Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Opinions diverses sur le Rite écossais et sur les hauts grades

17 Mai 2012 , Rédigé par JM Ragon Publié dans #hauts grades

Plusieurs corps maçonniques se sont disputés la possession de ce rite (écoss. anc. et acc.), et chacun d'eux préconisait la sublinité et ses initiations. Il faut croire cependant que, de part et d'autre, on n'éprouvait un si vif enthousiasme pour ces admirables mystères que sur la loi des maçons qui les avaient apportés, car, à l'exception de quelques grades, tels, par exemple, que le rose-croix et le kadosch, la série des degrés de l'écossisme n'est donnée que par communication et d'une manière fort succincte. Très peu de frères, pourvus de hauts grades, savent en quoi consistent les merveilleuses connaissances qui s'y rattachent ; et, certes, et ne sont pas ceux qui se montrent le plus fiers de les posséder. En effet, quant à la doctrine, tout est trivial, ou inconséquent, ou absurde dans ces grades supérieure ; et quant au cérémonial, il consiste en des formalités insignifiantes, lorsqu'elles ne sont pas niaises ou ridicules, et même dégradantes, pour la dignité du récipiendaire » (Hist.pitt. de la Francm.).

 Le baron de Tschoudy, dans son Étoile flamboyante (t. 1er p. 163), disait, en 1766, que le mécanisme de tous les grades maçonniques n'avait pas d'autre principe, d'autre ressort ni d'autre moyen que le désir de se distinguer aux yeux de ses semblables, et, après être posé cette question :

 « Pourquoi, renonçant ainsi à la simplicité, à l'essence de leur institution, les maçons se sont-ils perdus dans les espaces imaginaires ? il ajoute : « Habillés à la mosaïque, chargés de décorations inutiles, qui ne sont que les livrées de la prétention et de la vanité, cette vanité ne serait-elle pas le germe de ces mêmes grades qu'ils annoncent avec emphase et traitent avec gravité… » Et plus loin (pag. 167) : « C'est à l'ambition, à ce vice cruel, l'arme du fort, l'oppresseur du faible, qu'il faut attribuer, sans balancer, tous les excès qui se commettent journellement dans le grand tout de la société générale, le désordre des sociétés particulières, et notamment l’abus qui s'est glissé dans la Maçonnerie par la multiplicité des grades, dont l'invention moderne est l'effet des prétentions et de l’envie de dominer ».

 Et pourtant, ce maçon distingué et consciencieux préconisait trois grades dits supérieurs : l'écossais de Saint-André (104), le chev. de la Palestine et le philosophe inconnu. Il énumère (p. 174) jusqu'à quarante de ces grades prétendus supérieurs, qu'on pratiquait alors.

Le frère Beyerlé, conseiller au parlement de Nancy, dans son Essai sur la Franc-maçonnerie (2 vol. in-8°), publié en 1784, dit (p. 13 de la préface) :

 « Le second principe qui sert de base à cet ouvrage, c'est que le germe de toutes les connaissances maçonniques est renfermé dans les trois premiers grades ; ainsi cette multiplicité de grades qui ont été enfantés par la cupidité, le charlatanisme et l’extravagance, doivent être, à jamais, exclus du régime maçonnique ; et si l'on se permet d'en conserver les documents, ce ne  doit être que pour servir à l’histoire des extravagances maçonniques ; ils doivent, en conséquence, être renfermés soigneusement dans un lieu dont le maçon peu instruit n'approche pas. »

Le frère Vernhes, de Montpellier, après avoir fait une juste critique des innovations de Ramsay dans son Parfait Maçon (1 vol. in-8°, 1820-21), s'écrie (p. 197) :

« Enfants de l’orgueil et de l’avidité, une foule de grades toujours plus éloignés de l'ancien esprit maçonnique se joignit bientôt à ceux que Ramsay avait introduits, chacun s'arrogea le droit d'en créer de nouveaux. »

 Chemin-Dupontès, dans son Encyclopédie maçonnique (4 vol. in-12, 1820 à 1825), après avoir dit (t. III, p. 174) qu'en France la Maçonnerie était frivole et vaniteuse, ne tarde pas à ajouter :

