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Hauts Grades

Loges d'adoption : Mme de Xaintrailles reçue franc-maçon.

11 Mai 2012 , Rédigé par François-Timoléon Bègue-Clavel Publié dans #Rites et rituels

La loi maçonnique exclut impérieusement les femmes de la participation aux mystères. Cependant les Français ont transigé avec cette loi. A côté de la vraie maçonnerie, ils ont créé une maçonnerie de convention, spécialement consacrée aux femmes, qui remplissent toutes les fonctions et ne dédaignent pas d'admettre les hommes dans leurs assemblées. C'est ce qu'on appelle la maçonnerie d'adoption. Celle-ci, comme l'autre, a ses épreuves, ses grades, ses secrets, ses insignes. Mais ce sont là les prétextes des réunions ; le but, c'est le banquet, dont elles sont toujours accompagnées, et le bal, qui en est inséparable.

La salle où se tient le banquet est partagée en quatre climats. L'orient s'appelle Asie ; l'occident, Europe
; le sud, Afrique ; le nord, Amérique. La table est en fer-à-cheval. Tout s'y trouve rangé comme dans les banquets d'hommes. La présidente a le titre de grande-maîtresse ; elle est assistée par un grand-maître, et siège au climat d'Asie. La sœur inspectrice, assistée du frère inspecteur, et la sœur dépositaire, secondée du frère dépositaire, occupent les deux extrémités du fer-à-cheval, la première, dans la région d'Amérique ; l'autre, dans la région africaine.

Les loges d'adoption ont aussi une langue à part. On y appelle le temple, Eden ; les portes, barrières ; le procès-verbal, échelle. On nomme lampe, le verre ; huile rouge , le vin ; huile blanche, l'eau ; les bouteilles et les carafes, cruches. Garnir la lampe, c'est verser du vin dans son verre ; souffler la lampe, c'est boire ; exalterpar cinq, ou faire son devoir par cinq, c'est exécuter la batterie manuelle.

L'ordre consiste à placer les deux mains sur sa poitrine, la droite sur la gauche, les deux pouces réunis et formant le triangle .
L'acclamation est Eva ! répété cinq fois.

On porte les santés à peu près de la même façon que dans les loges d'hommes. La grande-maîtresse se sert également du maillet
pour appeler l'attention de l'assemblée. Les annonces se transmettent aussi par l'entremise des officiers et des officières qui tiennent la place des surveillants. On fait garnir les lampes, et on les fait aligner ; et, quand tout est convenablement disposé, la grande-maîtresse s'exprime comme il suit : « Mes frères et mes sœurs, la santé que je vous propose est celle de... En l'honneur d'une santé qui nous est aussi chère, soufflons nos lampes par cinq. La main droite à la lampe ! – Haut la lampe ! – Soufflez la lampe ! – En avant la lampe ! – Posez la lampe ! – Un, deux, trois, quatre – cinq ! » La grande-maîtresse et tous les assistants, à son exemple, portent quatre fois la lampe sur le cœur, et au temps cinq, la posent ensemble avec bruit sur la table. Ensuite, on exalte par cinq, c'est-à-dire qu'on frappe cinq coups dans ses mains, en poussant chaque fois l'acclamation Eva !

Bien que la loi qui interdit aux femmes l'accès des loges soit absolue, elle a pourtant été
enfreinte un fois dans une circonstance assez remarquable. La loge des Frères Artistes, présidée par le frère Cuvelier de Trie, donnait une fête d'adoption. Avant l'introduction des femmes, les frères avaient ouvert leurs travaux ordinaires. Au nombre des visiteurs qui attendaient dans les pas perdus, se trouvait un jeune officier en uniforme de chef d'escadron. On lui demande son diplôme. Après avoir hésité quelques instants, il remet un papier plié à l'expert, qui, sans l'ouvrir, va le porter à l'orateur. Ce papier était un brevet d'aide-de-camp, délivré à madame de Xaintrailles, femme du général de ce nom, qui, à l'exemple des demoiselles de Fernig et d'autres héroïnes républicaines, s'était distinguée dans les guerres de la révolution, et avait gagné ses grades à la pointe de son épée. Lorsque l'orateur lut à la loge le contenu de ce brevet, l'étonnement fut général. Les esprits s'exaltèrent, et il fut spontanément décidé que le premier grade, non de la maçonnerie d'adoption, mais de la vraie maçonnerie, serait conféré séance tenante à une femme qui, tant de fois, avait manifesté des vertus toutes viriles, et avait mérité d'être chargée de missions importantes, qui exigeaient autant de courage que de discrétion et de prudence. On se rendit aussitôt près de Mme de Xaintrailles, pour lui faire part de la décision de la loge, et lui demander si elle acceptait une faveur sans exemple jusqu'alors. Sa réponse fut affirmative. « Je suis homme pour mon pays, dit-elle ; je serai homme pour mes frères. » La réception eut lieu avec la réserve convenable ; et, depuis cette époque, Mme de Xaintrailles assista souvent aux travaux des loges.

source : www.boutiquefs.com

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