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Hauts Grades

Mon Frère d'où venez-vous ? D’une loge de St Jean

13 Octobre 2012 , Rédigé par A\ D\ Publié dans #Planches

Cet extrait rituélique n’est qu’un exemple des diverses allusions à Saint Jean qu’offre la Franc-Maçonnerie au travers de ses rituels et de ses symboles. Pourquoi nous rattachons-nous, comme d’ailleurs la majorité des Ordres Initiatiques occidentaux, à Saint Jean ?

Sur un plan historique, de nombreuses hypothèses, souvent contradictoires ou peu fondées, allant des antiques cénacles philosophiques perses appelés Jehan aux corporations de constructeurs dites Confraternités de Saint Jean en passant par les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem, furent ainsi avancées afin d’expliquer à tout prix l’origine étymologique de loge de Saint Jean en la rattachant à des événements indubitables.

En ce qui me concerne, ces controverses de chroniqueurs – même passionnantes ne me retiennent pas. Du point de vue symbolique, elles ne sont d’ailleurs que d’un intérêt secondaire et la Tradition demeure en la matière beaucoup plus enrichissante. Car, une fois de plus, c’est en elle que nous trouverons nos réponses …
René GUENON ne s’y est point trompé : il y voit une succession spirituelle johannite et ésotérique de l’Ordre du Temple et des Collèges de la Rose+Croix, qui avaient également pour patron Saint Jean. Assurément, il faut rendre témoignage que la Franc-Maçonnerie a reçu l’héritage de nombreuses organisations initiatiques antérieures et a ainsi permis à de nombreux concepts philosophiques issus de civilisations ou de traditions éteintes de demeurer vivants non seulement comme vestiges du passé mais également comme germes du futur.

Saint Jean, abstraction faite de tout esprit religieux dogmatique, se révèle particulièrement fécond d’enseignements ésotériques et initiatiques. Chacun s’accorde à le reconnaître. Je vais donc tenter de vous exposer que la Symbolique qui lui est rattachée se retrouve intégralement dans nos symboles maçonniques, ce qui justifie pleinement l’appellation de loge de Saint Jean.

Avant de commencer à vous faire part de mes réflexions et élucubrations, j’attirerai votre attention, V\M\ et vous tous mes BB\AA\FF\, sur un postulat de départ personnel: pour moi, il ne fait nul doute que tous nos rituels sont profondément infusés des traditions kabbalistiques et alchimiques. Je dirais même que la Franc-Maçonnerie en elle même reste une superbe transposition de la divine Alchimie. A ce propos, il est assez curieux de remarquer que l’Alchimiste et le Franc-Maçon travaillent tous les deux à la perfection de leur pierre respective …Ceci mériterait certainement que j’y consacre une autre planche…

La Franc-Maçonnerie ne se place pas uniquement sous le patronage de l’apôtre Jean mais bien sous celui des deux Saints Jean : l’évangéliste, Jean Boanergès, et le précurseur, Jean Baptiste. Pour moi, il ne fait nul doute que sur un plan ésotérique, ils se confondent dans un même symbolisme. N’y a-t-on pas vu Janus, le dieu aux deux visages mais à la seule réalité, le Saturne alchimique ? Maçonniquement, il ne peut échapper que les noms mêmes de ces deux personnages ont pour initiales les lettres J et B, inscrites sur les colonnes de la Loge en rappel des noms Jakin et Boaz du temple de Salomon ! D’autre part, ils sont fils, l’un de Zacharie et l’autre de Zébédée, dont l’initiale Z est l’hiéroglyphe de l’éclair et du tonnerre z. Ils sont donc fils du tonnerre ou initié par le feu. Or, le tonnerre se retrouve également dans le voyage du candidat à l’initiation maçonnique…

JEAN BAPTISTE le précurseur.

Jean le Baptiste est le fils de Zacharie. Celui-là même qui avait perdu la parole à cause de son incrédulité, la retrouve par son obéissance à la naissance de son fils. Jean le Baptiste, témoin de La Lumière, permet donc à son père de retrouver la parole perdue. Son application à « la parole
perdue » des Franc-Maçons qui ont reçu la Lumière, et dès lors en sont les témoins, est évidente.
N’oublions pas à ce propos, que l’Art des alchimistes n’a pas pour objet la recherche de l’or matériel mais bien la pierre philosophale, et donc sur un plan spirituel, la parole perdue, c’est-à-dire l’épuration de l’âme, la réintégration de l’homme, matière même du Grand Œuvre dans son essence divine originelle. A ce propos, il convient de rappeler que c’est la lettre hébraïque Shin c, signifiant le feu, qui mise au milieu du Tétragramme divin h w h y (Yod Hé Vav Hé) dont la Tradition enseigne que la prononciation - donc la parole - fut perdue et figurant parfois sur le sautoir du Vén\M\, engendre le nom divin IESCHOUAH h w c h y. Celui-ci se rapporte à la séphire Tiphéreth, sphère kabbalistique de la pierre philosophale, de la maîtrise maçonnique et du sublime 18ème degré…

