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Hauts Grades

Révolution Française , une Révolution maçonnique ?

27 Décembre 2012 , Rédigé par Claude Jousseaume Publié dans #histoire de la FM

A SERGE HUTIN

Jurez de briser les liens charnels qui vous attachent encore à père, mère, frères, sœurs, femme, parents, amis, maîtresses, rois, bienfaiteurs, et à tout être quelconque à qui vous auriez promis foi, obéissance ou service.
Alexandre Dumas : « Joseph Balsamo »

Les Illuminés de Bavière


Dès la seconde moitié du dix-septième siècle, il semble que les sociétés secrètes se multiplient de manières surprenantes et significatives en Europe d’alors tel un essaim d’abeilles guerrières préparant leurs aiguillons au« grand combat » tel un grondement d’orage lointain se rapprochant, cris encore confus de millions d’êtres criant vengeance et liberté pour reprendre les termes de Stanislas de Guaïta.
Tout semble à l’origine partir d’Allemagne, plus particulièrement d’un modeste professeur de droit canon à Ingolstadt, Adam Weishaupt né en 1748 franc-maçon, disciple éclairé d’Helvétius, acquis aux idées égalitaires. Recevant bon accueil partout ou il professe, il décide alors de créer une société secrète anti cléricale et anti étatique pour lutter, contre l’influence des jésuites en Bavière. Le recrutement se fait en grande majorité chez les Maçons ayant au moins le grade de Maître, mais pas seulement, ciblant également les sphères des classes dirigeantes et agissantes. L’Ordre qui prend le nom d’Illuminés de Bavière se compose de trois grades à l’instar de la maçonnerie symbolique mais la véritable mission, l’Adeptat pourrait-on dire n’est révélé (et le mot ici n’est pas anodin) que dans le Cercle Intérieur appelé Aréopage.
Weishaupt prend le nom de Spartakus et instaure un groupement de loges aux noms antiques comme Eleusis et Athènes. Une structure de type quasi militaire est mise en place cherchant à faire du prosélytisme dans les hautes instances les infiltrant, visant particulièrement la franc-maçonnerie avant de passer à « l’Action Directe » .
Un texte terrifiant de Weishaupt nous laisse songeur : « Nous devons tout détruire, aveuglément, avec cette seule pensée : le plus possible et le plus vite possible… ».
A la suite d’une trahison l’Ordre est dissous, ses partisans arrêtés et Weishaupt s’enfuit et termine ses jours à Ratisbonne protégé par le duc de Saxe-Gotha.
La structure des Illuminés de Bavière ne semble pas avoir survécu à la répression mais, en ce qui concerne ses idées rien n’est moins sûr. Certains même parlent de la pérennisation de l’Ordre jusqu'à nos jours mais cela est une autre histoire.

