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Hauts Grades

Martinesisme et Martinisme (1)

14 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Le titre de l'ouvrage de Papus, Martinésisme, Willermosisme, Martinisme et Franc-Maçonnerie (1899), circonscrit assez exactement ce que l'historiographie moderne désigne sous le nom de « martinisme », du moins pour la période des origines et des premiers développements (XVIIIe siècle, début du XIXe siècle) ; l'appellation de « second martinisme » étant appliquée à l'histoire de l'Ordre martiniste « réveillé », aux dires du même Papus, mais en réalité fondé par lui, en 1887. « Martinisme » : cette dénomination réfère, non pas tant à Louis-Claude de Saint-Martin (mais à lui tout de même) qu'à Martines de Pasqually, maître à penser, maître à agir, maître à prier et maître à officier de tous ceux dont l'ensemble, en apparence hétérogène mais unifié en son fond, constitue le genre d'ésotérisme ainsi désigné, suffisamment typé pour trancher sur le reste des courants de pensée du Siècle des Lumières, y compris lorsque ces courants de pensée revêtent des formes initiatiques - en l'occurrence maçonniques -, et pour susciter, aujourd'hui comme alors, des réactions contrastées.

La doctrine

Au commencement, donc, était Martines de Pasqually. L'homme, et surtout sa doctrine : c'est elle qui qualifie le « martinisme ».

Cette doctrine est une gnose, c'est-à-dire une « science » au sens traditionnel du terme : elle n'est pas tant axée sur l'acquisition d'un savoir, de connaissances - encore que cet aspect ne soit pas absent, loin de là - que sur la transformation de l'être intime de celui qui s'y adonne. C'est une science active et opératrice spirituellement, une science transformante, qui a en vue non les objets mais le sujet.

Cette doctrine est totalisante. C'est une hiérohistoire, une Histoire sainte, de l'homme et de l'univers dans leurs rapports réciproques et dans leurs rapports avec Dieu. Histoire qui n'est pas seulement descriptive mais dynamique, faite des actions et des réactions, des « contre-actions », comme dit Martines, à la fois de l'homme et de Dieu. Cette histoire ne se borne en effet pas à constater, à dresser le tableau de l'évolution des « rapports entre Dieu, l'homme et l'univers », pour citer le titre d'un ouvrage marquant de Saint-Martin, elle est toute ordonnée vers la modification de ces rapports et, pour tout dire, vers leur restauration. Car ces rapports se sont dégradés et toute l'affaire, c'est de les rétablir dans leur intégrité première.

Elle est donc faite - et ce contenu typifie bien une Histoire sainte - des actes de rébellion de l'homme contre Dieu, puis de sa venue à résipiscence, comme des interventions de Dieu en vue de la punition de l'homme, puis de sa réconciliation - de sa punition en vue de sa réconciliation.

La doctrine de Martines, et la pratique qui va avec, comporte donc une cosmologie, qui est une cosmogonie, débouchant sur une cosmosophie. Une anthropologie, qui est une anthropogenèse et aussi une anthroposophie. Une théologie, qui est une théosophie. Une angélologie, qui est une angélodulie, un culte des anges et avec les anges, donc une liturgie. Toutes placées sous le signe de la Sagesse ou Sophia. Tout cela va devoir être explicité.

A l'origine, origine du temps comme du monde, il y a la chute, que Martines appelle « prévarication », terme d'usage courant dans l'école spirituelle française de l'âge classique. Chute ou prévarication double : d'abord des anges, puis de l'homme.

Mais auparavant il y a une histoire avant l'histoire, un temps avant le temps. Dans ce temps antéhistorique, pré-temporel, l'Eternel - dénomination qui souligne que Dieu Créateur est souverainement exempt de toute détermination temporelle (les Pères grecs marquent cela plus nettement encore en parlant de « Dieu Pré-éternel ») - l'Eternel, donc, émane des « esprits » au sein de ce que Martines appelle « l'immensité divine ». Leur nombre est infini et cette « infinité » n'est pas statique mais dynamique : « la multitude des habitants de l'immensité divine croît et croîtra sans cesse et à l'infini sans jamais trouver de bornes », car la fécondité divine est ininterrompue : Dieu ne cesse jamais de créer.

