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Hauts Grades

Que la Volonté de Dieu soit faite...

9 Juillet 2012 , Rédigé par Jérôme COLIN Publié dans #Planches

A L G D G A D L U, Ordo ab chao, Deus meumque jus, au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs généraux du 33e et dernier degré du REAA pour la France, TFPM et vous tous mes FF Maîtres Secrets.


Il est surprenant de constater que ce n'est qu'au degré de Maître Secret que le mot Dieu apparaît dans un rituel courant. Je m'explique : dans les degrés symboliques le mot Dieu n'est prononcé qu'une seule fois : au moment de l'initiation d'un profane. En effet, au début de ladite cérémonie, le VM demande à l'impétrant en qui il met sa confiance. L'impétrant répond alors - quitte à ce qu'on lui ait soufflé la réponse, ce qui est souvent le cas - qu'il met sa confiance en Dieu. Le VM le rassure quant au bien fondé de cette croyance, mais le VM lui-même ne prononce pas le mot Dieu, ce vocable est l'acabit du profane.

Mais ni les rituels d'ouverture ni de fermeture des degrés symboliques - les plus couramment mis en œuvre - n'emploient ce mot Dieu auquel est substitué le vocable GADLU. On ne peut que s'étonner de cette réserve du REAA envers le mot Dieu. La Franc-Maçonnerie est certes la voie substituée mais cela implique-t-il de remplacer les noms ?

Cette absence de mention du mot " Dieu " est pourtant récente. Dans les premières versions des grades symbolique du REAA, la Loge est ouverte " au nom et à la gloire de Dieu, GADLU ". Dieu disparaît au profit du seul GADLU entre la fin du XIX° siècle et le début du XX°, sous l'influence des Oswald Wirth et consort sans doute...

Mais revenons au XXIe siècle. Lors de la clôture des travaux au 4e degré du REAA, le F inspecteur invoque l'accomplissement de la volonté divine : " que la volonté de Dieu soit faite ". Cette phrase n'est pas une pure invention du REAA. Elle figure en effet au début de la prière la plus courante et la plus connue de la religion catholique : le " Notre-père ". La phrase exacte étant " Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel "

Il y a sans doute une explication à ces placements respectifs de l'invocation dans le rituel de clôture de la Loge de perfection et dans le Notre-père.

Dans le " Notre-père " - là où l'invocation est en début de prière - l'individu se place d'emblée en position de passivité. Il demande à Dieu de lui donner un morceau de pain et de lui accorder- d'avance - le pardon, il l'implore de ne pas le soumettre à la tentation et de le délivrer du mal. Mais, ce, sans avoir au préalable fourni le moindre effort.

Au sein d'une Loge de perfection le Franc-maçon se place à l'inverse en situation active. Une maxime - lapidaire - dit " aide toi, le ciel t'aidera " et c'est exactement - à mon sens - la démarche maçonnique en général et la démarche de perfectionnement en particulier. Le Franc-maçon travaille à son perfectionnement personnel et, une fois le travail accompli seulement, il demande au GADLU le coup de pouce qu'il espère avoir mérité. D'où le placement de l'invocation " que la volonté de Dieu soit faite " en fin de rituel de fermeture, et non au début du rituel d'ouverture par exemple.

Moins prosaïquement, mais dans la même optique, ce placement de l'invocation à Dieu en fin de rituel d'ouverture n'est pas sans rappeler la démarche des anciens alchimistes.

Pour les alchimistes l'important n'est pas, malgré les apparences, de transformer le métal vil en or pur, ni de transformer les métaux en général, encore moins de s'enrichir. Sauf pour Boettger mais c'est une autre histoire.

L'alchimiste opératif aspire à insuffler de l'esprit dans la matière et, par-là, récréer in vitro la création. L'alchimiste qui y réussi n'est pas tant celui qui a réussi la transformation de la matière que celui qui a obtenu " l'acquiescement de Dieu " .

Dans le cas de Boettger, il a simplement trouvé, par hasard pendant son incarcération, le procédé de fabrication de la porcelaine avant de mourir à 37 ans, d'extrême fatigue.

