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Hauts Grades

REAA : le 17ème grade

12 Septembre 2012 , Rédigé par CL.Ba Publié dans #Rites et rituels

Que nous dit le Teissier? (je rappelle aux BAF que c'est un livre de référence pour le REAA, et même le rite français, « Le manuel général de maçonnerie », paru en 1883, réédité en tirage limité en 1993).

Le 17ème degré est intitulé « chevalier d'orient et d'occident ». La loge s'appelle « Grand conseil », les tentures doivent être rouges, parsemées d'étoiles d'or. A l'orient, un trône élevé de 7 degrés, dont le haut est décoré d'un arc-en-ciel, aux deux côtés duquel sont : un soleil vers le midi, une lune vers le nord.

Des deux côtés de la loge, sur deux lignes, il y a 11 trônes de chaque côté, élevés chacun sur 3 marches.

A l'occident, 2 trônes identiques à ceux des colonnes, pour les 2 surveillants, nommés V\M\, avec une petite table à leur côté droit. Le nombre compétent est de 24, qui doivent remplir ces sièges, le 25ème étant pour le récipiendaire. Il va de soi qu'on peut ajouter des chaises aux colonnes, mais derrière.

La loge est éclairée de 7 lumières, et on allume devant le trône, à l'orient, 7 lampes suspendues.

Le président se nomme « Très puissant ». Toue les F\ ont une longue robe blanche ceints d'une ceinture rouge, portant une couronne d'or sur la tête, et sont appelés «respectables vieillards » ; les autres F\ derrière les trônes, sont nommés « respectables chevaliers ».

Le signe consiste à lever la main droite sur la tête, pouce et petit doigt fermés, les autres étendus. Faire semblant de regarder derrière soi en disant : ABADDON. On répond en regardant du côté opposé : JABULUM.

Pour l'attouchement, on se prend les mains, se les croisant l'une sur l'autre.

La marche : sept pas en équerre sur les côtés de l'heptagone, qui est le signe du grade. En son centre est figuré l'agneau de Dieu, couché sur le livre des 7 sceaux, portant 7 lettres : B pour beauté, D pour divinité, H pour honneur, P pour puissance, G pour gloire, F pour force, S pour sagesse (ancienne version du rituel, qui a changé, nous le verrons ; à l'origine, j'y reviendrai dans la 3ème partie).

La batterie se fait en 7 coups, 6+1. Le mot de passe est MULUBAJ. Le mot sacré est NODABBA, nom de l'ange exterminateur.

Le cordon, bleu, se porte de droite à gauche. Le bijou pend au cordon. Par dessus le cordon se porte aussi un sautoir noir.

ABBADON signifie ruine, destruction, extermination. C'est le lieu de perdition dans l'Ancien testament, où circulent les morts.

On retrouve le grec Appolion, destruction, dans l'Apocalypse (IX-II).

JABULUM, ou Zabulon, Zebulon, Zebuloum, est un personnage biblique, peut-être le fils de Jacob.

Au 13ème, c'est le nom du F. Trésorier, du Grand Trésorier au 14ème, et est qualifié de confident de Salomon.

Que nous dit maintenant la légende rituellique énoncée lors de la communication du grade ?

Des siècles plus tard, après la nouvelle destruction du temple de Jérusalem (celui de Zorobabel évoqué au 15ème grade, « chevalier d'orient ou de l'épée » dont je vous ai parlé l'an passé), ses défenseurs entrèrent en clandestinité et s'unirent avec leurs homologues de l'ouest et prirent le nom de « chevalier d'orient et d'occident ». Ils résolurent alors d'accomplir symboliquement ce qu'ils n'avaient pas eu à faire réellement et décidèrent de n'admettre dans leur cérémonie que ceux qui feraient preuve de zèle, de discrétion et de fraternité.

Ainsi la maçonnerie s'universalise. Elle s'affirme comme un ordre initiatique, symbolique, rituellique, humaniste et fraternel.

Les 3 derniers grades – 15, 16, 17 – nous apprennent que les civilisations sont mortelles, comme tous les humains.

