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Hauts Grades

O.T.O : des gestes

17 Novembre 2012 , Rédigé par A. Crowley Publié dans #déviances et sectes

Ce chapitre peut être divisé en plusieurs parties :

1. Les attitudes.

2. Les circumambulations (et mouvements similaires).

3. Les changements de position. (Cela dépend de la théorie présidant à la construction du cercle).

4. Les Coups ou Glas.

I

Les attitudes sont de deux sortes : naturelles et artificielles. De la première, la prosternation est l'exemple flagrant. Il est naturel à l'homme (pauvre créature!) de se jeter à terre en présence de l'objet de son adoration .

Entre les naturelles et les purement artificielles se trouve une classe d'attitudes dépendant des habitudes acquises . Ainsi, il est naturel pour un officier européen d'offrir son épée en signe de reddition. Un Tibétain, lui, s'accroupira, tirera la langue et placera sa main derrière son oreille droite.

Les gestes purement artificiels comprennent la majorité des signes magiques proprement dits, bien que certains d'entre eux simulent une action naturelle - e.g. le signe de la Déchirure du Voile. Mais le signe d'Auramoth (voir Equinox I(2), Planche "Les Signes des Grades") imite seulement un hiéroglyphe ne présentant qu'un rapport éloigné avec quelque fait de la nature. Tous les signes doivent évidemment être étudiés avec infinie patience, et pratiqués jusqu'à ce que leur relation aux attitudes mentales qu'ils symbolisent apparaisse inéluctable.

II

Le principal mouvement à l'intérieur du cercle est la circumambulation ; Elle mène à un résultat bien précis mais très dur à décrire. Une analogie en serait la dynamo. La circumambulation convenablement effectuée et associée au Signe d'Horus (ou de "Celui Qui Entre") donné à l'Est, est l'une des meilleures méthodes pour susciter la force macrocosmique dans le Cercle. On ne devra jamais l'omettre s'il n'est aucun motif particulier l'interdisant.

Un pas spécial y semble approprié. Ce pas doit être furtif et léger, presque sournois, et cependant très réfléchi. C'est le pas du tigre qui chasse le cerf.

Bien évidemment, la nature de la cérémonie décidera du nombre des circumambulations.

Un autre mouvement important est la spirale, existant principalement sous deux formes, l'une centripète, l'autre centrifuge. Elles peuvent être effectuées dans l'une ou l'autre direction ; et, comme pour la circumambulation, dans le sens solaire pour invoquer et dans le sens contra-solaire pour bannir .Dans la spirale, le pas est leste et agile, se rapprochant presque de la danse : et en l'accomplissant, le magicien tourne généralement autour de son propre axe, dans le même sens que la spirale ou dans l'autre. Chaque combinaison implique un symbolisme différent.

Il y a aussi la danse proprement dite ; il en existe plusieurs formes différentes, chaque Dieu possédant sa danse spécifique. Une danse des plus faciles et des plus efficaces consiste dans le pas de valse ordinaire associé aux trois signes de L.V.X. Atteindre l'extase par ce moyen est plus aisé qu'on ne le croit généralement. L'essence du procédé réside dans le combat de la Volonté contre le vertige ; mais ce combat doit être rude et prolongé, et du degré de ce dernier peuvent dépendre, dans une certaine mesure, la qualité et l'intensité de l'extase.

Avec la pratique, le vertige sera totalement vaincu et sera remplacé par un nouvel ennemi de la Volonté : l'épuisement. C'est par la destruction mutuelle de ces antagonismes dans l'être mental et moral du Magicien que samadhi est engendré.

III

De bons exemples de l'emploi des changements de position sont donnés dans les manuscrits Z.l et Z.3 explicitant le Rituel de Néophyte de la G.D., au cours duquel le candidat est conduit à divers emplacements du Temple, chacun possédant sa propre signification symbolique ; mais pour ce qui est de la pure invocation, le "Liber 831" fournit un meilleur exemple .

Lors de la mise au point d'une cérémonie, décider de faire ou non tel ou tel mouvement est chose d'importance. Car tout Cercle possède son symbolisme naturel et même si l'on ne tient pas compte de ces faits, il convient d'être attentif à ne rien laisser d'inharmonieux vis-à-vis des attributions naturelles (8). Car l'aura sensitive du Magicien peut s'avérer troublée et la valeur de la cérémonie totalement détruite par la gêne éprouvée en s'apercevant de pareille erreur, exactement comme si un membre de la ligue anti-alcoolique, perdu dans ses pensées, réalisait soudain qu'il s'est égaré dans un Temple du Démon Whisky! Il par conséquent impossible de négliger la théorie du Cercle.

