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Hauts Grades

Liberté Egalité Fraternité, la devise républicaine de la Franc-Maçonnerie

15 Juillet 2012 , Rédigé par AG Publié dans #histoire de la FM

La légende

Louis Claude de Saint Martin (1743) n’a pas forgé la devise "Liberté, Égalité, Fraternité ». Ce n’est donc pas de lui que la franc-maçonnerie aurait pu la recevoir avant que de l’offrir, ou de l’imposer à la révolution. Le malheur veut qu’il n’en soit rien ; malheur du moins pour les iconolâtres de l’historiographie. La vérité, c’est que la devise « liberté, Égalité, Fraternité » n’est au siècle des lumières et de l’illuminisme, n’est ni maçonnique ni révolutionnaire ; sur l’histoire de la devise, cette phrase a été la devise de plus d’une république. En vérité elle représente davantage qu’une devise c’est le credo d’une religion. L’origine maçonnique de la devise, écrivait Lantoine « est une légende devenue tellement vivace qu’elle est acceptée par d’excellentes gens qui ne font profession, ni de maçonnisme ni d’antimaçonnisme ». La devise ne naquit pas en loge. Mais « Liberté, Égalité, Fraternité » est devenue la devise d’une très grande partie de la franc-maçonnerie latine, en Europe et en Amérique, et belge qui y a mis le meilleur de sa tradition et le meilleur de son espoir. La patente de la loge « La bonne foy », constituée à l’orient de Saint – Germain-en-Laye, en 1688, aurait porté la devise : "Liberté, Égalité, Fraternité », mais toutes les copies produites, car il n’y a pas d’original ont été reconnues apocryphes.

La devise et la révolution :

En effet, aucune assemblée législative (dans l’acception la plus large du terme), aucun gouvernement n’a jamais décidé, avant 1848 (date de la proclamation de la deuxième république), que "Liberté, Égalité, Fraternité" serait la devise de l’État français. Dès 1790, à la fête de la Fédération, le 14 juillet, notre devise aurait orné certains drapeaux, notamment ceux des fédérations du Dauphiné et de la Franche-Comté. En 1791, le 29 mai, le marquis de Girardin avait prononcé un discours où il affirmait que le peuple français voulait « pour base de sa constitution »,la justice et l’universelle fraternité. C’était au club des Cordeliers, qui dans une opinion subséquente, corrigea la formule et souhaita qu’elle figurât sur une plaque accrochée à l’uniforme national, sous la forme : Liberté, Égalité, fraternité. Mais la proposition ne fut pas retenue et, pour tout dire, on l’oublia. En 1793 le 29 juin, « le Directoire du Département, sur la proposition du citoyen Momoro, demande que dans le courant du mois de juillet, les propriétaires ou principaux locataires seront invités au nom du patriotisme, au nom de la liberté, à faire peindre sur la façade de leurs maison, en gros caractère, ces mots : Unité, individualité de la république Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort. Momoro, imprimeur et membre des Cordeliers, s’était peut-être rappelé l’opinion émise par le Club en 1790. Un régime maçonnique avant 1789 arbora une devise ternaire « Liberté, Égalité, Indépendance ». D’autre part, J.J. Mounier déclare : Je ne crois pas que dans les loges on ne parlât jamais de liberté. Si ce mot était prononcé quelquefois, c’était comme celui d’égalité dans un sens étranger à la politique et purement moral. Un seul texte, fait de la liberté, de légalité, et de la fraternité les trois vertus cardinales à la foi révolutionnaire, et de la maçonnerie, et déclare de l’antériorité, dans la pratique, de cette dernière société. C’est une planche de Saint-Jean d’Écosse du Contrat social, en date du 20 janvier 1791. « Bien des siècles avant que Rousseau, Mably, Raynal eussent écrit sur les droits des hommes, et eussent jeté dans l’Europe la masse de lumière qui caractérise leurs ouvrages, nous pratiquions dans nos loges tous les principes de la sociabilité ». Le F:. Charles Blanc éclate : « Qu’est-ce que cette devise, liberté, Égalité, Fraternité, adoptée par l’Assemblée nationale et placée au frontispice de la Convention, sinon le mot d’ordre séculaire, le véritable mot sacré de la maçonnerie ? Devant ces textes, l’historien, sauf à bafouer toute logique, et toute objectivité historique, les philosophes, les francs-maçons, puis les révolutionnaires avaient connu, en des sens divers et diversement apparentés, les mots de « liberté », égalité », fraternité ». Au XIXe siècle, « Liberté, Égalité, fraternité » va devenir en France, la devise officielle de l’État et la devise officielle de la franc-maçonnerie.