 « On n'est un peu maçon que dans les loges symboliques : au-delà, il n'y a plus que puérilité, niaiserie, vanité, contre-sens maçonniques, féodalité, titres et formes despotiques. On y dédaigne le beau nom de frère ; on s'y donne le titre de chevalier ; on n'y est plus sous la loi douce et bénigne du niveau et du maillet, où le chef n'est que le premier entre ses égaux, et qui rappelle l'âge d'or du bon roi Saturne (105) ; on est sous l'empire absolu du sceptre et de l'épée, où des titres ridiculement fastueux sont empruntés des siècles de fer du moyen-âge. On ne s'y occupe pas ou presque pas du soulagement de l'infortune ; on n'y apprend rien de plus que dans les grades symboliques ; on ne s'y livre qu'à des pratiques qu'il est très modéré de n'appeler qu'insignifiantes. »

Citons le passage suivant du Cours des initiations, p. 193.

« Le système presque moderne des hauts grades, regardé par quelques-uns comme une amplification utile, et par beaucoup d'autres, comme une création arbitraire et une vraie superfétation, n'a pas la haute portée des trois premiers degrés. Ceux-ci font de toutes les nations une seule nation ; au contraire, dans les hauts grades, chaque nation veut, chez elle, être chez elle ; elle s'isole du monde maçonnique, et arrange, à sa manière, pour ses habitudes et pour ses besoins, le système soi-disant supérieur de l’écossisme, ou toute autre spéculation dé l'esprit.

« Un visiteur se présente-t-il avec des grades élevés pour participer à des tenues supérieures à celles des loges, on s'occupe moins, pour l'admettre, de sa qualité de haut maçon, qu'une variante dans ses grades peut faire rejeter, que de l'intérêt direct qu'il peut inspirer aux maçons nationaux, de sa position profane, et de la manière d’être de son pays avec celui qu'il visite. À l'étranger, plus qu'en France, ces scrupules ou plutôt ces abus sont poussés fort loin.

D'où l’on peut conclure que si les grades capitulaires et philosophiques sont supérieurs aux trois premiers degrés en dénominations fastueuses et en appareil de travaux, ils leur sont tout-à-fait inférieurs en résultats humanitaires et même philosophiques. »

Tout a été dit sur l'incohérence des grades qui composent le rite écossais ancien et accepté dans les cours Maçonniques des frères Ragon, Vassal et Chemin-Dupontés, mais nous ferons ici une observation sur l’instruction de l’apprenti écossais, dont, selon nous, les premières questions doivent être supprimées ; examinons le dialogue entre le vénérable et le premier surveillant.

Dem. : Qu'y a-t-il entre vous et moi ? — Rép. : Un culte.

 ¾       Quel est ce culte ?                     C’est un secret.

 ¾       Quel est ce secret ?                     La Maçonnerie.

D'abord, la Maçonnerie n'est pas un culte, son cérémonial le prouve ; si ce culte (invisible) est un secret, il est bien gardé, car les jésuites, auteurs de ces questions, ne l'ont dévoilé que dans leur Rose-Croix, grade catholique et nullement maçonnique. Mais ils avaient un but, de là le ridicule de ce début.

Voici ces trois questions réduites à une :

Dem. : Qu'y a-t-il entre vous et moi ? — Rép. : La Maçonnerie.

Cette demande d'un vénérable à un surveillant n'est-elle pas ridicule, pour ne pas dire plus ? Quoi ! La Maçonnerie est entre ces deux frères ! Qu’y fait-elle et qu'en font-ils ? Le catéchisme n'en dit mot.

L'apprenti moderne, créé en Angleterre et adopté, en 1786, par le G.-O. de France avec de légères modifications, n'a pas ce défaut. Nous avons vu maints cahiers d'apprenti, antérieurs à cette date, qui ne présentaient pas cette anomalie, qu'on ne trouve pas non plus dans la 24e édition des grades symboliques publiés par Samuel Prichard dans sa Masonry dissected, portant la date du 13 octobre 1730, quoique cet auteur ait écrit sous l'influence jésuitique. Ashmole, mort en 1692, auteur primitif des cahiers, n'y avait pas introduit, ces questions étranges que Prichard aurait reproduites, ce n'est donc que plus tard que cette tache est venue souiller le rituel dit écossais (106).

Source : www.ledifice.net

Partager cet article

Commenter cet article