Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Réflexion sur Paul

4 Juin 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

L’ACCOLADE FRATERNELLE.

« Salutate invicem in osculo sancto »

« Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser »

 

mon avis : Oui, c’est très bien de rappeler ces mots ponctuant parfois quelques rares épîtres de Paul en replaçant cette formule ( toute théorique) en tant que finalité maçonnique…….mais ce F :.n’insiste pas assez sur le questionnement que cela entraîne pour chacun : . « est-ce que je le vis réellement ? » 

 

et il termine par : « C’est par cette formule que s’achèvent la plupart des épîtres de saint Paul ».

 

Tu m’as demandé, en ta qualité, de nourrir ta réflexion ,aussi voici rapidement ce que ce texte m’inspire. :

 

REPONSE DE RF

 

Le 19-05-2008

 

Du danger de s’appuyer sur les épîtres de Paul en négligeant d’explorer préalablement sa personnalité ! ! ! !

 

Comme par exemple:

 

L’ACCOLADE FRATERNELLE.

« Salutate invicem in osculo sancto »

« Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser »

 

C’est par cette formule que s’achèvent la plupart des épîtres de saint Paul écrit le F dans sa planche…Ecrire ceci n’est certes pas interpoler l’esprit de Paul, mais aurait nécessité une brève explication.

 

En réalité peu de ses épîtres se terminent par cette formule On rencontre cette formule pour la première fois en fin de la 2ème épître aux corinthiens, et cette formule comme vous devez le savoir est le baiser liturgique, qui est le symbole de la fraternité chrétienne .

 

Fraternité, voilà le mot sur lequel il aurait été intéressant de prendre un peu de temps pour l’explorer ! D’autant que placer en introduction on pourrait alors s’attendre à ce qu’il sous-tende le texte !

 

Car le baiser n’est que l’expression d’une fraternité et RIEN d’autre ! Ce qui est d’autant plus étrange c’est d’avoir articulé son introduction sur les écrits de Paul qui n’était, à n’en pas douter, celui qu’il ne fallait pas citer en relation avec la fraternité !  Il en a beaucoup parler il est vrai.. mais l’a-t-il réellement mis en pratique ? Moi j’en doute. et même beaucoup…..

 

«  Si Paul avait vécu de nos jours, il aurait fini sur le divan d’un psychiatre » !

 

Cette phrase n’est certes pas de moi, mais d’un homme ; Max Dimont qui devait savoir ce qu’il disait et écrivait, et l’on trouve cette formule dans son livre très intéressant : « Les juifs, Dieu et l histoire » ! Si vous le trouvez, je vous invite grandement à le lire ! Voyez-vous, je ne me suis appuyé sur lui uniquement pour introduire par sa phrase la suite de mon discours. ( je précise que l’on ne trouve pas ce livre sur internet ………ni d’ailleurs ce texte qui sort de ma seule réflexion !! )

 

Or, s’appuyer sur Paul pour introduction à la fraternité me parait tout à fait hasardeux s’agissant d’un homme torturé et certainement complexé à l’extrême ! On n’a jamais associé ces deux termes Fraternité et troubles comportementaux pour former une occurrence harmonieuse !

 

Oui, la figure de Paul, missionnaire de l’Evangile et Apôtre des gentils, par le relief de sa personnalité, par l’énergie de son action, par l’étendue et la profondeur de son influence, domine l’histoire de la première génération chrétienne !

 

Pour comprendre l’influence qu’il a exercé de son vivant et l’irradiation de sa pensée, nous disposons de sources d’informations limitées qui se réduisent en définitive aux Actes des apôtres et aux Epîtres. Des deux, seuls les Epîtres renferment le témoignage le plus probant sur la pensée de Paul, les Actes étant en définitive d’intention narrative !

 

En partant de ces données, on peut mettre en évidence certaines structures psychologiques particulières qui paraissent avoir influencé et orienté toute la vie de Paul.

 

Nous savons fort peu de chose de sa jeunesse. Issu d’une famille relativement aisée, il était citoyen de Tarse et de Rome, privilège dont il était fier. Elevé dans la tradition juive de l’époque comme un pharisien, mais un pharisien de la Diaspora, c’est à dire dans un esprit déjà contaminé largement par l’hellénisme, il se destinait, semble-t-il, à devenir un docteur de la Loi.