Au vrai, le terme « créer » est ici impropre car Martines le réserve à la production des formes matérielles et temporelles ; pour les productions divines au plan spirituel, il emploie les vocables « émaner » et « émanation ». La distinction est capitale, parce qu'elle conduit à envisager l'« essence divine » - « essence » étant à prendre, selon la précieuse notation de Robert Amadou, non pas au sens philosophique, ni encore moins théologique, mais au sens chimique ou alchimique d' « espèce » ou de « nature active » - sous deux aspects différents : cette essence divine est « triple » relativement à la création, et elle est « quatriple » relativement à l'émanation, le quatriple étant d'ailleurs premier par rapport au triple. Il est hors de question d'entrer dans le détail complexe de ces considérations, sauf pour signaler qu'il en découle une numérologie et une arithmosophie que tous les disciples de Martines retiendront, et qui se retrouve par exemple telle quelle dans les grades du Régime Ecossais Rectifié élaborés par Jean-Baptiste Willermoz.

Autre remarque indispensable : les termes « émanation » et « émaner » ne renvoient nullement à l'hérésie gnostique de l'« émanatisme » qui est une forme de panthéisme. La langue classique, dont Martines, en dépit de ses impropriétés de langage et de ses idiotismes, est pour l'essentiel tributaire, n'impliquait nullement cela : dans son dictionnaire (paru en 1690), Furetière définit l'émanation comme la « dépendance d'une cause, d'une puissance supérieure », avec cet exemple remarquable : « L'âme raisonnable est une émanation de la Divinité ».

De cette « émanation », Martines tire une signification forte quant à l'essence des « esprits » ainsi perpétuellement émanés : s'ils n'appartiennent pas à l'essence divine, puisqu'ils en émanent, cependant - selon la distinction subtile de Robert Amadou - ils y participent, puisque ( Martines dixit ) « ils ont en eux une partie de la domination divine ». Et leur ensemble constitue « l'immensité divine » - laquelle n'est pas Dieu : pour suivre là encore Robert Amadou, « aux esprits émanés la pleine divinité, mais non pas la Déité ». Cette similitude d'essence qui n'est pas l'identité se concrétisera dans le Régime Ecossais Rectifié, enfant en cela de Martines comme des Pères de l'Eglise, dans le thème porteur et dynamique de l'« image et ressemblance ».

L'« immensité divine » est encore dénommée par Martines « cour divine ». Et, comme toute cour, elle est hiérarchisée. Les esprits sont donc différenciés en « classes » ou « cercles », qui sont « distingués entre eux par leurs vertus, leurs puissances et leurs noms », « selon leurs facultés d'opérations divines spirituelles ». Et, en dépit de l'avertissement de Martines selon quoi « cette fameuse immensité divine (est) incompréhensible non seulement aux mortels mais même à tout esprit émané ; cette connaissance n'appartient qu'au Créateur », lui-même nous livre cependant des aperçus sur les hiérarchies angéliques telles qu'il les contemple.

Ces cercles sont, selon un résumé de Willermoz, au nombre de quatre :

·  10. Cercle des esprits supérieurs dénaires : comme étant les agents et ministres spéciaux de la puissance universelle dénaire du Père créateur de toutes choses.

·  8. Cercle des esprits majeurs huiténaires : comme agents et ministres immédiats du Verbe de Dieu, qui est l'être de double puissance quaternaire.

·  7. Cercle des esprits inférieurs septénaires : comme agents et ministres directs de l'Action divine opérante de puissance quaternaire divine et opérant la triple essence créatrice.

