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Hauts Grades

Maçonnerie et Chrétienté

23 Juin 2012 , Rédigé par J\ C\ Publié dans #spiritualité

Tradition Chrétienne du R.E.R.

Chercher à découvrir les sources spirituelles de la  FM et du Régime Rectifié en particulier s’avère une gageure. C'est en effet vouloir remonter le cours d'un fleuve et se trouver, à un certain point de l'amont, devant la jonction d'innombrables ruisseaux. Impossible de les suivre tous, impossible de prévoir l'importance de chacun. Suivre à travers le temps, l'évolution, le cheminement de la tradition véhiculée par l’ordre maçonnique, essayer de déterminer la légitimité, la valeur de cette tradition en fonction des mythes, légendes, symboles qui la transmettent remonter aux sources des divers courants de pensée qui l’ont façonnée. Séparer le bon grain de l’ivraie, c'est-à-dire reconnaître ce qui est le fruit de la méditation des sages du passé et la part des élucubrations des faux prophètes, des farfelus, voire des escrocs fondateurs de systèmes, n'est pas facile. La FM héritière d'une antique fraternité des Bâtisseurs, a été tout au long des XVI° et XVII° siècles, le centre de rencontres de divers courants de pensées et ésotérismes religieux ou philosophique introduits par les Macon acceptés. La maçonnerie opérative, pour sa part, était éminemment chrétienne et uniquement chrétienne. Il était impensable qu'il en soit autrement, dans une société moyenâgeuse où les seules discussions possibles étaient d’ordre théologique. Les Old Charges ou Anciens Devoirs sur lesquels s'est bâtie la maçonnerie moderne font amplement référence aux personnages bibliques. Contrairement à ce que l'on croit habituellement, les prières en sont absentes, mais il y est parfois recommandé d'aimer Dieu ; G.A.D.L.U, la Sainte Eglise et tous les Saints, comme dans le COOKE de 1410. La prière n'apparaît que dans quelques « catéchisme » du 17ième Siècle dite période transitoire. Il s'agissait d'amorces de rituels par demande et réponse, dont le plus connu est le Manuscrit d'Edimbourg de 1696. Au début du XVIII° siècle, la publication des Constitutions d'ANDERSON, charte fondamentale de la FM MODERNE, marque le déclin des Loges de maçons opératifs et leur transformation en Loges de maçons spéculatifs. Déjà, l'esprit chrétien s'est fait moins impératif, plus de prière, plus de référence explicite à Dieu dont le nom n'est mentionné que dans le titre de la première obligation. La troisième, qui détermine les conditions pour être admis en loge, exige simplement : être homme de bien et loyal, né libre, d'âge mûr et circonspect, ni serf, ni femme, ni homme sans moralité ou de conduite scandaleuse, mais de bonne réputation. La réédition en 1738 des Constitutions, sera encore plus tolérante puisqu'on demandera simplement au maçon « d'observer la Loi Morale en tant que véritable Noachite ». Cette « déchristianisation » tolérante va être battu en brèche par divers courants, dont celui du catholique irlandais Laurence Dermott qui va aboutir en 1751 à la création de la Grande Loge dite des « Antients » s'opposant a la Grande Loge andersonnienne dite des « Moderns » (réunies en I8I3 en Grande Loge Unie d'Angleterre, au moment où une sorte d'union sacrée s'imposait pour abattre Napoléon). L'idéal andersonien d'œcuménisme avant la lettre était parfaitement vécu à cette date. Les Loges étaient fréquentées par des chrétiens de différentes confessions ainsi que par des non chrétiens. La preuve en est donnée par l'encyclique Providas de Benoît XIV du 18 Mai 1751 reprenant les condamnations de la Bulle de 1738 en y ajoutant que « dans ces sociétés se réunissent des hommes de toutes religions et de toutes opinions ».Or, pour un catholique, la religion catholique doit être considérée comme la seule vraie. Dans le même temps, lorsqu’en 1736, le Chevalier Ramsay évoque dans son discours « NOS ANCETRES LES CROISES », il accrédite l'idée de la filiation templière et ouvre l'ère d'une prolifération anarchique des hauts grades ainsi que de divers systèmes se voulant initiatiques et traditionnels. Cet engouement obéit à divers mobiles, pas toujours avouables ni sérieux, comme le désir de donner un éclat plus aristocratique aux cérémonies, ou celui de se parer par vanité de décors et titres ronflants, ou encore de se forger une lignée d'ancêtres réels ou mythiques remontant au plus lointain passé et plus présentables que de simples ouvriers tailleurs de pierre. La démesure mystique fait parfois remonter la naissance de l’Ordre jusqu'à Adam !! Je pense que personne ne peut vraiment croire, même symboliquement, que DIEU le Père a créé la première Loge dans les jardins de l'Eden. Toutefois, au-delà de ces outrances, nous pouvons concevoir l'hypothèse d'une « connaissance primordiale » porteuse de message, alimentée, régénérée, actualisée à travers les âges