Avant 1849, la franc-maçonnerie n’a pas eu pour devise "Liberté, Égalité, Fraternité" ; jusqu’en 1848, elle n’a pas prétendu le contraire. La franc-maçonnerie n’a donc pas donné cette devise toute faite à la révolution. Dès sa première proclamation, lancée le 24 février 1848, le gouvernement provisoire invoque notre trilogie. Le lendemain, la république est instaurée et, deux jours plus tard, les trois mots en deviennent la devise. Il en ira toujours ainsi désormais sous la IIe, la IIIe, la IVe, et la Ve république.Peu après, entre la franc-maçonnerie, le 6 mars 1848, en effet, une députation du Grand Orient se rend à l’Hôtel de Ville. Le F \Bertrand la conduit, il y revendique à l’avantage de la maçonnerie, et avec effet rétroactif ! La nouvelle devise républicaine : "La franc-maçonnerie ont porté de tout temps sur leur bannière ces mots : Liberté, Égalité, Fraternité. Adolphe Crémieux, franc-maçon lui-même, répondit ainsi à ce passage : dans tous les temps, dans toutes les circonstances, sous l’oppression de la pensée comme dans la tyrannie du pouvoir, la maçonnerie a répété sans cesse ces mots sublimes : "liberté, égalité, fraternité". Un autre discours, en la même période, tend à situer dans la tradition maçonnique l’origine de la devise adoptée par le gouvernement provisoire. C’est Jules Barbier qui, menant à son tour à l’Hôtel de Ville une députation des loges de Paris, s’écrit : Nous saluons des acclamations les plus vives le gouvernement républicain qui a inscrit sur la bannière de la France cette triple devise qui fut toujours celle de la maçonnerie : "Liberté, Égalité, Fraternité". Lamartine - Et pourtant : "Je ne suis pas franc-maçon", dit-il d’abord – Lamartine ne contrarie pas cette contre-vérité littérale.

En 1848, déplorait Karl Marx, "la guerre sociale n’avait encore qu’une réalité nébuleuse, la valeur d’une phrase, d’un mot". Or, explique Maxime Leroy qui cite ce texte, "le mot auquel pense Karl Marx, c’est le mot fraternité" mainte secte s’était organisée, de la société des droits de l’homme à celle des familles, de groupes socialistes phalanstères, des chapelles aux sociétés secrètes. À partir de 1848, ces sociétés discutaient et faisaient discuter librement leurs dogmes. Or souligne Lamartine ces dogmes dont le principe était une fraternité chimérique réalisée sur la terre, tendaient tous à la suppression de la propriété individuelle. George Sand disait "communisme". D’autres disaient, sans aller plus qu’elle au fond des choses, philanthropie (Saint Simon), humanitarisme (P. Leroux), fraternité (Cadet), égalité (Les successeurs de Buonarroti).

