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Hauts Grades

Reconnaissez-vous que le devoir est la grande loi de la maçonnerie ?

2 Septembre 2012 , Rédigé par F:.R:.T:. Publié dans #Planches

Dans une société donnée, le devoir apparaît comme un ensemble d'obligations morales et sociales, voire légales, auxquelles se soumettent ses membres. La loi est une prescription établie par l'autorité souveraine applicable à tous, et définissant les droits et devoirs de chacun. La définition de ces deux notions fait apparaître un lien irréfragable entre la loi et le devoir. La loi a cependant un caractère plus général, dans la mesure où elle définit non seulement des devoirs mais aussi des droits.

Les droits et les devoirs apparaissent ainsi indissolublement liés comme les deux faces d'une même médaille. Le grand débat consiste à savoir si l’un découle de l'autre ou vice versa : de la réponse à la question dépend un choix politique de société.

Les écrivains et philosophes du XVIIIe siècle ont recherché un équilibre entre ces deux notions.
Si Chateaubriand affirmait sans crainte que « c'est le devoir qui crée le droit et non le droit qui crée le devoir », Jean-Jacques Rousseau faisait preuve de plus de discernement dans l'analyse. Après avoir affirmé que « l'homme est né libre » il déplore que « partout l'homme est dans les fers ». Il constate que la liberté s'adresse à des citoyens responsables, respectueux d’autrui et qui ont le sens du devoir. Il conclut que « l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté ».
La notion de devoir atteint avec Kant un caractère absolu : dans « la Critique de la raison pratique » il présente une morale du devoir comme un « impératif catégorique », fondée sur l'autonomie de la volonté humaine et le respect de la loi universelle.
Le devoir n'est pas qu'une notion intellectuelle mais aussi une réalité sociologique. C'est en premier lieu un terme d'échanges, matériels ou contractuels : c'est ce qu'il faut donner en contrepartie de ce que l'on a reçu ; nous devenons ainsi des charpentiers de l'univers … modèle de l’ouvrier en tant que grand architecte qui se construit en lui-même, satisfait de l'approbation de sa seule conscience.
Les droits, pour rester inviolés, exigent de la part de tous une fidélité inaltérable au devoir. Il prend donc pour matière un homme idéal, respectueux des autres comme de lui-même ,s'insérant dans des obligations qu'il tient pour absolues, coïncidant si bien avec cet absolu qu'on ne peut plus dire si c'est le devoir qui confère le droit ou si c'est le droit qui impose le devoir.
La franc-maçonnerie n'échappe pas au débat. Elle proclame comme principe « un maçon libre dans une loge libre ». La « liberté » fait partie de sa devise, la « liberté absolue de conscience » est l'un de ses trois principes(art.1). En contrepartie les articles 2,3 et 4 de la constitution énumèrent les devoirs de la franc-maçonnerie et du franc-maçon .
Il n’y a pas entre ces deux notions de conflit, un paradoxe non résolu .Une
analyse approfondie montre que la franc-maçonnerie est une école du devoir.

Société initiatique, la franc-maçonnerie puise dans la tradition ses règles (Landmark) qui justifient sa spécificité ; au-delà de ces bornes ,elle perd son Etre et devient une société ordinaire.
Les « Anciens Devoirs » sont contenus dans les textes de la maçonnerie opérative, les «Old Charges ».

Le plus ancien texte connu, la Charte d'York de 926 dite « Charte d’Althestan » est une liste de devoirs.
Ces « lois fondamentales des frères maçons » trouvent leurs conclusions dans le 16e article, rédigé ainsi : « Ce sont les devoirs qu'il est bon et utile d'observer. Ce qui sera encore trouvé bon et utile dans l'avenir doit toujours être inscrit et publié par les chefs des loges, pour que tous les frères puissent être également assermentés là-dessus. »
L'historicité de cette charte n'est pas contestée, quoique le texte connu semble apocryphe ( chapitre sept de « Régularité exotérique et Tradition ésotérique en franc-maçonnerie » par Henri JULLIEN. 1973. Préface Francis VIAUD).

Quatre siècles plus tard « le Régius », comptant 794 verts, 16 catéchismes, précise les anciens devoirs. Le franc-maçon sera fidèle à Dieu et à l'Eglise ; fidèle aux rois et aux autorités locales ; il traitera les autres franc-maçons comme des frères et servira la confrérie et en particulier la loge qui en est la cellule ; il observera la déontologie professionnelle, il respectera la morale.

Le mot « spéculatif » apparaît pour la première fois dans le manuscrit « Cooke » où il désigne la connaissance théorique de la construction par opposition à sa pratique. La géométrie importe plus que les gestes physiques de l'édification. Mais cette innovation ne trahit pas les anciens devoirs,( les Landmark), à savoir : croyance en Dieu, exposition du volume de la loi sacrée, obéissance à la loi morale….

L'esprit de ces Anciens Devoirs a été repris dans les constitutions d'Anderson de 1723 qui débutent ainsi : « Un maçon est obligé, de par sa tenure, d’obéir à la loi morale …. ».

Le Convent de 1877 du Grand Orient de France décide de faire disparaître la référence déiste de l'article premier de la constitution et d'affirmer l'absolue liberté de conscience, ce qui entraîne la disparition du premier des Landmark » et crée une nouvelle forme de maçonnerie : la maçonnerie libérale.