Voyage en France maçonnique


La Maçonnerie française se structure vraiment en 1728 sous la houlette d’un anglais, Le duc de Wharton ! Elle est comme le rappelle l’éminent Alain Bauer, très peu engagée dans les débats politiques de l’époque mais s’intéresse fort aux débats sociaux et grandes idées libérales qui traversent l’Europe ; plus tard le Grand Orient de France se construira (pour des raisons internes) sur la base de la démocratie et du suffrage universel, une innovation dans le monde d’alors. A l’orée de la Révolution, les loges, à l’instar de l’Angleterre, se sont regroupées en obédiences.
La principale est le Grand Orient de France, née officiellement en 1773.
Installé rue du Pot de Fer, louant un local aux Jésuites ! Ce groupement d’hommes est fortement inspiré de l’esprit rationaliste des Lumières ; s’y côtoient dans une entente plus ou moins cordiale libres penseurs athées et partisans farouches du Grand Architecte de l’Univers.
A l’époque le Grand Orient compte environ 700 loges et pas loin de 35000 personnes, ce qui fait dire à la princesse de Lamballe interpellée par la reine Marie-Antoinette : « Tout le monde en est… » La pénétration de la Maçonnerie dans les couches agissantes de la société est donc loin d’être négligeable ! Même l’excommunication pontificale de Clément XII et Benoît XIV par les bulles édictées en 1738 et 1751 « In Emminenti et Providas » leur reprochant entre autre de prêter serment sur la bible, d’utiliser des symboles chrétiens et le secret de leurs réunions n’y changeront rien. Ce n’est pas parce que la franc-maçonnerie pratique l’athéisme qu’elle est condamnée mais parce qu’on y pratique un déisme vaguement chrétien !
En effet les particularités de notre France (encore fille ainée de l’Eglise) voulaient que les bulles pontificales soient enregistrées par le parlement de Paris pour avoir quelques effets et êtres appliquées dans le royaume. Cela ne fut jamais fait !
Donc les maçons étaient partout !
Voyez donc 80% des effectifs (entrepreneurs, négociants, fermiers généraux, officiers royaux) appartiennent au Tiers Etat, 5% (curés, vicaires) au Clergé quelquefois mêmes majoritaires dans certains ateliers et 15% font partie de la noblesse, proportionnellement pour ces derniers c’est énorme !
A cette époque, point de travaux, de planches incluant une réflexion comme dans la maçonnerie actuelle, les débats de sociétés ne sont pas présents dans les procès-verbaux (4) qui nous sont parvenus, en dépit de certaines appellations de loges qui pourraient prêter à confusion : « Le Contrat Social, les Préjugés vaincus ou le Nouveau peuple Eclairé ».
Bons nombres d’Ateliers, véritables brassages culturels, sont néanmoins imprégnés de l’idéal égalitaire et souhaitent l’abolition des privilèges. On y parle d’un monde à venir.
Il est pourtant coutume dans certains milieux de croire qu’une frange d’Initiés, réunis par des secrets incommunicables aux profanes, et grâce ou à cause d’un serment prêté dans le sang, s’entendent pour comploter contre l’autorité de l’Etat et s’attèlent à renverser simultanément Pape et Rois !
La base de cette théorie dont les partisans sont encore nombreux de nos jours vient en grande partie d’un ouvrage rédigé, et publié en 1797 : « Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme » écrit par un abbé du nom d’Augustin Barruel. L’auteur tente de démontrer le rôle néfaste des philosophes des lumières et leur anticléricalisme sur leurs contemporains par un habile recours à l’amalgame, servi également par une excellente érudition et une connaissance hors pair des rituels et légendes maçonniques, se servant des figures mythiques d’Hiram et de Jacques de Molay, il réussit sans mal à convaincre de nombreuses personnes de l’implication active des francs-maçons dans la révolution française surtout ceux des « arrières loges »  comme il les nomme. Il faut savoir que ces « Mémoires… » sont encore aujourd’hui la référence de tous les délires conspirationnistes; des « Protocoles des Sages de Sion » aux pseudo complots des Illuminatis en passant par les « Reptiliens » ; la trame délirante est la même, tous ces ouvrages reprennent d’une façon ou d’une autre des éléments de ce dangereux best seller. Lisez le « maître » et vous comprendrez mieux les élèves.
Et que dire aussi de cette prose attribuée à l’abbé Lefranc son précurseur, autre ecclésiastique dans « Le voile levé pour les curieux ou le secret de la Révolution de France révélé à l’aide de la Franc-Maçonnerie « publié en 1791 : « Oui je ne crains pas de l’avouer, c’est la franc-maçonnerie qui a appris aux français à envisager la mort de sang froid, à manier le poignard avec intrépidité, à manger la chair des morts, à boire dans leurs crânes et à surpasser les peuples sauvages en barbarie et en cruauté »
Un autre de ces fondements légendaires réside dans une « déviation » de la maçonnerie originelle en particulier dans le rite dit écossais qui comprend nombres de hauts grades aux noms pompeux. Rappelons ici que la maçonnerie dite symbolique comprend trois grades : Apprenti, Compagnon et Maître auxquels on peut pour certains auteurs comme René Guenon, rajouter la « Mark » et le « Royal Arch », même si le cheminement établi par le Rite Français 1783 est loin d’être illogique notamment sur le plan de la qualité initiatique. La Franc-Maçonnerie dans ses « hauts grades », faussement nommés supérieurs recueillit probablement dans des buts plus ou moins louables des bribes de tradition chevaleresque, hermétique, rose croix et alchimique qui sont, somme toute des voies forts diverses. On y trouve des appellations ou dignités aux noms éloquents : « Chevalier d’Orient ou de l’Epée »…, « Maître Secret », « Secrétaire Intime » en passant par le « Souverain Prince Rose Croix », poursuivant vers le « Chevalier Kadosh » jusqu’au » Souverain Grand Commandeur » 33ème degré du REAA. Comme je l’indiquais plus haut une partie de la maçonnerie du rite écossais se réclame, (du moins par certains de ses psychodrames lors de passages de grades), d’une filiation pseudo templière, nous avons déjà par le passé démontré que rien n’est plus faux. Jacques de Molay est d’ailleurs un mot de passe usité par certains Chapitres, alors que ce dernier en chrétien convaincu et fanatique aurait pourfendu les Francs Maçons, s’il les avait cotoyés.
Dans le 30ème degré du rite écossais, on parle d’une vengeance templière, des rituels y font apparaître Squin de Florian (un des dénonciateurs des chevaliers aux blancs manteaux) le nouvel impétrant doit abattre les colonnes du Temple, monte symboliquement une échelle ascendante et descendante aux sept échelons et prête un serment de vengeance poignardant une couronne et une tiare (représentation des pouvoirs temporels et spirituels).
On parle également dans des grades de « vaincre ou mourir ». Au 32ème degré « le Royal Secret » on reconstruit le Temple de Jérusalem pour l’avènement d’une humanité meilleure.

