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Hauts Grades

MX : instruction finale

28 Février 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Rites et rituels

           Vous avez vivement désiré le grade que vous venez de recevoir, qui est le dernier de ceux auxquels vous aviez quelques droits de prétendre depuis votre admission dans l'Ordre maçonnique, puisque son existence vous avait été annoncée depuis longtemps, en vous invitant à travailler sans relâche à vous en rendre digne. L'objet de cette instruction est de vous en faire sentir toute l'importance.

            D'après ce que vous avez vu dans les trois grades précédents, vous vous attendiez sans doute, dans celui‑ci, à quelques nouvelles scènes, propres à réveiller votre attention et à faire naître en vous de nouvelles réflexions.

Mais quelque grande que soit votre pénétration, vous n'aviez pas pu présumer ni le nombre ni la diversité des

objets qui viennent de vous être présentés.

 

Ils méritent tous de votre part de profondes méditations.

 

[Si on ne lit pas l’instruction en entier, enchaîner sur le paragraphe : “ Explication du quatrième tableau ”, page 61]

 

           Les trois premiers grades vous ont présenté, sous le voile des symboles, des emblèmes, des allégories, un tableau raccourci du passé, du présent et de l'avenir.

 

           A l'aide des avis, des conseils et des maximes que vous avez reçus, vous avez pu apercevoir, sans de grands efforts, que l'homme moral et intellec­tuel en est le principal ou, pour mieux dire, l'unique objet.

Assujetti pour un temps, par l'effet nécessaire de sa dégradation originelle, à l'enveloppe matérielle dont il sent tout le poids, exposé au choc des éléments qui actionnent violemment sur sa nature physique et à toutes les influences qui provoquent sans cesse ses passions et font éclore en lui tant de vices, il a besoin qu'on lui rappelle quels dangers, quels secours l'envi­ronnent, quelles sont les causes des souffrances auxquelles il est journellement en proie, et quelles espérances lui donne la noblesse de son origine.

 

           La Franc‑Maçonnerie bien méditée vous présente toutes ces utiles instructions. Elle vous rappelle sans cesse, et par toutes sortes de moyens, à votre propre nature essentielle.

Elle cherche constamment à saisir les occasions de vous faire connaître l'origine de l'homme, sa destination primitive, sa chute, les maux qui en sont la suite, et les ressources que lui a ménagées la bonté divine pour en triompher.

                       

Un temps de silence

          

           Jetons un coup d'œil rapide sur les principales circons­tances de vos grades précédents, et vous resterez convaincu des grandes vérités qu'ils vous ont retracées.

 

            Dans le premier grade d'Apprenti, après avoir subi l'épreuve des éléments matériels, figuratifs de ceux dans lesquels l'homme actuel est incorporisé, vous avez bientôt reconnu que vous étiez tombé sous le fléau de l'inexorable Justice.

 

 

Mais on vous exhorta à réclamer la Clémence qui en tempère les rigueurs ; et, pour en assurer sur vous les effets salutaires, on vous fit sentir la nécessité d'en user vous‑même envers vos semblables.

Dans cet état d'obscurité, d'ignorance et d'imperfection, on vous montra la pierre brute comme l'emblème le plus vrai de vous‑même.

On vous fit sentir la nécessité de travailler sans relâche à la dégrossir, à la polir, et à recommencer souvent ce travail dur et difficile, si vous vouliez un jour en recueillir le prix.

Et on ne vous dissimula pas que cette tâche vous est imposée pour toute la durée de votre vie.

 

           Dans le second grade, entaché des mêmes imperfections, vous vous montriez plein d'une folle présomption ; vous vous applau­dissiez des petits succès de vos premiers efforts, comme s'ils eussent été considérables.

Pour vous désabuser, on vous présenta devant l'emblème important des Compagnons, pour y apprendre à vous connaître vraiment tel que vous êtes, en tout ce qui constitue essentiellement votre être moral et intellectuel.

Vous comprîtes sans effort que ce miroir qui réfléchissait fidèle­ment vos traits naturels, n'était que la figure d'une étude bien plus importante et plus approfondie que vous aviez à faire sur vous‑même.