· 3. Cercle des esprits mineurs ternaires : comme étant les agents de manifestation de la quatriple essence divine.

Comme on voit, la hiérarchie des esprits est une hiérarchie de fonctions, lesquelles réfèrent aux trois Personnes de la Divine Trinité.

Personnes ? C'est beaucoup dire. Martines refuse explicitement la distinction hypostatique qui fonde la théologie chrétienne depuis les formulations dogmatiques du concile de Nicée en 325. Il est radicalement « unitarien », à l'extrême rigueur « modaliste » : la distinction, symbolique, entre les « trois Personnes en Dieu » réfère chez lui aux « trois facultés divines qui sont la Pensée, la Volonté et l'Action, ou, dans un autre sens (...), l'Intention, le Verbe et l'Opération ». Ces trois facultés sont typifiées par le Père, le Fils et le Saint-Esprit, comme elles sont symbolisées par Abraham, Isaac et Jacob, constamment présents pour cette raison dans les prières et dans les grades de l'Ordre des Elus Coens.

Cette théologie trinitaire, non pas tant hétérodoxe qu'archaïsante, « pré-nicéenne », comme dit Robert Amadou, n'était pas tenable à l'égard des disciples de Martines, tous de foi, et pour la plupart de pratique, chrétiennes. Le paradoxe était que Martines imposait, comme condition à l'admission dans son Ordre, l'appartenance à une Eglise : l'Eglise catholique romaine, dont il n'épousait pas vraiment un des deux dogmes fondamentaux, celui de la Sainte Trinité ; l'autre étant le dogme de la double nature du Christ, qu'il épousait au contraire à fond. N'étant pas tenable, elle ne fut pas tenue. Et l'on voit très vite ses disciples revenir, par exemple dans les Leçons de Lyon (1774-1776), à une théologie trinitaire dogmatiquement orthodoxe, dont la résonance avec l'héritage martinésien était d'ailleurs, et est toujours, bien plus riche et vivifiante du point de vue de la theoria comme de la praxis . Comment en effet vivre une vie de prière, non seulement personnelle mais aussi liturgique, comme l'Ordre des Elus Coens l'impose à ses membres, au sein d'une Eglise tout en étant en déphasage avec le premier de ses articles de foi ? C'eût été les condamner à une schizophrénie spirituelle mortifère !

Mais revenons à l'Histoire sainte. L'immensité divine, quoiqu'en expansion dynamique, était parfaite, donc autosuffisante. Survint alors un premier accident, avec la prévarication des esprits pervers qui, voulant s'égaler à l'Eternel, voulurent devenir comme Lui causes premières, de causes secondes qu'ils étaient, voulurent comme Lui « opérer », c'est-à-dire émaner. Cela échoua, bien évidemment, et provoqua une catastrophe cosmique au sens littéral de l'expression. En effet, l'Eternel créa, ou plutôt ordonna aux esprits mineurs demeurés fidèles de créer - et ici il ne s'agit plus d'émanation mais bien de création - l'univers matériel temporel afin d'y « contenir et assujettir les esprits mauvais dans un état de privation », autrement dit d'y emprisonner les « esprits prévaricateurs ». - Notons là au passage un relent des gnosticismes historiques : la matière a une connotation relative au mal ; mais il y a pourtant une différence capitale : la matière n'est pas mauvaise en soi, puisqu'au contraire elle est destinée à contenir le mal et à l'empêcher de contaminer tout. Néanmoins son origine entraîne deux conséquences : le mal n'ayant pas de définition affirmative, mais au contraire négative, et n'ayant donc pas de réalité subsistante, la matière n'en a pas non plus ; et, comme lui, elle est destinée à disparaître à la fin, à se désintégrer. Martines répète à l'envi que la matière est nulle, vaine, qu'elle n'est qu'apparence, et qu'il n'y a de réalité vraie que spirituelle - les Pères de l'Eglise ne pensaient pas autrement. C'est encore là un legs de la doctrine martinésienne au Régime rectifié, qu'on retrouve en particulier au grade de Maître.