1793 fut la réplique de 1314 : la vengeance de Jacques de Molay !


« Nombreux croient encore qu’une intelligence invisible manipule le destin de l’humanité ».
Guy Tarade

Tout le monde connaît la fin tragique de l’ordre religieux et militaire des Templiers, un des ordres les plus puissants d’Occident, fondé au XIIe siècle dans un contexte de croisade et dont le procès, commencé en 1307 sur les intentions du roi de France Philippe le Bel et de ses conseillers, prendra fin avec la mise au bûcher, le 13 mars 1314, du dernier grand maître de l’ordre. A ce moment, Jacques de Molay aurait prophétisé une vengeance du ciel contre ses bourreaux, le pape Clément V devant mourir dans les quarante jours et le roi de France, la même année. Une partie de l’historiographie consacrée au Temple nous cite cet hypothétique discours de Jacques de Molay, lançant sa malédiction contre le pape, le roi et ses descendants. Même si nous savons aujourd’hui que cet épisode relève de la fiction l’histoire de cette malédiction traversant les siècles à la vie dure, pour beaucoup comme Eliphas Lévi et Stanislas de Guaïta, la révolution fut une lutte entre « adeptes de deux factions relevant d’initiations différentes ». Le régime de la terreur en fut le fruit. Pour l’auteur du « Dogme et Rituel de la haute Magie » … le nœud terrible de 93 est encore caché dans les arcanes des sociétés secrètes dirigées par les Illuminés, préparés dans les arrières loges des maçons ! On dit que la Révolution commença à la Bastille désignée à la vindicte populaire par des initiés parce qu’elle avait été la prison de Jacques de Molay ! l’Arcane invoqué, se termina à la mort du Roi.
Je laisse ici la parole à Eliphas Lévi entendez le narrer; un des plus terribles épisodes de la Révolution ces anecdotes horriblement éloquentes se passent de commentaires : « Le roi était captif au temple et le clergé français en exil. Le canon tonnait sur le pont neuf, et des écriteaux menaçant proclamaient la Patrie en danger. Alors des hommes inconnus organisèrent le massacre. Un personnage hideux, gigantesque, à longue barbe était partout où il y avait des prêtres à égorger. …Et il frappait avec rage, et il frappait toujours, avec le sabre, avec le couperet, avec la massue. Il était rouge de sang de la tête au pied ; sa barbe en était toute collée, et il jurait… qu’il ne la laverait qu’avec du sang….Après la mort de Louis XVI, au moment même où le souverain venait d’expirer sous la hache du sacrificateur…. Il monta sur l’échafaud, prit du « royal sang » et hurla d’une voix terrible : Peuple français, je te baptise au nom de Jacques et de la liberté » Et 1793 vengea 1314 ! »
Plus troublantes encore sont les vaticinations de l’écrivain Jacques Cazotte, l’auteur du « Diable amoureux » ardent partisan de la Révolution qui devait périr dévoré par elle, rectifié par le « couperet égalitaire de la guillotine »
« Il me semble que c'était hier, et c'était cependant au commencement de 1788. Nous étions à table chez un de nos confrères à l'Académie, grand seigneur et homme d'esprit ; la compagnie était nombreuse et de tout état, gens de robe, gens de cour, gens de lettres, académiciens, etc. On avait fait grande chère, comme de coutume. Au dessert, les vins de Malvoisie et de Constance ajoutaient à la gaieté de la bonne compagnie cette sorte de liberté qui n'en gardait pas toujours le ton : on en était venu alors dans le monde au point où tout est permis pour faire rire.
Chamfort nous avait lu de ses contes impies et libertins, et les grandes dames avaient écouté sans avoir même recours à l'éventail. De là un déluge de plaisanteries sur la religion : et d'applaudir. Un convive se lève, et tenant son verre plein : Oui, messieurs, s'écrie-t-il, je suis aussi sûr qu'il n'ya pas de Dieu que je suis sûr qu'Homère est un sot. En effet, il était sûr de l'un comme de l'autre; et l'on avait parlé d'Homère et de Dieu, et il y avait là des convives qui avaient dit du bien de l'un et de l'autre.
