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Hauts Grades

Liberté Egalité Fraternité

20 Mai 2013 , Rédigé par O\ I\ Publié dans #Planches

INTRO
Ces 3 mots représentent des valeurs humanistes fortes, partagées par plusieurs pays ou institutions qui en ont fait leur devise, dont l’origine historique est incertaine.
Maçonnique pour certains, révolutionnaire ou républicaine pour d’autres...
Il est à l’honneur de la Franc-maçonnerie d’avoir nourrie cette devise, d’en avoir perçu le caractère fondateur et d’en avoir favorisé la synthèse dans le Temple et dans le monde profane ; toutefois il est peu probable qu’elle en soit l’inventeur.
Portées par la Renaissance au 16ème siècle, ces valeurs sont communes à différents courants de pensée humaniste, tous soucieux de lutter contre l’injustice et l’arbitraire.
Voltaire, Rousseau et d’autres les reprendront par la suite, à l’aube de la Révolution française qui en fera le symbole des acquis politiques et sociaux révolutionnaires, exprimés dans la Déclaration des droits de l’Homme: « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ».
Tombée dans l’oubli, cette devise ne sera officiellement adoptée par la IIème République qu’en 1848, puis elle s’imposera à l’ensemble des obédiences maçonniques sous l’impulsion du GODF.
Elle symbolise, dans le devoir d'absolue tolérance qu’elle exprime, le meilleur de notre espoir et le meilleur de notre volonté.

LIBERTE
Le Petit Robert défini la liberté comme étant la situation d’une personne qui n’est pas sous la dépendance absolue de quelqu’un ; j’ajouterais pour ma part, ou de quelque chose.
L’une des conditions pour prétendre à être reçu en Franc-maçonnerie est d’être un homme libre et de bonnes mœurs.
Mais libre de quoi ? La question est simple en apparence, mais à y réfléchir, pour quelqu’un qui n’a jamais été privé de sa liberté, c’est finalement un concept flou, dont on ne mesure pas de prime abord l’étendu de la signification.
Un Franc-maçon est donc un homme libre, dans une loge libre, car la vraie liberté appartient à l’homme affranchi de la tyrannie des vices et des passions, aussi bien que de la servitude des erreurs et des préjugés ; un homme dépouillé de ses métaux.
Cela signifie qu’il est libre de ses mouvements, de ses choix, de ses décisions, de dire ce qu’il pense.
Malheureusement, aujourd’hui encore, la moitié de l’humanité reste privée de liberté, asservie ou emprisonnée.
Pour tous ceux là, la liberté reste utopique: liberté individuelle, liberté d’expression, de conscience, de pensée, de réunion, de propriété, d’association, de presse, syndicale, de culte, de l’enseignement, du travail, du commerce, de croire ou de ne pas croire…
Une autre facette :
Un drogué qui se prostitue quotidiennement pour acheter sa dose est il un homme libre ?
Un homme qui vit reclus dans un repli identitaire ou dans le communautarisme, est il un homme libre ?
Et bien, il semble que ce soit une question de point de vue…
La Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789 définit ainsi la liberté : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. ».
Je pense pour ma part qu’il n’y a effectivement de réelle liberté que dans le cadre des lois, ces lois qui garantissent à chacun un traitement équitable et identique, que l’on soit Prince ou mendiant.
Il n'est point de paix sans soumission aux lois, il n'est point de lois sans pouvoir chargé de leur exécution, et ce pouvoir rend sacrées les mains auxquelles il est constitutionnellement confié.
Dès lors, la liberté de l’individu n’est pas limitée par celle d’autrui, mais au contraire agrandie par elle, car nos différences sont nos richesses et que l’uniformité est stérile.
Hors la loi civile, il n’existe que la loi du plus fort, qui mène invariablement à la tyrannie et à la dictature.

EGALITE
Le second terme de notre devise, « Egalité » signifie que les distinctions de naissance ou de condition sociale sont abolies, que la loi est la même pour tous, et que chacun est tenu à mesure de ses moyens de contribuer aux dépenses de la collectivité.
La Déclaration des droits de l'Homme proclame : « Tous les hommes sont égaux par nature et devant la loi.
L'égalité consiste en ce que la loi est la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. L'égalité n'admet aucune distinction de naissance, aucune hérédité de pouvoirs. »
L’ « Égalité », pour les fondateurs de la République, commande donc que l'héritage soit aboli, que chacun ait un travail, et que l'impôt soit progressif.
Rousseau lui définissait l'égalité comme le fait que « nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre. »
Cependant, si chaque personne possède la même valeur en tant qu’être humain, chaque être humain ne crée pas la même valeur économique par ses actes…
Egalité des droits ne signifie donc pas pour autant égalité économique.
Egalité des chances ne signifie pas pour autant droit à la réussite économique, ou réussite garantie.
En revanche, l’égalité signifie pour chacun le droit à « la recherche du bonheur ».
En 1776, la déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique proclame: « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ».
Parmi les 56 signataires de ce texte fondateur, 11 étaient Francs-maçons, dont Benjamin Franklin l’un des plus illustres pères fondateurs, co-rédacteur de la déclaration d’indépendance, et premier ambassadeur des Etats-unis en France.
En 1787, parmi les 39 signataires de la Constitution américaine, 13 étaient Francs-maçons.
Ces 2 textes, fortement imprégnés des valeurs franc-maçonnes, influenceront en France les auteurs de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen de 1789.
Les Francs-maçons, fidèles à ces valeurs, sont égaux entre eux en Loge ; ils s’appellent « Frère », et dans leurs ateliers ils travaillent leur pierre, dépouillés de leurs métaux.