Cette matière créée par les opérations des esprits mineurs ternaires l'est par la mise en jeu de toute une série de ternaires ou de triades issues, par combinaisons simultanées et successives, à partir du ternaire premier, celui des « essences spiritueuses » (« spiritueuses » au sens de la chimie ou de l'alchimie, à ne pas confondre avec « spirituelles »), elles-mêmes « provenues de l'imagination divine ». Les êtres spirituels, au contraire - et la différence est essentielle - préexistent en Dieu, comme on l'a vu, par un rapprochement à coup sûr fortuit avec la conception qu'Origène se faisait de la préexistence des âmes en Dieu. Des « essences spiritueuses » primitives, philosophiquement dénommées Sel, Soufre et Mercure, comme dans l'alchimie traditionnelle, proviennent donc, par mixage, les trois éléments de l'Eau, du Feu et de la Terre, puis, toujours par mixage, les trois principes corporels dénommés « aquatique », « igné » et « solide ». Martines assigne donc symboliquement à la terre une « forme triangulaire », en précisant qu'elle « n'a que trois horizons remarquables : nord, sud et ouest ». De cela aussi les Loges rectifiées ont hérité.

Cette catastrophe cosmique ne fut pas sans contre-coups sur la « cour divine ». Les esprits mineurs ternaires durent la quitter, délégués qu'ils étaient par l'Eternel à la création puis à la conservation, on verra comment, de l'univers matériel temporel. Et si, au sommet de la hiérarchie angélique, « les esprits dénaires divins ne sont jamais sortis de la place qu'ils occupent dans l'immensité divine », d'autres esprits furent à leur tour « assujettis au temporel quoiqu'ils ne soient point sujets au temps » par leur nature propre, étant eux aussi délégués hors de cette immensité afin d' « opérer (...) des actions spirituelles temporelles », autrement dit d'« actionner et opérer dans le surcéleste, le céleste et le terrestre » - qui sont les trois divisions de l'univers créé, sur lesquelles nous reviendrons - « étant destinés à accomplir la manifestation temporelle de la justice et de la gloire du Créateur ».

Cette délégation hors de l'immensité divine, Martines la désigne du nom d'« émancipation », qu'il ne faut surtout pas confondre avec l'« émanation ». Il y a eu, il y a, il y aura toujours émanation dans l'éternité, ou du moins dans la sempiternité ; il n'y a eu émancipation que dans le temps, pour des raisons circonstancielles.

Sont donc émancipés tous les esprits ternaires pour vaquer aux choses matérielles de l'univers, ainsi qu'un « nombre suffisant » d'esprits septénaires pour « opérer dans le surcéleste des actions spirituelles temporelles », certains d'entre eux étant d'ailleurs, pour ce faire, « revêtus d'une puissance dénaire », puisque les esprits dénaires étaient demeurés en leur lieu.

Restait donc, dans l'immensité divine, la place laissée vacante par le départ des esprits ternaires : chose impossible de soi car « il ne peut y avoir de vide auprès du Créateur ni dans son immensité ». Aussi fut-elle occupée par une nouvelle production, particulièrement éminente et glorieuse, le « mineur spirituel quaternaire » - quaternaire à l'image de la Divinité -, à savoir l'Homme.

