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Hauts Grades

Ourim et Thumimm

13 Octobre 2014 , Rédigé par G.G. Publié dans #Planches

Le 24ème degré du R.E.A.A  fait référence aux symboles de l’URIM (Lumières) et du THUMIMM (Perfections).  Comment ce Prince peut-il s’appuyer sur ces symboles pour « construire » l’unité du CHK ? 

Astrologue, devin, pythonisse, sibylle, prophète, cartomancienne, chiromancienne,  numérologue, voyant, médium…les mots ne manquent pas au fil de  l’histoire de l’Homme,  pour désigner ceux et celles ayant le don de lire dans le passé ou prédire l’avenir,  à qui les approche ! Je me souviens de ma propre expérience de consultant involontaire dans ce domaine de la prédiction. Il y a quelques années, alors que j’étais attablé à la terrasse d’un café, près d’ici avant une tenue, une diseuse de bonne aventure qui passait  m’a saisi brusquement la main.  Pour y lire en un éclair, dans l’ordre,  que ma voiture perdrait bientôt une roue en marche et que je serai grand-père un jour de Noël à venir ! En quelque sorte,  la mort et la vie, dans la même prophétie ! Sans vouloir trop croire à ces annonces, une vague inquiétude et une joie mêlées ont tout de même troublé ma soirée en loge ! Puis j’ai oublié la femme enturbannée.  Ses paroles me sont  revenues quelques mois plus tard,  lorsque,  effectivement, en quittant une station service, la roue avant droite de mon véhicule est sortie de son moyeu ! Au ralenti, heureusement. C’était à l’époque où l’on y  permutait les roues  pour égaliser l’usure des pneus. Le mécanicien avait  oublié de remettre les écrous sur la roue en cause !   Et le jour de  Noël de la même année, notre fille a bien accouché d’une petite fille, faisant de moi et de mon épouse, des  grands parents comblés !

 La divination, une vieille histoire

La divination est une vieille histoire.  Depuis l’origine, pour perdurer, malgré les obstacles, le fils d’Adam est contraint de toujours semer pour récolter ! Il doit précéder l’évènement. Pour se nourrir, prévenir les agressions de la nature, se protéger de son semblable, préserver sa santé ou assurer ses vieux jours. S’est ainsi installée dans son esprit une forme d’évidence : l’avenir c’est la menace, souvent justifiée. Il s’agit donc constamment pour lui de  prévenir le risque, si possible de le réduire. Rien de changé, aujourd’hui comme hier. Le prévisionniste météo,  à la merci des caprices du ciel le sait bien : anticiper, c’est avoir un regard d’avance ! A l’époque du roi Salomon, ses grands prêtres observent déjà les astres. C’est dans leurs éclipses qu’ils disent voir les bons et mauvais présages. Plus près de nous, au début de notre civilisation méditerranéenne, Platon ne prétend-t-il pas que le foie est l’organe de la prophétie ?! Les Romains aussi ont leurs devineresses : les fameuses sibylles précitées, qui basent aussi leurs annonces sur l’inspection des entrailles de poulets ou le vol des oiseaux. Elles prédisent de la sorte l’assassinat de l’Empereur César. Ce sont ces mêmes sibylles qui préviennent Agrippine de son proche empoisonnement par Néron, son fils ! Un survol de l’histoire nous montre qu’après les prophètes bibliques, vient avec Jésus,  le temps des « missionnés », telle Jeanne d’Arc la clairaudiente,  puis plus tard, celui des «visionnaires»,  avec Nostradamus le futurologue, dont les prédictions atteignent notre millénaire. En remontant le temps maçonnique, nous constatons que nos cousins bâtisseurs de cathédrales se réfèrent précisément sur leurs parchemins à la période salomonienne et à ses astrologues. Il n’est pas étonnant que l’Art Royal y ait également puisé ses légendes par porosité et soit ainsi, à sa manière, entrée dans le monde divinatoire. Moins bien entendu, pour y trouver des prédictions que des métaphores productrices de sens et  de passages aux actes positifs. La franc- maçonnerie  spéculative est en soi un projet : Ce sont bien lesdites métaphores, qui en support de notre méthode symbolique, nous projettent  dans « les choses à faire » donc dans le futur. Avec le doute prudent, l’interrogation judicieuse, l’espoir raisonnable, l’auto-questionnement sincère et l’indispensable esprit critique. Contrairement aux religions qui, dans leur rôle, sans réserve,  apportent des réponses immédiates et intemporelles et du prêt à penser.

