Samedi 2 février 2013 6 02 /02 /Fév /2013 16:45

Pour notre Frère JMG qui a perdu un Frère de sa famille…

C'est toute la vie d'un Franc-maçon qui s'inscrit entre une mort initiatique virtuelle et une mort physique terriblement réelle et redoutée. C'est le parcours d'un voyageur sans bagage : les initiés sait qu'il s'est engagé dans une voie qui ne s'arrêtera qu'avec son dernier souffle et l'espoir d'avoir donné un sens à sa vie. Être initié, c'est apprendre à vaincre ses peurs et c'est faire de cette « maladie mortelle » le moteur de sa vie. C'est en effet la mort et l'impénétrable question qu'elle pose qui donne un sens à la vie.

L'homme primitif ne pouvait concevoir qu'il n'était qu'un être fini dans un univers infini. Alors, il se mit à ensevelir ses morts afin qu'ils puissent continuer de vivre dans l'espoir d'une renaissance. La mort ne pouvait être la fin de la vie, mais en revanche le commencement d'une autre. C'est pourquoi, dans toutes les traditions initiatiques, la mort est au coeur de la vie comme la vie est au coeur de la mort.

La vie et la mort sont comme le jour et la nuit : la nuit n'est pas la fin du jour, elle est le passage entre deux jours. Pour le soleil il n'y a pas de nuit. Pour la vie il n'y a pas de mort. La nuit n'existe que pour celui qui est dans les ténèbres. La mort n'existe pas dans la nature elle n'est qu'une invention de l'homme. La nature ne meurt pas : elle se régénère en permanence. L'arbre s'abat, mais la forêt demeure, de même que si les feuilles tombent, l'arbre, lui, ne meurt pas.

La mort n'existe pas, c'est nous qui existons et qui cessons d'exister le moment venu. La fin est écrite dès le commencement dans chacune de nos cellules. Au terme de sa vie, celui qui s'éteint porte en lui une étincelle de vie qui permettra à la nature de se régénérer 1. Entre ces deux instants, cet être aura eu le désir de vivre, la volonté de bâtir, la force de s'élever, le devoir de se construire et le besoin de donner un sens à sa vie en même temps qu'une direction et un but.

L'initiation fait sortir le profane de ses ténèbres et elle lui ouvre de nouvelle porte sur des vues nouvelles et tente de lui apprendre un regard nouveau sur l'univers et les choses. Elle nous apprend à ne plus mesurer le monde et la vie à l'aune de notre seule existence. Elle nous incite à considérer cette dernière comme un passage entre deux états vers une nouvelle destination que nous ne pouvons concevoir. De même qu'avant de devenir papillon, la chenille ne pouvait imaginer pouvoir vivre parmi les fleurs et voir le monde d'en haut. De même également, l'épi de blé n'a aucunement conscience d'avoir d'abord été un grain qui a pourri dans la terre.

C'est ainsi que l'initiation, pur produit de l'esprit humain qui se veut immortel, s'imposa comme une évidence à celui qui ne voulait pas mourir. C'est pourquoi, si les croyances, les rites et les religions sont différentes, elles débouchent toutes sur une même espérance en une autre forme de vie. Pour les Mésopotamiens c'est la vie terrestre qui primait. Pour les Égyptiens, la vie n'était qu'un bref passage dans l'éternité. Dans les mystères d'Eleusis, on exhortait les fidèles à se purifier avant de rejoindre le séjour bien heureux d'où ils avaient été exilés. Les Gaulois, eux également, croyaient à la réincarnation. Dans la religion celte, la mort était un changement d'existence dans un lieu où le temps n'existait plus. Pour les Incas et les Mayas, la vie d'outre-tombe était basée sur le comportement terrestre du défunt. Dans le Livre des Morts tibétains, il faut utiliser la mort comme une porte pour entrer dans d'autres vies heureuses jusqu'à la libération finale. En Inde, la réincarnation est toujours au centre de la religion. Pour les Orientaux, la mort n'est qu'un état de conscience parmi d'autres inscrits dans un cycle de vie éternelle. Dans la religion chrétienne, l'amour finit par triompher de la mort et l'Eucharistie efface ainsi la malédiction biblique. En Islam on ne meurt pas, puisque l'âme est immortelle, et cette vie se poursuit dans un autre monde.

Ces différentes attitudes face à la mort peuvent être regroupées autour de trois grandes conceptions :
1 -- la vision matérialiste, d'Épicure à l'humanisme athée, qui considère que la mort est absurde et insensée. Elle n'est que l'interruption d'un fonctionnement bio psychique et tout simplement un scandale.
2 -- la vision spirituelle, qui domine en Occident, veut que la vie, la souffrance et la mort ne soit que des épreuves et des passages vers une vie éternelle, dans un lieu hors de l'espace et du temps.
3 -- les visions bouddhistes et hébraïques qui estiment que la mort est le moment le plus sacré de l'existence. Considérée comme illusoire, la mort n'est pas la fin de la vie, mais la fin d'une illusion et le commencement d'une délivrance.
Notre monde occidental moderne s'est coupé des grandes traditions initiatiques qui nous préparaient à la mort. En perdant la pratique de l'Initiation, l'homme moderne perdit le sens de la mort qui l'aidait à trouver le sens de sa vie. D'où l'angoisse métaphysique et la souffrance spirituelle...

