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Hauts Grades

Lettres initiatiques 5° degré

2 Avril 2012 , Rédigé par Jean MOURGUES 33° Publié dans #Rites et rituels

J'espère que mon lecteur aura assez d'humour pour prendre avec un grain de sel ce que je dis dans ma dernière lettre. Il ne convient pas de croire, mais de méditer. Nous croyons toujours assez par nécessité. Il nous faut bien faire confiance. Sans cela la vie serait impossible. Mais dans l'Atelier de perfection nous sommes tout à fait détachés des servitudes quotidiennes et nous pouvons à loisir considérer les figures qui nous sont présentées par la tradition.

Elle est d'ailleurs vraiment curieuse cette élaboration des rituels. Qui en est l'auteur ? Quelle sources, quelles ambitions, quelles inspirations ont permis de la mener à bien ?

Le plus sûr c'est de considérer que comme tous les mythes, il y a là une élaboration collective, et une maturation progressive. On commence par l'action, puis par chercher son sens, puis ses effets et enfin on parvient à une cohérence qui n'est peut être pas toujours à l'origine du propos.

C'est, je crois une des meilleures leçons que nous puissions recevoir que de saisir comment on passe de l'apparence formelle au sens. Il est probable que les combattants désireux de faire la paix se présentaient face à face les mains nues pour montrer qu'ils étaient sans armes. Et peut-être est-ce là l'origine de la poignée de mains. Mais cette poignée de mains est elle-même le symbole de l'alliance et de la fraternité.

On passe du concret à l'abstrait, du singulier au général puis à l'universel par une sorte de transposition naturelle. Il arrive seulement qu'on ne perçoive plus les origines très matérielles des concepts les plus élaborés.

Le travail que nous avons à poursuivre, dans les ateliers de perfection consiste à essayer de comprendre ce que voulaient nous enseigner ceux qui peu à peu ont chargé de sens, en les sélectionnant, les mythes et les symboles qui nous sont transmis.

La question est simple: comment quelqu'un d'intelligent a-t-il pu admettre telle ou telle figure ou tel ou tel conte ? Une réponse facile est : c'était un primitif, sans discernement, crédule et sot. Oui, mais il arrive parfois que l'attention nous permette de dépasser l'absurdité apparente pour découvrir un sens. Est-ce celui qui avait été perçu par nos anciens, est-ce un sens nouveau plus riche et plus profond ? Qui sait ? Mais à notre tour nous voulons préserver le signe. Nous transmettons le signifiant, et nous faisons confiance à ceux qui viendront pour découvrir ce que nous avons voulu dire.

La difficulté naît de l'occultation par interférence.

Cette occultation est parfois inconsciente, et l'on se trouve devant une contradiction dont il est salutaire de sortir.

Dans les ateliers bleus tu as appris bien entendu qu'il convenait de laisser ses métaux à la porte du Temple.

Sage précaution car, soit les décharges électriques en cas d'orage, soit la sauvegarde du prêtre (les temples renfermaient les trésors) imposaient que l'on soit sans armes.

Mais alors, qu'est-ce que ces épées dont nous saluons ceux que nous entendons honorer.

La contradiction n'existe en fait plus dès lors que nous entendons par métaux, les qualificatifs ou les étiquettes que nous portons dans le monde profane. Les métaux, ce sont nos masques, nos harnais, nos charges. Dans le temple, nous sommes tels que la nature nous a faits.

Quand tu voudras bien examiner les figurations symboliques ou rituelles, souviens-toi de retenir le caractère original de l'indication et cherche à comprendre plutôt qu'à récuser.

Le principe du travail dans les Ateliers de perfection n'est plus seulement l'acquisition de la maîtrise de sa sensibilité, et l'exercice du discernement et de la mesure, c'est à la fois le refus de croire et la volonté de comprendre.

Telle figure absurde pourquoi a-t-elle été retenue ?

Y a-t-il quelque chose que d'autres ont compris et que je ne comprends pas ?

