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Hauts Grades

Quelques réflexions sur Hiram et le Grade de Maître

29 Mai 2012 , Rédigé par C\ G\ Publié dans #Planches


La première étape par laquelle le profane que nous fumes tous un jour, est mis sur le chemin de l’initiation c’est l’épreuve de la terre, qui se déroule dans le cabinet de réflexion.

Son symbolisme fort, le plus fort sans doute de l’initiation au premier degré, mais qui n’est pas forcément compris alors comme tel par le candidat, réside dans la mort du vieil homme et dans sa « résurrection », comme initié mis sur le chemin.

Des années plus tard, s’il a bien travaillé et franchi les étapes, le franc-maçon va à son tour mourir pour renaître, mais cette fois intégré à un mythe qui le transcende celui de la mort d’HIRAM, et devenir comme lui un Maître maçon.

Il m’a paru intéressant, à l’occasion de cette chambre du milieu, de revenir sur l’origine de notre grade, mes frères, et plus particulièrement sur cette légende d’HIRAM devenu le héros primordial de la Franc maçonnerie.

Toute association humaine a besoin d'un mythe fondateur pour se développer. Le mythe fondateur de la franc-maçonnerie spéculative est l'assassinat d'Hiram par trois mauvais compagnons.

Hiram est d’abord brièvement mentionné dans la Bible au premier « Livre des rois » : Le roi Salomon fit venir de Tyr Hiram qui travaillait sur l'airain. Hiram était rempli de sagesse, d'intelligence et de savoir. Il arriva auprès du roi Salomon et il exécuta tous ses ouvrages. (I Rois, VII, 13-14).

Trois siècles plus tard, il apparaît dans « Les chroniques » et il est grandi : de simple spécialiste du bronze il est devenu l’artisan, expert dans toutes les modalités de la matière. : je t’envoie un homme habile, habile pour les ouvrages en or, en argent, en airain et en fer, en pierre et en bois, en étoffes de teintes en pourpre et en bleu en étoffes de byssus et de carmin, et pour toute espèce de sculptures et d’objet d’art qu’on lui donne à exécuter.
La base biblique est, on le voit, très succincte et nulle part il n’est fait mention de la mort tragique d’Hiram, de sa passion.
Rien ne justifie donc bibliquement la légende de notre troisième degré, et ce n’est qu’au XVIIIème siècle comme nous allons le voir, et pour les besoins d’un symbolisme initiatique d’une très haute portée qu’il fut promu architecte

Les rituels maçonniques ont donc considérablement développé le texte initial en créant la légende de l'assassinat d'Hiram.

L’histoire maçonnique contemporaine, à peu près unanime, considère que la Légende d’Hiram a été introduite dans le rituel aux environs de 1730.

Cela ne signifie évidemment pas qu’elle fut inventée de toute pièce à cette époque.

Les propositions, interprétations, élucubrations même ne manquent pas quant à l’origine de la Légende et toutes les mythologies et religions antiques, égyptiennes, grecques, romaines, voire celtiques ont été appelées à la rescousse.

Certes ces antécédents lointains peuvent être invoqués comme autant d’archétypes du héros, du dieu qui meurt et renaît.

Mais pourquoi s’attacher ou feindre de croire que la légende qui nous occupe viendrait du fond des ages alors que ces sources mythiques ou légendaires sont sans rapport avec le Métier ?


Elle résulte plus certainement de la refonte, réalisée par substitution et juxtaposition, de plusieurs récits, dont ceux de Noé et de Betsaléel.

A cet égard, nous nous réfèrerons à un texte maçonnique de 1726, le manuscrit Graham, qui, à bien des égards tranche sur toutes les autres sources alléguées et approximatives.

Il décrit le redressement du corps de Noé par ses 3 fils Sem, Cham et Japhet, au moyen de cinq points, alors qu’ils sont à la recherche d’un secret lié à une révélation divine.

