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Hauts Grades

Que venons nous faire en Loge?

12 Juin 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

« Que venons-nous faire en loge ? »

 

Jean van Win

 

L’examen de cette phrase est important pour deux raisons. La première, afin de déterminer si elle est traditionnelle, c'est-à-dire si elle fait partie du corpus doctrinal de notre Fraternité, ou bien si elle constitue un de ces innombrables ajouts que la fantaisie des générations successives de frères a déversés dans nos pratiques. La seconde, c’est d’essayer de saisir, par la ou les réponses apportées, les raisons pour lesquelles la Fraternité maçonnique fut un jour créée, et donc les objectifs qu’elle poursuivait vraiment à l’origine.

***

Les très anciens rituels, remontant avant 1770, sont très rares. Ce sont les divulgations anglaises postérieures à 1760 et surtout françaises pour la période 1730-1760 qui nous donnent des indications précises sur les rituels authentiques des origines. La plus ancienne trace que j’aie trouvée de la réponse rituelle à cette question est datée de 1738, dans la divulgation « La Réception Mystérieuse » :

Q : Que venez-vous faire ici ?

R : Je n’aspire point à suivre ma propre volonté, mais plutôt à vaincre mes passions, tout en suivant les préceptes des maçons, et à faire des progrès quotidiens dans cette profession.

En 1745, soit 7 ans plus tard, la divulgation « Le Sceau Rompu » contient la réponse suivante :

Q : Que venez-vous faire ici ?

R : Vaincre mes passions, soumettre mes volontés et faire de nouveaux progrès en maçonnerie.

Enfin, la divulgation « La Désolation des Entrepreneurs Modernes », texte publié en 1747, dit ceci :

Q : Que venez-vous faire ici ?

R : Conquérir mes passions, soumettre mes désirs et faire des progrès plus avancés en maçonnerie.

La même idée est exprimée différemment dès l’aube de la franc-maçonnerie française. Dès 1749 en effet, « Le Nouveau Catéchisme » de Travenol dit :

Q : Quels sont les devoirs d’un maçon ?

R : De fuir le vice et de pratiquer la vertu.

Le thème rousseauiste du vice et de la vertu est très populaire à l’époque. Ce thème s’exprime le plus souvent par la réponse convenue :

Q : Que fait-on en loge ?

R : On y creuse des cachots pour le vice et on y élève des temples à la vertu.

Ce thème apparaît dès 1749, conjointement avec celui des passions à vaincre, de la volonté à soumettre, et des progrès à réaliser. On le retrouve en 1758 dans le rituel inédit que j’ai publié dans les Acta Macionica n°10 page 87 :

Q : Que vient faire un maçon en loge ?

R : Il vient vaincre ses passions, soumettre ses volontés et faire de nouveaux progrès dans la maçonnerie.

Ces deux répliques conjointes, ou l’une des deux seulement, se retrouvent donc avec une grande constance dans la maçonnerie du temps de Louis XV. Le premier rituel rectifié, qui date de 1778, mentionne dans la première section de l’Instruction de l’Apprenti Maçon par demandes et réponses :

Q : Que venez-vous faire en loge comme apprenti ?

R : Je viens apprendre à vaincre mes passions, à surmonter mes préjugés, et à soumettre ma volonté, pour faire de nouveaux progrès dans la franc-maçonnerie.

On les retrouve ensuite dans « le Recueil précieux de la Maçonnerie adonhiramite » de Guillemain de Saint Victor, en 1783-1785. Puis, en 1788, dans un rituel de la maçonnerie française, sous le nom de « Recueil des 3 premiers grades publié par un ex-Vénérable d’une loge régulière » ; enfin, tant le Régulateur du Maçon de 1801, qui concrétise la liturgie rituelle du XVIIIe siècle français, que le Guide des Maçons Ecossais de 1804, publié entre 1814 et 1820, mentionne aussi ces mêmes répliques.

Et puis, les éditions suivantes, tant écossaises que françaises, conservent toujours la réponse en trois volets : « vaincre mes passions, soumettre ma volonté, faire des progrès ».

En conclusion, l’étude de l’histoire de la maçonnerie et de ses rituels nous montre, une fois de plus, la très grande constance de ces deux répliques. Cette constance révèle que, d’une part, elles sont bien traditionnelles, et que, d’autre part, elles traduisent une préoccupation doctrinale essentielle. Quelle est cette préoccupation ?

Elle est évidemment et prioritairement d’ordre moral.

