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Hauts Grades

Martines de Pasqually (1710 ?-1774)

22 Octobre 2012 , Rédigé par X Publié dans #histoire de la FM

Martines de Pasqually est un personnage mystérieux. Le nom sous lequel il s'est fait connaître n'est peut-être qu'un hiéronyme, et son identité profane n'a pas encore été percée. Ses origines sont obscures, mais retenons l'hypothèse de Robert Amadou, pour qui Martines était vraisemblablement d'origine juive espagnole, marrane ou demi-marrane. Sans doute est-il né vers 1710, à Grenoble ou près de Grenoble, mais le français n'est pas sa langue maternelle. Il vécut un temps de l’état militaire, avant de se consacrer exclusivement à son ordre. Il est mort à Saint-Domingue, où il était parti régler une affaire profane, en 1774.
Celui dont Saint-Martin ne craignait pas d'avouer qu'il était le seul mortel dont il n'ait pu faire le tour, celui auquel Jean-Baptiste Willermoz, un autre de ses disciples, ne reconnaissait pas de second, reste donc encore bien énigmatique plus de deux siècles plus tard. Beaucoup de ses contemporains l'ont un peu hâtivement jugé, mais le Philosophe inconnu, lui, ne s'y est pas trompé, qui a reconnu Martines pour un maître, et même son premier maître.

Martines de Pasqually se disait catholique romain, il suivait et même prescrivait les rites de l’Eglise de Rome, et sa sincérité ne fait aucun doute. Cependant, sa doctrine ne relève pas de la théologie romaine, mais du judéo-christianisme primitif, antérieur aux premiers grands conciles de l'Eglise une et indivise.

Les émules de Martines ne peuvent être, eux aussi, que judéo-chrétiens. Il en fut de plus juifs que chrétiens, et de plus chrétiens que juifs (la plupart des élus coëns étaient du reste catholiques romains), mais leur livre de référence constante n'a cessé d'être la Biblejudéo-chrétienne : Ancien et Nouveau Testaments. Le martiniste de toujours est un homme de la Bible.

Avec les voies théurgiques corollaires, le martinisme se présente donc en Occident comme un rameau de l'ésotérisme judéo-chrétien, dépositaire de la doctrine de la réintégration. Cette doctrine doit être étudiée, assimilée, avant de passer ou de ne pas passer, à une éventuelle pratique. Car nul ne peut s'engager dans la théurgie sans une profonde connaissance théorique des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers.

Or la doctrine martiniste, qui est un illuminisme, a été transmise par Martines de Pasqually au sein de l'Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l'univers, dont il se présentait comme le « grand souverain », ou l'un des sept grands souverains, et auquel il voua sa vie tout en se défendant d'en être le fondateur. En 1760 au plus tard, Martines de Pasqually a commencé de recruter dans les loges maçonniques du Midi de la France pour son ordre. Mais avant Martines, nulle trace visible de cet ordre-là, fut-ce sous une forme non-maçonnique. De toute évidence en effet, Martines a bien organisé matériellement son école, ce qui n’exclue pas qu’il ait eu des prédécesseurs, des archives, et même des collègues, comme il l’écrit lui-même.

De toute évidence aussi, l’Ordre coën incarne cette société qui, comme le dit une prière coën, a été formée dès le commencement. C’est un avatar de l'Ordre des élus de l'Eternel, lui-même tout spirituel et tout informel, et voilà pourquoi Martines se défendra de l’avoir fondé. Car si l'Ordre coën a revêtu une forme maçonnique au XVIIIe siècle, il eut pu, en d'autres temps, en d’autres lieux, revêtir d'autres formes. Et Martines a volontairement placé son école sous le patronage de Josué.

Extérieurement, voire exotériquement, l'Ordre des élus coëns apparaît comme une société maçonnique, parce que la franc-maçonnerie du XVIIIe siècle est l'une des rares associations tolérées par l'Eglise catholique romaine. Mais aussi parce qu'elle est par nature, depuis ses origines et jusqu’aujourd’hui, un véhicule privilégié de l'ésotérisme judéo-chrétien. Ses premiers émules, Martines les recruta donc tout naturellement dans des loges maçonniques, et son ordre s’est présenté comme un système de « hauts grades » maçonniques.

Cependant, pour Martines de Pasqually, la franc-maçonnerie ordinaire est « apocryphe », et tout maçon qui n'est pas coën n'est qu'un pseudo-maçon. De profondes différences entre la maçonnerie classique, même mystique, qu’il tenta en vain de réformer, et la maçonnerie coën, ainsi que le besoin d'indépendance de l'ordre, l’ont donc amené rapidement à prendre ses distances avec la franc-maçonnerie de son temps.

Selon ses Statuts généraux de 1767 l'Ordre est constitué des grades suivants, eux-mêmes souvent répartis en sept classes : apprenti, compagnon, maître (1ère classe) ; maître élu (2e classe) ; apprenti coën, compagnon coën, maître coën (3e classe) ; grand architecte (4e classe) ; chevalier d'orient (5e classe) ; commandeur d'orient (6e classe) ; réau-croix (7e classe)
Ces grades étaient conférés par une initiation rituelle plus ou moins complexe au cours de laquelle le candidat revivait par exemple un épisode de l'Ecriture sainte, et surtout par une indispensable ordination qui devait faire de lui le réceptacle d’esprits intermédiaires entre Dieu et l'homme, des anges de lumière.
Les élus coëns n’étaient donc pas de simples francs-maçons. Pour Martines, ce sont de vrais maçons: des prêtres choisis (c'est ce que signifie élu coën), capables de célébrer le culte primitif dans le temple qu'ils contribuent à édifier. Mais le sacerdoce coën ne doit pas être confondu avec celui des cohanim de l'Ancienne alliance, ni avec la prêtrise instituée par l'Eglise dès les temps apostoliques.
Car le but de l'Ordre coën dépasse de beaucoup celui de la plupart des rites de la franc-maçonnerie mystique. Ce but, l'élu coën Vialetes d'Aignan l'explique dans son discours de réception du chevalier Guibert, le 24 mars 1788. C'est, dit-il, «un ordre qui, ayant pour but de ramener l'homme à sa glorieuse origine, l'y conduit comme par la main, en lui apprenant à se connaître, à considérer les rapports qui existent entre lui et la nature entière dont il devait être le centre s'il ne fût pas déchu de cette origine, et enfin à reconnaître l'Être suprême dont il est émané" .
Selon Martines, la doctrine de la réintégration dont l'ordre est dépositaire, avec la pratique théurgique corrélative, se sont transmises jusqu'à lui, à travers maintes générations, depuis Enoch. Cette lignée est celle des élus, petits ou grands, de l'Eternel. Mais qu'est-ce que la doctrine de la réintégration ? Le mot réintégration en est la clef, qui signifie réhabilitation, restitution d'un certain pouvoir perdu, et retour en un lieu d'où l'on a été chassé.
Cet enseignement, Martines le dispensa dans son école, oralement et au moyen des instructions des différents grades. Enfin, il remettra aux réaux-croix le Traité sur la réintégration, son unique ouvrage inachevé. C’est un long commentaire du récit biblique, un midrash du XVIIIe siècle, qui, en complément des nombreuses instructions de l’ordre, contient les bases doctrinales indispensables à tout véritable coën.

 

Source : http://www.institut-eleazar.fr/

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