Pour prendre un exemple simple, supposons que lors d'une Evocation de Bartzabel, la planète Mars, dont la sphère est Geburah (Sévérité), soit (effectivement, dans les cieux) en opposition au Carré de Chesed (Miséricorde) du Tau dans le Cercle, et le triangle disposé en conséquence. Le Magus commettrait une erreur en se plaçant sur ce Carré à moins d'user de la formule suivante : "Je commande à Geburah, depuis Chesed, via le Sentier du Lion" ; tandis que - prenons un cas extrême - se placer sur le carré de Hod (qui est naturellement dominé par Geburah) serait une folie que seule une formule de la plus haute Magick pourrait neutraliser .

Cependant, certaines positions telles Tiphereth  sont tellement en résonance avec le Magus lui-même qu'il est à même de les employer sans tenir compte de la nature de l'esprit ou de l'opération ; à moins qu'il n'ait besoin d'un esprit exceptionnellement précis, exempt de tout élément étranger, ou dont la nature soit difficilement compatible avec celle de Tiphereth.

Afin de montrer comment ces positions peuvent être utilisées conjointement aux spirales, supposons que vous invoquiez Hâthor, Déesse de l'Amour, pour qu'elle descende sur l'Autel. Vous plaçant sur le carré de Netzach, vous réciterez votre invocation à Elle puis danserez une spirale centripète en sens solaire s'achevant au pied de l'autel, où vous tomberez à genoux, élevant vos bras au-dessus de ce dernier comme pour susciter Son étreinte .

Pour conclure, nous ajouterons qu'une aptitude artistique innée, si vous la possédez, constitue un excellent guide en la matière. Tout Art est Magicke.

Isadora Duncan possédait ce don du mouvement au plus haut degré. Que le lecteur étudie sa manière de danser ; si possible en privé plutôt qu'en public, et s'initie à cette superbe "inconscience" - qui est la conscience magique - avec laquelle elle joint les gestes à la mélodie .Il n'y a pas de moyens plus puissants que l'Art pour évoquer les véritables Dieux à l'apparence visible.

IV

Les coups ou glas sont tous de même caractère. Ils peuvent être décrits collectivement - la différence entre eux réside seulement en ce que l'instrument par lequel ils sont produits leur appose le cachet de ses qualités spécifiques. Il n'est pas d'une grande importance - cependant - qu'ils soient produits en battant des mains ou en tapant du pied, à l'aide de l'une des armes, ou de l'instrument théoriquement approprié, à savoir la cloche. L'on peut néanmoins admettre qu'ils prennent plus de poids dans la cérémonie si le Magicien considère qu'il vaut mieux employer un instrument dont l'unique fonction soit de les produire.

Signalons tout d'abord qu'un coup établit un rapport entre le Magicien et l'objet qu'il frappe. Ainsi, I'usage de la cloche, ou des mains, signifie que le Magicien souhaite imprégner l'atmosphère du cercle tout entier de ce qui a été fait ou se trouve sur le point de l'être. Il désire formuler sa volonté en ondes sonores et la faire rayonner dans toutes les directions ; de plus il souhaite influencer tout ce qui est animé du souffle de vie dans le sens de son dessein, et le sommer de témoigner en faveur de sa Parole. Les mains sont employées comme symboles du pouvoir exécutif ; la cloche, elle, représente sa conscience exaltée par la musique. Donner un coup avec la baguette, c'est proférer le fiat de la création ; la coupe, elle, vibre du plaisir qu'elle éprouve à recevoir le vin spirituel. Un coup avec la dague est comme le signal de la bataille. Le disque est employé pour signifier que l'on paye le prix de l'acquisition faite. Frapper du pied veut dire que l'on maîtrise le problème en question. Pareillement, toutes les autres manières de donner des coups possèdent leurs propres vertus. Au-travers de ces quelques exemples, I'étudiant intelligent aura compris comment interpréter n'importe quel cas d'espèce pouvant se présenter.

Comme dit précédemment, l'objet frappé est l'objet imprégné. Ainsi, un coup sur l'autel affirme sa soumission aux lois de son opération. Frapper la lampe, c'est appeler la Lumière divine. Et ainsi de suite.