Dès le 1er degré du REAA, avec son injonction « Connais-toi toi-même, Socrate nous impose littéralement de nous « deviner ». De l’angoissant bandeau initial bouchant mes yeux,   à ma main voilant à nouveau ma vue, précisément signe de reconnaissance du 24ème degré, qui nous interpelle ce soir, je suis invité par ledit rituel,  à interroger mon être intérieur. Se trouver soudain dans l’obscurité, ne plus voir, c’est  véritablement « être éteint »,  c’est bien sûr vouloir à nouveau la lumière, c’est par conséquent désirer retrouver l’usage de cette perfection en soi que constitue l’œil, premier capteur de nos perceptions ! Le rituel m’indique que Prince du Tabernacle devenu à ce 24ème degré, je suis ainsi un intermédiaire entre Dieu et les hommes. J’ai le sublime honneur d’avoir symboliquement reçu  avec ce degré, le pectoral, ornement brodé sur ma poitrine par deux jeux de pierres précieuses. A savoir :   L’Ourim (Lumières en hébreu)  désignant deux pierres de sardoine (une blanche signifiant oui  et une noire signifiant non) et  le Thumimm (Perfections en hébreu), constitué par un carré de douze pierres multicolores et scintillantes - chacune siglée d’une lettre de l’alphabet hébraïque -  correspondant aux  douze tribus d’Israël. Parmi les nombreuses versions existantes, je choisis la plus simple : Celle indiquant que Dieu répond  à mes questions en activant la brillance ou la matité  des pierres de l’Ourim ou bien me donne des directives par le clignotement des lettres formant des mots sur les pierres du Thumimm. Les légendes ont sans cesse  besoin d’être racontées pour continuer d’exister! Retenons de celle-ci que ces deux instruments divinatoires ont cessé  à jamais d’émettre toute parole et toute vérité de l’Etre Suprême  après les errements de  Salomon,  à type de croyances idolâtres et de débauches honteuses. Partant le roi, privé de l’aide divine, redevient un homme lambda, seul, devant ses obligations terrestres.

Qu’est-ce que l’homme ?