par l'apport de tous les Sages qui se sont succédés. C'est ce concept que nous nommons « tradition » et que transmettent de génération en génération les Ordres et leurs Rites. Sous cet angle, on peut bien admettre que ce que nous désignons actuellement sous le vocable d'Idéal Maçonnique, a existé de toute éternité dans l'esprit de l'initié. C'est ce qui permet à nos Rituels de dire « que la Maçonnerie existe depuis des temps immémoriaux ». C'est dans cette ambiance, et par des cheminements divers qu'apparaissent les deux Rites écossais : R.E.A.A et R.E.R. Le R.E.A.A est révélé publiquement dans sa structure actuelle par la création du Suprême Conseil de Charleston (U.S.A) en 180I. Dans son principe, il existait avant cette date puisqu'il dérive du Rite de Perfection du Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident, exporte aux Amériques par le F MORIN en 1761, réimporté en France sous la forme du R.E.A.A en 1804 par le F DE GRACE TILLY. Le R.E.R. structuré, épuré, muni de ses rituels, codes et règlements, prend naissance dans sa forme actuelle après les Convents des Gaules et de Wilhemsbad de 1778 et 1781.Lui aussi existait en puissance avant ces dates puisqu'il procède de l'Ordre Germanique de la Stricte Observance (S.O.T.) organisée par le F Baron Von HUND en 1765 qui regroupa la plupart des loges allemandes dont certaines pratiquaient les Hauts Grades Ecossais. Je ne vous ferai pas l’injure de revenir sur l'historique du R.E.R. que vous connaissez mieux que moi. Mais j’attire votre attention sur la nécessité de ne pas tirer de ces actes de naissance apparents un argument d'ancienneté pour affirmer une supériorité d'un Rite sur l'autre. Ils permettent uniquement d'exclure l'idée que le R.E.R puisse procéder du R.E.A.A ou qu’il soit la rectification de ce dernier. Quoi qu'il en soit, DE HUND s'est trouvé en quelque sorte au point de rencontre de deux traditions templières : l'Ecossaise et la Teutonique puisqu'il se disait avoir été initié aux mystères templiers dans des conditions qu'il ne pouvait pas révéler, et avoir reçu mission de réformer la maçonnerie allemande et de reconstituer l'Ordre du Temple. C'est ainsi qu'il convertit à ses idées et regroupa sous le nom do Stricte Observance templière de nombreuses Loges et chapitres Le mouvement gagnera la France grâce à J.B. WILLERMOTZ. Influencé par les Elus Cohen de Martinez de Pasqually, découvrant au sein de la S.O.T. une Gnose chrétienne et une structure chevaleresque, il va concevoir et mettre au point un projet de rénovation et d'unification de l'Ordre Maçonnique. Le Convent des Gaules ayant abandonné toute idée de filiation directe, le R.E.R. ne se rattache à l'ordre du Temple que par une filiation purement spirituelle, qui revendique une gnose, et un ésotérisme templier. Sous couvert de la construction d'un troisième temple (mystique celui-là) symbolisé par la Cité Sainte ou la Jérusalem Céleste de l'Évangile de Saint Jean, il transmet le message universel d'amour, fonds commun de toute tradition. Cela explique la présence de l'évangile de Saint Jean sur l'autel. Bien que dégagé de tout dogmatisme et de toute Église, l'Ordre Rectifié a un caractère chrétien très marqué qu'introduisirent ceux qui participèrent à son élaboration. WILLERMOTZ et quelques autres FF de son équipe appartenaient aussi aux chevaliers Cohen. Ils avaient subi l'influence des théories théosophiques de Martinez de Pascaly, Claude Saint Martin, Bacon de la Chevalerie, Joseph de Maistre tous maçons « mystiques » férus de « christianisme transcendant ». Il faut constater, au sujet des apports d'origine chrétienne, que la gnose templière, selon son interprétation, peut prendre une allure très peu orthodoxe et même hérétique au regard des Eglises Chrétiennes. Les chevaliers du Temple soumis à la règle cistercienne de Saint Bernard, subirent en Palestine des influences d'autant plus efficaces que l'Ordre de Citeaux rejoignait ses lointaines origines de Terre Sainte. C'est en 318 que Saint Pachome fonda en Palestine le système monastique qui s'étendit en Afrique du Nord, en Espagne, puis en France. Ce retour aux sources ne peut-être sans conséquences. Que trouvèrent là-bas les manteaux Blancs du Temple ? Beaucoup d'autres manteaux blancs. Les manteaux blancs des Carmes prétendant descendre des Esséniens, les manteaux blancs détenteurs de la gnose Johanniste, les manteaux blancs des Cirés du Désert, ermites qui peuplaient depuis le début du Christianisme les grottes de Palestine. Et aussi les manteaux blancs des Chevaliers Ismaéliens du Vieux de la montagne et des sectes musulmanes détentrices d'un ésotérisme initiatique remontant aux mystères de l'Ancienne Egypte. Cet étrange convent des manteaux blancs (suivant l'expression de Dante) est certainement à la source de la gnose Templière. Elle a été interprétée de deux façons différentes :

