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Hauts Grades

Pourquoi le Maître Maçon doit-il porter un Chapeau ?

21 Février 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

L’une des choses qui peut intriguer le jeune Maître-Maçon, parmi de nombreuses autres, est le fait que le Franc-Maçon reste couvert en Chambre du Milieu. Tout au moins dans le Rite qui est le notre, le Rite Écossais Ancien et Accepté. Ceci ne laisse pas d’être surprenant, car habituellement le couvre-chef marque la supériorité, l’autorité, et l'on pourrait penser que seul le Très vénérable Maître ait le droit de rester couvert. Naturellement on peut y voir le signe de l’égalité de tous les Maîtres-Maçons, mais, si l’explication est valable, elle reste certainement un peu courte. Plus symboliquement, on peut considérer que le chapeau rappelle par sa forme le dôme, et donc la sphère céleste; il symbolise alors le ciel, domaine du divin. L’homme qui le porte devient alors médiateur entre la terre et le ciel, ce qui justifie :

__d’une part le sens de commandement et de supériorité attaché au port d’un couvre-chef, puisque tous les hommes ne peuvent se prétendre ainsi médiateurs entre la terre et le ciel ;
__d’autre part cela justifie également que les Maîtres-Maçons soient tous couverts : étant tous, par définition initiés, ils peuvent tous jouer ce rôle d’intermédiaire.

Si l’on se réfère à la bible, le grand-prêtre portait lui aussi un couvre-chef. Ce n’est que vers le 2ème siècle de notre ère que le port du chapeau commença à être étendu à tous, à la suite d’une discussion talmudique (traité « Chabbat »), sur le respect et la « crainte » de Dieu. Ainsi lorsqu’au moyen-âge la coutume fut adoptée par tous les juifs on put à la fois considérer que tous étaient semblables au grand-prêtre; et en même temps, suivant la tradition, affirmer que le chapeau rappelait qu’il y avait toujours quelque chose entre l’homme et Dieu. Le chapeau est aussi le substitut de la couronne, symbole de royauté, à la fois temporelle et spirituelle, le Franc-Maçon visant la seconde. La couronne elle-même figure le cercle ou la sphère, et encore une fois représente le cosmos. L’homme qui la porte peut donc être considéré comme celui qui joint la terre au ciel, et réciproquement il conduit l’influx venu du ciel vers la terre. En ce sens l’homme qui porte le chapeau est un homme debout, l’esprit et le regard tendus vers le ciel. Il est à ce moment une perpendiculaire vivante. La conception suivant laquelle la ou les pointes qu’on trouve sur certaines couronnes peuvent être assimilées à des condensateurs d’énergie, rôle attribué également aux cheveux. Vient confirmer cette interprétation : cet afflux d’énergie spirituelle que reçoit celui qui porte la couronne/chapeau le transforme pour un temps en axe du monde, pont entre ce qui est en haut et ce qui en bas. Les tricornes que portaient nos Frères du XVIIIème siècle se prêtaient parfaitement à ce symbolisme. Sans doute le chapeau est-il une forme moderne de l’ensemble calotte crânienne/corne (massacre en vénerie) dont se coiffaient nos ancêtres. Ceux-ci se sentaient, ainsi parés, certainement investis de la puissance divine. Le taureau, avec ses cornes, dont le nom se retrouve dans celui de la première lettre de l’alphabet hébraïque, représentait la force, la puissance, et par extension l’énergie venue du ciel. La couronne est aussi le nom de la plus mystérieuse des Sephiroth : Kether. Placée en haut de l’Arbre séphirothique, première manifestation de l’En-Sof, elle est invisible, inaccessible, inconcevable pour l’homme. De plus certaines écoles de Kabbalistes considèrent qu’elle fait partie du monde de l’émanation, monde lui même hors de notre compréhension, puisqu’entre lui et le monde de la matérialisation, se trouvent le monde de la création et celui de la formation. La couronne/ chapeau symbolise donc bien l’inaccessible, l’abîme qui nous sépare du Créateur. Dès lors le couvre-chef est à la fois symbole d’élévation et d’humilité pour les Frères qui forment la Chambre du Milieu. Élévation par l’initiation, élévation par l’évocation de ce qui nous dépasse, humilité devant le sentiment de petitesse devant le Transcendant, et par la découverte toujours renouvelée de l’immensité de la quête. Ce que vient souligner le fait que le Vénérable Maître qui ouvre les travaux se découvre lors de l’invocation au Grand Architecte de l’Univers, montrant ainsi qu’il renonce à ses velléités de puissance devant ce qu’il sait le dépasser infiniment. Le chapeau rappelle au Franc-Maçon sa place d’homme, intermédiaire entre la terre et le ciel; microcosme, image du macrocosme. Il lui signifie : à la fois qu’il est l’initié, l’élu c’est à dire chargé de plus de responsabilité et de devoirs qui sont, entre autres : maintient de la Tradition, amélioration de ses connaissances, polissage de sa pierre brute et dans le même temps lui fait se souvenir de son devoir d’humilité, je dirai de façon triviale que le chapeau évite à la tête d’enfler, car la tête doit pouvoir continuer à entrer dans le chapeau. Il est un autre aspect sans doute moins connu que j’aimerai évoquer : le chapeau rappelle symboliquement le morceau de membrane amniotique que l’enfant né-coiffé a gardé sur la tête au moment de sa naissance. Beaucoup de traditions attribuent des capacités ou des pouvoirs particuliers à ces enfants. En Islande ces enfants ont le don de seconde-vue : ils étaient les seuls à voir les batailles livrées en esprit. Dans les steppes sibériennes ces enfants devenaient des Chamanes. Tous étaient prédisposés aux extases. Ces thèmes symboliques, toujours situés vers les mois d’hiver, moments où l’on célèbre les morts, se retrouvent non seulement de l’Islande à la Sibérie mais également :