Il dépeint également la personnalité de Bétsaléel, artiste plein de sagesse, de connaissances et de savoir faire, possesseur de secrets liés au métier, connus seulement de 3 personnes, lui-même et les deux frères du Roi Alboin.

A sa mort il les emporta avec lui dans sa tombe et il apparaît que les deux Princes ne trouvèrent personne pour reformer avec eux la triple voix et révéler les secrets de la maçonnerie.

Enfin, le manuscrit Graham évoque le Hiram des « Rois », fils d’une veuve de la tribu de Nephtali qui vint auprès du roi Salomon et exécuta tous ses travaux.

Troublante coïncidence, ou source indiscutable de l’origine du mythe ?

Mais la toute première édition de la légende d'Hiram telle que nous la connaissons aujourd’hui se trouvait dans Masonry dissected (1730) de Samuel Pritchard.

Ce texte, dit de divulgation, et diffusé par un maçon « renégat » constitue la première révélation d’une organisation maçonnique en 3 grades culminant avec le grade de Maître, mais propose aussi la première version connue et cohérente de la Légende qui devait désormais constituer le cœur du grade, la Légende d’Hiram.

Dans la maçonnerie opérative telle que nous la connaissons à travers les Old Charges anglais et les Stuart Shaws écossais il n’existait traditionnellement que deux degrés celui d’apprenti et celui de compagnon ; un seul mot de passe, un seul signe de reconnaissance y étaient enseignés et le mythe d’Hiram y était inconnu.

Le Maître, alors, c’était soit le patron, soit un compagnon remplissant les fonctions de chef de chantier.
Avec le document de Prichard, il apparaît qu’un élément essentiel de la cérémonie du deuxième grade d’un système en deux grades (les 5 points du compagnonnage) attestés dès 1696 dans les textes écossais pour la réception de Compagnon du Métier, est transféré dans le troisième grade d’un nouveau système en trois grades.

Le lien entre l’apparition du grade de Maître et la Légende d’Hiram est incontestable.

Ce récit est d’évidence allégorique car nulle part dans la Bible il n’est fait allusion à sa fin.

La signification profonde de la Légende c’est d’abord, et avant tout, bien sur, la lutte de la Lumière contre les Ténèbres.

Cette conception originelle et primordiale a donné lieu à de nombreuses déclinaisons.

Rapporté au plan profane, Hiram serait le symbole de la Liberté.

Pour la maçonnerie chrétienne il représente le Christ crucifié, victime du fanatisme, de l’intolérance et de la vengeance et les mauvais compagnons sont identifiés à Hérode, Pilate et au Grand Prêtre Caïphe.

Certains ont pu y voir aussi une allégorie du soleil qui durant les 3 mois de l’hiver, symbolisés par les 3 mauvais compagnons, est en quelque sorte enchaîné, avant de reparaître dans tout son éclat après le solstice.

Pour nous F
M, Hiram est le symbole de l’homme valeureux, qui a résisté à la tentation et aux persécutions et qui a vaincu ses faiblesses et ses passions.

Ainsi il s’est rapproché de la perfection vers laquelle doit tendre l’espèce humaine.

Ses assassins ce sont les vices qui nous empêchent de parvenir à cet état : l’ignorance, le fanatisme, l’ambition déréglée.

Le vrai maçon, le Maître Maçon demeure fort dans la tentation et sait supporter la haine, la calomnie et les offenses, afin de demeurer fidèle à lui-même et à autrui.

Hiram est le symbole du devoir, de celui qui préfère mourir plutôt que de faillir à sa tache et à ses engagements.

Rien ne l’intimide, ni la menace, ni la souffrance, et ses ennemis ne pourront rien contre le bien dont il est le défenseur généreux.

La vérité malgré les embûches finit toujours par triompher et celui qu’on a cru abattre naît un jour à une vie nouvelle et meilleure.

Que ce retour à la justice tarde à se produire et d’autres hommes se lèveront et se feront les défenseurs du droit écrasé et de l’idéal méconnu car la force de l’idée est indestructible.