Les sources immédiates

Louis Blanc écrit en effet dés 1847, dans son Histoire de la Révolution française, cette phrase, où le sujet est Louis-Claude de Saint-Martin : "Et le mot de la grande énigme, qu’il posait devant la nation française, c’était : Liberté, Égalité, Fraternité ! formule que, dans son style symbolique il appelait le ternaire sacré et dont il parlait d’un ton solennel". Le texte de Louis Blanc, n’aurait – il pas constitué le plus prochain stimulus des membres du gouvernement provisoire ? Ne les aurait-il pas guidés dans leur choix d’une devise pour la IIe république ? Ce même texte, de Louis Blanc n’aurait-il pas aussi persuadé, ou fini de persuader, les francs-maçons de 1848 que la devise relevait de leur patrimoine ; n’aurait-il pas actionné la revendication qu’ils soutiendraient désormais sans relâche ? Il se peut donc que Louis Blanc, en 1847, soit source immédiate de l’inspiration des quarante-huitards qui placèrent officiellement la France sous la devise "Liberté, Égalité, Fraternité". Il se peut donc que Louis Blanc, en 1847, ait expressément – et rétroactivement – maçonnisé cette devise. Mais voici notre second auteur : Pierre Leroux autre source sûrement. Pierre Leroux élabore sa doctrine, grosso modo entre 1830 et 1848. Or, dès 1833, il affirme : "Nos pères avaient mis sur leur drapeau, liberté, égalité, fraternité. Que leur devise soit encore la nôtre". Il y a de la métaphore dans ces deux phrases. Les grands ancêtres n’ont jamais brodé au fil sur le tissu de leurs étendards la devise qui sera celle de 1848. Pourquoi ces trois mots ? Pourquoi pas un seul ou deux pourquoi pas quatre ou davantage ? Il y a de cela une raison profonde. En effet, l’homme étant, comme nous l’avons démontré ailleurs, triple et un dans tous les actes de sa vie, c’est-à-dire simultanément sensation – sentiment – connaissance, il faut en politique un terme qui réponde à chacun de ces trois aspects de notre nature. Au terme sensation de la formule métaphysique répond le terme liberté de la formule politique ; au terme sentiment répond le mot fraternité ; au terme connaissance répond l’égalité. Qui l’a trouvée cette formule sublime ? On l’ignore ; personne ne l’a faite, et c’est tout le monde pour ainsi dire qui l’a faite.

Je récapitule avec Leroux : "La formule est donc complète. Le citoyen a donc un dogme, c’est l’Égalité ; un motif de se manifester et d’agir, c’est la Liberté ; une règle morale pour bien agir, c’est la Fraternité humaine. La Révolution française a justement résumé la politique dans ces trois mots : Liberté, Égalité, Fraternité". Or, avant février, la franc-maçonnerie ne se soucie, en aucune façon, de la devise qu’elle adoptera en 1849. Mais, peut-être, Bésuchet, en cautionnant la devise républicaine, a-t-il excité ses frères maçons à l’adopter eux-mêmes. Car un an après la chute de Louis-Philippe, la devise va être maçonnique.

Entre la révolution de 1848 et le Convent de 1949.

"Fille du ciel, elle nous apporte la Fraternité, l’Égalité, la liberté". Qui est-ce ? Non pas la révolution de 1848, ni même, quoique le texte soit du 26 septembre1791, mais à la religion iraient le pouvoir, et l’honneur, d’instaurer les trois qualités sociales dont les noms juxtaposés fourniront sa devise à l’État de 1848. Et de qui est-ce ? Du fameux et très grand abbé Henri Grégoire, dans une adresse aux députés de la seconde législature.

Car les hommes de quarante-huit sont, d’évidence, hommes religieux. On a constaté, aux sources immédiates de la devise, et lors de sa naissance, que tout discours sur elle impliquait la religion. Mais quelle religion ? Une religion, la religion, de 48. Que de fois alors le socialisme ne fut-il pas baptisé ! Que de fois Jésus devint maître révolutionnaire !

Nostalgique ou non, Dieu le sait, l’idéologie fossile des règnes de Louis XVIII et de Charles X anime Mgr Parisis. Sous la IIe république il publiera un éloge retentissant de la devise : cet éloge ne se comprend que si l’on tient compte de son premier sens, celui de la révolution de 1848, à laquelle on verra que le clergé fut favorable, par réaction contre l’anticléricalisme de la Monarchie de juillet, oppressivement concordataire et qui refusait aux catholiques la liberté de l’enseignement.

