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Hauts Grades

Orthodoxie Maçonnique : avant-propos (1853)

21 Novembre 2012 , Rédigé par JM Ragon Publié dans #histoire de la FM

« Celui qui établit des principes fait moins un livre qu'il ne donne un livre à faire. »

Baron Massias, Principes de littérature.

 

Pendant notre carrière maçonnique qui, déjà, date d'un demi-siècle, nous avons eu, dans nos excursions aux États-Unis, en Angleterre, en Hollande, en Belgique, dans une partie de l’Allemagne, en Suisse et, en France, dans nos principales villes si richement peuplées d'hommes instruits, bien des occasions de fraterniser et de converser avec des maçons de considération, dont les dignités et les grades étaient éminents, et, presque toujours, l'érudition profane se trouvait bien supérieure à l'instruction maçonnique. Il n'y avait, sauf de rares exceptions, aucune unité de pensées, aucune fixité de vues, aucune opinion bien arrêtée sur l'origine de l'ordre, sur son but secret, sur les conjectures qu'on doit tirer des ébauches initiatiques consignées dans les trois grades symboliques : réfutait-on un jugement qui venait d'être porté ? La réplique était : Vous pourriez bien avoir raison. Mais tous s'accordaient à considérer les Loges comme d'excellentes écoles de morale, où l'on apprend à pratiquer la vertu ; à honorer Dieu avec un cœur pur, par de bonnes actions, sans s'occuper en rien d'aucun des cultes qu’on Lui rend ailleurs ; à obéir aux lois, sans se mêler, comme maçons, aux rouages politiques qui les produisent ; à aimer l'humanité et à secourir ses frères. Sans doute, il est peu d'associations qui puissent s'honorer d'avoir aussi complètement de tels principes, de les observer avec autant de désintéressement et de traverser les siècles sur de telles bases. D'après ce tableau, la Franc-maçonnerie ne doit produire que des citoyens loyaux, probes et philanthropes ; et bien que ses travaux se continuent secrètement, on sait depuis longtemps, que ses secrets ne consistent plus que dans les moyens de reconnaissance qui se composent d'une langue universellement parlée et d'un langage muet pour l'oreille, mais très significatif pour l’œil et le toucher ; mais ces moyens eux-mêmes ne sont plus secrets : le temps et l'impression les ont dévoilés. Alors, à, quoi bon le serment terrible imposé à l'initié ? Certes, s’il était moderne, il serait d'un style tout autre ; mais il est antique ; cest celui que proférait l’initié égyptien. Il a été reproduit pour prouver que l'institution est une rénovation, une continuation des mystères de l’Asie, de l'Egypte, qui étaient aussi des écoles, mais où l'on enseignait toutes les sciences et tous les arts. Cependant ces études, ces connaissances quelque profondes ou élevées qu'elles fussent, n'exigeaient pas un pareil serment, et puisqu'il existait, c'est qu'il y avait un sanctuaire mystérieux où la déesse Isis était sans voile. On y recevait la grande initiation avec la connaissance de la doctrine sacrée, qu'il conviendrait de reproduire, si l’on veut que le serment actuel cesse d'être un non-sens.

Nous avons, aussi remarqué que, en général, les maçons connaissent à peine la Maçonnerie de leur pays, comment on l'y a instituée, ni l'histoire de l’autorité qui la dirige ; ce sont cependant des choses qu'il importe de connaître. Bien que la Maçonnerie soit la même sur tout le globe (nous ne parlons pas des hauts grades dont aucun n'est maçonnique), l’esprit qu'y attache chaque nation nest point généralement uniforme ; elle est philosophique en France, congrégationnelle et biblique en Angleterre et aux États-Unis, catholique en Prusse, etc.

 

Quand Thory fit ses Acta Latomorum, informe Capharnaüm, où se trouvent pêle-mêle, chaque jour, les maçonneries de plusieurs nations, il n'avait pas compris que l’ordre, seul, classe et peut instruire ; c'est donc un recueil de documents à refaire sur un autre plan ; il est, malgré ses nombreuses erreurs, encore consulté, parce qu'il n'y en a pas d'autre, et nous ajouterons que la partialité systématique de l'auteur envers le Grand-Orient de France a nui à la valeur de l'historien.