La conversation devient plus sérieuse; on se répand en admiration sur la révolution qu'avait faite Voltaire, et l'on convient que c'est là le premier titre de sa gloire : Il a donné le ton à son siècle, et s'est fait lire dans l'antichambre comme dans le salon.
Un des convives nous raconta, en pouffant de rire, que son coiffeur lui avait dit, tout en le poudrant : Voyez-vous, Monsieur, quoique je ne sois qu'un misérable carabin, je n'ai pas plus de religion qu'un autre
On en conclut que la révolution ne tardera pas à se consommer ; qu'il faut absolument que la superstition et le fanatisme fassent place à la philosophie, et l'on en est à calculer la probabilité de l'époque, et quels sont ceux de la société qui verront le règne de la raison. Les plus vieux se plaignent de ne pouvoir s'en flatter, les jeunes se réjouissent d'en avoir une espérance très vraisemblable, et l'on se félicitait surtout l'Académie d'avoir préparé le grand œuvre et d'avoir été le chef-lieu, le centre, le mobile de la liberté de penser.
Un seul des convives n'avait point pris de part à toute la joie de cette conversation, et avait même laissé tomber tout doucement quelques plaisanteries sur notre bel enthousiasme : c'était Cazotte, homme aimable et original, malheureusement infatué des rêveries des illuminés. Son héroïsme l'a depuis rendu à jamais illustre.
Il prend la parole, et du ton le plus sérieux : Messieurs, dit-il, soyez satisfaits; vous verrez tous cette grande révolution que vous désirez tant. Vous savez que je suis un peu prophète, je vous répète : vous la verrez.
On lui répond par le refrain connu : Faut pas être grand sorcier pour ça.»
Soit, mais peut-être faut-il l'être un peu plus pour ce qui me reste à vous dire. Savez-vous ce qui arrivera de cette révolution, ce qui en arrivera pour tous tant que vous êtes ici, et ce qui en sera la suite immédiate, l'effet bien prouvé, la conséquence bien reconnue ?
Ah! Voyons, dit Condorcet avec son air sournois et niais; un philosophe n'est pas fâché de rencontrer un prophète.
Vous, Monsieur de Condorcet, vous expirerez étendu sur le pavé d'un cachot, vous mourrez du poison que vous aurez pris pour échapper au bourreau, du poison que le bonheur de ce temps-là vous forcera de porter toujours sur vous.
Grand étonnement d'abord ; mais on se rappelle que le bon Cazotte est sujet à rêver tout éveillé, et l'on rit de plus belle.
Monsieur Cazotte, le conte que vous faites ici n'est pas si plaisant que votre « Diable Amoureux » ; mais quel diable vous a mis dans la tête ce cachot, ce poison et ces bourreaux ? Qu'est-ce que tout cela peut avoir de commun avec la philosophie et le règne de la raison?
- C'est précisément ce que je vous dis : c'est au nom de la philosophie, de l'humanité, de la liberté, c'est sous le règne de la raison qu'il vous arrivera de finir ainsi, et ce sera bien le règne de la raison, car alors elle aura des temples, et même il n'y aura plus dans toute la France, en ce temps-là, que des temples de la Raison. Par ma foi, dit Chamfort avec le rire du sarcasme, vous ne serez pas un des prêtres de ces temples-là.
- Je l'espère; mais vous, Monsieur de Chamfort, qui en serez un, et très digne de l'être, vous vous couperez les veines de vingt-deux coups de rasoir, et pourtant vous n'en mourrez que quelques mois après. »
On se regarde et on rit encore. Vous, Monsieur Vicq-d'Azir, vous ne vous ouvrirez pas les veines vous-même; mais, après vous les avoir fait ouvrir six fois dans un jour, après un accès de goutte pour être plus sûr de votre fait, vous mourrez dans la nuit. Vous, Monsieur de Nicolaï, vous mourrez sur l'échafaud ; vous, Monsieur de Bailly, sur l'échafaud...
- Ah! Dieu soit béni! dit Roucher, il paraît que monsieur n'en veut qu'à l'Académie ; il vient d'en faire une terrible - exécution; et moi, grâce au Ciel...