Le placement de l'appel à la fin du rituel de fermeture traduit à mon sens cette espérance : obtenir l'agrément divin après un travail parfaitement calibré. Il est d'ailleurs symptomatique que cette la phrase " Que la volonté de Dieu soit faîte ", soit placé après le rappel des 3 devoirs : garder le secret, être obéissant et rester fidèle.

On pourrait aussi voir dans cet appel et dans son placement à la fin du rituel une analogie avec une devise templière encore usité dans sa seconde partie : " Fait ce que doit, advienne que pourra ". Un hypothèse qui n'aurait pas déplu au chevalier Ramsay.

Dans le même ordre d'idée, je ne peux éluder le texte d'une prière maçonnique américaine du XIXe siècle dont je vous livre ici le contenu :

" Très Saint et Glorieux Seigneur Dieu,
Grand Architecte de l'Univers,
Dispensateur de tous dons et de toutes grâces,
Toi qui a promis que là où deux ou trois seraient assemblés en Ton nom,
Tu serais au milieu d'eux et Tu les bénirais.
C'est en Ton nom que nous sommes assemblés
Et c'est en Ton nom que nous désirons accomplir tous nos actes.
Fais que les principes sublimes de la Franc-Maçonnerie
Puissent vaincre en nous toute discorde et toute passion,
Qu'ils mettent l'harmonie dans nos coeurs
Qu'ils les enrichissent de Ton amour et de Ta bonté,
Et que cette Loge puisse, en ce moment,
Refléter humblement l'ordre et la beauté
Qui règnent à jamais devant Ton trône.
Amen .(3) "

" là où deux ou trois seraient assemblés en Ton nom,
Tu serais au milieu d'eux et Tu les bénirais "

S'il y a dans une Loge de perfection le TFPM, l'inspecteur, et ne serait-ce qu'un seul Maître secret, le quorum est atteint et cette " apparition " divine peut avoir lieu. Si on considère en plus que l'ouverture d'une loge de perfection est soumise au même quorum que l'ouverture d'une Loge symbolique REAA, la bénédiction divine semble alors inévitable.

Cette prière, usitée dans un autre rite, n'est pas sans rappeler une évidence : Le FM, de part son travail en Loge, aspire simplement à la bénédiction divine. Une bénédiction divine d'ailleurs évidente si on en croit le texte de la prière.

" Toi qui a promis (…) Tu serais au milieu d'eux et Tu les bénirais "

Il ne s'agit donc pas dans cette prière d'invoquer la bénédiction divine mais de l'évoquer, c'est à dire, à en croire le dictionnaire, de rappeler à la mémoire. On postulera en effet que le créateur ne serait manquer à sa parole. Que la parole de l'homme - par nature si mauvais - soit peu fiable et sujette à caution, même si elle est donnée la main sur le VSL, personne n'en doute. Mais nier l'infaillibilité de la parole divine c'est nier le " fiat lux " créateur. Autrement dit, c'est nier la création et commettre une sorte d'apostasie.

Nous nous retrouvons donc, à l'issue de mon raisonnement, avec deux aspects de la formule : " Que la volonté de Dieu soit faîte ".

-Un aspect invocatoire, il y invocation de l'acquiescement divin.
-Un aspect évocatoire, il y a rappel de la promesse divine telle que décrite par
exemple dans la genèse : " Faisons l'homme à notre image, donnons lui le pouvoir
sur les choses de ce monde, etc.. " . Un coup de pied pour l'écologie…

Laissons nous aller à un peu d'étymologie. " Evoquer " vient du latin " evocare " et " invoquer " vient du latin " invocare " . Dans les deux termes, on retrouve la racine " vocare " qui renvoi à " vox " : la voix.

Ce n'est donc pas tant la volonté de Dieu qui serait alors requise lors du rituel de clôture que sa voix. Cette voix qui prononça le " Fiat Lux " créateur.

La sentence : " Que la volonté de Dieu soit faite " placée à la fin du rituel de clôture serait-elle donc un appel à un nouveau " Fiat lux " promis dés l'origine ? à la garantie d'un nouveau " Bereshit " ? à la réception en nous même d'une autre " grosse parcelle de divin " ? Selon mon raisonnement rien n'interdit de le penser.

Source : http://www.franckbailly.fr/deh/www/Documents/planches/4/volonte/volonte.htm

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