À notre époque en effet nous évacuons tout ce qui touche à la mort. Or, elle n'existe que par le regard que l'on porte sur elle. Elle a une signification et un retentissement proportionnel à la profondeur des sentiments que l'on accorde au défunt. L'homme actuel croit que cette vie lui appartient, et se révolte à l'idée que la mort puisse venir la lui reprendre. Il la fuit, alors qu'il devrait l'attendre comme une délivrance. Il met toute son énergie à vouloir mourir le plus tard possible, alors qu'il devrait prendre tout son temps pour se préparer à mourir le moins mal possible.

Alors pourquoi cette peur de la mort ? La peur de la mort contient toutes les peurs : la peur de l'inconnu, celle de l'invisible, la peur du mystère, celle de la solitude, la peur du vide, du châtiment, des dieux infernaux, la peur du néant et de la nuit... Les initiations primitives étaient les rites de passage notamment de l'enfance à l'âge adulte. Une fois initiée l'enfant devait avoir définitivement vaincu la peur de la mort. C'est la voie que propose l'Initiation : affronter la mort plutôt que la redouter. Elle ne nous apprend pas à en triompher mais à chasser la peur qui la précède. La crainte écartée et la mort apprivoisée, les initiés portent alors un nouveau regard sur la vie. Car les rites initiatiques ont tout le même but : faire découvrir les concepts éternels qui animent toutes sortes de vie.

C'est pourquoi au terme des épreuves, les initiés ne craint plus la mort. Il a le sentiment de ne plus être seul et de ne pas être un fruit du hasard ou de la nécessité, mais au contraire d'être venu au monde pour quelque chose avec une mission. C'est le Maître soufi Attar qui disait : « Le seul remède contre la mort et la peur qu'elle engendre, c'est de la regarder constamment en face ». Et Arnaud Desjardins écrivait également dans « l'Audace de vivre » : « La peur de la mort est d'autant plus grande, qu'on n'a pas osé vivre. »C'est aussi Albert Einstein qui écrivait : « ce fut plus beau sentiment que l'on puisse éprouver, c'est le sens du mystère. Celui qui n'a jamais connu cette émotion, qui ne possèdent pas le don d'émerveillement, ni de ravissement, autant vaudrait qu'il fût mort : ses yeux sont déjà fermés. » Belle phrase pour un scientifique de sa taille !

Toutes les initiations commencent par une mort qui est le commencement d'un chemin s'ouvrant sur le Mystère. C'est ce qui va permettre à l'initié son propre dépassement. L'apprenti découvrira que s'il veut trouver sa propre vérité il lui faudra chercher à travers ses morts symboliques sa propre lumière et chasser ses ombres. Devenu compagnon, il connaîtra la violence du fanatisme et de l'ambition ; quant au maître, il ne retournera à la terre que pour revenir à la lumière. En attendant que d'autres épreuves ne le confrontent encore à la mort...

La mort fait de nous tantôt le bourreau, tantôt la victime. Je suis Hiram qu'on assassine, mais je suis également le mauvais compagnon qui assassine. Tous les héros mythiques, les bons et les mauvais sont en nous, tous les personnages se déchirent dans notre monde intérieur : le vice et la vertu le courage et la lâcheté, l'amour et la haine. La sagesse n'est pas non plus très loin de l'égarement... L'Initiation nous ouvre les yeux sur tous les extrêmes dont nous sommes capables. Penser à la mort, c'est avoir toujours à l'esprit que ce que l'on croit être un dû n'est qu'un prêt : c'est donner du prix à la vie.

La mort initiatique nous rappelle la vanité du pouvoir et l'inutilité si des luttes fratricides. De même que le grain qui meurt aura généré une moisson nouvelle, de même le tombeau d'Hiram aura servi de fondation au Temple, et le sacrifice de Jésus aura donné naissance à la religion chrétienne. La mort est fondatrice. Le héros, en franchissant les portes de la mort, entre dans le monde de l'Idée, pour que celle-ci se matérialise et se réalise dans le monde des hommes. La mort n'est pas belle à nos yeux quand tout se désunit. Mais l'oeuvre au noir a commencé son processus pour aboutir à une nouvelle oeuvre au blanc, invisible à nos yeux. Dans la nature tout nous dit que rien ne meure pour rien, et que tout ce qui meurt est appelé à « devenir ».
Ainsi va la vie de l'homme. Pendant que l'âme porte en elle la nostalgie d'une Parole perdue, le corps se raidit, s'essouffle, s'éteint, se désagrège enfin. Et l'on quitte cette terre avec un goût d'inachevé, sans avoir la certitude d'avoir pleinement rempli notre mission.

De la mort initiatique à l'Orient éternel, l'initié se sera préparé à une mort sereine. S'il a bien fait son travail, il pourra alors s'endormir en pensant qu'on n'emporte en mourant que ce que l'on a donné...


Source : Ordo ab Chao numéro 56

Source : http://www.temple-parvis.com/mort-initiatique-et-orient-eternel-2.html

Par José B:. - Publié dans : Planches
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