Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Pénalités des Serments

13 Mars 2013 , Rédigé par B\ V\ Publié dans #Planches

  Tout d'abord je tiens à remercier notre Vénérable Maître qui m'a laissé la liberté du sujet, j'avais déjà traité ce dernier lorsque j'étais compagnon, mais de nombreux éléments me manquaient à cette époque. C'est pourquoi aujourd'hui j’ai plaisir à reprendre ce travail et traiter ce sujet au travers des trois premiers grades de la maçonnerie.
Je vous propose donc de l'aborder de la manière suivante :
- Définition de ce qu'est un serment
- Historique des serments pour les remettre dans leur contexte
- Le serment aux différents grades et son rôle dans l'initiation
- Le serment comme outil de liberté (fidélité à la tradition et engagement librement consenti)

Définition de ce qu'est un serment
Le mot serment, vient du latin sacramentum, qui veut dire Sacré. C'est une affirmation particulière, ou une promesse solennelle faite en invoquant un être ou un objet sacré, en tout état de cause, une valeur morale reconnue, comme gage de sa bonne foi.
Prononcé en public, il est gage de la sincérité et de la fidélité de celui qui l’émet vis-à-vis de ceux qui le reçoivent. Il se pratique dans toutes les sociétés humaines, à travers les âges et civilisations
Le serment doit normalement toujours comporter trois parties :
Une invocation
Une promesse
Une imprécation
L'invocation, du latin « invocare » : Appeler à l'aide par la prière. L’invocation met celui qui prononce le serment en rapport avec la divinité ou les puissances invoquées comme garanties du serment
La promesse, du latin « promissa » : Ce que l’on s’engage à faire. Elle constitue l’objet même du serment
L’imprécation, du latin, « imprécatio » : Souhait de malheur à l'encontre de quelqu’un. Elle définit les châtiments auquel on consent à être soumis au cas où on violerait sa parole
Le serment engage donc celui qui le prononce d’une manière définitive, avec l’impossibilité de revenir, sans parjure, sur l’engagement contracté initialement.
C’est une vieille règle juridique qu’il n’y ait point d’obligation sans sanction. Et à ce propos, le catalogue des supplices est aussi riche et imaginatif qu’ancien.
Dans le rite écossais ancien et accepté, ces serments sont prêtés sur le Volume de la Loi sacrée, l’équerre et le compas, ouverts sur l’autel des serments en tant que symboles, pour inciter l’intéressé à s’engager du plus profond de lui-même, sur ce qu’il a de plus sacré.

Historique de notre serment
Il y a un proverbe africain qui dit : « Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens » et il est vrai qu'il est toujours intéressant de remonter aux sources des choses pour bien les comprendre.
Pour ce que j'en ai lu, les premiers écrits (1) datent de 1696 et comportent toutes les pénalités sanctionnant le parjure. On trouve dans le Registre d’Edimbourg (1696) :
« Le parjure serait puni de mort…sous une peine qui ne serait pas moindre que d’avoir ma langue arrachée de sous mon menton et d’être enterré en dessous de la laisse de haute mer, là où personne ne le saura ».
Pourquoi d’aussi sanglantes mutilations, et même la mort !! Pour la révélation de secrets qui aujourd'hui sont accessibles facilement en bibliothèque ? Il semble en effet y avoir la, une disproportion entre la faute et la punition
Cela nous renvoie à la maçonnerie d'avant 1717, lorsque les secrets étaient inaccessibles par la lecture et que la trahison d’un frère pouvait coûter la torture et la mort.
L’Ordre primitif était une confrérie vouée, entre autre, à la mutuelle protection de ses membres, engagés par serment à aider ceux que leurs sentiments ou leurs convictions, mettaient aux prises avec l’Eglise établie. ( N'oublions pas que la maçonnerie fut excommuniée par l'église ) Même si les peines énoncées jouaient sans doute un rôle symbolique, leur seul but était de convaincre l’initié qu’il risquait de terribles sanctions s’il venait à violer son serment.
On retrouve ensuite des sentences à peu près identique dans d'autres manuscrits *, pour arriver au plus élaboré de tous, le manuscrit Wilkinson (1727) dans lequel l'imprécation est la suivante :
« Sous une peine qui ne serait pas moindre que d’avoir la gorge tranchée, ma langue arrachée du fond de la bouche, le cœur arraché du sein gauche et enseveli dans le sable de la mer… mon corps réduit en cendres et dispersées à la surface de la terre, de sorte qu’il n’y ait plus souvenance de moi parmi les Maçons »
Le seul changement notable survenu par la suite, date de 1760. A partir de cette date la pénalité primitive unique, attribuée à l’apprenti, sera divisée en trois parties, après la création et l’usage du grade de Maître, chacune correspondant à un des trois grades de la maçonnerie bleue et à leur signe d’ordre.
Il est intéressant de relever ce point, j'ai en effet souvent été frappé par la cohérence qui existe dans notre rituel, cela s'explique mieux lorsque l'on comprend que c'est le même et unique serment qui a été divisé en trois parties
Le passage progressif de l'opératif au spéculatif a donc non seulement amené une scission du serment en 3 parties, mais a aussi déconnecté l’imprécation de sa réalité première, car il est difficile de croire en l'éventualité de son application, ce qui peut naturellement la faire paraître outrancière mais je reviendrai sur ce point tout à l'heure.
* Chetwode Crawley (1700), Sloane (1700), Manuscrit Dumfries (1710) Kevan (1714).
Cette scission a cependant pour avantage qu’elle donne évidemment au signe « pénal » du grade un sens étroitement lié au type de supplice qu’il est destiné à infliger symboliquement. Le maintien de l'unité première du serment, n'aurait jamais permis cette corrélation.