La Grande Loge nationale et le Grand Orient de France

Nous étions en 1848, passé février. Or, en 1949 , la devise "Liberté, Égalité, Fraternité" devient, et c’est donc quelle ne la jamais été auparavant ; la devise officielle de la franc-maçonnerie française. Celle-ci était représentée par le grand Orient de France et la grande loge nationale de France qui, paradoxalement, ne dura que deux ans, pour crime d’avoir été républicaine.

Que la devise de la franc-maçonnerie exprime sa vocation politique, au bon sens du terme comme le maréchal Magnan, grand maître du Grand Orient de France, l’avait rappelé, six ans plus tôt. Et je citerai ces propos : Selon moi, la mission de la maçonnerie est simple et précise, autant que noble : réunir tous les hommes de bonne volonté que frères et égaux, les hommes se doivent un mutuel appui, leur donnant pour guide notre immortelle devise : Liberté, Égalité, Fraternité, et ce critérium de la vraie morale, Dieu, l’immortalité de l’âme et l’amour de l’humanité.

(Ier volet) Aucune assemblée législative (dans l’acception la plus large du terme), aucun gouvernement n’a jamais décidé, avant 1848 (date de la proclamation de la deuxième république), que Liberté, Égalité, Fraternité serait la devise de l’État français.

(IIe volet) Avant 1849, la franc-maçonnerie n’a pas eu pour devise "Liberté, Égalité, Fraternité" ; jusqu’en 1848, elle n’a pas prétendu le contraire. La franc-maçonnerie n’a donc pas donné cette devise toute faite à la révolution.

(IIIe volet) elle n’est pas religieuse.

Histoire et pratique.

Nombreux sont parmi les maçons et les profanes aux yeux desquels "Liberté, Égalité, Fraternité" a toujours été la devise maçonnique par excellence, et le reste aujourd’hui. L’histoire montre qu’il n’en est rien. La devise apparaît d’abord en milieu profane, on l’a vu, et elle n’est entrée dans la franc-maçonnerie qu’en 1849. Très peu de frères, par rapport à la masse des francs-maçons, revendiquent son égide des frères français, belges, espagnols, hispano-américains, italiens… Soit quelques dizaines de milliers au total sur six millions de maçons. La devise a un passé : il est bref et surprend. L’hérédité de la devise et son jeune âge, sa réclusion et ses liaisons la rendent suspecte, et soulèvent un problème pratique. Ce problème-là, au contraire du problème historique, ne concerne directement que des obédiences très minoritaires. Mais ces obédiences sont majoritaires en France et son intérêt déborde l’aire géographique où la devise se proclame : y sont en effet la définition de la maçonnerie et la fidélité à cette définition, perdue, maintenue ou retrouvée, par les rares obédiences qui conduisirent à adopter la devise de l’état quarante-huitard et à entrer sur la voie substituée. D’où le problème pratique, puisqu’il revient à se demander : peut-on, faut-il conserver la devise ? Certains auteurs francs-maçons ont suggéré d’aménager cette devise : en "liberté, Équité, fraternité" ou bien en "liberté, Équité, Amitié". Le problème est de savoir si la jambe est de bois, ou engourdie. Fernand Chapuis rappelle-t-il si la maçonnerie l’à reprise en 1849, c’est parce qu’elle correspondait à sa mentalité, à son idéologie, parce la qu’on croyait venue des temps anciens…Mais elle n’en demeure pas moins une devise "politique". De même que les suprêmes Conseils Écossais ont pris pour devise universelle "ORDO AB CHAO" ne conviendrait-il pas que la maçonnerie bleue adopte une devise — commune à tous les temps, à tous les pays, à tous les régimes – trait d’union de toutes les maçonneries mondiales, savoir : “Sagesse — force — beauté”, en marquant ainsi à la fois l’Union de toutes les maçonneries et le caractère d’universalisme du Rite Écossais Ancien et Accepté.

Le propos paraît convaincant, dans la mesure où "Liberté, Égalité, Fraternité" manifeste en maçonnerie, une erreur, une déviation, pourquoi la conserver ? Pour deux raisons, semble-t-il d’importance inégale et donc aucune ne me paraît ni décisive, ni négligeable.