Nazoréen, Jean Baptiste ne pouvait, comme Samson, se couper les cheveux, symbole de l’énergie spirituelle rayonnante, le phallos des Hellènes. En Alchimie, les cheveux désignent le Rébis de l’œuvre, la pierre au rouge parfait. Re-bis, la chose double et pourtant unique, or il y a deux Saint Jean qui ne forment qu’un…

Saint Jean Baptiste fut décapité par Hérode, il eut donc la gorge tranchée, ceci rappelle bien entendu le signe d’apprenti mais allons un peu plus loin sur le chemin ésotérique. Dans le Grand Œuvre Alchimique, après le stade de la putréfaction correspondant indubitablement au degré d’apprenti, il faut « couper la tête au corbeau », c’est-à-dire enlever les scories ou maçonniquement équarrir la pierre brute, qui est précurseur de la quintessence symbolisée par l’étoile flamboyante au degré de compagnon dont les sommets sont marqués par la main sur le cœur dans le signe d’ordre…

On associe souvent Jean Baptiste à Elie et à Hénoch, également témoins de la Lumière qui doivent revenir à la fin des temps. Le premier serait certes à mettre en relation avec Elie Artiste des Rose+Croix et des Alchimistes dont le rôle est capital dans la génération de la pierre philosophale. Le second joue un grand rôle dans les légendes maçonniques. Hénoch est le seul homme qui a été réintégré de son vivant, en corps, âme et esprit, dans le Royaume d'Eden. Et, en ce qui me concerne, la réintégration spirituelle reste la substantifique moelle de l’initiation maçonnique. Ce n’est donc pas sans conséquence que Jean est associé à ces deux personnages…

La fête de Saint Jean Baptiste est située à un moment astronomique qui en révèle le sens caché. C’est le 24 juin, au solstice d’été, quand le soleil parvient à son apogée de puissance et de rayonnement. C’est alors l’éveil des feux de la St Jean, le symbole de la lumière venant illuminer l’Esprit. Jean représente donc symboliquement l’annonciateur du principe universel et unique du Feu-Principe, de la Lumière, émanation et manifestation de la Cause première.

Etymologiquement, IOANNES serait formé de deux mots chaldéo-hébraïques : io et Oannès. Io signifie pigeon et Oannès était le dieu sumérien qui apporta l’initiation aux hommes et leur transmis la lumière. Cet « homme-poisson » instruisait les hommes en les sciences et les arts, également en agriculture et dans le secret des métaux, dans leur fonte…

Le feu en raison de sa profonde signification ésotérique, joue un rôle capital de médiation et de purification dans toutes les initiations traditionnelles. Celles-ci ont toujours pour objet la mort mystique de l’homme profane suivie de la résurrection de l’initié, du nouvel homme, qui aspire à la Connaissance parfaite par la Rédemption et la réintégration, la communion totale avec la cause première, l’Amour spirituel... C’est également ce soleil spirituel symbolisant la Connaissance, que représente Hercule vêtu d’une peau de lion et d’or, symboles solaires et dont les 12 travaux ne sont autres que les phases du Grand Œuvre Alchimique…

Mais la fête solsticiale est également la fête de l’eau purificatrice et génératrice. Il y a, malgré les apparences, souvent trompeuses, une correspondance entre l’eau et le feu. Il faut d’abord un baptême de l’eau avant celui du feu. Les philosophes alchimiques brûlent par l’eau et lavent par le feu nous enseigne Flamel. Telle est la lessive philosophique. Laver latone. Solve et Coagula …C’était tout le message et le symbole de la Rose+Croix marquant la réalisation du Grand Œuvre : I.N.R.I. Igné Natura Renovatur Integra ; c’est également le symbolisme de Saint Jean.

Sur un plan plus exotérique, Jean le Baptiste fut assassiné pour ses idées d’égalité sociale, de liberté, de fraternité, de renoncement, de repentir et parce qu’il avait consacré sa vie à ouvrir les yeux des Hommes à la Lumière brillant dans les ténèbres. Ce qui n’est point sans rappeler l’idéologie maçonnique ainsi que la persécution cléricale dont elle fut victime. Il n’est donc point étonnant qu’il fût choisi comme saint patron.

Jean l’évangéliste.

L’apôtre préféré du Christ apparaît dans les évangiles comme le modèle-type des initiés. Inutile de rappeler que son Prologue et son Apocalypse sont à juste titre considérés comme de véritables monuments ésotériques et alchimiques en hommage à La Lumière. Selon plusieurs auteurs, Saint Pierre symboliserait l’église extérieure, exotérique, tandis que Saint Jean, l’église intérieure, ésotérique et gnostique. Dès lors, avons-nous ici encore une preuve du rattachement de la Franc-Maçonnerie à la tradition gnostique ?

