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Hauts Grades

Remettez-vous en la main qui vous guide

14 Mars 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Dans certains rituels cette phrase est prononcée par le V\ M\ lors de la cérémonie de réception d'un apprenti, alors que le profane est à genoux devant l'autel des serments avant d'être soumis au serment prêté sur la coupe des libations et ensuite aux épreuves d'initiation. La phrase exacte est : « Profane ! Levez vous. Remettez-vous en la main qui vous guide. Puisse-t-elle vous préserver de tout danger ».

La signification première est claire. Après avoir fait passer le profane d'un état de soumission, position à genoux, à la position debout on lui demande de se confier à son guide. Le profane qui n'a encore prêté aucun serment est libre de ses actes. Si le terme remettez-vous peut sembler un ordre, il est plus exactement une demande. Il sous entend que celui auquel elle s'adresse l'exécute de son propre chef, de sa propre volonté. Cette phrase est à comparer avec celle prononcée par le V\ M\ après le serment sur la coupe des libations : « Frère Expert, emparez-vous du profane et faites-lui faire son premier voyage au cours duquel il subira « l'épreuve de l'air » ». Où, là, le profane qui a prêté son premier serment est contraint par le frère expert qui « s'empare » de lui.

« Remettez-vous en la main qui vous guide » : le profane qui est toujours sous le bandeau doit s'abandonner à son guide. Il lui est demandé, et c'est le cas de le dire, une confiance aveugle. Cette confiance passe par le seul moyen de connaissance qu'il a de son guide : la main.

Si la signification du mot « guide » est évidente et ne demande pas de développement, il en va tout autrement du mot main et de ses significations symboliques. Significations que je me garderais bien de développer ici de façon générale, mais le fait de se remettre en la main d'un guide fait penser à l'hommage féodal et à sa partie l'immixtio mannum. Le vassal, agenouillé, tête nue et sans armes, place ses mains dans celles de son suzerain, qui referme les siennes sur celles de son partenaire. Il y a par ce rite de l'hommage une radiation de soi même par le vassal et une acceptation par le seigneur. Les obligations qui en résultent sont réciproques. Ici le profane privé de sa vue se confie totalement au frère expert et il est demandé à ce dernier de veiller sur lui : « Puisse-t-elle vous préserver de tout danger ». On retrouve les principes d'abandon de soi et de réciprocité cités précédemment.

Rappelons nous par ailleurs de la scène exacte et de la façon de se donner la main. L’expert, de sa main gauche, saisit la main droite du profane doigt croisés et bloque l'avant bras avec le sien. Comment ne pas penser à ce moment au symbolisme Celtique de la main qui rejoint celui du bras qu'il est impossible de séparer totalement. Le mot Irlandais lam (main) servant d'ailleurs suivant le contexte à signifier le bras.

Le profane se confie au frère Expert par la main droite. Si l'on se réfère au Tao-te King Chinois la main droite correspond à l'action et la main gauche à la non action, à la sagesse. On retrouve bien le symbole du profane qui fait l'action de se confier, via sa main, au frère expert. Ce dernier représentant la sagesse de celui à qui l'on fait confiance pour que tout danger soit écarté.

Maintenant suivons les principes de la table d'émeraude et continuant notre travail de maçon essayons de nous élever sur la spirale. Et suivant la table d'émeraude n'oublions pas que les développements précédents vont toujours être applicables bien qu'à un autre niveau.

« Remettez vous en la main qui vous guide » Le mot guide nous amène tout de suite à l'idée du guide suprême. La main de Dieu un des symboles fort dans la tradition biblique : la main symbole de la puissance et de la suprématie de Dieu. Être saisi par la main de Dieu c'est recevoir la manifestation de son esprit. Cette phrase nous rappelle donc que nous avons un guide spirituel, nous qui sommes comme le profane sous le bandeau privés de nos sens principaux en ce qui concerne la compréhension de l'esprit nous avons une aide pour trouver la voie. Comme Moshè (Moïse) dans l'exode a été guidé par IHVH (Adonnaï) depuis le départ de Misraîm (Égypte) jusqu'à la terre sainte d'Israël via l'errance dans le désert.

