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Hauts Grades

Lettre initiatique 9° degré

2 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Rites et rituels

La complexité des régimes a certainement posé des pièges sur la voie de ceux qui entendaient unifier et coordonner les Rituels, car la régularisation des progressions ne s'est pas opérée sans confusion.

Un exemple manifeste : le 9ème degré du Rite Ancien Ecossais.

Ce grade est dit, du Maître élu des neuf.

La fiction est toujours centrée autour de Salomon. Mais il ne s'agit plus alors de la construction du Temple, mais de la mort d'HIRAM.

Il y a là deux soucis dont on peut dire qu'ils ne se confondent que par une sorte d'artifice.

Les Grades d'élus (petit élu, grand élu ) peuvent être retrouvés au régime français sous d'autres formes. Mais c'est la texture même de l'enseignement qui démontre la confusion.

Je ne pense pas qu'un esprit raisonnable puisse trouver de conciliation entre les divers aspects du discours.

Il s'agit en l'occurrence d'un épisode semi-judiciaire, semi-vengeur, dont les événements se déroulent dans un temple décoré de Rouge, de noir et de blanc.

C'est un Chapitre (et non plus une Loge) et le drame est celui de l'assassinat du meurtrier d'HIRAM.

Les touches symboliques sont données par la Caverne, la Lumière, la Source, le Poignard, le Sang, mais encore par le Buisson ardent, et la pierre au bord de la mer.

Quant aux aspects affectifs, ils se situent dans le cadre de la vengeance, de la désobéissance et de la miséricorde.

En fait, le sujet est posé par la réunion des neufs, le tirage au sort qui les a désignés pour aller à la poursuite du meurtrier d'HIRAM (l'un de ces meurtriers), et par le zèle outré de l'un des poursuivants qui tue le meurtrier d'HIRAM au lieu de le remettre à la justice.

N'allons pas discuter du récit.

On peut tout faire dire, et en particulier que le poursuivant a été obligé pour se défendre de tuer le traître.

Mais précisément, ce n'est pas cette thèse qui est retenue, mais bien celle de la vengeance.

Pour opposer vengeance et justice.

Et la question est grave, puisque le meurtrier tué, tout alors est accompli. Ce qui n'est pas non plus très clair.

Le passage du stade de la vengeance au stade de la justice est un passage très important dans l'évolution des sociétés. Il n'est d'ailleurs jamais tout fait accompli dans les cœurs, bien que, en matière juridique, il n'y ait guère plus comme trace que la constitution de partie civile qui rappelle le légitime souci de compensation pour la victime.

Or, il est significatif que le passage s'opère par substitution. Ce n'est pas une abstraction qui assume la responsabilité du jugement, mais des hommes, des pairs, des jurés tirés au sort. Il y a là une façon d'assumer collectivement et conjointement un acte de régularisation.

L'ordre a été troublé, il convient de le rétablir, mais pour y parvenir, la responsabilité du châtiment ne peut être assumée par un seul. Elle doit l'être par la communauté.

On pourrait laisser la vengeance aux Dieux. C'est une façon de voir et cela signifierait après tout que le coupable trouverait naturellement le châtiment qu'il mérite dans un monde ou dans l'autre. Mais le souci de restaurer l'ordre est assumé par les membres de la communauté, comme une nécessité qui s'impose à eux. Ce sont les hommes qui sont responsables des hommes, et non les dieux.

Il y a là sur le plan culturel une notion extrêmement importante. On peut très bien saisir la complexité de ces questions quand on écoute les arguments pour ou contre la peine de mort. Un seul est rarement exploité : la mort, donnée par un jury impose à ce jury la prise en compte de l'erreur judiciaire possible.

Mais en l'espèce, il faut constater que le meurtrier de l'assassin d'HIRAM est pardonné. Cela n'est pas loin d'évoquer ce scénario ahurissant, et qui mérite de passer à la postérité, du présumé meurtrier de Kennedy tué par un ex-gangster dans la prison même, à Dallas.

En aucun cas la vengeance n'est permise, dit la cartouche du grade. Mais la Miséricorde est-elle la justice ?

Le grade est assurément un compromis entre la nécessaire communauté des responsabilités, le secret des démarches utiles, et la confusion entre le désir de vengeance et celui de justice.

Le zèle des neufs est-il louable alors qu'il n'est jamais sage de faire du zèle ?

Et la vengeance pardonnée, alors qu'elle n'est jamais permise ?

Il est certain qu'une révision sérieuse du rituel doit être entreprise.

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