Le Régulateur de 1801 insiste sur l’examen de la vie et des mœurs du proposé, mais aussi sur son caractère, la nature de ses penchants habituels, de ses défauts, et surtout s’il n’a pas quelque vice. Les rapports des trois commissaires doivent être favorables à tous ces égards.

Ceci rejoint, bien entendu, la définition classique donnée par la franc-maçonnerie anglaise du XVIIIe siècle, à savoir : « La Franc-Maçonnerie est un système particulier de moralité, voilé par des allégories et illustré par des symboles ».

Moralité : ceci nous amène à une constatation importante. L’objet de la maçonnerie est d’ordre moral et rien d’autre.

La Fraternité n’a pas pour objet la connaissance de Dieu, objet qui relève des religions. La Fraternité n’a pas pour objet la connaissance du monde, de son origine, de son fonctionnement et de son éventuelle finalité : ceci relève des sciences. La Fraternité n’a pas du tout pour objet l’amélioration de l’économique ou du politique, ceci relève de l’organisation civile de l’homme.

L’objet de la maçonnerie est, au départ d’un homme libre et de bonnes mœurs assimilé à une pierre brute, de construire un homme moralement développé, comparable à une pierre taillée, capable de s’insérer dans l’édification d’un temple digne de recevoir le Grand Architecte.

Les grades conférés dans toutes les échelles initiatiques en franc- maçonnerie, poursuivent tous un but moral, et rien d’autre.

Soit qu’ils mettent en évidence telle ou telle vertu (fidélité, courage, abnégation, constance, tempérance, force, justice, clémence, humilité, foi, espérance, charité, etc…), soit qu’ils fustigent et détruisent les vices, tels l’ambition, la cupidité, l’envie, le despotisme, l’intolérance, le dogmatisme obtus. Ce dernier objectif anti-vice fait l’objet des grades maçonniques noirs dits « grades de vengeance », auxquels Willermoz n’a absolument rien compris. Il avait dû très mal lire Saint Bernard, qui est sans équivoque quant à nos devoirs envers les ennemis de la vertu. La truelle d’une main, certes, mais l’épée de l’autre !

L’accroissement du capital de moralité de l’homme rendu lucide et déterminé par les initiations successives passe par deux obligations : d’abord, par l’exaltation et la construction des vertus et donc du bien ; ensuite, par l’exécration et la démolition des vices, et donc du mal. Voilà ce que nous venons apprendre à faire en loge. Et notons bien qu’il s’agit de faire, et non seulement de parler.

 

SOURCE : http://montaleau.over-blog.com/

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Peter Bu 14/06/2011 11:09



T.:C.:F.:,


Tu écris: "L’objet de la maçonnerie est d’ordre moral et rien d’autre.


La Fraternité n’a pas pour objet la connaissance de Dieu, objet qui relève des religions. La Fraternité n’a pas
pour objet la connaissance du monde, de son origine, de son fonctionnement et de son éventuelle finalité : ceci relève des sciences. La Fraternité n’a pas du tout pour objet l’amélioration de
l’économique ou du politique, ceci relève de l’organisation civile de l’homme.


L’objet de la maçonnerie est, au départ d’un homme libre et de bonnes mœurs assimilé à une pierre brute, de
construire un homme moralement développé, comparable à une pierre taillée, capable de s’insérer dans l’édification d’un temple digne de recevoir le Grand Architecte.


Les grades conférés dans toutes les échelles initiatiques en franc- maçonnerie, poursuivent tous un but moral, et
rien d’autre. "


Oui et non. L'initiation est une pratique très ancienne, connue de toutes les sociétés. Elle a aussi, et à  mon avis surtout d'autres buts. Je développe cette idée sur mon site, en
particulier dans les réflexions suivantes:


Sur la nature et le sens de l'initiation: 2e paragraphe du texte:


http://www.call-of-bratislava.com/index.php?option=com_content&view=article&id=46%3Alinitiation-des-femmes-et-la-mixite&catid=9%3Areflexions&Itemid=25&lang=fr


http://www.call-of-bratislava.com/index.php?option=com_content&view=article&id=44&Itemid=25&lang=fr


http://www.call-of-bratislava.com/index.php?option=com_content&view=article&id=19&Itemid=2&lang=fr

Je t'adresse, T.:C.:F.:, mes salutations frat.:


Peter Bu


 



Montredon 13/06/2011 07:57



Ce n'est que le premier degré; Et la parole perdue ?



robert 12/06/2011 15:27