Notre  rituel me dit que la construction du Temple de Salomon est enfin achevée à ce moment même mais l’homme ordinaire que je suis doit poursuivre seul la construction de son Temple intérieur. Ainsi, sans l’aide divine, sans le secours éventuel des diverses mancies et dans le réel de la cité du deuxième millénaire revenu, comment puis-je envisager de construire mon unité de Chevalier Kadosch, avec ces symboles-outils Lumières et Perfections soudain « dédivinisés ».En clair, comment devenir, sous ma seule responsabilité, un être autonome et  éclairé,  alors que je vis dans un monde où, comme dit Nietzsche, les hommes recherchent d’abord la lumière pour briller ! Comment me parfaire, c'est-à-dire comment m’améliorer, changer en mieux, alors même  qu’on ne change pas un programme génétique, comme on remplace une carte  de téléphone ?!! De fait, on peut ici se poser la question « Qu’est-ce que l’homme ? ». « L’homme est   la mesure de toutes choses  »  me répond le sophiste grec Protagoras.  Avec  la raison, l’intuition et l’imagination, ces trois sœurs qui se chamaillent  en lui, l’homme n’est-il pas tout au contraire  la démesure de toutes choses, cette fameuse ubris, « le toujours plus » des grecs anciens. Car enfin, qu’est-ce que l’homme, sinon un être dont cette raison est sans cesse  bousculée, mise à mal, défiée par les deux autres,  ces deux espiègles, vitales mais non fiables,  la pythonisse précitée  et la « folle du logis », ainsi nommées par ces mêmes grecs. Cet homme doué de  raison donc,  - j’entends ici l’homme qui ne cherche pas à avoir raison  mais à raisonner -  c’est  celui qui, sans passion excessive et grâce à une pensée cohérente, cherche à distinguer  le réel de la fiction,  le bien du mal,  le vrai  du faux, le juste de l’injuste, le bon du mauvais. C’est celui qui observe des normes claires, qui fait preuve de logique et de bon sens. Mais, mais… ce serait ignorer que cet homme dit raisonnable doit compter aussi avec son  affectivité qui  le rend,   tantôt  euphorique, tantôt angoissé, autant dire dominé par  ses émotions, incertain, jaloux, méchant, violent – nous vivons cette violence au quotidien -  et dont  l’intuition,  peut lui donner une prescience des choses,  comme le soumettre à l’erreur totale ! Quant à  son imagination, elle fait de lui un être subjectif, prompt à la pensée magique - à preuve la voyance - prompt aussi  au merveilleux, aux signes, aux coïncidences, qui  refuse la mort, se berce d’illusions, croit  plus au destin qu’à son libre-arbitre, et par là-même se pense agi par le sort, sinon les forces de l’esprit. Ainsi est l’homme, ne nous le cachons pas,  un être  à la fois multiple et incomplet,  commun et paradoxal, davantage disposé par nature, au plaisir qu’à l’ascèse, à la croyance qu’à la preuve, au désordre qu’à la sagesse…Ainsi nous sommes. Ainsi je suis!  Je ne veux pas affirmer pour autant que la raison est notre vérité absolue et doit dominer en permanence tous les actes de notre vie. L’ère de la technologie nous fait  croire que la raison est aux commandes de notre psychisme et que l’intuition et l’imagination, ont un rôle secondaire, voire fantaisiste ou toujours dangereux.  « Si c’est la raison qui fait l’homme, c’est le sentiment qui le conduit », dit fort à propos Jean-Jacques Rousseau. Nous avons pris l’habitude de juger notre société des hommes, en termes d’actes rationnels et irrationnels. Or, on entend par « irrationnel » - avec un brin de moquerie- non seulement ce qui n’est pas explicable par la raison, mais ce qui serait faux, trompeur, illusoire, farfelu. Cette attitude fait ainsi bon marché de l’une des fonctions principales de notre psychisme : l’imaginaire, qui abrite en son  sein notre imagination. Au vrai,  par le truchement de cet imaginaire - siège même de nos croyances - qui nous permet de nous évader de notre scaphandre personnel  et d’agrandir notre espace mental, nous exprimons toute cette part « irrationnelle », difficilement contrôlable de nous-mêmes, sans laquelle nous ne pourrions pas vivre une vie riche et  pleine, de nos émotions de base à nos doutes quotidiens, de nos impressions premières à nos élans poétiques, de nos angoisses les plus fortes à nos espoirs les plus enthousiastes, de nos pensées les plus sophistiquées à notre créativité la plus débridée. Nous jouons les rationnels purs et durs et, dans le même temps, indisciplinés, nous succombons à nos désirs, à nos amours, pulsions et croyances, toujours nouveaux. A travers nos contemplations, nos coups de foudres, nos achats même, dits impulsifs, donc irrationnels. Un regard en forme de promesse, un concerto de notre cher Mozart, un coucher de soleil sur la plage ou une automobile en vitrine, peuvent littéralement,   irrésistiblement, nous emporter !.Parce que notre vie serait bien triste, si elle  n’était que raison, sans les lumières de nos fantasmes,  ces délicieux aiguillons  du désir….Nous sommes rationnels mais captivés ici-même et dans nos lectures, par l’irrationalité des récits bibliques, templiers, alchimiques, des contes égyptiens, des légendes maçonniques et compagnonniques, véritables bains de jouvence pour notre esprit curieux, assoiffé d’énigmes à tiroirs, d’aventures à suspense et d’images métaphoriques.. Alors, acceptons-nous comme nous sommes,  des grands enfants, des êtres de contradiction. Pour vivre, nous avons besoin d’un passé donc de récits, mais aussi de pain et  d’eau, (de vin bien sûr !) et encore, d’amour et de rêves. Partant vivre, c’est croire même à l’incroyable! Parce que notre cerveau animé par le principe de plaisir, mais sans cesse contré par le principe de réalité, a besoin de projets agréables ! 