 

La première qu'on qualifie d'Esotérisme judéo-chrétien orthodoxe, de vraie gnose, pure et sans tâche, compatible avec l'enseignement dogmatique de l'Église, ne met pas en cause la divinité du Christ. Mais le message d'amour qu'elle transmet peut paraître restrictif et ne s'adresser qu'à ceux qui croient en cette divinité.

 

La seconde qu'on qualifie d'ésotérisme Johannique influencé par l'hellénisme et d'autres courants, est dite « fausse Gnose » « qui pousse comme l'ivraie dans les champs de blé » disent les tenants de la Gnose orthodoxe. Elle considère le Christ comme un prophète, un sage que diverses initiations ont élevé sur un plan divin. Le message d'amour qu'elle transmet serait plus universel, s'adressant semble t-il à qui veut l'entendre. Mais quelle est l'interprétation qu'a transmise l'Ordre du Temple ? Les deux peut-être, l'une officielle, l'autre cachée !

La condamnation de l'Ordre du Temple par le Pape quelques siècles plus tard, celle de la Franc-Maçonnerie spéculative pour des motifs avoués qui ne manquent pas de points communs, pourraient donner quelque poids à la deuxième interprétation. Le caractère chrétien du R.E.R a, peu à peu, évolué. Selon Robert Amadou, il a cherché à canaliser la position très chrétienne de la Chevalerie et ses apports théosophiques et mythiques avec la tolérance de la Maçonnerie Andersonnienne. Il ne s'adressait, primitivement qu'à ceux qui se déclaraient de confession chrétienne. Mais dégagé de tout dogmatisme d'Eglise et sous diverses impulsions, corrigeant la façon de penser première, notamment sous l'influence du Grand Prieuré Helvétique qui devint dépositaire et héritier de la tradition du Rite pendant sa disparition en France de 1849 à 1910, l'Ordre Rectifié s'ouvre. Il s’ouvre à tous ceux qui, quelles que soient leur confession ou leur croyance, admettent et travaillent sans arrière-pensée à la réalisation de la formule chrétienne « Aime ton prochain comme toi-même », « Paix aux hommes de bonne volonté... ». L'Ordre rectifié se dit donc chrétien, mais dans le sens le plus élevé du Christianisme primitif, d'un Christianisme pratique, dépouillé du dogmatisme, libéré de la sanction, expurgé du surnaturel.

Le Couvent de WILHEMBAD n'a-t-il pas affirmé, le 16 Juillet 1782 :

 

la vraie tendance du Régime Rectifié est et doit rester une ardente aspiration à l'établissement de la cité des hommes spiritualistes, pratiquant la morale du Christianisme primitif, dégagée de tout dogmatisme et de toute liaison avec une Eglise quelle qu'elle soit »... Je voudrais citer ici le F SAVOIRE, membre du G.O.D.F. ancien l\T\P\S\G\C\ du Grand Collège des Rites, 33e au R.E.A.A et C.B.C.S au R.E.R. C'est lui qui, en 1910, avec le F\ de Ribaucourt et avec la bénédiction du Grand Prieuré Helvétique, réveilla en France le Rectifié. Personnellement, j'avoue que le libre-penseur et le libre croyant que j'ai toujours été n'a manifesté en entrant au Rite Rectifié, aucune hésitation ni aucun scrupule lorsqu’on lui a demandé de déclarer qu’il professait l'Esprit du Christianisme, surtout lorsque le Grand Prieuré a ajouté, qu’il s'agissait ici de l’Esprit du Christianisme Primitif résumé dans la maxime : « Aime ton prochain comme toi-même », et que l'Ordre se réclamait de cette morale, qualifiée chrétienne, mais commune à plusieurs religions du passé, à certaines écoles philosophiques grecques ou latines, et qui se résume dans « l'amour du prochain »...