On a dit avec raison que l'ignorance enfanta l'erreur et celle-ci, tous les maux ; la Maçonnerie, qui est une lumière opposée aux ténèbres de l'ignorance pour en arrêter les effets funestes, si elle avait été plus étudiée, aurait, constamment et sans entraves, fait jouir ses adeptes des bienfaits qu'elle répand. Mais l'ignorance de ses principaux chefs a causé toutes les tribulations qui l'accablent encore. La Maçonnerie est une, son point de départ est un. Tous les rayons émanés du foyer primitif étaient purs et réguliers ; tout ce qu'à leur tour ces nouveaux centres de lumières ont constitué et constituent est bon et régulier ; mais tout ce qui n'en provient pas doit être impitoyablement rejeté dans le néant.

Nous démontrons qu'après la destruction, dans les Gaules, des collèges druidiques, par Jules César, les anciennes initiations expirèrent. Il y eut un long sommeil séculaire. La Maçonnerie philosophique qui n'existait ni de fait ni de nom fut conçue et consignée dans trois rituels, en 1646, par Ashmole, qui retrouva l’antique initiation, comme Mesmer retrouva le magnétisme ; et le 24 juin 1717, la Maçonnerie morale prit une existence publique et régulière dans la Grande-Loge d'Angleterre. C'est de ce foyer primitif que le monde maçonnique a tiré la lumière qui éclaire ses travaux. Elle ne connaissait et ne pratiquait que les trois grades symboliques qui renferment la vraie Maçonnerie, et c'est à ce nombre que se bornait le droit qu'elle accordait de conférer des grades.

Ce qu'on appelle l’écossisme n'existait pas. Ramsay, transfuge en maçonnerie comme en religion, inventa des grades templiers. Ce sectaire était né en Ecosse, ses grades furent appelés écossais et tous les grades inventés depuis furent aussi nommés écossais, quoique inconnus en Ecosse. Ainsi, grades écossais ne signifient pas grades venus d’Ecosse ; il n'y a pas d'écossisme en vraie maçonnerie : Lisez-nous et vous serez convaincus. La G.-L. d'Angleterre n'a jamais reconnu l’écossisme.

Ces principes sont des plus simples, pourquoi les chefs de la Maçonnerie française en ont-ils presque toujours négligé l'application ? La première faute appartient à la Grande-Loge de France qui eut la faiblesse de tolérer l'établissement, dans le royaume, de tous ces foyers de discorde qui, sous les noms de Chapitre de Clermont, de Conseil des empereurs d'Orient et d'Occident (souverains princes maçons !) de Souverain-Conseil des chevaliers d’Orient, etc., etc., sont venus semer l’erreur, répandre la désunion en détruisant l’Unité maçonnique et saper, dans ses fondements, l'autorité de la Grande-Loge qui devait bientôt lui échapper.

Mais les chefs de l’autorisé qui a succédé à celle-ci n'ont profité en rien du passé et n'ont pas été mieux inspirés que leurs prédécesseurs, quand, en 1804, des intrigants sont venus d'Amérique s'établir effrontément à Paris pour y débiter leurs rites à l’aide de la fraude et du mensonge. Si les officiers du Grand-Orient d'alors eussent connu les principes orthodoxes de l'institution, s'ils avaient examiné la légalité de leur origine émanée primitivement d'un centre unique, et s'ils n'avaient pas perdu de vue qu’ils possédaient légitimement les rites en question (rites équivoques et sans origine connue), auraient-ils donné l'exemple, pénible encore, de maçons qui vont recevoir, sous serment et avec reconnaissance, des grades qu’ ils possédaient plus légitimement que ceux qui les leur octroyaient. C'est un fort mauvais tour que leur a joué leur ignorance ; car, plus instruits, ils auraient renversé le faux autel, et anéanti ces schismes naissants, la honte de l'Ordre.

Ne pourrait-on pas dire, avec quelque raison, que l’ignorance est, pour beaucoup d'adeptes, le voile qui couvre la Franc-maçonnerie ; la faute en doit retomber sur les administrateurs de l'Ordre, qui, pour éviter le mal qu'elle produit et le tort qu'elle cause à l'institution, auraient dû, depuis longtemps, établir des cours d’instruction, où les lauréats auraient été, avec les anciens membres instruits, les seuls aptes à remplir les cinq premiers offices des Loges .

