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Hauts Grades

Orient et Occident

10 Décembre 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

« Orient » vient du latin oriens, orientis, participe présent du verbe signifiant « naître », « se lever ». L’orient, c’est la direction où le soleil se lève, d’où, après les ténèbres, renaît chaque jour la lumière. A l’opposé, l’Occident, du latin occidens, « tombant », est la direction ou le soleil disparaît à chaque fin du jour, où la lumière s’arrête. « De l’occident à l’orient ». Trois termes : d’abord, un point de départ. L’occident. C’est le monde manifesté, perceptible par les sens. Ensuite l'Orient, qui, par contraste représente le monde qui ne se révèle qu'à l'esprit. Symboliquement le lieu de la création, de l'origine de toute chose. Enfin, de l’un à l’autre, un chemin peut-être, mais avant tout une direction. Comme l'Orient est l'origine de la lumière physique, la quête initiatique, celle de la lumière métaphysique, (et dont le but est sa propre transformation), doit s'orienter dans cette direction.

L’aspiration à la lumière

L’initiation, mise en mouvement de cette quête, est d’abord rupture, séparation. Elle oppose lumière et ténèbres, monde profane et monde spirituel. La séparation est à mettre en rapport avec la création, qui est, sur le plan mythique, séparation de la lumière d’avec les ténèbres, avant manifestation du monde comme émergence à partir du chaos. Cette séparation est revécue à chaque tenue au début du rituel d’ouverture avec une triple séparation : clôture de l’espace (nous sommes à couvert), clôture temporelle (il est l’heure) et spirituelle (nous avons l’âge). La séparation opérée, l’espace n’est plus uniforme. La polarisation occident orient apparaît. La lumière se pense maintenant par l’idée d’orientation, s’opposant à l’obscurité.

L’orientation de l’espace

De tout temps l’homme a éprouvé le besoin de se relier à un principe primordial. C’est le sentiment « religieux » (je précise «religieux » du verbe « relier », indépendamment de toute religion). L’homme se sent partie intégrante d’un tout qui ne se limite pas à ce qui est perçu par les sens. Pour cela, l’homme structure l’univers physique pour l’orienter, faisant apparaître les signes d’une réalité spirituelle superposant à la réalité physique. Le point d’appui est le centre, point fixe par lequel passe l’axe du monde, et figuré dans nos loges par le fil à plomb qui donne la direction Nadir - Zenith, axe de l’élévation spirituelle. Autour de ce centre, le monde s’ordonne selon deux axes perpendiculaires qui déterminent les quatre directions cardinales. A la structuration de l’espace en deux fois deux, quatre parties (quatre, nombre du monde manifesté), correspond, avec la course du soleil, la division du temps. Le temps, de linéaire, devient cyclique, ordonné suivent les alternances des jours et des saisons. Ainsi, le monde physique n’est plus chaos. Il devient ordonné suivant un tout (espace temps et lois), et peut prendre sens. En occident, l’édifice religieux, en tant que médiation entre l’homme et le monde spirituel, est bâti sur ce modèle. Il est tourné vers l’orient.