L’idée est immortelle et elle se poursuit à travers les siècles et les générations alors même que ceux qui l’ont exprimée pour la première fois sont morts et oubliés depuis longtemps.

Hiram est également un symbole de l’idée d’immortalité, que chacun peut du reste concevoir à sa manière : elle peut conforter celui qui croit à la vie de l’âme dans l’au-delà, mais aussi satisfaire celui qui voit dans cette idée l’expression de la constance de l’énergie dans ce monde.

Au plan cosmique la mort est une nécessité et l’homme qui aura appris à contempler les choses sous cet angle saura se soumettre à l’inéluctable loi.

Ainsi le cercueil et le tombeau ne sont pas seulement des symboles de mort, mais dans une mesure égale des symboles de vie.

Dans la mort d’Hiram nous voyons notre propre renaissance à une vie plus parfaite.

Les anciens Grecs enseignaient que tout est immortel et impérissable dans l’Univers, dans le Kosmos vivant. La mort physique n’est pour eux qu’un passage naturel d’un état à un autre ; aucun de nos atomes ne peut se perdre ou s’anéantir ; tout vit à jamais, c’est là l’image d’une Maîtrise éternelle.

Un Maître maçon sait qu’il vivra au delà de sa mort puisque rien ne se perd dans l’univers et que ses actes lui survivront ; car le Maître agit et se placer à l’ordre de Maître c’est dire « Me voici, je suis prêt à agir »

Enfin il se souviendra de la parole qui lui a été prononcée à l’oreille à l’heure de son élévation : « il vit dans le fils », une des interprétations de Mohabon.

C’est dans nos fils, dans nos disciples que les idées et les expériences dont nous avons-nous même été les réceptacles continueront de vivre
Ceux qui viendront après nous poursuivront notre travail à l’édification du temple de l’humanité.

D’autres suivront encore afin que la chaîne sacrée ne se brise jamais.
Entre nos mains est placée la dignité de l’humanité, à nous de la conserver.

Il ne saurait être question ici, dans le cadre de cette courte planche d’épuiser un sujet aussi vaste que l’étude des symboles contenus dans le mythe et qui font de notre grade le plus beau et le plus enrichissant de nos divers degrés symboliques.

Mais tout dans la Légende invite à l’approfondissement personnel, comme :
- l’acacia immortel au bois dur et solide mais hérissé d’épines,
- la parole perdue, que l’on recherche sans relâche,
- la marche du Maître qui enjambe trois fois le cercueil,
- ou encore le signe du Maître, qui se coupe le ventre comme le compagnon s’est arraché le cœur, afin que l’esprit domine les appétits et les passions.

C’est Oswald Wirth qui disait : « Hiram ne ressuscite pas en nous parce que nous avons extérieurement joué son rôle ; en initiation ne compte que ce qui s’accomplit intérieurement »

Et en effet, il ne suffit pas de relever le candidat par les 5 points parfaits de la Maîtrise pour que d’office il soit devenu Hiram lui-même !

On ne devient pas Maître en un seul instant ; un petit d’homme mis au monde doit encore grandir et le nouveau Maître doit comprendre que s’il a sans doute « 7 ans et plus » c’est le « et plus » qui doit surtout retenir son attention.

Efforçons nous donc, Vénérables Maîtres symboliques, de transformer le symbole en réalité.

En esquisse de conclusion j’emprunterai cette citation de notre frère Goethe

« Qui ignore le meurs et deviens, n’est qu’un morne passager sur une terre ténébreuse »

Et bien mes frères, nous qui croyons avoir vu l’Etoile flamboyante et qui prétendons connaître l’Acacia, ne soyons pas de ces mornes passagers mais voyageons, voyageons de l’Orient à l’Occident et de l’Occident à l’Orient et par toute la terre, afin de répandre partout la Lumière.

J
ai dit, T\R
\F\ Inspecteur et vous tous, Vénérables Maîtres.

Source : www.ledifice.net

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