On a dit que la Maçonnerie est la science de la vie physique, morale et spirituelle, indiquée graduellement dans le symbolisme. L’étude élémentaire d’un franc-maçon doit donc être celle des grades, encore ne doit-il pas la borner, s’il veut s’instruire, aux degrés qui composent le rite que travaille sa Loge ; mais il doit chercher à connaître les grades de tous les systèmes ou des systèmes principaux, d’où  découlent une foule de grades détachés dont on ne peut se rendre aucun compte, faute d'une instruction préliminaire et générale. Combien peu rencontre-t-on de maçons qui connaissent l'esprit des grades qu'ils possèdent ou le but du rite qu'ils professent, et dont souvent l'étude s'est bornée à épeler les mêmes mots sans avoir compris le revers du feuillet !

A la vérité, on peut lire avec fruit certains ouvrages maçonniques, en commençant par ceux où se trouve exploré le champ des interprétations et des origines ; s’ils n’éclairent pas complètement le lecteur, ils lui donnent la clef pour parvenir seul à la connaissance des mystères, c’est-à-dire des choses voilées, étude attrayante, où une première découverte mène à toutes les autres, ou du moins à celles qu'il importe de faire. Mais, en général, les livres sur la Maçonnerie doivent être lus avec prudence, nous avons presque dit avec défiance, à cause de l'esprit systématique des auteurs.

L’un prend, et avec raison, l'initiation à son origine ; il la fait descendre, de siècle en siècle, chez diverses nations qu'elle éclaire et civilise ; il assiste à ses transformations dans les écoles philosophiques de la Grèce, de l'Italie, et dans des collèges antiques de prêtres qu'elle débarbarise, jusqu'à ce qu'enfin elle prenne le nom voilateur de Franc-maçonnerie, sans que ses adeptes aient songé à construire le moindre mur. Ces continuateurs de l'ancienne sagesse sont devenus maçons à la manière d'Apollon, d’Amphion ; ne sait-on pas que les anciens poètes, initiés, parlant de la fondation d'une ville, entendaient l'établissement d'une doctrine .

D'autres auteurs font descendre la Maçonnerie de la fondation du temple de Salomon. C'est être étranger à toute inspiration initiatique que de concevoir une telle origine, qui a donné naissance aux grades lévitiques, bibliques, salomoniens, au rite d'York ou Maçonnerie de Royale-Arche, etc. (V. le Tuileur général). Ce temple a servi plus tard de revoilement, sous des prétextes politiques et religieux , quand la doctrine antique dut prendre le nom de Franc-maçonnerie.

D'autres ne la font remonter qu'aux Croisades, aux chevaliers de la Palestine. Cette catégorie est différente. Relisons les anciens grades templiers, composés depuis Ramsay, nous y trouverons cet aveu, que les templiers prennent la Maçonnerie comme voile pour y abriter leur système, et, par ce moyen propagateur, répandre leur doctrine. La Maçonnerie existait donc, puisqu'ils en empruntaient le voile et la forme.

D'autres attribuent la Maçonnerie aux jésuites. Les jésuites ont trouvé la Maçonnerie en trois grades toute faite ; ils l'ont considérée comme moyen excellent pour arriver à leur but, la domination universelle ; ils se sont emparés du système templier ; ils ont inventé la plupart des grades écossais ; ils ont modifié le travail d'Ashmole, favori de Charles 1er, dévoué, comme eux, aux Stuarts. De là, l'imperfection du grade de Maître . Voulant, comme Ramsay, asservir la Maçonnerie au catholicisme, ils ont bien eu le soin de dire, dans le premier grade de l'écossisme, que la Maçonnerie est un culte, ce que la véritable initiation se serait bien gardée de faire. Les grades à poignards et leurs travaux nocturnes ont été fabriqués par eux ; on leur doit aussi ce grade à génuflexions, le rose-croix, qui ne peut certainement pas figurer dans l'antique échelle initiatique, où, malgré cela, il forme aujourd'hui le quatrième échelon (puisqu'il se donne après la maîtrise), ce qui est une superfétation déplacée, un pléonasme monstre du symbolisme antique, et, par conséquent, une faute ; car le fils de Marie ne doit pas être la doublure d'Hiram. Ils ont fait d'un grade alchimique un grade chrétien ! La vraie Maçonnerie ne met pas en grades les croyances religieuses, elle les respecte comme elle en respecte les doctrines, avec lesquelles elle a de commun la pureté de la morale, l'esprit de bienfaisance, le bien-être et l'indépendance de l'humanité.