N’a-t-il pas été désigné par son maître comme « le fils du tonnerre » ? Il est donc initié par le feu et dépositaire des secrets cachés de la Sagesse. Il est aussi consacré, suite au dernières paroles au Golgotha, comme « fils de la Vierge », expression similaire au fils de la Veuve, et désignant les initiés. Sur un plan alchimique, le fils de la vierge se nourrit en son sein de son lait tout comme le lait virginal ou lait de la lune est en rapport avec l’opération du Grand-Œuvre appelée « multiplication » qui nourrit de ce lait la pierre philosophale afin d’en multiplier son pouvoir.
Et le maçon n’est-il pas celui qui témoigne de son initiation par son comportement différent dans la vie profane et après s’être transmuté individuellement, peut devenir facteur de changement sociétaire.

Symbolisme de Saint Jean ou symbolisme franc-maçonnique ?

Dans le cadre de cette planche limitée par le temps de parole qui me fut donné, je n’évoquerai qu’un seul symbole johannite que l’on retrouve facilement en maçonnerie : le gamma grec, mais sachez qu’ils sont multiples : l’aigle, l’oiseau initiateur qui vole le plus haut et peut contempler le soleil, la toison d’or, l’agneau, le daleth hébraïque, Janus, le soleil et la lune…

Le Gamma grec (ou la lettre G)

La lettre symbolique que l’on attribue à Saint Jean est le gamma grec qui représente en minuscule graphiquement et astrologiquement la tête du bélier. Nous sommes ici en présence d’un glyphe profond, au sens multiple. Il représente non seulement la materia prima des alchimistes mais le moment où il faut commencer le Grand Œuvre. Or le bélier zodiacal en hébreu Tholeh l f h - possède la même valeur numérique, les mêmes lettres et le même nombre de lettres que la rosée. Le bélier de part sa vigueur souligne le feu essentiel et suggère l’eau aérienne stable. Mais le petit gamma grec est également symbole du chêne, arbre sacré des druides, symbole de l’agent primordial mais aussi de la materia prima. Mais le plus intéressant, c’est que les feuilles de cet arbre portent parfois des excroissances appelées noix de galle d’où, en langue des oiseaux, gala. Et gala (•8 en ancien grec, signifie lait, allusion au lait virginal des alchimistes qui nourrit Saint Jean et la Pierre philosophale, tous deux fils de la Vierge. La Tradition est infaillible. Comme dirait l’Evangéliste, que celui qui a des oreilles entende !

Précisons que le gamma grec majuscule n’est autre qu’une équerre : « Toutes nos équerres sont des signes et tous nos signes se font par l’équerre ».

La Franc-Maçonnerie conservant depuis des siècles l’ésotérisme traditionnel a fait de ce symbole la lettre G qui apparaît bien évidemment au grade de compagnon, basé sur le chiffre 5, sur la quintessence. Elle se veut avant tout l’expression du Feu-principe, de la Lumière, de la Connaissance, de la Vie, arcane suprême de l’initiation maçonnique.
Par ailleurs, initiales multiples de Géométrie, gnose ou de God, déformation du iod hébraïque y, symbole du sel alchimique ou initiale de la matéria prima, la lettre G fut certes le sujet de nombreuses planches. N’étant pas l’objet de la mienne aujourd’hui, je ne m’y attarderai pas plus longtemps.

CONCLUSIONS

Ces quelques lignes sur les deux Saints Protecteurs de la Franc-Maçonnerie ne sont évidemment qu’une faible ébauche de ce qui pourrait être dit sur un sujet en étroit rapport avec la Tradition Gnostique. Les aspects traditionnels et le symbolisme de la Lumière et de la Connaissance liés à
Jean sont très profonds et remontent loin dans le temps tout en restant vivant dans notre initiation maçonnique. Le patronage de Saint Jean se révèle le symbole secret de la Puissance Illuminatrice, dont la couleur symbolique est le rouge que nous trouvons sur nos tabliers de maîtres et dans les hauts grades de l’Ecossisme.

L’incomparable valeur du message universel de Saint Jean et de la philosophie transcendantale qu’il renferme permet d’envisager pleinement le rôle immense que la Franc- Maçonnerie est appelée à jouer de par cet héritage reçu de la Rose+Croix.
Elle peut ainsi satisfaire le besoin métaphysique ou religieux - intérieur à chaque homme. Par un retour à ses sources, elle peut être une voie privilégiée, celle de l’Art Royal, ouverte à tout homme indépendamment de sa foi, mais considérant comme « sacrés » les principes de valeur absolue de la personne humaine, de mission spirituelle de l’homme, de perfectibilité tant individuelle que sociale du genre humain par la voie johanniste de la Connaissance et de l’Amour. Ceci constitue également le fondement métaphysique de la Fraternité Maçonnique.

J’ai dit, V\ M\

Source : www.ledifice.net

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