__en Russie, où l’enfant né-coiffé devient un loup-garou,

__dans le Frioul italien où le benandanti rejoint les troupes de morts, guidé par la Dame Oriente ou la Bonne Déesse, ou voyage en esprit, lors d’extases,

__à Olbia, ville grecque sur les bords de la mer Noire, en contact étroit avec la culture Scythe où Achille avant d’être un héros était un Dieu des morts,

__en Grèce où Ulysse est aimé de Calypso, étymologiquement « Celle qui cache ou qui voile », où Socrate se couvre le visage avant de mourir, tout comme César ou Pompée à Rome.

Ce geste a été compris comme le besoin de séparer symboliquement le profane du sacré. Or, dans le rapport entre initié et non initié, comme dans toute situation où la société se divise en deux groupes, il s’agit en définitive du rapport entre les morts et les vivants. En 1578 le médecin Français Laurent Joubert suggérait un parallélisme entre la membrane amniotique et le Suaire, confirmant ainsi qu’à travers l’extase on accède au monde des morts. Il est intéressant de noter que dans toutes ces cultures, on retrouve associé à cette symbolique de la membrane/ coiffe, une quantité importante de héros boiteux, soit par blessure (Ulysse, blessé à la cuisse par un sanglier, Héphaïstos, jeté de l’Olympe par Zeus) soit par perte d¹une chaussure ou d’une sandale, (Jason qui se présente à son oncle usurpateur avec une seule sandale; Persée qui reçoit l’une des sandales d’Hermes avant de combattre Gorgo.), tous héros passés par le monde des morts, et donc initiés. L’archétype en sera Oedipe « pied transpercés ». Oedipe qui après une enfance solitaire, rencontrera la Sphinx, figure de mort, et qui après s’être crevé les yeux deviendra un Voyant. Or nous retrouvons une claudication symbolique dans l’initiation maçonnique lorsque le profane, un pied déchaussé ou en pantoufle, entame les trois voyages. Ainsi, nous constatons que le port d’un couvre-chef, loin d’être une curiosité anecdotique, non seulement symbolise à la fois l’élection du Franc-Maçon, le rappel de son humilité nécessaire et de la crainte du sacré, mais en outre s’intègre dans un ensemble symbolique qui recouvre la totalité des rites initiatiques : naissance, passage dans le monde des morts, renaissance comme initié, avec tous les signes caractéristiques : claudication, extases, recherche et rassemblement d’ossements, rameaux révélateurs des cadavres, et résurrection. Tous ces signes se retrouvent à divers degrés dans la symbolique des trois premiers grades de la Franc-Maçonnerie. Claudication du profane, image du royaume des morts, rappel du pourrissement et de la renaissance, enfin recherche et découverte du Maître assassiné et sa résurrection dans le nouveau Maître. Le chapeau du Maître Maçon en chambre du Milieu est donc le témoin de tout un passé traditionnel et initiatique qui remonte jusqu’à l’aube de l¹humanité et il symbolise tout le parcourt initiatique du Franc-Maçon en Loge Bleue. À ce titre il est donc un élément essentiel des décors que l’on doit porter, élément parfois négligé, mais cependant fondamental.

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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