Enfin, d'antres auteurs, rompant aveuglément la chaîne de transmission, renoncent à une noble origine pour ne faire dater la Franc-maçonnerie, cette science des sciences, que des collèges ou écoles d’architectes constructeurs. Ces écrivains ne sont que les historiens du compagnonnage, qui n'a de rapport avec la Maçonnerie que comme association secrète, et tout le reste en diffère. Les compagnons du devoir, dont l'admission à leurs mystères ne fait pas des apprentis, mais des initiés,  ont, en partie, le mythe d'Hiram; mais ils ne l'ont jamais pris qu'à la lettre ; c'est au point qu'une branche du compagnonnage accuse une autre d'être les descendants des assassins d'Hiram, et de là, reproches, injures, combats sanglants, en cas de rencontre. Si les initiés en constructions avaient frayé avec les franc-maçons, ceux-ci les auraient éclairés et désabusés sur la fiction hiramique ; ils auraient appris qu'Hiram, qui n'a jamais été architecte, mais fondeur, n'a jamais couru le plus petit danger dans le temple de Jérusalem. Les cérémonies mystérieuses des compagnons sont basées sur les mystères du christianisme, dont la mise en action, dans leurs réceptions, les a jadis exposés à des poursuites sérieuses de l'autorité, qui regardait ces cérémonies comme des profanations sacrilèges et punissables.

S'étant assujettis au catholicisme, à cause des privilèges octroyés par les papes, tant à eux qu'à des corporations de moines architectes italiens, pour la construction des édifices religieux, ils y ont persisté : leurs fêtes annuelles se célèbrent par une masse solennelle, l’offrande d’un pain à bénir, et un festin. La Franc-maçonnerie est étrangère à ces habitudes : elle est la religion de l’âme, et elle n’impose aucun joug religieux à ses initiés ; elle laisse à chaque frère son culte ; elle ne prétend pas en être un, parce qu'un maçon ne peut pas avoir deux cultes : elle laisse cette subtilité de conscience aux systèmes écossais.

Cette digression qui, peut-être, n’est point ici déplacée, nous a éloigné de notre point de départ ; nous y revenons pour expliquer le but de nos recherches.

Le nombre des Maçonneries dépasse soixante. On conçoit que ces productions n'ont de maçonnique que la forme : toutes diffèrent, et souvent avec des grades appartenant à d'autres systèmes. Cette masse de rites n'est due qu'à la fabrication spéculative des hauts grades, d'où il résulte autant de schismes que de rites. La vraie Maçonnerie, composée de trois degrés, n'enfante pas de schisme.

Dans cette quantité, il se trouve des rites et des grades bizarres ; ils ont leurs partisans, qui se croient tous aussi bons et vrais maçons que le véritable initié. -Que faire ? Les instruire, en leur fournissant le moyen de comparer les divers régimes, de remonter, autant qu'il est possible, aux origines, et de chercher à pénétrer le but de chaque secte ; plusieurs se contredisent, le lecteur en profite pour s'instruire et juger. Nous avons recueilli tout ce qui nous a paru devoir intéresser. Nous rapportons presqu'en entier quelques historiques les plus instructifs.

 

Nous donnons aussi tout ce qui a rapport aux chevaliers de la Palestine, aux chevaliers du Temple, aux juges philosophes inconnus, leurs successeurs, aux chevaliers du Christ, leurs continuateurs en Portugal.

Nos documents sur la Maçonnerie jésuitique, sur l’écossisme, sur la stricte observance, sur les directoires écossais, sur les chevaliers bienfaisants de la Cité sainte, et surtout sur les fondateurs des divers systèmes, en Allemagne et en Suède, initient complètement le lecteur qui, s'il ignore ces choses, ne sait rien en Maçonnerie.

C'est dans ces luttes élevées entre tous ces éclaireurs de l'humanité que jaillit la lumière, c'est-à-dire la vérité, à côté de laquelle ils n'opèrent que trop souvent.

Rien de tout cela n'est, au fond, la véritable Maçonnerie ; mais, comme on en pratique encore plusieurs rites, quoique erronés, et qu'un assez grand nombre de maçons de nos jours se montrent fiers d'en porter quelques insignes, il est donc nécessaire de faire connaître toutes ces conceptions, afin que ceux qui les ignorent s'en éclairent et prennent goût à ces explorations utiles.

Source : www.ledifice.net

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