La tradition kabbalistique

Le temple maçonnique est lui aussi symboliquement orienté de l’occident vers l’orient. C’est un carré long, un couloir, un chemin, l’axe de la recherche spirituelle. Il s'étend symboliquement « du Zénith au Nadir », « de l'Orient à l'Occident » et « du Septentrion au Midi », c'est à dire qu'il englobe tout l'univers. Après séparation, pour que le temple devienne image du monde spiritualisé, il faut donc l’ordonner spirituellement, l’illuminer. L’initié tourne son regard vers l’orient, et la lumière de l’origine se déploie en suivant le chemin orient - occident. Il y a au départ une toute petite lumière qui jamais, au moins symboliquement, ne s’est éteinte, celle posée sur le plateau du Vénérable Maître. C’est aussi la petite lumière qui a continué de briller en nous et qu’il faut raviver. L’ouverture des travaux représente la propagation de la lumière spirituelle depuis l’orient, qui, par étapes progressives, s’installe, et illumine l’espace physique banal pour en faire l’athanor de transformation de l’initié. Cette propagation de la lumière est illustrée par la tradition ésotérique de la Kabbale. Dans la tradition kabbaliste, tout procède d’un principe unique renfermant tout en puissance. La lumière primordiale de l’infini descend dans le monde pour donner le souffle de vie et illuminer les créatures. En elle-même lumière absolue, hors de portée de l’entendement humain, elle descend, chemine, se déploie et se difracte en prenant la forme de dix réceptacles de lumières, les sefirot, contenant chacun un aspect de la puissance de l’origine accessible à notre compréhension. Ainsi, la lumière descend et vivifie la création. L’arbre des sefirots, composé de trois triangles, est la multiplicité éclairée progressivement par la lumière originelle issue de l’unité (la sefirah Kether), jusqu’à la dixième et dernière sefirah (dite Malkhout), celle du monde manifesté. Cette dernière donne naissance à l’homme complet, termine le cycle et permet le retour de la lumière vers l’origine de tout. C’est le rythme secret du mouvement, la loi dynamique de la manifestation. Dix est le nombre du cycle achevé.

La descente de la lumière dans la loge

Le deuxième et la troisième lumière procédant immédiatement de l’origine sont la pensée créatrice, le logos, et l’Intelligence. Elles forment un premier triangle de lumière, d’ordre ontologique, de l’ordre de la pensée pure, de l’esprit. Hors de portée de notre intellect, nous ne pouvons le percevoir que par le delta lumineux qui nous apparaît à l’Orient. Suivant son cheminement de l’Orient à l’Occident, la lumière descend et éclaire un second triangle de lumière, qui est cette fois la fondation éthique de la vie manifestée, les trois lumières d’ordre moral, afférent à l’individualité humaine, à l’âme. Nous les voyons apparaître sous la forme symbolique des trois grandes lumières : compas, équerre et volume de la loi sacrée. Puis le troisième ternaire éclairé se rapporte à l’action réalisatrice, au corps, à la construction. Nous le voyons apparaître sous la forme des trois piliers qui s’éclairent ; force, sagesse et beauté, en correspondance avec les lumières sur les plateaux des surveillants. Le triple ternaire doit être ramené à l’unité par l’éclairement de la dixième et dernière lumière, situé dans le dernier monde, le monde physique, Alors, l’essence spirituelle, le psychisme et le corps pourront se réunifier en penser, vouloir, et agir. Nous serons aptes à construire. La lumière qui a entièrement illuminé le monde physique pourra revenir vers l’unité. Mais, dans le rituel d’ouverture, aucune lumière physique n’est allumée pour cette dixième et dernière. Mais, est-ce étonnant puisque finalement, il doit s’agir de nous illuminer chacun de nous individuellement ?

La circulation de la parole

Ainsi mis en condition, la lumière va circuler pour que chacun de nous s’enrichisse. La lumière prend alors la forme humaine de la parole. Le monde et la vie apparaissent comme une infinie diversité, un chaos d’éventements et d’actions. Nous filtrons ce chaos de manière telle que seule une potion devienne significative pour nous. Chacun s’est ainsi construit à l’âge adulte son propre système de croyances et de valeurs. Pour s’élever et donc se libérer, il s’agit de s’ouvrir à l’autre à travers sa parole. Pour l’initié, le point de vue de chaque Frère est donc bien une richesse, suivant la phrase d’Antoine de Saint Exupéry. « Si tu diffères de moi mon Frère, loin de me léser, tu m'enrichis ». Il me semble que la parole d’un F\ devient ainsi lumière dans un triple don : D’abord donner la parole ; Ensuite donner sa confiance, en délivrant sa propre vision des choses avec sa raison et son coeur, sans paroles convenues ; Enfin, donner son attention, c’est à dire être réceptif et s’ouvrir à la parole de l’autre, sachant la valeur donnée par sa sincérité. Après, ma vérité n’est plus tout à fait celle d’avant. Mais paradoxalement, c’est d’autant plus la mienne qu’elle n’est le plus produit aveugle des circonstances de la vie, mais qu’elle procède de liens retrouvés. La lumière de l’autre a éclairé mon ombre. C’est la lumière dans le sens de transformation. Le don créé la reliance, le lien véritable. La reliance créé la synthèse qui approche la vérité. La vérité donne l’unité retrouvée dans un acte de création. En maçonnerie, la connaissance n’est pas consignée dans des livres. Elle se transmet avec la tradition en se récréant, en reprenant forme et en se vivifiant dans les esprits des Frères. Symboliquement, c’est une construction. La parole remonte vers l’orient.