Vous dûtes apprendre par là qu'il fallait fouiller au fond de votre cœur, sans complaisance et sans illusion, pour y découvrir vos défauts, peut‑être aussi des vices qui pour l'ordi­naire sont bien mieux connus des autres que de nous‑mêmes, et pour vérifier, par un sévère examen, les progrès que vous pouviez avoir faits jusque‑là dans votre travail sur la pierre brute, et ceux qui vous restaient encore à faire.

On ne vous dissimula pas que, pour parvenir à cette connaissance si nécessaire de soi‑même, il fallait un grand désir, beaucoup de courage, et les efforts soutenus de l'intelligence.

Mais, pour vous faciliter ce travail pénible, on vous recommanda de cultiver soigneusement la vertu de Tempérance, de cette tempérance universelle qui embrasse l'homme physique, l'homme moral et l'homme intellectuel, qui embrasse toutes ses pensées, toutes ses paroles, toutes ses actions, en un mot tout son être.

 

Ce fut alors que l'Etoile Flamboyante se présenta à vos regards, pour vous diriger dans l'emploi des moyens que vous aviez à prendre, pour acquérir et perfectionner en vous cette vertu, et pour soutenir vos efforts, d'abord chancelants, pour apprendre à la pratiquer.

 

           Considérez, mon cher Frère, quel est l'avantage et la supériorité sur ses semblables de l'homme qui a su se rendre maître de ses pensées, de ses paroles et de ses actions ; vous concevrez alors le prix et l'importance de cette tempérance universelle qui vous a été si fort recommandée.

 

           Le troisième grade, en vous présentant un cadavre, figuré sous vos yeux, vous a rappelé la fin de l'homme physique et de toutes les choses temporelles, comme le premier grade vous en avait annoncé le commencement et le second leur durée.

Les nombres, consacrés à ce grade, répétés et multipliés sous différentes formes, ne changent jamais de valeur et n'en peuvent donner aucune autre.

Ils vous démontrent l'inertie totale et la nullité absolue de la matière, lorsqu'elle est séparée du principe de vie qui la faisait exister.

Ils vous apprennent en même temps à bien distinguer ce qui, par sa nature, est périssable dans l'homme et dans toutes choses d'avec ce qui est indestructible, et à ne jamais le confondre.

Le monument funéraire qui avait frappé vos regards en entrant dans ce lieu de deuil et de douleur, vous avait déjà donné cette importante leçon et vous avait appris que l'homme, à la fin de son voyage dans la région terrestre, se dépouille de tout ce qui est étranger à sa vraie nature.

 

Mais la flamme qui s'élevait au‑dessus de ce monument vous avait appris en même temps que sa nature essentielle est impérissable et lui survit, et qu'elle est destinée à remonter à sa source primitive, si elle l'a mérité.

 

           Ce grade est encore destiné à donner à ceux qui y sont appelés, une grande leçon d'un autre genre.

 

           Etendu dans le cercueil comme n'existant plus, mais y conservant cependant tous les principes de la vie, vous

 

avez figuré l'homme vicieux et corrompu qui paraît entièrement mort à la vertu, qui, oubliant ce qu'il est, ce qu'il se doit à lui‑même et aux autres et tous ses rapports sociaux, se livre inconsidérément à tous ses penchants déréglés et aux passions les plus avilissantes, qui ne montre plus qu'un être entièrement perdu pour la société qui gémit de sa perte dans le deuil et dans la tristesse.

 

Cependant il reste toujours capable de sortir de cet état funeste, tant qu'il n'a pas éteint au fond de son âme le germe de bien qui l'unit encore à son principe.

Il peut toujours, soit par l'effet des bons conseils, des bons exemples qui l'environnent, soit par l'énergie de ses propres résolutions, sortir de cette profonde léthargie et renaître à la vertu.

 

C'est alors que le secours puissant du Maître vient seconder ses premiers efforts. Rappelez‑vous ici ceux que le Vénérable Maître, qui figurait cette puissance protectrice, a faits pour vous tirer de cet état funeste, et avec quel tendre empressement il vous a arraché du tombeau et rendu à la vie.

 

Alors vous avez retrouvé vos Frères, la joie a succédé au deuil, à la tristesse, et la lumière aux ténèbres.