 

De stature médiocre et d’allure timide, Paul n’en imposait pas par son physique, tout au contraire : «  homme de petite taille chauve, tordu des jambes…. » telle est l’image qu’en laissent les Actes. Il fait dire lui même à ses adversaires : «  …ses lettres sont énergiques et sévères, mais quand il est là, c’est un corps chétif et sa parole est nulle… » ( II Corinthiens 10-10)

 

Paul, donc, à été élevé en pharisien, c’est à dire dans la stricte observance de la Thora. Elle lui montrait le péché partout et, comme il l’exprime dans sa lettre aux Romains, il avait conscience de son impuissance à observer véritablement et réaliser en vie pratique toutes les prescriptions de la Loi. Il naîtra ainsi un sentiment d’insécurité angoissée, de culpabilité au regard de cette loi !

 

Il est vraisemblable qu’un sentiment d’infériorité physique s’est développé également chez lui, du fait de son aspect et surtout d’une maladie qui semblait l’affecter particulièrement      « …….Vous pourriez être tenté de me mépriser et de me rejeter dans la chair… » ( Gal 4-14), et « …..Il m’a été donné une épine dans ma chair……A son sujet, trois fois j’ai invoqué le Seigneur afin que cela fut retiré de moi…. » ( II Cor,12-7)…..Une telle maladie d’évolution chronique, dont les accès paroxystiques semblaient assez violent, a pu à son tour donner naissance à l’insécurité et à l’angoisse !

 

On voit donc apparaître chez Paul un sentiment d’insécurité, de culpabilité et d’infériorité, tous trois générateurs d’angoisse.

 

Il tentera bien d’apaiser cette anxiété en recherchant des moyens de « Sécurisation » et de « valorisation ».. !

 

Dieu seul semble avoir le don de le rassurer. Pour maintenir cet apaisement qui est susceptible d’être remis sans arrêt en question, pour conserver ce lien, il a besoin d’une certitude ; il doit d’une part être sûr de tenir une place à part et de jouer un rôle unique auprès de Dieu et d’autre part, Dieu lui-même doit pouvoir compter sur lui plus que sur les autres !

 

En un mot, il doit être élu en « titre et en fait ». En compensation, il répondra par des élans de reconnaissance, d’admiration et d’amour.

 

Or Mes FF, comme certains de vous peuvent le savoir, il s’agit là des constantes habituelles de toutes relations de sécurité !

 

«  Paul, serviteur du Christ Jésus, apôtre par élection, mis à part pour annoncer l’Evangile de Dieu » ( I Rom 1-1)

 

«  Et quand il plut à celui qui m’a distingué dès le sein de ma mère et qui m’a appelé par sa grâce pour révéler son fils en moi… » ( Gal 1,15-17)

 

Cette relation de sécurité doit nécessairement être absolue, car tout relâchement est pour lui signe de rupture et par conséquent, généralement à nouveau d’angoisse. Il fait appel, pour maintenir ce lien, à des valeurs absolues telles que la durée, la continuité et le caractère électif, si possible exclusif, de cette relation. A défaut d’exclusivisme, le favoritisme peut, à la rigueur le suppléer. Il revendique aussi l ‘indépendance d’une mission reçue directement du Christ au même titre que les douze apôtres, et non par intermédiaire, comme Barnabé. «  Ce n’est pas d’un homme que je l’ai reçu ni que je l’ai appris, mais par révélation de jésus Christ «  ( Gal 1,12).. Paul se considère par ailleurs ( ce qui est peu vraisemblable ) comme le seul apôtre des gentils : «  car celui qui a réalisé en Pierre l’apostolat de la circoncision a réalisé en moi celui des gentils » ( Gal 2,8) et il se montre extrêmement intolérant aux autres apôtres dont la vocation ressemblait plus ou moins à la sienne, ce qui peut expliquer son isolement.

 

En établissant ce lien de sécurité, Paul, non seulement arrive à se sécuriser, mais également a se valoriser. Ainsi, en cherchant sa sécurité dans l’amour du Christ, il finit par y trouver sa propre valeur. Le prestige et l’éclat de la valeur qu’il accorde à Dieu comptent plus que la sienne. Ebloui ainsi par Dieu, il s’aveugle sur lui même et par conséquent sur ces propres déficiences ; il ne se préoccupe plus guère de son sentiment d’infériorité, s’il en était conscient.

 

Cette recherche d’une sécurité née du désir de s’affranchir de son angoisse aboutit en définitive à une entière dépendance vis-à-vis de Dieu. Il devient esclave de Dieu. Pour ne pas souffrir cependant de cette soumission totale, sa seule ressource sera de confondre cette emprise avec la félicité qu’elle engendre et le bonheur qu’elle répand. Pour atteindre au bien parfait et absolu, il n’existe en fait pour lui que deux voies ; celle de l’amour du Christ et celle de l’effort moral incessant. Il aura ainsi toute sa vie la passion de l’absolu, de l’unité, et la hantise de la perfection : «  parvenu à l’unité au moyen de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, nous formerons à nous tous un homme achevé, atteignant à la structure parfaite du Christ » ( Eph 3,12)

 

Son ascétisme par autopunition ?