Le cycle de la connaissance

Cette polarisation manifeste les deux pôles de l’existence manifestée, qui oppose réceptivité d’une part, et action sur le monde d’autre part. Ou encore imagination et rationalité intellectuelle, rétraction et expansion, introspection, et extérioration, Yin et Yang dans la tradition orientale, etc. Le monde se transforme sans fin sous l’effet de ses deux polarités contraires. Voir l’opposition et le chaos qui en résulte n’est qu’une vision des choses. Pour l’initié, les deux sont tout autant nécessaires l’un que l’autre, et doivent s’ordonner suivant des cycles, puisque tout est respiration et cycle. Pour être en phase avec le monde spiritualisé, il faut s’orienter selon le parcours juste, le cycle de la connaissance, donné par le parcours et le sens des déplacements dans la loge. Tout part de la colonne BOAZ ou l’apprenti reçoit son salaire. L’initié progresse vers l’orient. Il doit être réceptif à la lumière sous la lumière l’éclairage de l’imagination. A partir du concret, c’est l’ouverture aux vérités de nature spirituelle. A l’orient, l’orientation symbolique devient une conversion. De la connaissance lunaire réfléchie, cyclique, imaginative, le regard se tourne vers la connaissance solaire, directe, immédiate. L’initié se transforme. La progression le long de la colonne du midi est l’extériorisation. L’initié devient source de lumière en direction de l’occident. A l’occident, l’initié expérimente confronte sa connaissance au concret du monde manifesté. Il est de retour à son point de départ, mais transformé intérieurement. Le cycle conduit à l’élévation sur l’axe Nadir Zénith, l’axe de l’élévation de la conscience. L’initié est prêt pour un nouveau cycle.

Conclusion : L’approche philosophique.

Pour terminer, je voudrais indiquer quelques éléments de la pensée du philosophe Spinoza. Pour Spinoza, acquérir la liberté est possible en connaissant les lois sous-jacentes du monde et, en se rendant compte de leur nécessité. Contrairement à ce que notre vanité voudrait croire, l’individu a une position subordonnée, mais grâce à son travail, il peut approcher la lumière de l’origine et devenir plus conscient. Il vaut la peine de tendre ses forces vers la libération d’une influence extérieure arbitraire en permettant à notre essence vraie de façonner nos actions et nos vies. Par une prise de conscience active de la connexion de toute chose avec l’Origine, nous devenons nous-mêmes libres parce que notre identité embrasse maintenant un peu plus le Tout et n’est plus un ego étroit, et frustré par ce qui périt et change dans des événements isolés. La liberté est donc une tâche qui exige que nous connaissions précisément notre nature. Connaître notre nature, c’est dire que nous nous comprenons en tant qu’aspect particulier du Tout. Plus nous réussissons à nous libérer des frustrations et des attaches liées à l’ego matériel, plus nous réussissons à nous reconnaître comme intérieurement partie d’une réalité plus globale, plus libres nous sommes.

V\ M\, j’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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