Première raison : Elle est d’ordre sentimental. Attention : il ne s’agit point ici de respecter la tradition. C’est au contraire, le convent de 1848 qui a innové. Mais L’innovation porta sur un point accessoire dans la forme à une histoire qui eut ses grandeurs, aux confins du maçonnisme.

Deuxième raison : Que cette innovation tolérable constitua un apport positif. Puisque la tradition n’interdit pas de prêter attention à la voix du sentiment en envisageant de garder la devise, étant bien entendu qu’elle perde ses connotations profanes. René Guénon, souhaitait qu’on restituât à la devise son sens original, qu’il prétendait initiatique. Mais ce sens original n’a jamais été que profane. Alors, peut-on récupérer la devise, la sauver malgré elle en dépit de ses antécédents ? Au cas d’une réponse affirmative, la devise ainsi repêchée pourrait être capable d’enrichir la franc-maçonnerie. Ce serait une raison pour étayer l’attachement sentimental, et le doter d’une valeur maçonnique.

Essais de récupération.

En politique cette formule a pu réserver des déceptions ; il n’en est pas de même en initiation. Oswald Wirth motive son jugement en analysant, pour mieux exhorter à les vivre, la liberté, l’égalité, et la fraternité du philosophe : ligne morale et ascétique. Qui empêcherait d’associer la liberté au fil à plomb, l’égalité au niveau, la fraternité à l’équerre ? Ligne occultiste que celle où nous engage Robert Ambelain : l’astrologie fonde et qualifie la vraie liberté ; la magie fonde et qualifie la vraie égalité ; l’alchimie fonde et qualifie la vraie fraternité. Ligne proprement symbolique : le ternaire républicain, puis maçonnique, selon la chronique germe d’une racine gnostique, la liberté déclarerait alors l’ésotérisme de la foi, l’égalité celui de l’espérance, et la fraternité celui de la charité. Enfin, la ligne de la perspective initiatique, avec quoi convergent les lignes précédentes mènerait à la synthèse ésotérique de saint Martin, dont il ne néglige pas, mais exhausse le sens politique, à la “grande affaire” de l’homme selon lui : sa réintégration. C’est ce que Georges Allary et Denis Roman résument, dans un vocabulaire différent et très spécial, puisqu’il l’emprunte à René Guénon “Ces trois mots” écrit le premier “sont susceptibles d’une interprétation parfaitement orthodoxe : le but suprême de l’initiation est la "Délivrance"

Et Denis Roman :

Quant à l’Égalité sans doute faut-il l’envisager ici surtout en tant qu’elle exprime une idée d’équilibre (qu’on pense à l’équilibre de la balance et à l’invariable Milieu). La Liberté totale, l’Égalité parfaite et la Fraternité universelle ne constituent pas un idéal politique ; mais elles sont une réalité initiatique, qui sera réalisée par le Maître Maçon lorsqu’il accédera, effectivement et non plus virtuellement, aux mystères de la "Chambre du Milieu"

Voyons cela de plus près.

La tâche du maçon consiste à planter une communauté, à bâtir un temple de pierre d’hommes, qui ne soit pas seulement aux dimensions de la franc-maçonnerie, mais à la mesure de l’humanité entière. Que les querelles politiques, comme les querelles religieuses, restent interdites en loge. Mais que l’action du franc-maçon puisse, et doive, par delà soi-même et la loge, toucher directement le monde profane. Or, la tradition maçonnique détermine l’éthique sociale autant que personnelle du franc-maçon, c’est-à-dire de croire en dieu vivant et en l’immortalité de l’âme, et d’obéir à la loi morale. On peut certes dire qu’au XVIIIe siècle, la liberté, l’égalité, et la fraternité furent parmi les idéaux d’une franc-maçonnerie qui n’a pas manqué aux devoirs traditionnels. Et l’interprétation moderne du XXe siècle fait injure aux maçons d’antan. Car elle s’inspire souvent de l’idéologie de 1848 qui contamina, officiellement en 1949 le grand orient de France. La difficulté est que parfois, la signification profane a contredit la signification traditionnelle. L’interprétation religieuse chère à 48, s’exprime alors trop quarante-huitardement. Mais, exprimée généralement, elle indique une direction traditionnelle. Si la devise est d’origine profane, peut-être l’origine des idées de liberté, d’égalité, et de fraternité, réfère-t-elle au sacré authentique ?