Le nombre de matière morte qui vous caractérisait s'est dissipé et, en acquérant un nouvel âge, vous avez acquis le nombre de la vie.

 

           La prudence, cette vertu favorite du Maître, aussi néces­saire à l'homme qui veut rentrer dans la bonne route dont il a eu le malheur de s'écarter qu'à celui qui veut se garantir des dangers dont il sait qu'il est sans cesse environné, vous avait été annoncée, dès le commencement de votre réception, comme un secours toujours présent dans vos besoins, si vous saviez vous l’approprier. Elle vous avait donné ses conseils, que sans doute vous n’avez pas oubliés.

Mais en terminant votre réception, et avant de vous abandonner à vos propres forces, elle s'est présen­tée elle‑même à vos regards et s'est offerte à vous comme un guide sûr, pour vous diriger dans toutes vos actions et vous conduire au terme heureux de vos espérances.

 

 

Comme nous avons beaucoup de choses à vous dire sur le grade que vous venez de recevoir, nous ne pouvons pas poursuivre plus longtemps l'analyse des grades précédents.

 

Gravez profon­dément dans votre esprit et dans votre cœur les explications lumineuses qui viennent de vous être données, afin qu'elles deviennent désormais la règle invariable de votre conduite.

 

           Le quatrième grade, dont nous allons nous occuper, complète et termine votre initiation maçonnique dans les classes des symboles.

Dans celui‑ci, l'Ordre vous présente les mêmes vérités avec de nouveaux développements, sous des formes et allégories différentes, qui tendent toutes au même but ; et cela ne saurait être autrement, puisque c'est toujours l'histoire de l'homme en général, celle de son état passé, présent et futur, de ses rapports directs avec son créateur, avec ses semblables et avec tout ce qui l'environne dans l'univers créé, qu'il vous présente dans celui‑ci, ainsi que dans les précédents, comme l'unique objet de la Franc‑Maçonnerie primitive.

Ces formes, ces allégo­ries, ne sont tant variées que pour imprimer plus profondément dans votre esprit les vérités importantes qu'elles voilent. Mais comme, en se multipliant sous vos yeux, elles vous apportent toujours quelques nouvelles lumières, elles vous imposent aussi de nouveaux devoirs. Vous devez donc à chaque pas redoubler d'attention pour les connaître, et d'exactitude pour les remplir.

 

           L'Ordre a mis aujourd'hui sous vos yeux différents tableaux qui se rapportent tous au but général qu'il se propose.

Mais ils s’appliquent en même temps à des faits particuliers, et à diverses époques qu'il ne faut pas confondre.

Les faits histori­ques vous ont été suffisamment développés dans les explications que vous avez reçues successivement sur chacun de ces tableaux ; ainsi nous ne les répéterons pas.

C'est donc sous d'autres points de vue, plus importants pour votre instruction, que nous allons les rappeler ici.

 

Explication des trois premiers tableaux

            Vous avez reconnu, dans tous vos grades précédents, que la Franc‑Maçonnerie symbolique a pour base fondamentale le Temple célèbre qui, sous l'ancienne Loi donnée par Dieu même à Moïse, fut élevé à Jérusalem par le roi Salomon, fils de David, roi prophète qui en avait reçu les plans de Dieu même.

Vous avez dû juger par là de la pureté d'origine et de l'antiquité des vrais principes maçonniques. Où trouver des titres plus légitimes à votre confiance ?

 

Vous reconnaîtrez peut‑être, avec le temps, que le choix de ce type fondamental ne fut point arbitraire, et que ce Temple mémorable fut et sera toujours, tant par lui‑même que par les grandes et étonnantes révolutions qu'il a éprouvées, le type général de l'histoire de l'homme et de l'univers.

 

           L'homme a été créé libre ; c'est‑à‑dire avec la faculté d'agir selon sa pure et sainte volonté qui l'unissait à son Créateur.

L'abus qu'il fit de sa liberté la lui fit perdre, car aussitôt il devint l'esclave de ses désirs déréglés, de ses pen­chants désordonnés, de ses passions, et de tous les vices qu'elles engendrent.

L'orgueil fut son crime, et il le transmit avec sa seconde vie, périssable, à toute sa postérité.

