoir acquis la maîtrise de ses moyens physiques et intellectuels, afin de se mettre entièrement au service des hommes.

On n'est un grand exécutant que si l'on a entièrement oublié les moyens pour la reproduction fidèle de l'œuvre. On n'est un ouvrier digne de ce nom que si l'on met au service de son travail toutes les aptitudes dont on est doté. On n'est un homme que si l'on prend place parmi les hommes sans prétention à les dominer, à les diriger, à les utiliser, mais seulement si l'on est entièrement à leur service.

Ce qui signifie d'une part que l'on est assez fort pour affronter les épreuves de la vie, assez lucide pour discerner les pièges tendus par les circonstances et les passions humaines, assez humble pour persévérer sans prétendre à autre chose qu'au sentiment du devoir accompli, c'est-à-dire à la paix avec soi-même.

La démarche initiatique n'est pas quoi qu'on puisse le prétendre par analogie avec les religions, une démarche illuminative qui ravisse le fidèle et le conduise au ciel. Toutes les civilisations ont eu des drogues pour remplir cette fonction en l'absence de véritable inspiration.

La démarche maçonnique est une lente conquête de la lucidité et une prise de conscience de notre condition. L'homme n'est qu'une parcelle infime de l'immense existence, et son intelligence ne peut saisir qu'une part infime des rapports entre les manifestations. Mais sa raison, et son intuition lui ouvrent le champ de l'univers. Sa liberté c'est la Connaissance et sa Vérité, I'amour de l'humanité.

Situer l'action d'un maçon du 33ème grade ce n'est pas définir une vocation, c'est observer une liberté.

La plupart des individus engagés dans les appareils institutionnels se trouvent un jour ou l'autre confrontés entre le devoir de servir l'organisation, et celui de répondre aux exigences de leur conscience.

Il est heureux que les membres du Suprême Conseil n'aient pas à se poser ce dilemme précisément parce qu'ils ne sont pas les administrateurs de l'appareil, ni les responsables de l'institution dans son apparence formelle.

Parce qu'ils sont retournés au bas de l'échelle, et parce qu'ils sont libérés de toute servitude, ils ne rendent compte qu'à eux-mêmes des actes que leur rayonnement inspire.

La difficulté, on s'en aperçoit tôt ou tard n'est pas tellement d'obéir, de servir une entreprise définie, de combattre pour une cause particulière, la difficulté c'est de préserver en soi les Vertus humaines par excellence, celles qui reconnues à travers les siècles par la meilleure part de l'homme, celles qui projetées en des figures mythiques représentent les aspirations constantes de l'imagination généreuse, et de la volonté émancipatrice, celles qui définissent pour toutes les cultures et pour toutes les civilisations, le caractère de l'humain dans la perfection de son accomplissement.

Ces Vertus prennent selon les temps des noms divers, et selon les lieux des formes curieuses, mais elles demeurent vives et actives dans l'esprit des peuples.

Nulle civilisation n'a cultivé le mépris de la vie sans disparaître. Mais faut-il que les civilisations disparaissent pour que dure l'espèce ? C'est une question qui demeure posée éternellement dans la mesure où ce terme à jamais indéfini a un sens.

Mais ce que nous savons c'est que la seule façon de reconnaître aux hommes leur dignité c'est de considérer leur bonne volonté à l'égard de leurs semblables. Ils peuvent paraître se tromper selon notre jugement, mais quoi qu'ils fassent, s'ils le font par amour de l'humanité, ils méritent notre estime.

C'est le concours de tous ces êtres frêles et incertains de leurs fins qui fait la corde de la Vie, et la grandeur de notre destin.

Comment s'élever au-dessus des misères sinon en se mettant à même de les comprendre et de les dissiper ?

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DrXu 03/04/2012 13:59


Et on prévoit qu'à la GLNF Ephesse veut désigner SEBDUL, l'immortel auteur des "blogs Acacia" comme 33ème pour diriger une juridiction "maison" du REAA!

robert 02/04/2012 16:58


Quels beaux textes !! Conscient de mon énormité, je dirais presque une "summa théologica" !!  Et pourtant...........intelligenti pauca !!!


merci