L’intermédiaire des chercheurs et curieux :

"Ainsi les notions d’égalité et de fraternité ont été clairement exprimées il y a près de deux mille ans, déjà, dans l’évangile. La notion de liberté y apparaît moins nettement, Jésus n’a pas condamné l’esclavage, peut-être parce qu’il vivait dans une société où il n’y avait pas ou peu d’esclaves, mais elle découle nécessairement des deux autres : on n’opprime pas des égaux et des frères."

Au cours d’une émission radiophonique, en décembre 1968, le porte-parole de la Grande Loge de France tenta sur l’origine religieuse de la devise, une exégèse d’un gnosticisme assez noir."De ce message de Saint Jean qui permet de répondre valablement aux questions que l’on peut se poser sur la nature de l’homme et du monde, il se dégage également une morale qui apporte aux éternels problèmes de l’humanité des solutions d’une actualité brûlante et qui sont conformes aux principes d’où découle notre devise : Liberté, Égalité, Fraternité". Au moulin de Cornélius, un autre correspondant de l’intermédiaire apporte de l’eau. Il soutient que la liberté aussi figure dans l’Évangile, puis découvre les bases sociales de la devise chez La Boétie en connexion avec ses bases naturelles et psychologiques, et universelles et voit en "Liberté, Égalité, Fraternité" une "majestueuse idée politique fondée sur la philosophie naturelle"

Je reproduis le document, il vaut la peine. Ça commence mal : "Cette devise qui, sous cette forme, est d’origine maçonnique doit donc logiquement, venir de très loin, et, en somme de Très-Haut." Mais ça continue mieux : "je désirerais poser un jalon de plus et digne d’attention, il me semble, sur la route de l’histoire littéraire indiquée par Cornélius qui, en toute sympathie, paraît n’y voir que d’un œil quand il relit sa Bible ; comment autrement ne par remarquer combien la notion de liberté est fréquente, sous tant de formes, explicites, textuelles, ou diffuses, dans le Nouveau Testament". Saint-Yves d’Alveydre

Je ne citerai ici que le mot de passe de la révolution : liberté, égalité, fraternité.

Les trois principes de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité sont en toutes lettres dans la cosmogonie égyptienne de Moïse : ROUAH AELOHIM, l’esprit moteur, Adam, l’homme universel, IHOHA Dieu et la nature, puissance constitutive de l’Univers. Ces trois principes principes inversés sont aussi dans la Trinité chrétienne : PÈRE, FILS, SAINT-ESPRIT ; le père renfermant en lui la MÈRE ou la NATURE.

Émile Rinck le fondateur de l’anthroposophie et très proche de Saint-Yves : "dans une société organisée suivant le principe de la tripartition pourra être enfin réalisée la devise toujours actuelle, mais jamais appliquée de la Révolution Française ; Liberté, Égalité, Fraternité. Liberté de la vie culturelle et spirituelle, comprenant bien entendu l’enseignement sous tous ses aspects, Égalité dans le domaine politique-juridique, Fraternité dans tout ce qui touche au secteur économique, permettront de construire la société de justice et de paix sociales, du libre épanouissement des individus à laquelle aspire toute l’humanité." Mais finalement, c’est à la maçonnerie même qui incombera d’apprécier. La meilleure solution, la seule, sera celle qui permettra à tout franc-maçon d’être reconnu comme tel par tous ses frères.

 

de Robert AMADOU

Renaissance Traditionnelle N°17/18 - Janvier/Avril 1974. p 1 – Tome V

Source : http://aprt.biz/

     

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