Le serment aux différents grades
Au premier degré : après que le Vénérable Maître ait dit : « Voyez-vous un inconvénient a prêter votre serment sur le Volume de la Loi Sacrée » le futur initié reprendra :
Si je devais y manquer, d'avoir la langue arrachée et la gorge coupée, et d'être jugé comme un individu dépourvu de toute valeur morale est indigne d'appartenir à la franc-maçonnerie
Cette pénalité du premier degré, comme dans les suivants est d'ordre physique, elle est en totale corrélation avec le signe d'ordre qui rappelle dans sa gestuelle le fait de couper la gorge, privant ainsi le parjure de sa capacité à parler, et c'est bien cette dernière qui est visée puisqu’en plus on lui arrachera la langue.
C'est donc le principe même de la parole qui est perverti, et le parjure sera puni par-là même où il a pêché. Il ne pourra donc plus utiliser la parole pour l'usage que devait en faire l’initié, à savoir donner des mots de reconnaissance, et plus tard rechercher la parole perdue, mais c'est aussi la liaison avec le «sacré » qui sera brisé, puisque le Volume de la Loi Sacrée est ouvert au prologue de l'Évangile selon Jean qui commence par ces mots :
« Au commencement était la parole et la parole était avec Dieu et la parole était Dieu »
C'est d'ailleurs seulement une fois que le serment aura été prononcé, que l'impétrant pourra être créé, constitués et reçu franc-maçon, à ce moment-là le récipiendaire qui était impétrant deviendra néophyte
Au deuxième degré : Après que le Vénérable Maître ait dit : « Êtes-vous disposé à prêter ce serment » le récipiendaire dira :
« Si je manquais à ces engagements, de m'arracher le cœur de la poitrine et le jeter aux rapaces de l'air et aux voraces des champs, comme une proie et de disparaître de la mémoire de mes frères »
Cette pénalité, toujours d’ordre physique, garde sa corrélation avec le signe d'ordre, puisque la main droite est posée sur le cœur en forme de griffes, comme pour l'arracher de la poitrine.
On met ainsi l'accent sur le cœur, « Lieu où se concentrent les sentiments d'amour mais aussi le siège de la bonté, de l'esprit et de la résidence divine » Puisque traditionnellement Dieu réside au cœur des hommes.
En s’arrachant le Cœur, « le parjure » n'étant plus relié à ses frères, est en quelque sorte déraciné de son fondement divin ; il devient incapable de s'y relier activement et de partager la lumière, comme il en avait fait le projet en demandant son initiation.
Au troisième degré : le récipiendaire dira
« Si je manquais à ce serment solennel, que mon corps puisse être coupé en deux parties, mes entrailles arrachées et brûlées et les cendres dispersées aux quatre points cardinaux, afin qu'il ne reste aucune trace parmi les humains et en particulier parmi les francs-maçons, d'un homme aussi méprisable »
Nous retrouvons ici bien sûr la corrélation avec le signe d’ordre du grade de maître, le corps est coupé en deux parties, de plus les entrailles sont arrachées et brûlées, les cendres dispersées … !
En s'arrachant les entrailles, ce sont non seulement les instincts, mais aussi la vie dans tout ce qu'elle a d'animal et de premier qui est détruite, c'est donc son « Essence de vie » qui est atteint
Pour le parjure, il est donc détruit non seulement dans tous ce qui faisait sa vie physique, mais comme en plus ses cendres sont dispersées, il est privé de sépulture, ce qui lui dénigre toute possibilité de survie spirituelle, il disparaît ainsi totalement du monde des humains qui en perdent jusqu'à sa mémoire. Il n'a donc plus aucune chance de poursuivre sa quête, ce qui est de la négation même de la démarche initiatique.