De la lumière à la lucidité 

De fait, comment pourrions-nous vivre, si nous ne croyons pas que nous serons vivants demain, la semaine prochaine, si nous ne croyons pas à nos rendez-vous à venir, à nos projets de travaux et de vacances ?!   Puisque la science ne nous répond pas,  ou mal encore,  à la trilogie questionnante : Qui suis-je ? d’où viens-je ? Où vais-je ?, il faut bien que notre imaginaire espiègle nous fasse, si j’ose dire,  présent  d’un passé et  aussi d’un futur. Qu’il compense, joue, qu’il dessine des arcs en ciel devant nos yeux, pour enchanter le monde ! Nous sommes des êtres de désirs et de répétitions. Dès lors, le besoin de croire ou plutôt le désir de croire au surnaturel et au merveilleux, entraîne  en nous  celui d’entendre, et de réentendre - comme autant de bonbons de l’esprit - des histoires, en l’occurrence, fondatrices. Rappelons-nous notre enfance et notre propension à nous faire répéter sans fin des contes de fée, avant de nous endormir, tels le Petit Chaperon rouge ou le Petit Poucet. Ces récits, tranches de vie insolites  mises en mots, ont permis à chacun de nous, en devenant inconsciemment un héros de fiction, de se créer une mythologie personnelle.  « Dis-moi quel est ton conte de fée préféré, et je te dirai qui tu es ! » affirme le psychologue Bruno Bettelheim. Qui dit mythe, dit passé. Nous rattrapons ici un autre grand fantasme de l’homme : s’attribuer une rétrospective et revendiquer une origine toujours plus lointaine !  Sur ce plan, il n’est qu’à constater le succès pérenne de la généalogie familiale ! Pourtant, lorsque l’imagerie nous ramène à Adam, au hasard des pages  illustrées d’un catéchisme  d’enfance, que découvre-ton en regardant bien ? L’homme premier n’a pas de nombril : il ne s’est pas créé lui-même ! De la sorte, depuis la genèse, les successions humaines, par définition, se reproduisent…mais ne cessent de se poser la question de leur créateur initial ! Pour dépasser ce mystère, elles ont d’abord inventé des divinités génitrices, puis du polythéisme, sont venues au monothéisme avec les religions du Livre. Autant de symboles « compensateurs » pour apaiser leur tourmente existentielle. L’homme moderne continue de la subir et il éprouve toujours la même obsession  lancinante, frustrante : celle d’un début à connaître, d’un point de départ de l’univers, d’un « comment » et partant d’un « pourquoi » de sa propre histoire. 

Le « pourquoi », précisément - son besoin de sens -  c’est la caractéristique même de l’homme, sa qualité majeure sur les autres animaux,  en termes de curiosité créative, mais  c’est aussi son défaut, car ce questionnement  permanent  participe à l’angoisse précitée. Voilà donc, tel que nous sommes, tel que je suis, Chevalier Kadosch, mais aussi éternel homme-apprenti, en quête d’explications. Un homme qui de fait, en contient  trois, l’expert modelé par les techniques modernes et rompu à leur usage, le logicien héritier du rationalisme de ces fameuses Lumières  et le poète, que son imaginaire avide invite à rêver davantage, seul ou mieux en communauté. Parce que dans la cité, à l’époque de l’avion supersonique, du TGV, de  l’ordinateur et du téléphone portable, certes on communique de plus en plus…mais on se parle de moins en moins ! N’y a-il pas  quelque utopie, voire prétention,  à parler d’unité à propos de la construction de l’homme, fut-il symboliquement Chevalier Kadosch  ou davantage! Nous sommes le résultat de ceux qui nous ont précédés. Nous sommes les autres,  et partant des êtres multiples, nous venons de le voir ! Ne s’agit-il dès lors pour moi, de passer de la lumière…à la lucidité ?!