La notion de devoir à évolué au cours de l'histoire de la franc-maçonnerie en fonction de l'évolution de la société. Notre frère Émile FREDON, historien de la franc-maçonnerie, passé et à l’Orient Eternel après 65 ans de maçonnerie active, soutenait que la franc-maçonnerie était le reflet de la société dont elle était issue.

Que reste-t-il, dans la franc-maçonnerie actuelle, des Anciens Devoirs ? ( à l'exception de la croyance en Dieu a la GL) : tout, dans l'esprit, quoique la lettre soit différente .Les devoirs revêtent un caractère symbolique ;ils n’en sont pas moins affirmés avec fermeté .

En franc-maçonnerie, le mot devoir n'est pas un élément symbolique isolé, mais un élément très riche de la composition symbolique contractée lors de l'initiation de l'impétrant, composition harmonique incluse dans le rituel et qui reste à déchiffrer. Les mots sont par eux-mêmes des symboles au même titre qu'objets ou gestes. Le mot est inclus dans une phrase dans un certain ordre, créant une situation en vue d'agir sur l'individu pris en tant que totalité. Ainsi la fonction que remplit dans le rite la signification propre, ne peut se comprendre par une explication exclusivement centrée sur la traduction, mais par son rapport avec la structure dans laquelle il est inséré. Ce mot fait donc partie de l’admission du profane au groupe maçonnique au travers d'un rite de passage d'un état à un autre.
L'initiation maçonnique a conservé des usages de l'initiation de métier dont elle est issue en grande partie.
Dès son introduction dans le cabinet de réflexion, le profane médite sur les devoirs de l'homme envers lui-même, sa famille, sa patrie, l'humanité. Première épreuve, l'épreuve de la Terre, accompagné de la sentence « VITRIOL », lui enseigne que le premier devoir est de descendre au plus profond de lui-même pour parvenir à la connaissance, la pierre cachée. Purifiée par la terre , il devra dominer ses passions pour trouver la vérité enfouie au plus profond de sa personnalité.

L'initiation est plus qu'une cérémonie symbolique : il est demandé au profane adhésion , engagement, obligation du secret, devoir de solidarité, nécessité du travail et du perfectionnement par la connaissance et l'exercice des vertus. L'accent est mis sur le caractère exceptionnel de ces devoirs : « ce qui serait dans un profane une qualité rare ne doit devenir pour le franc-maçon que l'accomplissement de son devoir ».
L'accomplissement du devoir fait partie intégrante du travail initiatique maçonnique.

Dès le premier degré, l'apprenti a comme premier devoir de méditer les enseignements du rituel afin d’y conformer sa conduite.
Il doit se connaître en toute humilité : nos pensées et nos émotions ne sont point pures, elles sont envahies par le foisonnement des raisonnements et des savoirs de nos éducateurs. La première démarche raisonnable est de les déraciner et de n'accepter aucune idée pour vrai que nous ne comprenions intimement et ne jugions vrai. La principale difficulté des enseignements et qu'ils tentent d'expliquer et de transmettre un savoir plutôt que d'éveiller la capacité à écouter, à analyser et à comprendre le vécu.
Il doit prendre conscience des mécanismes de son ego, de son étroitesse d'esprit et de sa vanité. Il doit commencer à rechercher la vérité, vouloir la justice, aimer ses frères et se soumettre à la loi. Il doit profiter de son obligation de silence pour apprendre à écouter.

Ensuite le compagnon a le devoir de connaître le monde et de se connaître dans un monde où il ne s'est même pas ce qu'il est venu faire . Son devoir est de surpasser les autres hommes par le développement de ses qualités tout en se mettant au service des causes liées au salut du genre humain.
Dans la vision du monde et de ses lois, l'esprit du compagnon n'a pas emmagasiné des idées mais il a usé de son expérience pour affirmer une découverte et conforter une connaissance.
Page 25 de l'instruction du grade : « quel est le devoir du compagnon » ? Maintenir en lui l'équilibre physique ,l’ équilibre intellectuel, l'équilibre moral, et par l'union des trois, développer régulièrement la vertu créatrice qui est l'énergie.

Puis en tant que maître, il a le devoir de faire rayonner sa conscience relative, de respecter l'homme et son organisation sociale, familiale et maçonnique. Le maître exerce sa méthode maçonnique dans la vie quotidienne pour tenter de construire un monde plus heureux, plus droit, plus d’équerre.
Hiram, symbole de l'homme parvenu à la domination de lui-même et à l'esprit de fidélité à son devoir, renaît à une vie nouvelle, supérieure par le savoir, la moralité et le dévouement aux grandes causes.

Purifiée par la mort de ses passions, transfiguré par la lumière de l'initiation complète, il se régénère par la véritable vertu, ne redoutant plus la mort. Hiram représente l'homme juste et courageux, que la menace et la violence pas plus que la séduction, ne font dévier de la ligne du devoir.

En conclusion, je reconnais que le devoir est la grande loi de la maçonnerie.
L'approfondissement de la notion de devoir, à chaque stade de la vie maçonnique est l'essence même de la recherche de la vérité. La récompense ne se trouve pas dans un quelconque résultat espéré mais dans la démarche, c'est-à-dire la découverte d'un sens à l'existence.

Source : http://aimez.over-blog.com/

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