Ce vice originel est devenu le plus grand fléau du genre humain, la première cause des querelles particulières et générales et de tous les désordres qui, dans tous les temps, ont agité et dévasté la terre.

Vice honteux, que l'homme déteste et couvre de mépris dans son semblable ; qui provoque toute son indignation quand il en voit et surtout s'il en ressent les moindres explosions.

Et cependant il a la folie, la bassesse de le caresser dans lui‑même, presque toujours de s'efforcer de le justifier, et quelquefois même d'oser s'en glorifier ! Mais la Souveraine Justice le poursuit et tôt ou tard l'humilie.

                     

           C'est cette dégradation de l'homme, ce sont l'abus de sa 1iberté, le châtiment qu'il en a reçu, l'esclavage dans lequel il est tombé et les suites funestes de son orgueil qui vous ont été représentés aujourd'hui dans le premier tableau, par le saccage­ment et la destruction du premier Temple de Jérusalem : image sensible de l'humiliante métamorphose qu'ils occasionnèrent dans la première forme corporelle de l'homme.

Vous avez été introduit dans la Loge Ecossaise enchaîné et comme esclave de vos ennemis. Mais le renoncement que, sur l'interpellation du Maître, vous avez fait à vos passions, à vos vices, dont ces chaînes étaient l'emblème, la promesse que vous avez faite de travailler désor­mais courageusement avec vos Frères à la réédification du Temple démoli, les ont fait tomber de vos mains et vous ont rendu à la liberté.

Employez donc, à l'exemple des Israélites convertis, toutes vos forces pour les déraciner de plus en plus en vous et pour vous soustraire à leurs dangereuses atteintes : c'est le plus sûr moyen de recouvrer votre liberté primitive, et alors tous vos pas vous rapprocheront d'elle.

 

L'homme primitif, poursuivi par la Justice, mais repentant et gémissant de ses égarements, confessa son crime et, par un aveu sincère, il obtint de la clémence divine de puissants secours pour lui‑même, qu'il transmit à ses descendants.

 

Il fit de nouvelles promesses, et il reçut à son tour de son Créateur celle des récompenses qui deviendraient le prix de sa fidélité.

L'histoire du peuple hébreu, vraie dans toutes ses parties, n'est que la répétition à grands traits de celle de l'homme primitif et général ; et celle‑ci est à son tour le grand type de tous les grands événements passés et à venir.

Ne perdez jamais de vue, mon cher Frère, ce trait de lumière qui vient de vous frapper ici. Si vous savez le conserver, il agrandira souvent vos idées.

 

           De même les Israélites, réduits à une dure captivité, en punition de l'abandon qu'ils avaient fait de la Loi divine, de leur idolâtrie et de tous leurs crimes, se livrant enfin à un sincère repentir, obtinrent de la bonté divine leur pardon et leur retour à Jérusalem.

 

Ils furent néanmoins pendant longtemps inquiétés et arrêtés dans leurs travaux par leurs faux frères, devenus leurs ennemis.

Mais Cyrus fut l'agent choisi et prédit, qui leur fournit le moyen de rebâtir le Saint Temple sur ses anciens fondements. La parole et le feu sacrés retrouvés, et l'embrasement miraculeux de l'holocauste sur l’autel, furent les signes visibles de leur réconciliation et de l'accomplissement des promesses accordées à leur repentir.

 

           Ce sont ces choses que vous venez de nous retracer dans la seconde partie de votre réception, et qui vous ont été figurées dans le second tableau.

Mais c’est à votre intelligence à faire les rapprochements qui doivent résulter naturellement de ces faits. C'est à vous à démêler, par votre propre travail, leurs rapports avec l'homme général et avec vous‑même.

Nous devons nous borner ici à vous les indiquer.

 

           Le troisième tableau vous a présenté de nouveaux objets qui sont la suite des précédents et tendent toujours au même but, car c’est toujours de l'homme général qu'il s'agit.