Après son émanation directe par l'Eternel Lui-même, sans coopération aucune - comme précédemment pour les autres êtres spirituels et à la différence de la création temporelle, confiée aux esprits ternaires - l'Homme fait l'objet d'une double émancipation : est d'abord émancipé dans le « surcéleste » l'ensemble des êtres spirituels constituant sa classe ; puis est émancipée dans le « céleste » une portion de cette classe, désignée sous le nom d'« Adam » ou « Réau », nom collectif ou individuel, ou plus vraisemblablement appliqué à un être unique contenant potentiellement en lui-même toute sa postérité spirituelle ; nom dont il nous est dit aussi que c'est un pseudonyme, lequel réfère à la nature ou à l'état de celui qui le porte. Car « cet homme-Dieu, dans son état de gloire, avait son nom propre attaché directement à son être spirituel ». Selon toutes les traditions avérées, tout nom est puissance. Or la puissance comme la gloire d'Adam étaient suréminentes. « Il reçut (du Créateur) le nom auguste d'homme-Dieu de la terre universelle », il fut « élu dieu de la terre ». Lui, dernier venu des êtres spirituels émanés, il fut établi au-dessus d'eux tous, et à deux fins qui au vrai n'en font qu'une : « contenir en privation » les esprits pervers, les « molester », « manifester la gloire et la justice divines contre les esprits prévaricateurs » ; mais, au bout du compte, les réconcilier. Le châtiment n'est pas pour la punition, il est pour la résipiscence. En cela, Martines est - encore comme Origène - un tenant résolu de l'apocatastase.

Adam, donc, fait à l'image et à la ressemblance divines, et placé « en aspect de la Divinité », « dans son premier état de gloire était le véritable émule du Créateur. Comme pur esprit, il lisait à découvert les pensées et opérations divines ». Le Créateur lui fit exécuter trois opérations par lesquelles il reçut la Loi, puis le Précepte, et enfin le Commandement. Ensuite Il l'abandonna à son libre arbitre. Et voilà qu'Adam prévarique, à son tour ! Séduit par les esprits pervers qui lui soufflent d'opérer « la puissance de création divine » qui est innée en lui, puisqu'il est créateur. Et il se retrouve, à son tour, captif de la prison matérielle dont il devait être le geôlier ; ou plutôt, lui qui devait travailler à réconcilier, il doit maintenant peiner à se réconcilier. Moyennant les secours dont Dieu, à l'inlassable miséricorde, le pourvoit : l'ascèse et le culte. Et sa place, vacante au centre du surcéleste, attend qu'il revienne y trôner : « c'est dans ce saint lieu qu'il faut que la postérité mineure spirituelle d'Adam soit réintégrée ».

Reste le sort réservé à une autre catégorie d'esprits : les esprits « huiténaires » ou « octénaires ». Cette classe - deuxième dans la hiérarchie angélique - ni ne demeure dans l'immensité divine, ni n'est émancipée dans une région déterminée. Il leur est assigné d'« aller opérer la justice et la gloire (du Créateur) dans les différentes immensités sans distinction ». Ce sont en quelque sorte des missi dominici chargés de porter secours à qui le mérite : « l'esprit doublement fort est chez toi lorsque tu le mérites et il s'éloigne de toi lorsque tu te rends indigne de son action doublement puissante ». Cette action est la réconciliation : cette classe d'esprits « aura éternellement à opérer ses facultés puissantes dans les différentes classes où sont placés les premiers et les derniers réconciliés ».

Il est donc temps de parcourir, comme eux, ces « trois immensités ». Précieuse, indispensable carte du voyageur - cette « carte routière des Elus Coens » (R. Amadou) - est la fameuse figure universelle , autrement dénommée tableau universel , dont il existe plusieurs représentations, les seules conformes aux sources ayant été publiées par Robert Amadou (en 1974, 1995, puis 1999) : la « figure universelle, dans laquelle toute la nature spirituelle, majeure, mineure et inférieure opère », au dire de Martines. Précieuse également la description raisonnée qu'en donne Willermoz (et que le même Amadou publie en Préface aux Leçons de Lyon , pp. 43-45). En voici un compendium :

L'« immensité divine » y figure pour mémoire, « ce lieu où les êtres spirituels les plus parfaits ne sauraient pénétrer, si ce n'est Dieu lui-même » - et, ajoutons, les êtres spirituels qu'il émane en permanence ; pour citer Robert Amadou : « Les pensées de Dieu sont des actes volontaires qui sont des êtres ».