Que signifie pour moi être lucide, sinon  éclairer crûment ma réalité. Donc ne pas me mentir, ni à moi ni aux autres. C’est abandonner mes illusions, sortir  des pensées d’almanach  et  fuir les discours creux si courants. C’est, en loge, raison garder en respectant le rite sans être « ritolâtre ». C’est, dans la cité, être clairvoyant mieux que voyant, ne pas attendre obstinément un train qui ne passera jamais mais marcher vers un but accessible ! Sans me dévaloriser, c’est être conscient de mes moyens, moi  poussière d’étoile ! C’est cultiver mon souvenir du bien reçu et autant que possible mon oubli du mal qui a pu m’être fait ! C’est encore m’attacher à considérer mon semblable et à être considéré par lui,  mieux que reconnu. C’est enfin conserver un ego protecteur mais ne pas le « surgonfler » pour obtenir des regards admiratifs. Le ver n’est luisant que dans les ténèbres ! Dans notre monde du  vivant, nous sommes animés par un puissant  et mystérieux « vouloir-vivre ». Cet état  fait de nous des êtres en demande permanente. De relation, de possession, d’action. Nous éprouvons un constant  besoin d’étonnement. Puisque, comme dit Pascal, nous ne savons pas rester dans notre chambre, nous nous affairons fébrilement  au dehors. Qui, fuit  ainsi la solitude, qui, cherche à se mesurer, qui coure après le pouvoir et les médailles !  Pour trouver du sens, dans une vie qui n’en a pas et oublier notre condition d’hommes provisoires, donc de mortels. Etre lucide, c’est désirer oui, c’est rêver, espérer, croire, j’y reviens. Notre vie s’appuie sur le « croire ». Au ciel, à l’homme, donc au progrès, à la science,  la médecine, la justice, l’amour, etc. Le relationnel ne fonctionne qu’à coup de croire et décroire.  Parce que croire en quelque chose ou quelqu’un ce n’est pas être dupe : faire confiance, c’est faire crédit, prendre un risque. Donc garder une place au doute, à l’esprit critique. Il faut savoir que l’on croit et ne pas croire que l’on sait ! Qui dit lucidité dit humilité. Le désir est manque mais il est aussi création.  Etre lucide n’exclut ni l’imagination, ni la sensibilité. Ainsi la lucidité devient pure clarté quand, par exemple,  elle conduit vers l’art et les émotions esthétiques. Pour ce qui nous concerne, la lumière initiatique reçue lors de notre première initiation, puis lors des suivantes,  nous a mis et continue de nous mettre en présence d’une beauté  spécifique. Avec, dans nos loges,  l’harmonie des décors et des couleurs, les représentations symboliques et graphiques, les modulations vocales et musicales, les rythmes gestuels et rituelliques. Cette synchronie  si particulière, je dirais, « d’éléments en sympathie », régulièrement revécue, fait tomber les défenses en entretenant joie du cœur et paix de l’âme. Tel est mon ressenti. De la sorte, ne constitue-t-elle pas en soi  une incitation permanente, une  véritable ouverture, le parvis franchi,  à toute la gamme d’expressions artistiques dans la cité, qu’elle soit musicale, romanesque, picturale ou encore théâtrale, entre autres ?! Aussi bien comme auditeur ou lecteur, acteur ou spectateur. Participer à la création, s’initier à un art, comme à la franc-maçonnerie qui en est un aussi,  c’est naître de soi-même. Nous savons lucidement,  que nous ne posséderons jamais la vérité, mais à travers  toutes les formes  d’art, nous pouvons en percevoir les accents. La représentation enseigne et produit souvent les métaphores du réel. Pratiquer un art ou en être amateur, dans le prolongement maçonnique même, c’est poursuivre dans l’enthousiasme notre auto-construction, notre enrichissement. Si ce n’est pas forcément baigner dans l’hypothétique bonheur, c’est  à coup sûr,  en vivre de précieux instants!   