Vous aviez vu, dans le troisième grade, le père et le modèle des Maçons, le Maître Hiram, ce célèbre et incomparable architecte des travaux du Temple, doué d'intelligence et de savoir, directeur général de toutes les classes des ouvriers, favori et ami intime du Roi Salomon qui se dirigeait en tout par ses conseils et par ses lumières ; vous l'aviez vu attaqué, poursuivi, assassiné par des scélérats jaloux et vindicatifs qui avaient voulu lui arracher le mot distinctif des Maîtres pour en usurper le salaire ; vous l'aviez vu résister à leurs menaces et préférer une mort certaine mais glorieuse à la lâcheté dont ces scélérats l'avaient présumé capable ; vous aviez vu enfin la mort du Juste persécuté qui fait le sacrifice de sa vie plutôt que de trahir son devoir et sa destination.

 

Mais vous aviez pu aussi présumer sans effort qu'il s'agissait dans cette attaque de lui arracher des choses bien plus impor­tantes que de simples mots conventionnels qu'il aurait pu si facilement remplacer, aussitôt après, pour tromper l'espérance de ses assassins.

 

           Vous le voyez maintenant sortant de son tombeau et ressuscitant glorieusement, entouré des vertus qu'il a si héroïquement pratiquées et qui le conduisent à l'heureuse immortalité.

 

           C'est ici l'accomplissement des promesses faites à l'homme de bien qui a remporté la victoire sur ses penchants désordonnés et triomphé de lui‑même. C'est le dernier terme de sa glorieuse destination.

Dans le même grade, vous aviez vu, comme nous vous l'avons fait déjà remarquer, l'homme corrompu, plongé dans le tombeau du vice et retiré de cet état par les efforts du Maître qui l'a rendu à la vertu, restant cependant encore exposé à de dangereux combats.

Mais ici vous voyez le Juste victorieux, ressuscitant avec son cortège pour l'Eternité. Nous laissons encore ici à votre intelligence le soin de faire des rapprochements qui vous seront d'autant plus utiles qu'ils deviendront le fruit de votre propre travail.

 

[REPRENDRE ICI]

 

Explication du quatrième tableau 

           Il nous reste, mon cher Frère, à vous expliquer le quatrième et dernier tableau qui devient, en ce moment, le plus important de tous par les objets nouveaux et infiniment essentiels qu'il a mis sous vos yeux.

           Ici la scène change entièrement. Les symboles cessent, comme on vous l'avait annoncé, et vous laissent dans le portique d'un nouveau Temple où vous aurez à commencer une nouvelle carrière.

L'Ordre vous montre aujourd'hui sans mystère, quoiqu'encore sous le voile léger d'une allégorie qui s'explique bien facilement, le but et le terme général de ses travaux. Tout ce que vous avez vu jusqu'à présent dans nos Loges a eu pour base unique l'Ancien Testament, et pour type général le Temple célèbre de Salomon à Jérusalem qui fut et sera toujours un emblème universel.

 

           Mais ici vous voyez une enceinte de murailles, percée de douze portes, telle que l'enceinte de la nouvelle Jérusalem est décrite par Saint Jean l'Evangéliste.

 

           Vous voyez au milieu de cette enceinte la montagne de la nouvelle Sion, et sur son sommet l'Agneau de Dieu triomphant, avec l'étendard de la toute‑puissance qu'il a

acquise par son immolation volontaire et réparatrice.

 

           Ce tableau allégorique, dont l'explication est si facile, figure pour les Maçons le passage de l'Ancienne Loi qui a cessé, à la Nouvelle Loi apportée aux hommes par le Christ et qu'il a volon­tairement scellée de son sang, pour la rendre à jamais ineffa­çable et universelle.

 

           La croix de Saint André que vous voyez au bas du même tableau figure aussi le passage maçonnique de l'Ancien au Nouveau Testament, confirmé par l'Apôtre Saint André qui, d'abord disciple de Saint Jean Baptiste, né et prêchant sous l'Ancienne Loi pour préparer les cœurs à la Nouvelle, abandonna son premier Maître pour suivre sans partage Jésus‑Christ[3], et scella ensuite de son sang son amour et sa foi pour son vrai Maître.

C'est cette circonstance particulière qui a fait adopter pour ce grade, dans l'intérieur de nos Loges, la dénomination de Maître Ecossais de Saint André.