Vient ensuite la « création universelle » - le cosmos -, composée des trois immensités, ou mondes, déjà citées : surcéleste, céleste et terrestre.

Le surcéleste, qui jouxte et tangente l'immensité divine, bien que « borné » au lieu que celle-ci est infinie, pourtant « en est la ressemblance » : « les mêmes facultés de puissance spirituelle se retrouvent dans l'une et l'autre immensité ». D'où - à l'image de l'immensité divine - également quatre cercles :

Au sommet, celui des esprits supérieurs dénaires (en fait, on l'a vu, « des esprits majeurs [...] revêtus d'une puissance dénaire ») ; son centre étant « le type et la figure de la Divinité d'où proviennent toute émanation et toute création » ;

De part et d'autre :
Le cercle des esprits supérieurs septénaires gardiens de la Loi divine ;
Le cercle des esprits inférieurs ternaires gardiens du Précepte spirituel divin ;

Enfin, en bas :
le cercle des esprits mineurs quaternaires, où l'Homme fut en premier lieu émancipé « en aspect de Dieu » et où il sera, à terme, réintégré lorsque sa réconciliation sera parfaite.

Viennent ensuite les deux mondes ou immensités qui composent la création universelle stricto sensu , création matérielle et temporelle, constituée de matière et soumise au temps, matière et temps qui ont débuté ensemble lors de la première prévarication, celle des esprits pervers.

La création universelle est circonscrite par une réalité mystérieuse dénommée « l'axe feu central », qui est « tout à la fois l'enveloppe, le soutien et le centre de la création ». Il est « le principe de la vie matérielle » : il l'anime ; la vivifie. On se souvient que la matière résulte de la combinaison des trois « essences spiritueuses » : « de même que les trois essences spiritueuses sont le principe de toute corporisation, de même l'axe feu central est celui de toute animation » (R. Amadou). Il est le principe d'individuation et de vie de tous les corps créés : « sans (lui) aucun être ne peut avoir vie et mouvement ». Et comment ? Parce qu'il est « l'organe des esprits inférieurs qui l'habitent et qui opèrent en lui sur le principe de la matière corporelle apparente ». Ces esprits inférieurs sont, on se le rappellera, les esprits ternaires, émancipés pour ce faire, qui procurent à chaque être corporel un « véhicule de feu central » ; notion précieuse et riche qui aura son répondant dans le thème du temple : « tout est temple », écrit Martines. Ainsi, « il ne peut exister aucun corps sans qu'il y ait en lui un véhicule de feu central, sur lequel véhicule les habitants de cet axe actionnent, comme étant provenu d'eux-mêmes ». Il doit être bien clair que ces véhicules « ne sont point des êtres spirituels. Ce sont des êtres de vie passive, destinés simplement à l'entretien des formes. Les productions ou émanations des esprits de l'axe ne peuvent être que temporelles et momentanées ».

La création universelle, ainsi enveloppée de l'axe feu central vivifiant, est quant à elle composée de deux immensités ou mondes : céleste et terrestre.

Le céleste - symbolisé par le mont Sinaï - est susceptible de deux divisions entre lesquelles se répartissent les « sept cieux » : l'une ternaire, l'autre septénaire.

La division ternaire se compose :

· Du « cercle rationnel », qui est « adhérent au surcéleste » via l'axe feu central, sous le signe de Saturne ;

· Du « cercle visuel », sous le signe du Soleil ;

· Du « cercle sensible », sous les signes conjoints de Mercure, de Mars, de Jupiter, de Vénus et de la Lune.