Notons également que de nombreuses combinaisons d'idées sont rendues possibles par cette convention. Frapper l'intérieur de la coupe avec la baguette, c'est appliquer la volonté créatrice à son juste complément, et ainsi réaliser le Grand Oeuvre via la formule de la Régénération. Frapper la dague de la main, c'est réclamer son usage comme instrument d'extension du pouvoir exécutif. Le lecteur se souviendra de la façon dont Siegfried frappe Nothung, l'épée de la Nécessité, contre la lance de Wotan. Par ce geste, Wagner, qui avait appris d'un des chefs de notre Ordre comment appliquer les formules magiques, se proposait de faire comprendre à ses auditeurs que le règne de l'autorité et du pouvoir paternels était à sa fin, et que le nouveau maître du monde était l'intellect.

En règle générale, les coups et glas servent à marquer une étape dans la cérémonie. Sasaki Shigetsu nous dit dans son essai sur le Shinto que les Japonais sont accoutumés à frapper quatre fois dans leurs mains "pour éloigner les mauvais esprits". Il explique que ce qui arrive vraiment est que le choc sonore soudain et violent plonge l'esprit dans un état de vive activité le mettant à même de se détacher de l'obsession qui prévalait lors de sa disposition antérieure. On le secoue afin qu'il puisse violemment s'attaquer aux idées qui l'oppressaient. Il existe donc une interprétation parfaitement rationnelle du pouvoir psychologique des coups.

Dans une cérémonie Magique, le coup est à peu près employé aux mêmes fins. Le Magicien l'utilise comme le chorus des pièces Grecques. Cela l'aide à opérer une brutale coupure, à tourner son attention d'une partie de son travail à la suivante.

Autant pour le caractère général des coups et des glas. Même ce point de vue limité offre de grandes opportunités au Magicien habile. Mais d'autres possibilités encore se trouvent à portée de main. D'ordinaire, il n'est pas souhaitable de tenter de transmettre quoi que ce soit, excepté l'emphase et peut-être l'humeur, en variant la force du coup. Du reste, il est évident qu'existe une correspondance naturelle entre le son dur et bruyant de l'ordre impérieux d'une part, et le son doux et coulant de la compréhension amicale de l'autre. Il est facile de distinguer entre le tambourinement du créancier à la devanture et les coups discrets de l'amoureux à la porte de la chambre à coucher. La théorie magique ne saurait ici remplacer l'instinct.

Ceci dit, il n'est pas nécessaire de frapper un coup unique ; les combinaisons possibles sont évidemment infinies. Nous ne parlerons que des principes généraux permettant de déterminer quel nombre de coups conviendra dans tel ou tel cas, et verrons comment il est possible de scinder leur succession afin d'exprimer notre idée de manière structurée.

En règle générale, un coup unique n'a pas de signification précise en tant que tel, car l'unité est omniforme. Il symbolisera Kether, qui est la source de toutes choses également sans participer d'aucune des qualités par lesquelles nous distinguons celles-ci les unes des autres. Persévérant dans cette voie, le nombre de coups se rapportera à une Séphirah ou autre idée Qabalistiquement attribuée à ce nombre. Ainsi, 7 coups suggéreront Vénus, 11 le Grand Oeuvre, 17 la Trinité des Pères, et 19 le Principe Féminin dans son sens le plus général.

Poussant l'analyse un peu plus loin, nous remarquons premièrement qu'une batterie composée de trop nombreux coups est susceptible de nous embrouiller comme d'alourdir les autres parties du rituel. En pratique, 11 est environ la limite. Il est d'ordinaire aisé de couvrir tout le terrain nécessaire avec ce nombre.

Deuxièmement, chaque nombre est d'une portée si étendue, et comporte des aspects si divers d'un point de vue pratique que le danger réside dans l'imprécision. Un coup devrait être bien défini, et son sens bien précis. La nature des coups elle-même suggère vivacité et exactitude. Nous devons par conséquent imaginer un moyen de charger une succession de sons du sens spécifique pouvant s'avérer approprié. Notre seule ressource est l'usage d'intervalles.