De la perfection, la sagesse 

Il fut un temps très lointain où la nature était le garde-manger ouvert des humains. La cueillette, forme première de l’égalité, offrait l’abondance à chacun. C’est la raréfaction progressive qui a imposé dans l’ordre,  l’agriculture, la propriété, la défiance, la compétition et la jalousie meurtrières. Accepter que l’autre, cet autre moi,  existe et mange,  fut et demeure  la première forme de tolérance ! Et en même temps le constat que l’homme, par sa volonté,  est perfectible, améliorable en termes relationnels. Si la perfection (du latin perfectio, achèvement, complet) semble exister dans l’univers, elle n’est évidemment pas atteignable par l’homme, être inachevé. Et  ce n’est sans doute pas à souhaiter. C’est difficile à dire et à entendre, mais sans le mal, notamment, cet homme que nous sommes,  n’aurait plus aucun effort à faire sur lui-même et se morfondrait dans la béatitude émolliente du bien ! Pour faire image,  en ce siècle de mal au dos, les colonnes du temple peuvent inspirer au franc-maçon de redresser si besoin sa colonne mentale - support de son ciel intérieur – exactement comme il redresse sa colonne  vertébrale physique en se levant. L’homme vivant  et confiant est un homme debout qui avance, comme le funambule, le buste droit, à coup d’équilibres et de déséquilibres,  sur le fil de la vie. Notre cerveau a besoin de la comparaison, bon outil d’évaluation, s’il est bien utilisé, pour aborder son environnement. Précisément, perfection et sagesse (du latin sapience, science, savoir) sont souvent comparées et rapprochées en maçonnerie. Qu’est-ce au juste que la sagesse, sinon le savoir-vivre même ?!  La sagesse   oppose la raison à la passion, la mesure à l’excès, le contrôle de soi à la colère. C’est le médiateur,  le juste milieu. Si dit-on, l’homme est un animal raisonnable, il s’agit pour lui, s’il est sage,  de trouver la bonne mesure entre sa raison et son instinct. Comment va opérer le Chevalier Kadosch - qui se sait perfectible – pour appliquer cette sagesse dans l’action quotidienne, son  credo ?  Par quoi vais-je remplacer  dans la cité l’épée symbolique, brandie en loge ?  La vie est un combat, certes et il est même affirmé par l’anthropologie que nous avons besoin d’adversaires pour vivre ! Notre premier adversaire étant nous-mêmes, ne pouvons nous tenter néanmoins de contenir nos passions dans une main fermée et tendre l’autre ouverte vers autrui ?! Le bras désarmé devient alors outil de rapprochement. La fratrie est le lien par le sang, la fraternité est le lien par le sens. Nous le savons par l’histoire : cette fraternité est une guerre mais que l’on peut décider de ne pas se faire. Grâce à notre volonté même ! A l’époque des Lumières, les philosophes sont persuadés que le progrès éducationnel, culturel et scientifique sera synonyme de progrès de la civilisation. Trois siècles après, les génocides arméniens, juifs et rwandais, entre autres abominations humaines, ont prouvé l’évidente insuffisance de la culture. Contrairement à l’animal que l’on dit bête, qui tue par instinct,  l’animal humain peut exercer le mal pour le mal, par plaisir même. La haine nous est spécifique. Les philosophes contemporains remarquent pour leur part avec tristesse que c’est en Allemagne, pays de longue  culture s’il en est, que la barbarie a surgi de la folie nazie, pendant la dernière guerre.  Savoir et connaissance ne sont pas, loin de là, synonymes de sagesse et de bonté ! Autant d’éclairements signifiants pour le Chevalier Kadosch que l’accès au sommet de l’échelle mystérieuse ne doit pas enivrer. Après l’effort de la montée, c’est en descendant que s’impose à moi, en conscience, le sentiment d’humilité. C’est en même temps une descente en moi-même, dans cette caverne d’où, humain de condition,  je dois m’évertuer à chasser les démons qui y sont encore blottis. Des préjugés à la vanité. Se perfectionner ne signifie pas perfectionnisme. Nous venons de constater les limites du progrès. Elles existent aussi en soi, ces limites, comme nous le rappelle Socrate avec son injonction précitée « Connais-toi toi-même ». La véritable deuxième partie de la maxime  est « Sache que tu n’es pas un dieu ! ». Autrement dit, « sache être content de toi, en tant qu’homme ». Vouloir toujours mieux peut conduire à n’être jamais satisfait. La joie et la liberté d’être  passent par la conformité à soi-même et à ses possibilités. Accepter la réalité, c’est allier ici la  modestie à la lucidité. Lorsque le Chevalier Kadosch, homme d’action et passeur de valeurs, s’interroge  sur sa mission dans la cité, des symboles Lumières et Perfections lui viennent une réponse. Qu’il croit au ciel ou qu’il n’y croit pas, celles-ci indiquent une direction, un sens, celui du sacré, qui est à installer ou restaurer dans la cité. Sans le sacré, règnent le désordre et la violence sociale. Avec le sacré, naît ou renaît en l’homme, le respect sous toutes ses formes. Et aussi ce sentiment de transcendance, porteur du « pourquoi originel », évoqué plus haut, à même de lui suggérer, précisément,  de se mettre ou remettre en question. Pour prendre l’authentique chemin de lui-même et de l’autre. Parce que transmettre, c’est apprendre deux fois.

« Celui qui a un pourquoi dans la vie, peut supporter tous les comment ! », affirme Nietzsche. 

J’ai dit, Très Eminent Commandeur,

 

Source : http://supreme-conseil-mediterranee.fr/

 

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