Le second temple avait, comme le 1er, été élevé sur le fondement de l'ancienne loi qu'animait une volonté d'autorité et de justice. Lui aussi s'effondrera. Sa chute, et la dispersion de ses adeptes, précédèrent l'avènement d'un nouveau temple, temple mystique celui-là.

Il sera fondé sur une nouvelle loi : l'autorité et la justice y seront tempérés et sanctifiés par l'Amour (fin de citation).

Je vous rappelle enfin que la promesse de la formule de l'obligation se fait, je cite : « Sur le glaive, symbole de la mission de vigilance et de travail constructif des chevaliers d'orient et d'occident ».

Je répète ce que j'avais déclaré pour le 15ème, un grade se comprend peu à peu, par imprégnation, il faut donc le pratiquer. Il n'est pas aisé à découvrir sans pratique, et c'est un art difficile que de spéculer. C'est bien évidemment une interprétation personnelle que je vous propose, et j'espère qu'en retour, vous m'apporterez vos lumières.

Trois aspects peuvent nous guider dans l'interprétation du grade, interprétation étant même un terme vaniteux, disons la réflexion sur le grade, car je pense manquer encore de lumière pour présenter le grade, comme il est écrit dans la planche de convocation.

Commençons par le point de vue historique. Je répète encore ce que j'avais noté lors de ma dernière planche : les anciens qui ont construit la synthèse écossaise ont été surtout - et plus - inspirés par le souci d'unifier des valeurs maçonniques éparses que par celui de réaliser une progression initiatique rationnelle.

La FM n'est pas un intégrisme, avec des catéchismes figés. Des thèmes du grade sont sous jacents, vous avais-je dit, dans les grades précédents, et anticipent sur les grades suivants.

Vous savez tous que les grades chevaleresques ont été inspirés par la diffusion du discours du chevalier de Ramsay, ceci dès 1738, qui répandit la légende des origines de la Maçonnerie à la première croisade, et l'alliance des croisés et des religieux de l'Ordre de St Jean de Jérusalem, avec la création des premières loges en conséquence, qui furent ensuite importées en Ecosse.

Il est vraisemblable que le chapitre de Clermont, apparu en 1754, utilisa pour la 1ère fois le titre de chevalier d'orient et d'occident, quand il créa en 1758, le conseil des empereurs d'orient et d'occident, créateur du rite de perfection en 25 degrés, qu'on dit ancêtre du R\E\A\A\

Je vous rappelle les luttes philosophiques, au début de la maçonnerie andersonnienne entre stuartistes, catholiques et réformés, et les influences premières.

Selon les rituels anciens, l'agneau divin figure dans le symbolisme du grade, ainsi que deux épées en croix. Les assistants sont au nombre symbolique de 24, en souvenir des 24 vieillards de l'Apocalypse. L'allusion à l'Apocalypse indiquait que le récipiendaire devait étudier les mystères religieux, en préalable à la révélation, qui était celle du Christianisme. Par la suite, les rédacteurs de rituels ont tenté d'associer les enseignements de la tradition opérative, avec l'équerre et le compas, à la philosophie chrétienne, en ajoutant dans la loge deux boucliers, sur l'un la croix du Christ, sur l'autre l'équerre, le compas et les étoiles.

Puis le rituel du Grand Collège Des Rites supprime toute allusion au christianisme, en évoquant simplement le temple de Zorobabel. Le blanc devient la couleur du 17ème, et les 7 mots sont remplacés par 7 qualités : la fraternité, l'union, la soumission, la discrétion, la fidélité, la prudence, la tempérance.

Je disais tout à l'heure que des thèmes étaient récurrents, parfois redondants d'un grade à l'autre. Et qu'on a parfois bouché des trous. Le rite n'est qu'un outil.

Gardons-nous d'idéaliser l'imaginaire maçonnique. Mais rappelons nous aussi que les mythes racontent de vraies fausses histoires sur le plan psychologique.