Il est évidemment impossible d'atteindre une grande variété dans les chiffres les plus petits. Mais ce fait illustre simplement l'excellence de notre système. Il n'y a qu'une seule façon de frapper 2 coups, et cela s'accorde avec la nature de Chokmah ; car il n'y a qu'une seule façon de créer. Nous ne pouvons exprimer que nous-mêmes, quoique nous le fassions sous une forme double. Ceci dit, il y a trois manières de frapper 3 coups, et elles correspondent aux 3 manières dont Binah peut recevoir l'idée créatrice. Il existe trois types possibles de triangles. Nous pouvons concevoir une idée comme une unité tripartite, comme une unité se divisant en une dualité, ou comme une dualité harmonisée en une unité. Chacun de ces processus peut être formulé par 3 coups égaux ; 1 coup suivi après une pause de 2 autres ; ou 2 coups suivis après une pause d'un seul.

Comme la nature du nombre devient plus complexe, les variantes possibles augmentent rapidement. Il y a de nombreuses manières de frapper 6 fois, chacune convenant à un aspect donné de Tiphereth. Nous laisserons la résolution de ces détails à l'ingéniosité de l'étudiant.

La batterie généralement la plus utile et la plus adaptable est composée de 11 coups. Les principales raisons en sont les suivantes : Premièrement, 11 est le nombre de la Magick en elle-même. En conséquence, il convient à n'importe quel type d'opération. Deuxièmement, c'est le nombre sacré, par excellence, du nouvel Eon. Comme il est écrit dans Le Livre de la Loi : "11, comme tous leurs nombres qui sont des nôtres." Troisièmement, c'est le nombre de lettres du mot ABRAHADABRA qui est le mot de l'Eon. La structure de ce mot est telle qu'il exprime le Grand Oeuvre, et indique la formule du Grand Oeuvre, sous chacun de ses aspects. Et pour finir, il est possible d'exprimer à son moyen toutes les sphères d'opération, quelle que soit leur nature. Ceci s'effectue en formulant une équation entre le nombre de la Séphirah et la différence entre ce nombre et 11. Par exemple, 2° = 9‰ est la formule du grade initiatique correspondant à Yesod. Yesod représente l'instabilité de l'air, la stérilité de la lune ; mais ces qualités sont équilibrées par la stabilité qu'implique sa position comme Fondation, et par sa fonction génératrice. Ce complexe est en outre équilibré par son identification au chiffre 2 de Chokmah, qui possède la qualité aérienne, étant le Verbe, et la qualité lunaire, étant le reflet du soleil de Kether comme Yesod l'est du soleil de Tiphereth. C'est la sagesse qui est la fondation de la loi immuable et qui correspond à la génération, étant la création. Ce cycle d'idées tout entier se trouve exprimé par la double formule 2° = 9‰, 9° = 2‰ ; et chacune de ces idées peut être choisie et clairement exprimée par une batterie adéquate.

Nous terminerons par une seule illustration de la mise en pratique de ces principes. Supposons que le Magicien envisage une opération dont le but serait d'empêcher son esprit de divaguer. Ce sera un travail lié à Yesod. Ceci dit, il devra mettre en relief la stabilité de cette Séphirah, pour ainsi dire contre sa qualité Aérienne. Son premier geste sera de placer le 9 sous la protection du 2 ; la batterie à ce stade sera de 1-9-1. Mais ce 9, tel qu'il est, évoque l'inconstance de la lune. Il peut lui venir à l'esprit de le scinder en 4 et 5, 4 étant le chiffre de la fixité, de la loi et du pouvoir autoritaire ; et 5 celui du courage, de la force et du triomphe de l'esprit sur les éléments. Qui plus est, il se dira que 4 est symbolique de la stabilité de la matière, tandis que 5 l'est de son mouvement. A ce stade, la batterie sera de 1-2-5-2-1. Après mûre réflexion, il conclura probablement que scinder le 5 central pourrait détruire la simplicité de la formule et décidera de l'employer telle quelle. L'alternative possible serait de disposer un coup unique au centre de la batterie, comme pour en appeler à l'immuabilité fondamentale de Kether, invoquant cette unité en plaçant un coup quadruple de chaque côté. Dans ce cas, la batterie sera de 1-4-1-4-1. Il aura été attentif à préserver l'équilibre de chaque partie de la batterie avec la partie correspondante. Cela est particulièrement nécessaire lors d'une opération telle celle ici prise en exemple.

Source : http://www.magick-instinct.org/Crowley/Magick4/desgestes.html

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