La division septénaire, qui se superpose à la précédente, est celles des « sept cercles planétaires qui renferment les sept principaux agents de la nature universelle », qui « opèrent pour la conservation et le soutien de cet univers ». Ils sont également chargés de réprimer les « êtres spirituels malins », emprisonnés, on s'en souvient, dans l'univers matériel, lesquels « combattent les facultés des actions influétiques bonnes que les êtres planétaires spirituels bons sont chargés de répandre dans le monde entier ». Ballotté entre les uns et les autres, le mineur-homme doit choisir. - On voit comment les données de l'astrologie traditionnelle sont incorporées dans une angélologie active qui est, si l'on peut dire, une angélomachie - combats des anges bons et mauvais - elle-même ordonnée dans la perspective eschatologique d'une Histoire sainte.

Enfin, de même que les quatre cercles surcélestes reflètent l'ordonnancement de l'immensité divine, de même les quatre cercles majeurs célestes, de Saturne, du Soleil, de Mercure et de Mars, reflètent le même ordonnancement ; cependant que les trois autres cercles, de Jupiter, de Vénus et de la Lune, ou plutôt les esprits qui y sont attachés, servent à « substancier » le « corps général terrestre», ou encore « création générale » ; de cette dernière « émanent tous les aliments nécessaires à substancier le particulier », ou « création particulière », à savoir « tous les habitants des corps célestes et terrestres ». L'une et l'autre, la création générale et la création particulière sont, on l'a vu, de constitution « triangulaire » ou « ternaire », comme par conséquent le « corps de matière » de l'homme actuel, bien différent de son « corps de gloire » primitif.

Mais le plus important est ailleurs. Martines invite instamment à « ne pas considérer ces trois cercles » - sensible, visuel et rationnel - « que matériellement ». Car en vérité ils symbolisent, par l'ascension que leur traversée représente, les étapes successives de la réconciliation des mineurs-hommes, au terme de laquelle ceux-ci seront réintégrés dans le cercle surcéleste quaternaire qui attend qu'ils en reprennent possession : « c'est dans ce saint lieu qu'il faut que la postérité mineure spirituelle d'Adam soit réintégrée ».

Car la grande, la vraie cause, la seule qui vaille, c'est la « réintégration des êtres dans leurs primitives propriétés, vertus et puissances spirituelles divines » - pour reprendre le titre du Traité. Réintégration qui exige la désintégration du corps de matière de l'homme, sa prison, afin de laisser reparaître dans tout son éclat son corps premier de gloire. Et la grande, la véritable affaire, la seule qui compte, qui est l'affaire de « la miséricorde du Père divin envers sa créature », c'est la réconciliation universelle, réalisation opérée chaque fois davantage au long de l'Histoire sainte, par le moyen des opérations que le « Réconciliateur universel (...), le Christ »- présent et agissant durant toute cette Histoire sous l'apparence de « types » - « avait à faire chez les hommes pour la manifestation de la gloire divine, pour le salut des hommes et pour la molestation des démons. Ces trois opérations sont : la première, celle qui s'est faite pour la réconciliation d'Adam ; la seconde, pour la réconciliation du genre humain, l'an du monde 4000 » - c'est-à-dire, selon la chronologie traditionnelle, après le déluge, avec Noé ; « et la troisième, celle qui doit paraître à la fin des temps et qui répète la première réconciliation d'Adam, en réconciliant toute sa postérité avec le Créateur ».

source : http://www.chroniqueshistoire.fr/

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Jacques BUCHET 14/04/2012 17:37


Mon Cher Patrick,


 


            Ce mail reste à dessein évasif car j’ignore
s’il est couvert et même s’il est toujours bon (homme-mobilite-Rennes@wanadoo.fr). C’est la seule coordonnée qui me reste te concernant. Il
est vrai que ton départ de NANTES (et de Titurel) date maintenant un peu…Je souhaitais si possible disposer de tes actuelles et complètes coordonnées car il est des choses qui vont mieux à dire
qu’à écrire. Alors si ce message te parvient merci d’avance de ta réponse.


            Bien à Toi,


 


Jacques BUCHET


jabuchet@wanadoo.fr