 

           C'est pourquoi, depuis bien des siècles, depuis l'époque incertaine où les descendants des anciens initiés du Temple de Jérusalem, ayant été éclairés par la lumière de l'Evangile, purent, avec son secours, perfectionner leurs connaissances et leurs travaux, tous les engagements maçonniques, dans toutes les parties du monde où l'institution s'est successivement répandue, sont contractés sur l'Evangile et spécialement sur le premier chapitre de celui de Saint Jean, dans lequel ce disciple bien aimé, éclairé par une divine lumière, a établi avec tant de sublimité la divinité du Verbe incarné.

C'est sur ce livre saint que depuis votre premier pas dans l'Ordre vous avez contracté tous les vôtres.

 

           On a voulu par là vous apprendre que la doctrine, la morale, et toutes les vérités voilées sous les symboles maçonniques, sont de tous les temps, de tous les âges, de tous les lieux, et aussi anciennes que le monde, dont l'ère de sa création est si fidèlement conservée dans nos actes ;

 

 

mais qu'elles ont été propagées et perfectionnées par la Nouvelle Loi de grâce et de vraie lumière sous laquelle nous vivons. Ce que l'instruction du grade d'apprenti vous avait déjà enseigné.

 

L'Ordre et la religion chrétienne

 

                          Malgré tous ces rapports de l'institution primitive avec la religion, les lois maçonniques interdisent expressément dans les Loges toutes discussions sur les matières de religion, de politique, et de toutes sciences profanes.

Cette règle est infiniment sage et doit être bien conservée, car nos Loges sont partout des écoles de morale religieuse, sociale et patriotique, où l'on apprend à exercer la bienfaisance dans toute son étendue, et ne sont point des

écoles de théologie, de politique, ni d’autres objets profanes.

D'un autre côté, vu la diversité des opinions humaines dans tous les genres, ces lois ont dû interdire toutes discussions qui pourraient tendre à troubler la paix, l'union et la concorde fraternelle.

 

           En supposant même que le terme final de l'institution maçonnique pût donner à ceux qui l'atteignent des lumières suffisantes pour résoudre précisément les questions et discussions religieuses qui auraient pu s'élever entre les Frères s'il leur était permis de s'y livrer, où serait, dans les Loges symboliques, le tribunal assez éclairé pour apprécier leurs décisions et les faire respecter ?

Ainsi donc, nous le répétons, les lois qui interdisent expressément toutes discussions sur ces matières sont infiniment sages et doivent être rigoureusement observées.

 

           Cependant, malgré ces sages réserves, l'Ordre n'a jamais voulu vous laisser penser qu'il fût indifférent en matière de religion.

Il vous a souvent prouvé le contraire car, lorsque vous vous êtes présenté pour y être admis, par la première des trois questions préparatoires qui vous furent proposées, il vous fit demander ce que vous pensiez de la religion chrétienne, dont vous aviez déclaré faire profession.

 

           L'Ordre, mon cher Frère, est essentiellement tolérant et ne veut que des déclarations libres. Il considère comme frères tous les Maçons qui portent le nom de chrétien et qui ne le déshonorent pas, à quelque communion chrétienne qu'ils appartiennent.

Mais dès lors on vous annonça que cette question importante, ainsi que les deux autres qui y étaient jointes, vous seraient souvent présentées. Elles l'ont été en effet. Mais chaque fois on vous a laissé l'entière liberté de dire franchement votre pensée sur ce sujet. Vous n'avez jamais été contesté. On s'est toujours borné à vous applaudir, à vous encourager, quand on a trouvé dans vos réponses une croyance conforme à celle de l'Ordre, ou à vous donner des conseils fraternels, si on a reconnu que vous en eussiez encore besoin. On a constamment suivi cette marche avec vous, parce que toute opinion contrainte, ou complaisamment adoptée, n'est jamais solide ni profitable et son instabilité se décèle tôt ou tard.

           Mais en même temps vous avez été prévenu qu'il viendrait un moment où vous seriez tenu de vous expliquer nettement, précisé­ment, et de faire connaître sans détour, sans ambiguïté, vos véritables opinions religieuses, et on ne vous a pas dissimulé que vos progrès ultérieurs dépendraient toujours de leur conformité avec celles de l'Ordre.