Les grades chevaleresques du chapitre sont liés. Ils sont liés par des temps symboliques. Aux 15e et 16e, c'est l'exil, la reconstruction du temple. Il y a un devenir. Et un passage, notifié par le pont du 15e, l'arche. Par les qualités et vertus, en particulier le courage à reconnaître et combattre ses véritables ennemis : « ténèbres et passions » au 15e, et la responsabilité au 16e, il y a la liberté, libre passage du 15e, faculté de discernement au 16e, apprentissage de la liberté. Au 17e, on exerce cette liberté dans le présent, on « actualise » : ils résolurent de, comme nous décidons de... en notre présent, une fois la connaissance de soi développée. Shakespeare écrivait : l'homme ne naît pas grand, il le devient. On pourrait en dire de même pour la noblesse d'esprit, l'esprit chevaleresque qui peut nous animer. Le grade n'est guère plus pratiqué de nos jours. On le confère avec une certaine solennité car il précède l'initiation au grade de chevalier Rose-Croix. Mais je vous avais parlé de la vision ézéchielienne du temple intérieur, qu'on retrouve au 15e : où construisez-vous votre temple ? Dans mon cœur.

Le temple intérieur d'Ezéchiel est sous-jacent. On l'explicite dans la communication au 17e. De la Jérusalem de pierre on passe à la Jérusalem céleste symbolique, qui n'est autre qu'Utopia, la République universelle où les humains vivent dans l'amour et la fraternité. L'arc-en-ciel au dessus du trône du président est aussi une arche, un pont, vers le grade final du Chapitre. Voilà pour le deuxième aspect.

Je vous ai évoqué la batterie du grade qui se faisait, au début, par 6+1. De nos jours, l'applaudissement se fait par les 7 coups régulièrement espacés.

Je sais bien qu'on peut faire dire n'importe quoi à la numérologie, mais ce peut être un 3e angle d'attaque en se référant uniquement aux correspondances, les F de la loge connaissent ma passion pour les nombres.

Il y a, au 17e, à l'origine, des références à l'Apocalypse, d' apokaluptikos, qui révèle.

Et que le 7 est bien présent, à l'origine, au 17e : les 7 lettres, le livre des 7 sceaux, les 7 étoiles qui symbolisent les 7 qualités du maçon, les 7 lettres des 7 chandeliers représentant les 7 vices, et la batterie par 7 coups.

Le septénaire est bien connu numérologiquement, et maçonniquement. Ce n'est pas le sujet du travail.

Retenons simplement le livre des 7 sceaux qui figure sur le tablier du grade, en principe.

Sur les 7 cachets, on y trouve :

· un arc, une flèche, une couronne d'or signifiant que la décision prise est exécutée avec la même promptitude et exactitude que la flèche tirée,

· une épée à deux tranchants qui signifie que les maçons seront toujours armés pour la défense du droit, déjà évoqué au 15e,

· une balance pour la justice,

· un crâne qui figure un frère qui donna des motifs pour l'exclure,

· une étoffe tâchée de sang qui veut dire que nous n'hésiterons pas à verser notre sang pour la défense de la maçonnerie,

· le pouvoir d'obscurcir le soleil et de tacher de sang la lune signifiant pour les chevaliers le pouvoir d'interdire les loges irrégulières,

· et enfin 7 trompettes et parfums, signifiant que la maçonnerie s'étend sur toute la terre, les seconds représentant la bonne odeur des vertus qu'on trouve dans l'Apocalypse.

Rien, je pense, dans ces images, n'est opposable à notre conception libérale de la maçonnerie.

Enfin, le 6+1 pour la batterie ancienne est intéressant à rappeler car le septénaire le plus répandu dans les diverses traditions se construit sur le modèle sénaire plus l'unité – 6+1 – qui représente ( je ne m'étendrai pas sur le sujet, rassurez-vous) le passage, le changement d'état, un univers en mouvement.

Je vous rappelle les mots prononcés lors de la communication du 17e : percevoir une nouvelle aurore – le fondement de l'ancienne loi – l'avènement d'un nouveau temple – une nouvelle loi.

Point n'est besoin d'être juif pour chercher des symboles dans la Bible. Point n'est besoin d'être chrétien pour étudier la symbolique de Jean, ou de vivre dans l'amour de nos frères humains.

Très Sage, j'ai dit

 

Source : http://esmp.free.fr/Bbilio-Numerique/

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