L'existence de cette main, aide divine proposée à tout être, est représentée par exemple dans la religion catholique par l'ange gardien.

Une autre approche de l'existence de cette aide du principe peut se trouver dans la philosophie Kantienne où dans « Critique de la raison pure » où chapitre VII (édition 2) on peut lire : « Car la raison est le pouvoir qui fournit les principes de la connaissance à priori » l'instrument de cette donation à priori est constitué par l'intuition pure. Intuition pure née de rien et donc à mes yeux preuve de l'aide du G\ A\ D\ L\ U\.

Mais elle nous signifie aussi que nous avons une certaine liberté. Cette liberté dont Spinoza dira ; « C'est une solide réalité qu'obtient notre entendement par son union immédiate avec Dieu pour produire en lui-même des effets qui s'accordent avec sa nature, sans que ces effets soient soumis à aucune cause extérieure par laquelle ils puisent être altérés ou transformés ».Or comment définir la liberté face à Dieu. Bien faire c'est suivre la voie de Dieu, la liberté serait donc de pouvoir dévier de cette voie, volontairement ou par incompréhension. La position neutre de ne rien faire n'est-elle pas d'ailleurs de déjà faire le mal ? Et ce sans rentrer dans les querelles entre le théisme, qui engage la responsabilité personnelle (morale) de Dieu dans la production ou la permission des différentes espèces de maux, et le déisme qui exonère Dieu de responsabilités personnelles. Dixit Paul Clavier in Les Théodicées Salix n° 37.

La connaissance de l'existence de cette liberté doit donc nous inciter à rechercher cette main qui nous guide. Mais cette main est plus difficile à trouver que celle de l'expert et n'est-ce pas le premier travail du maçon de rechercher cette main de façon à être guidé dans notre démarche, et ne pas dévier de la voie ? Notre frère Jean Luc Fauque a écrit dans « La spiritualité du rite écossais ancien et accepté »: Les traditions nous rapportent que la nature aime à se cacher. La nature, Dieu, c'est le principe, et l'homme le cherche avec son intellect et sa sensibilité. Dieu devient l'Interlocuteur suprême infini et indéterminé. Il ne peut pas être le Dieu des religions. Il s'identifie, par voie apophatique (1), à quelque chose de perdu. Non au sens de détruit, mais dans celui de l'inaccessible, de caché, pour lequel le développement de l'esprit agit comme l'exposant qui fait tendre une fonction mathématique vers son asymptote. Ce cheminement est désigné par les maçons sous le terme de « quête de la parole perdue ». Parole perdue qui s'identifie avec le G\ A\ D\ L\ U\, dans la propagation du sens, indépendamment de toute notion de temps et d'espace.

Pour nous remettre en cette main il convient donc de la rechercher car c'est elle qui peut nous préserver de tous les dangers, tous les dangers qui nous guettent si nous nous éloignons de la voie. Il est bien connu que dans l'expression « faire son devoir » la difficulté est de définir ce devoir. Toutefois la recherche de ce guide doit se faire simultanément avec la connaissance de soi. Il existe d'ailleurs une interaction entre la recherche du guide et la recherche sur la connaissance de soi. Si cette dernière peut en effet nous faire connaitre nos tendances, nos options possibles c'est le G\ A\ D\ L\ U\ qui va nous nous aider à faire le choix.

J'ai dit.

Nota :

(1) Apophatique. La théologie négative est une approche de la théologie qui consiste à insister plus sur ce que Dieu n’est pas que sur ce que Dieu est. L'apophatisme est une démarche intellectuelle par laquelle toute idée que l'on se fait de la divinité se voit démasquée dans son inadéquation à délimiter ce qui est sans limite.

Source : www.ledifice.net

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