 

[Orat. (ou F. désigné)[5] :]

           Tout vous indique aujourd'hui que le moment qui vous a été annoncé est proche, et que vous devez vous préparer sans délai, au cas que vous n'y soyez pas déjà tout prêt, à édifier sur ce point vos Frères par une déclaration qui remplisse leur attente, si vous voulez que la porte du nouveau Temple s'ouvre un jour devant vous.

           Les tableaux mis sous vos yeux, les explications que vous en avez faites, et les instructions que vous recevez depuis long­temps, vous font assez connaître pourquoi [les juifs, les mahométans, et tous][6] ceux qui ne professent pas

la religion chrétienne, ne sont point admissibles dans nos Loges.

 

           Car il est évident que l'admission d'hommes, tant recommandables soient‑ils d'ailleurs, mais qui ne peuvent donner pour la validité de leurs engagements dans l'Ordre la seule garantie qu'il exige partout depuis un temps immémorial, serait une contradiction inconcevable dans ses principes et sa doctrine ; ils vous expliquent assez pourquoi elles rejettent pareillement de leur sein ceux qui se mentent habituellement à eux‑mêmes et à leurs Frères, en déclarant ici qu'ils professent une religion à laquelle ils se glorifient ailleurs de ne pas croire. Si un usage contraire s'est introduit dans quelques Loges, c'est un abus, c'est une sorte de scandale, qui ne peuvent être attribués qu'à l'ignorance absolue des principes fondamentaux de l'institution maçonnique.

 

           Ceux de nos Frères qui ont été chargés de votre préparation pour chacun des grades précédents, vous ont toujours dit que de votre croyance religieuse, considérée comme le premier garant des vertus maçonniques, dépendraient vos progrès ultérieurs dans l'Ordre. Ce qu'ils vous ont dit alors privément, nous vous le disons aujourd'hui tout haut et sans mystère, parce que le moment est venu de le dire. Oui, l'Ordre est chrétien ; il doit l'être, et il ne peut admettre dans son sein que des chrétiens ou des hommes bien disposés à le devenir de bonne foi, à profiter des conseils fraternels par lesquels il peut les conduire à ce terme.

Ainsi, mon cher Frère, persévérez dans les sentiments que vous nous avez fait connaître jusqu'ici, vos succès ne seront plus douteux.

 

           Vous êtes appelé, mon cher Frère, par le grade que vous venez de recevoir, à coopérer plus qu'auparavant par vos avis et vos suffrages, à la prospérité de la Loge Rectifiée dont vous faites partie.

Ecartez‑en, autant qu'il dépendra de vous, quand vous serez consulté, ces hommes inutiles à l'Ordre et si souvent dangereux.

 

La prospérité d'une Loge ne dépendra jamais du grand nombre de ses membres mais du bon choix qu'elle en aura fait, et de leur attachement inviolable aux principes fondamentaux de l'institution.

 

          

           Qu'une lâche complaisance ne vous fasse donc point accorder votre suffrage pour l'admission ni pour l'avancement de celui qui se présentera lorsque, dans votre conscience, vous ne l'en jugerez pas digne.

Mais que le fanatisme, qui gâte et corrompt tout ce qu'il touche, ni d'injustes préventions qui surprennent et égarent souvent l'homme le plus équitable, n'influent jamais sur vos déterminations, et que la charité fraternelle soit toujours le principe de celles que vous prendrez.

 

           Soyez donc indulgent pour celui qui est encore dans l'erreur, mais qui aime la vérité et la cherche de bonne foi. Les conseils, les maximes de l'Ordre, les emblèmes, les symboles même, et plus encore les bons exemples des Frères, seront pour lui un langage éloquent qui les lui rendra profitables.

Vous goûterez alors le plaisir pur de lui avoir rendu le plus important service.

 

           Mais que celui qui est subjugué par l'esprit d'indépendance et par les penchants déréglés de son cœur, qui, par ton, par habitude, par imitation, par légèreté, fronde les vérités religieuses, ou n’en parle qu'avec indifférence ou mépris, ne souille jamais par sa présence le Temple que les Maçons élèvent à la vertu et à la vérité.

Et n'ayez jamais à vous reprocher d'avoir consenti à cette profanation



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