Ne puis-je moi-même pénétrer le sens caché ?

Dans le fait, il y a là un enseignement que Rabelais donne explicitement en évoquant son os à moelle.

Ne rejette pas ce que l'on soumet à ton attention. Mais cela ne signifie pas que doive se constituer une quelconque théologie symbolique. Le sens est toujours relatif. Un symbole est d'autant plus durable qu'il revêt pour ceux qui le méditent plus de sens vraisemblables.

Mais alors, disent certains: pourquoi ne pas dire les choses en langage clair ?

C'est que le langage est aussi symbolique. Il change selon les pays. La langue universelle n'est pas articulée, elle est figurée. Un symbole parle à tous. Une langue à quelques-uns. Mais mieux. Un symbole est riche d'avenir, une langue souvent porte le seul poids du passé.

Le grade de Maître parfait t'offre une sérieuse occasion de mettre à profit les aperçus que nous venons de suivre.

Quel est le thème ? Celui de la mise au tombeau. Remarque le caractère de l'opération: Salomon, tous les ouvriers du temple, Adoniram nommé architecte en la charge d'HIRAM, HIRAM Roi de Tyr, Maîtres chargés de l'enseignement, bref, tous ceux qui de près ou de loin sont intéressés par le drame. Mais pas de femmes.

Qu'est-ce qui est le plus significatif dans le récit ? Comme dans les contes: c'est parfois un détail qui paraît tout à fait secondaire ou une indication que l'on ne comprend pas tout d'abord. Ici c'est la commémoration des funérailles : Un frère est désigné pour représenter HIRAM lors de cette commémoration.

Peut-on dire qu'HIRAM est remplacé ? Peut-on imaginer qu'un homme puisse prendre la place d'un autre ?

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En fait, il le faut bien. L'ordre social est ainsi fait que les vivants doivent assumer les fonctions abandonnées par les morts. Quand le légiste dit : le mort saisit le vif, il dit non seulement que l'héritage passe au vivant, mais il entend aussi que les charges des défunts doivent nécessairement être assumées. De même quand les courtisans crient : le Roi est mort vive le Roi.

La Nature a horreur du vide ! Est-ce là une précision scientifique ou une indication politique ?

Nous avons là une idée de l'ambiguïté du discours. Et nous découvrons pourquoi il y a toujours plusieurs lectures effectives d'un même texte et plusieurs transcriptions d'une même figure.

La tradition historique rapporte que certains peuples faisaient mourir leurs prisonniers en les attachant vivants aux cadavres des combattants, corps contre corps, tête face à la tête, et les jambes liées entre elles. Les vivants périssaient dans la pourriture des morts. Mais peut-être n'était-ce qu'une façon religieuse de substituer le vivant au mort défaillant et de lui permettre de recueillir les vertus du défunt dans une dernière osmose.

De toute façon, la question se pose de façon très immédiate: la mort n'entre pas en compte dans l'économie des vivants. Il y a célébration des funérailles, mais c'est une façon peut-être plus solennelle de se protéger contre le retour des trépassés. L'ambiguïté est évidente là aussi.

L'attitude à l'égard des morts a toujours été ambiguë. Les honore-t-on pour les oublier, pour les tenir éloignés ou pour les apaiser ? Il m'arrive parfois de penser que nous les honorons pour nous faire pardonner de les imiter. Pour nous délivrer du regret de ne les avoir ni compris, ni suivis. Et de nous rendre compte que nous sommes en train de faire comme ils faisaient durant leur vie.

La coupure qui s'opère dans la progression à partir de la réception au grade de Maître Parfait, c'est celle qui s'opère chez tout être qui se trouve investi par les circonstances, quelles qu'en soit la nature, d'une fonction à laquelle il n'avait pas accès jusqu'alors.

La notion de connaissance implique en effet le mode opératoire et l'expérimentation. Le profane, c'est celui qui ne sait pas. Ce n'est pas parce qu'il est hors du temple qu'il est ignorant, c'est par ce que la fonction entraîne avec elle la pratique d'une action nouvelle dont on ne percevait ni les moyens ni les contraintes.