 

Il est cependant conscient des difficultés à atteindre Dieu directement. Et toute sa christologie tendra à jeter des ponts sur l’abîme qui sépare l’homme de Dieu. Il faudra ainsi rejoindre dans une première étape le Christ et non un absolu profond, mais absent et mal défini, Dieu !

 

«  moi je ne vis plus, c’est le Christ qui vit en moi. Quand à ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi «  ( Gal 2,20)

 

La hantise de la perfection amènera Paul à proclamer : «  quiconque ne persévère pas dans l’accomplissement de tout ce qui est écrit dans le livre de la loi est maudit » ( gal 3,10) La transgression du moindre commandement apparaîtra pour Paul, ex-Pharisien, comme un péché. De plus, comme il n’y a point d’homme sans péché : «  tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » ( Rom 3,23), il est évident qu’un doute lancinant s’installera chez Paul ainsi qu’un tourment constant en face d’un idéal jamais atteint.

 

Il est évident qu’un tel état d’esprit est favorable à l’éclosion d’un sentiment de culpabilité inconscient. Même s’il est innocent, l’homme est tenu pour responsable et doit encourir par conséquent une punition. Ainsi l’autopunition s’oriente spontanément vers le renoncement et adopte souvent la forme finale du renoncement systématique même aux plaisirs permis et raisonnables ! L’ascétisme de Paul peut être considéré comme une punition : «  Quiconque veut lutter s’abstient de tout.. mais je traite durement mon corps et je le tiens en servitude » ( 1 Cor 9,24)….. » ce qui est bien c’est de s’abstenir de viande et de vin «  ( Rom 14,21) «  il est bon pour l’homme de s’abstenir de la femme «  ( 1 Cor 7,1)  «  je dis toutefois aux célibataires et aux veuves qu’il est bon de demeurer comme moi » ( 1 Cor 7,8)

 

Est-ce que cette continence, en particulier sexuelle, possède vraiment une signification mystique ? traduisant une anticipation de la vie qui vient, en la réalisant dans une certaine mesure ici bas ? Ou bien traduit-elle un simple processus d’autopunition ? ou encore faut-il plutôt faire intervenir pour l’expliquer l’existence d’une sexualité perturbée ou déficiente chez Paul ?

 

En définitive, la sexualité de Paul a-t-elle conditionné la nôtre ?

 

Il est en effet troublant de constater, dans cette hypothèse que Paul ne s’est pas marié, alors qu’il fut élevé dans une famille juive Pharisienne respectueuse de la Loi et de la Tradition. Le célibat était voué, il faut le rappeler au mépris dans un milieu ou la paternité était considérée comme un devoir et un honneur !

 

L’existence d’un problème d’ordre sexuel, expliquerait ainsi l’attitude de Paul vis-à-vis de la femme en général et de la valeur qu’il accordait à la continence. Ce n’est que dans un deuxième temps, qu’il rationnalisera son comportement c’est à dire qu’il donnera des explications élaborées après coup pour justifier une attitude pré-consciente.

 

Le renoncement progressif et systématique des plaisirs permis et raisonnables amènera Paul au mépris du corps et de la vie et même à l’attrait de la mort : «  Pour moi certes la vie c’est le Christ et mourir représente un gain….. » ( Phil 1,21)   «  aussi bien gémissions-nous dans cet état, ardemment désireux de revêtir par dessus l’autre notre habitation céleste » ( II Cor,5,2)

 

La mort est ainsi invoquée par  Paul à titre de symbole de l’amour idéal. Je pense pour ma part qu’avant de cultiver l’art de bien mourir, il faut pratiquer celui de la bonne vie ! et l’on peut faire nôtre l’affirmation de Tolstoï : Croire en la vie, c’est croire en Dieu.. ;

 

Ainsi, tout laisse à penser que Paul ne fût pas, loin s’en faut, un Apôtre pétrit de fraternité mais tout au contraire, un réel tourmenté qui, sur les autres ( les gentils en l’occurrence) rejetait les miasmes de ses propres tourments  et il ne voyait pas les gentils comme frères, mais comme miroir de ses propres interrogations !!

 

C’est en ce sens, qu’il m’apparaît comme hors de propos, de citer Paul en introduction à un texte sur la Fraternité, tant bien même que celui-ci ait pris pour conclure certains de ses écrits, le leit motiv, du baiser fraternel !

 

     Mais je peux bien évidemment me tromper !

 

Fraternnellement

 

Partager cet article

Commenter cet article