FRATERNITE
Pour ce terme, le Petit Robert défini la fraternité comme le lien existant entre les hommes, considérés comme membre de la famille humaine ; « Frater » en latin signifiant « frère ».
La fraternité est donc l’union de frères, qui s’aiment et vivent en bonne intelligence, en triomphant de l’égoïsme ; car contrairement à l’amour, la fraternité n’inclut ni passion ni sentiment de possession.
La Fraternité résume tous les devoirs des hommes à l’égard les uns des autres, elle signifie : dévouement, abnégation, tolérance, bienveillance, indulgence.
Autant la liberté et l'égalité peuvent être perçues comme des droits, autant la fraternité est une obligation de chacun vis-à-vis d'autrui.
C'est donc un mot d'ordre moral : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse ».
La fraternité c’est un lien fort entre les individus, qui se nourrie d’une reconnaissance réciproque et d’une communauté de valeurs, dont la 1ère est le respect des différences.
Promouvoir la fraternité, c’est permettre la mixité sociale au sein de la cité, dans l’habitat et à l’école.
C’est aussi établir une solidarité, qui se concrétise par des actions fortes : mutuelle, assurance, syndicat…
Pourquoi de nos jours fuit on les HLM et courre t-on vers l’école privée ?
Pourquoi joue t-on en bourse comme on joue au casino, avec des êtres humains pour jetons ?
La fraternité initiatique quand à elle relie des êtres de toutes races, de toutes religions, de toutes cultures et de toutes tendances politiques ou syndicales, qui ne sont ni du même sang ni de même condition sociale, mais qui témoignent d’un sens de l’Unité et des liens sacrés de la famille, étendus au sens large, à toute l’Humanité.
Dés 1723, les constitutions d’Anderson le proclame : « la Maçonnerie est le centre de l'union et le moyen de concilier une sincère amitiés parmi les personnes qui n'auraient jamais pu sans cela se rendre familières entre elles ».
Cette fraternité, qui seule permet la concorde universelle, nécessite pour se réaliser pleinement de se dépouiller de ses métaux.
Pour nous Francs-maçons, un symbole fort de cette fraternité est la chaîne d’union, dans laquelle tous ses maillons sont égaux, et dont la solidité permet d’avancer dans la recherche de la vérité et de la Lumière.
La fraternité se révèle également au travers des actions entreprises par notre Frère Hospitalier, dans le soutien qu’il apporte à nos Frères en détresse, qu’elle soit morale ou financière.
Cette fraternité doit être de tous les instants, à l'intérieur du Temple comme à l'extérieur, c’est pourquoi nos tenues s’achèvent invariablement sur ce commandement : « Continuons à l'extérieur ce que nous avons commencé à l'intérieur ".
La fraternité n’est pas une façon d’être, impliquant la manière de penser, mais une façon de penser, déterminant une façon d’être.

CONCLUSION
La devise Franc-maçonne et républicaine vise à l’avènement d’une fraternité nouvelle.
Adopter ses valeurs comme devise ne signifie pas que l’on prétend les incarner, mais que l’on entend être jugés à leur mesure.
Je pense mes Frères que comme moi, vous ne pouvez qu’être abasourdis de constater que ces valeurs élémentaires n’ont été gravées dans la Constitution de la République française qu’en 1958, c’est-à-dire du temps de nos grand parents, hier !
Il a donc fallu à nos aînés se battre durant 2 000 ans pour que cette devise aboutisse enfin…
Durera t-elle encore 2 000 ans ?
Rien n’est moins sur… notre vigilance doit donc rester constante, afin que nos valeurs ne soient pas annihilées.
La France de 2011 est une République, dans laquelle règne la démocratie ; la France de 1940 l’était tout autant, et pourtant notre belle devise devint alors : « Travail Famille Patrie ».
Certes, ces valeurs sont également nobles, mais d’un point de vue très personnel, je trouve que ça sonne beaucoup moins bien à l’oreille !
Les temps ont changés me direz vous, et c’est vrai.
Mais les mentalités, elles, ont-elles autant changées que cela ?
Jaurès disait au début du 20ème siècle : » à mesure que l’égalité politique devenait un fait plus certain, c’est l’inégalité sociale qui heurtait le plus les esprits »
A l’aube du 21ème, peut on dire que l’égalité règne enfin en France ?
A 40 ans, j’apprends, et je mesure enfin, ce que signifient réellement les mots « Liberté, Egalité, Fraternité ».
Lorsque, en tant que Franc-maçon, je prononcerais à nouveau ces 3 mots lors de nos tenues, je saurais pourquoi, je saurais que ce n’est pas une litanie théâtrale, mais le chemin sacré dont nous devons prendre garde à ne pas nous en écarter, faute de quoi un voile noir s’abattra de nouveau sur nous, et nous perdrons la Lumière.

J’ai dit, Vénérable Maître.

Source : www.ledifice.net

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