Quelle peut donc être le rôle du serment dans notre initiation ?
On a vu qu’il y a bien une grande cohérence entre les différents niveaux de serments prêtés en loge bleue, mais aussi qu'il y a une gradation dans les sanctions, puisque l'on passe de la privation de la parole, à la destruction de sa liaison à Dieu, pour enfin disparaître totalement à toute vie spirituelle.
Je voudrais maintenant revenir sur l'aspect quelque peu outrancier de l'imprécation que nous avions mis en exergue tout à l'heure.
En effet on peut se demander pourquoi les frères qui nous ont précédés, ont tenu à conserver l'énoncé de tels châtiments, alors qu'en basculant de l'opératif au spéculatif, avait été perdue toute nécessité et toute signification de ceux-ci, et que de plus l'éventualité même de leur application ne devenait plus crédible.
L'une des réponses, tient à mes yeux dans la tradition, et il me semble important de garder celle-ci vivace dans notre rituel. En effet, comment pourrions-nous prétendre à un futur, si nous commençons par renoncer à notre passé ? Celui-ci fait partie intégrante notre histoire, et en nous obligeant à retourner aux sources, il nous permet de mieux comprendre la démarche qui s'est opérée.
De plus en passant de l'opératif au spéculatif, même de nos jours, le Serment et ses Pénalités doivent garder un rôle majeur, voir même structurateur au sein de notre rite. Il nous faudra donc aujourd'hui faire une lecture symbolique du contenu de ces pénalités. De plus, quand je parle de son rôle structurateur, la corrélation entre le serment et les différents signes d'ordre ainsi que la hiérarchie des peines correspond bien à la démarche initiatique de notre rite.
La mort même si elle devient symbolique, s'adresse alors à notre spiritualité. C'est celle-ci qui est menacée lorsque l'on viole son serment. Trahir celui-ci témoigne d'un défaut majeur du sens des valeurs qui sont les nôtres.
Si l'on en est conscient, on en souffre ou alors on s'en accommode .. ! ! Mais cela se fera au prix d'une perversion de son jugement et de l'estime de soi, niant par-là même la possibilité d'élévation spirituelle. On devient donc dans ce cas son propre bourreau .. !

Le serment comme outil de liberté :
L'homme se trouve naturellement enfermé dans une bipolarité, tiraillé entre l'animalité qui est sienne et l’aspiration au dépassement de soi et à la grandeur
Érasme disait : L'homme ne naît pas homme, il le devient. Il n'y a donc pas de prédétermination pour l'homme mais un choix donc une liberté
La maçonnerie lui apporte la possibilité de s'engager dans une démarche totalement volontaire, sous-tendue par le REAA, qui l’amènera à travailler sur la verticale, puis sur l'horizontale et enfin le passage de l’Equerre au Compas, toutes ces étapes lui permettant de développer sa connaissance de lui-même, et de son perfectionnement
Si le Franc Maçon veut donc user de sa liberté, il pourra s'engager dans cette démarche, nul ne l'y obligera mais il le fera parce qu'il aura conscience de son imperfection, et qu'il estimera de : Son Devoir de l'entreprendre.
On arrive donc ainsi, grâce au serment qui est un engagement pris devant tous ses frères, à la notion de : Devoir Librement Consenti
Pour un Maître Maçon, la fidélité à son serment, et à la parole qu'il a donnée, n’est que la conséquence de l'usage qu'il fait de sa liberté, pour s'engager dans une démarche de Spiritualité et d'élévation, car il estime qu'il est de son « Devoir » de transcender sa condition d'homme. Il passera ainsi de l'Equerre au Compas
Notre serment devient donc le garant de la sincérité de notre engagement, c'est aussi la clé de notre liberté. Le Maître maçon devra comprendre que la notion de : Devoir et de fidèlité à ce dernier doit être un impératif pour lui, et que ce devoir va bien au-delà d’un simple devoir moral, puisqu'il engage toute sa quête de spiritualité.
On retrouve d'ailleurs cette notion de « Devoir » dans la légende d'Hiram, ce dernier a en effet consenti au sacrifice suprême, car il estimait de son devoir de ne pas révéler à ceux qui ne le méritaient pas encore les secrets qu'ils cherchaient à acquérir par la force plutôt que par le travail et le mérite.
Je voudrais d'ailleurs profiter un peu de cette planche pour parler de cette notion de Devoir. Celle-ci n'est pas l'apanage de la maçonnerie, et on retrouve dans l'histoire d'autres exemples de personnes ayant préféré sacrifier leur vie plutôt que d'échapper à ce qu'ils estimaient être leur devoir. Ce fut ainsi par exemple le cas de Socrate et celui de Jésus.
La grande différence cependant entre la religion où Jésus a estimé de son devoir de mourir pour racheter les péchés des hommes, c'est qu'il a en même temps délivré un message, et que sa parole n'a pas été perdue, elle a donné naissance à toute la religion Chrétienne et à tous les dogmes qu’elle a généré
Avec Hiram, au contraire la parole a été perdue, renvoyant ainsi l'homme à lui-même et à ses propres interrogations, car la maçonnerie se veut justement adogmatique. La recherche de la parole perdue oblige donc que le Franc-maçon à travailler sur lui-même et à rechercher en lui cette part de divinité qui habite l'homme, il pourra ainsi trouver la part de lumière que nous portons en nous, et seule la fidélité à son Devoir lui permettra de partager cette dernière avec ses frères.
En conclusion, le serment est donc bien un des piliers fondamentaux de notre démarche maçonnique, il se transcende vraisemblablement pour le Maître grâce ce la notion de Devoir, car c'est bien la notion de Devoir Librement Consenti qui est le garant de notre liberté, cette dernière permettant d'échapper à notre part d'animalité pour entreprendre une démarche de Spiritualité

J'ai dit Vénérable Maître

    

Partager cet article

Commenter cet article