Les vertus de sympathie ne suffisent pas. La volonté ou la spontanéité imitative n'est la plupart du temps qu'une préparation. L'exercice gratuit -tant scolaire que professionnel n’apporte pas les éléments de la connaissance vraie puisqu'il manque alors le poids de la responsabilité, et qu'on y a le droit à l'erreur.

Dans une certaine mesure, il faut se demander pourquoi la décoration du Temple des Maîtres Parfait est verte, puisqu'il s'agit de funérailles. Mais si l'on admet aussi que certains rituels la désignent par le noir, on se trouve ramené à l'ambiguïté fondamentale.

La mort est-elle une espérance ou une condition du ressourcement, est-elle une délivrance ou un échec ?

Quand on est du côté des responsabilités, soit morales soit matérielles, on se dit que la mort au fond n'a qu'une importance toute relative. Elle est aussitôt dépassée. L'admiration pour celui qui fut, la reconnaissance de celui qui va être, ainsi vont les choses dans l'alternance des nécessités et des réactions affectives.

Le cercle et le cube sont les deux éléments de la construction : l'un occupe l'espace, l'autre ouvre sur l'irrationnel et sur l'infini.

Et c'est peut être là le secret de la perfection : savoir que la mesure ne suffit à tout que si l'on ne tend pas à ramener tout à l'unité. Il y a des choses qui ne sont pas commensurables : l'exercice d'une fonction, quelle qu'elle soit, en donne la preuve par la nécessité même de l'action.

Si l'on comprend bien l'intention des auteurs du Rituel du 5ème degré du Rite Ancien Accepté, le candidat, qui est reçu l'épée sur la poitrine et la corde au cou est en fait le substitut d'HIRAM que l'on enterre.

Sans doute faut-il analyser les indications pour en percevoir la portée. HIRAM est-il le porteur du mot de passe ou celui du mot sacré? C'est important car l'un est de convention, et l'autre est censé donner pouvoir sur les choses et les êtres parce qu'il est le vrai nom de Dieu.

En fait, HIRAM étant mort sans livrer son secret, tous ceux qui reprennent son Œuvre sont dans l'ignorance du Mot. Mais si ce mot est Jéhovah, comme il est inscrit sur le triangle porté par HIRAM, pourquoi cette épée et cette corde, sinon pour s'assurer que le porteur ne le révélera pas ?

Ainsi donc, chaque Maître reçu au 5ème degré prétend connaître le Mot qui permet l'exercice de l'autorité sur le chantier.

C'est-à-dire qu'il sait à la fois la nécessité de la rectitude et celle de l'accommodement aux circonstances. Le cube, symbole de la dimension humaine achevée, le cercle, symbole du jugement, rappellent que le Maître doit à la fois gouverner ses actions et purifier son cœur afin d'arriver à la Perfection, qui est la conciliation des contraires.

Mais est-ce suffisant pour qu'HIRAM revive en chacun de nous ?

Autrement dit, l'homme n'a-t-il d'autre moyen de remplir sa tâche que la soumission et le sacrifice ?

Certains affirment que les passions, comme l'intérêt, le besoin de sécurité, comme le goût du commandement font de la vie une aventure noble et salutaire. Est-ce là la leçon du Maître ?

Il semble en effet que ce qui est caché est encore une part immense de la vérité. Si ce n'est pas même la vérité tout entière. Sinon, pourquoi la quête ne s'arrêterait-elle pas ?

HIRAM est remplacé. Le Mot est retrouvé. La Sagesse, la Puissance, la Bienveillance au service des hommes, l'œuvre n'a plus qu'à suivre son cours.

Or, il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel que n'en peut concevoir toute notre philosophie.

Et en cela, nous pouvons sentir que les grades de perfection n'ont pas atteint toute leur cohérence.

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