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Hauts Grades

Lettre initiatique 7° degré

2 Avril 2012 , Rédigé par Jean MOURGUES 33° Publié dans #Rites et rituels

Le grade de Prévôt et Juge, qu'on étudie également aussi peu que celui de Secrétaire Intime, est cependant significatif d'une conception de l'entreprise, et de l'organisation de la souveraineté.

Il comporte trois indications à retenir : le rouge des décors, les yeux bandés du néophyte, et la balance.

La cassette qui fait partie des éléments de la cérémonie, déposée sur l'autel dans le Saint des Saints n'est guère plus mystérieuse dans ses origines que dans sa signification symbolique.

Le rouge est celui de l'autorité, du droit au sang, de la force brutale. Les yeux bandés, symbole de l'aveuglement, qui figurent à la fois les difficultés pour le juge d'y voir clair dans les affaires qui lui sont soumises, et de discerner les intentions des hommes, mais qui soulignant la nécessité pour juger équitablement, de n'attacher aucune importance à la qualité des fautifs.

Ces yeux bandés rappellent notre condition : ignorants des vérités premières nous sommes appelés à trancher dans les querelles et les conflits.

La balance est-elle comme certains le disent un instrument cher aux alchimistes ou simplement le symbole de l'équité ? Il faut bien se dire que la confusion était de règle à l'origine des pratiques alchimiques et des spéculations philosophiques sur la justice.

Le totalitarisme originel, la globalité du sacré, qui ne se décomposent que lentement au cours de l'évolution intellectuelle et affective des peuples, se retrouvent dans l'ambiguïté du symbole.

De quoi s'agit-il en fait dans ce septième grade ?

D'un problème toujours difficile, et qui n'a pas trouvé de solution formelle: celui de l'autorité, soit de celle du chef de chantier, soit de celle toute moderne dans ses apparences, de chef du personnel, soit de celle plus traditionnelle, de chef militaire ou administratif.

La cassette, est-elle le coffret contenant les tables de la Loi ? Ou la clé de la Justice ? Libre à nous de supposer qu'il y a là une justification du devoir.

Car il faut se demander si l'Ordre est justifié par l'œuvre ou si l'œuvre à accomplir importe moins que la libre détermination des hommes.

Cette question est plus importante que le grade ne le laisse entendre. Elle est au fond de tout problème politique et administratif.

Si importante que soit la question de l'Ordre, elle n'est pas résolue pour autant par le rituel de Prévôt et Juge.

La fonction est purement formelle, bien que nécessitant des vertus profondément humaines et le sens mystérieux du juste. Profondément humaines les vertus, car il n'y a pas de commandement sans échange, et les hommes ne supportent les peines que si la relation affective compense les difficultés matérielles. On a parlé de paternalisme pour donner un aspect péjoratif à la relation affective. Mais elle est inéluctable, et il n'y a pas d'ordre communautaire qui puisse l'exclure absolument. Même dans les camps de détention elle se manifeste.

Toutefois, le sens du juste est également de l'ordre de l'irrationnel. La loi ne suffit pas. Encore faut-il l'interpréter. Et non seulement l'interpréter en fonction des circonstances mais des évolutions pressenties. Savoir ce que l'on peut tolérer, ce que l'on doit à tout prix interdire, prévoir les conséquences de telles réactions, de telles réclamations, voilà un art qui n'est pas si aisé et que la pratique enseigne peu ou prou.

Le grade de Prévôt et Juge, qui associe la force et la justice, assurément provoque la réflexion.

En fait, les paroles, et les lettres ramènent toutes à la dénomination de la divinité. Il y a là une véritable constante dans les rituels de l'Ecossisme dont il faut se garder de minimiser l'importance. Non pas que la croyance en Dieu soit une condition de l'intelligence du rite, mais parce que les références à l'irrationnel, à la puissance divine, le recours aux suprêmes devoirs sont les seules justifications de l'Ordre.

Pourquoi forcer les gens au travail, pourquoi construire un temple, pourquoi prendre cette peine pour les hommes, au point de pousser le devoir jusqu'au sacrifice ?

Les réponses à ces questions ne sont pas simples si l'on sort du système. La vie sociale est une réalité, mais qui fonde sa nécessité sur quoi ? Sur le bien des individus ? Soit, mais qui en juge ?

Il faut toujours trancher entre le désir, la passion et l'Ordre. Il y a dans toutes les entreprises une dynamique de l'Ordre et une dynamique du refus et de la révolte. Nécessaires tous les deux sans doute, mais dont les justifications rationnelles ne sont pas faciles à retenir. La nature est là qui nous montre partout la nécessité à laquelle on ne résiste pas, mais sur laquelle on fonde l'Ordre humain.

Il n'est pas de problèmes individuels qui n'exigent une réponse universelle.

LABORIT

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