Cet esprit chrétien du R.E.R que l’on retrouve par exemple dans l'Obligation prêtée par l'Apprenti au 18ème siècle : « Je promets et jure, en présence du Grand Architecte de l'Univers qui est Dieu »…ne doit pas nous faire oublier l’apport de la tradition judaïque. Les anciens rituels sont une référence permanente et exclusive à l'Ancien Testament. Bordeaux a accueilli pendant 10 ans celui par lequel tout débuta. Je veux parler de Martines de PASCALLY. Arrivé en Avril 1762, marié en 1767, il part à Saint Domingue en mai 1772. Il y décèdera en 1774. Lorsqu'il arrive en Aquitaine le 28 Avril 1762, les loges bordelaises ont suspendu leurs travaux à l'exception de La FRANCAISE qui va faire confirmer ses constitutions en Février 1765, à la fois par la Grande Loge de France et par la Grande Loge d'Angleterre. Dès son arrivée, PASCALLY crée une loge : LA PERFECTION DES ELUS ECOSSAIS. En 1767, LA FRANCAISE absorbe la loge de Pascally et devient LA FRANCAISE ELUE ECOSSAISE, titre qui ne sera officialisé qu'en 1804 lors de la reprise des travaux après la Révolution. C'est probablement en 1783 qu’est installée une Loge d'Adoption souchée sur La Française. L'étude des rituels (qui, à quelque adaptation près sont symboliquement identiques à ceux de la loge mère) est révélatrice. Tout l'enseignement est construit sur l'étude et la référence à l'Ancien Testament. L'échelle de Jacob est présente aux trois grades. NOE est le personnage central que ce soit pour la construction de l'Arche, où celle de la Tour de Babel par ses descendants. La Lune, image symbolique du peuple hébreu y est en bonne place comme elle est omniprésente dans le rituel des Chevaliers Prussiens de la Stricte Observance Templière (S.O.T.). Notons encore, une autre référence à la lignée de NOE et à l'Ancien Testament. Lorsque Willermotz entreprend de remanier les cahiers de la Maçonnerie Rectifié, la Régence Ecossaise décide le 5 Mai 1785 que le mot de passe des Apprentis : TUBALCAIN doit être changé. Il est en effet celui d'un descendant de la race impure de Cain, fruit du péché originel. Il sera remplacé par « PHALEG » constructeur de la tour de Babel, descendant de la race bénie de SE M, fils aîné de NOE. Ainsi peut-on voir combien la Tradition Judéo Chrétienne du R.E.R est bien établie. Pour conclure, mes BAF je dois vous remercier de m'avoir sollicité pour présenter à votre Atelier un morceau d'architecture auquel je n'étais pas le moins du monde préparé. J'ai pris un grand plaisir à le faire. Et pourtant, je vous dois un aveu. Je ne me sens pas très à l'aise dans le déroulement du Rituel Rectifié. Mais un maçon ne doit jamais commettre l'erreur d'opposer tel rite à tel autre, ou de jeter l'anathème sur tel ou tel symbole. Rites et symboles sont les vecteurs de transmission du Message. Les opposer crée les malentendus, les attitudes intolérantes parce que nous interprétons différemment des mots et des formes qui recouvrent les mêmes idées, les mêmes principes. Prenons conscience quand nous nous engageons dans l'aventure spirituelle que le but de nos recherches est identique, bien qu'il puisse porter des appellations différentes : VERITE, SAGESSE, LUMIERE, SALUT, CONNAISSANCE. Cette quête éternelle préfigure l'Age d’Or, La Cité Sainte, la Jérusalem Céleste, la Construction du Temple, le royaume de Dieu, la découverte du Graal, ou, plus prosaïquement, la Société Nouvelle. Tous ces mots expriment les mêmes idées, les mêmes aspirations. Ils diffèrent parce que diffère la voie choisie pour atteindre les mêmes sommets. Soyons donc modestes dans nos jugements. Appliquons nous à étudier l'histoire de l'Ordre dans tous ses aspects. Acceptons de voir dans les différents Rituels, le fruit des méditations, des études et des recherches des Sages du passé qui ont puisé au fond commun de la tradition. Nous aurons alors contribué vraiment à faire de la maçonnerie ce que nous prétendons qu'elle est dans nos discours : « LE CENTRE DE L'UNION ».

Source : www.ledifice.net

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