-Vous! Vous mourrez aussi sur l'échafaud.
- Oh! C’est une gageure, s'écrie-t-on de toute part, il a juré de tout exterminer.
- Non, ce n'est pas moi qui l'ai juré.
- Mais nous serons donc subjugués par les Turcs et les Tartares? Et encore!...
-Point du tout, je vous l'ai dit : vous serez alors gouvernés par la seule philosophie, par la seule raison. Ceux qui vous traiteront ainsi seront tous des philosophes, auront à tout moment dans la bouche toutes les mêmes phrases que vous débitez depuis une heure, répéteront toutes vos maximes, citeront tout comme vous les vers de Diderot et de « LA PUCELLE »... »
On se disait à l'oreille : Vous voyez bien qu'il est fou (car il gardait le plus grand sérieux) . Est-ce que vous ne voyez pas qu'il plaisante ? et vous savez qu'il entre toujours du merveilleux dans ses plaisanteries.
- Oui, reprit Chamfort; mais son merveilleux n'est pas gai ; il est trop patibulaire. Et quand tout cela se passera-t-il ?
- Six ans ne se passeront que tout ce que je vous dis ne soit accompli...
- Voilà bien des miracles (et cette fois c'était moi-même qui parlais) ; et vous ne m'y mettez pour rien ?
- Vous y serez pour un miracle au moins aussi extraordinaire : vous serez alors chrétien. Grandes exclamations. Ah! reprit Chamfort, je suis rassuré ; si nous ne devons périr que quand La Harpe sera chrétien, nous sommes immortels.
-Pour ça, dit alors Mme la duchesse de Gramont, nous sommes bien heureuses, nous femmes, de n'être pour rien dans les révolutions. Quand je dis pour rien, ce n'est pas que nous ne nous en mêlions toujours un peu ; mais il est reçu qu'on ne s'en prend pas à nous, et notre sexe...
- Votre sexe, Mesdames, ne vous en défendra pas cette fois, et vous aurez beau ne vous mêler de rien, vous serez traitées tout comme les hommes, sans aucune différence quelconque.
- Mais qu'est-ce que vous nous dites donc là, Monsieur Cazotte ? C'est la fin du monde que vous nous prêchez.
- Je n'en sais rien ; mais ce que je sais, c'est que vous, Madame la duchesse, vous serez conduite à l'échafaud, vous et beaucoup d'autres dames avec vous, dans la charrette du bourreau, et les mains liées derrière le dos.
- Ah! j'espère que, dans ce cas-là, j'aurai du moins un carrosse drapé de noir !
- Non, Madame, de plus grandes dames que vous iront comme vous en charrette, et les mains liées comme vous.
- De plus grandes dames ! quoi ! Les princesses du sang ?
- De plus grandes dames encore... Ici un mouvement très sensible dans toute la compagnie, et la figure du maître se rembrunit. On commençait à trouver que la plaisanterie était forte.
Mme de Gramont, pour dissiper le nuage, n'insista pas sur cette dernière réponse, et se contenta de dire du ton le plus léger : « Vous verrez qu'il ne me laissera pas seulement un confesseur !
- Non, Madame, vous n'en aurez pas, ni personne. Le dernier supplicié qui en aura un par grâce sera...
Il s'arrêta un moment. Eh bien, quel est donc l'heureux mortel qui aura cette prérogative ? - C'est la seule qui lui restera : et ce sera le roi de France.
Le maître de la maison se leva brusquement, et tout le monde avec lui. Il alla vers M. Cazotte, et lui dit avec un ton pénétré : Mon cher Monsieur Cazotte, c'est assez faire durer cette facétie lugubre ; vous la poussez trop loin, et jusqu'à compromettre la société où vous êtes et vous-même. » Cazotte ne répondit rien, et se disposait à se retirer, quand Mme de Gramont, qui voulait toujours éviter le sérieux et ramener la gaieté, s'avança vers lui.
« Monsieur le Prophète, qui nous dites à tous notre bonne aventure, vous ne dites rien de la vôtre. »
Il fut quelque temps en silence et les yeux baissés.
Madame, avez-vous lu le siège de Jérusalem dans Josèphe ?
Oh! Sans doute; qu'est-ce qui n'a pas lu ça ? Mais faites comme si je ne l'avais pas lu.
Eh bien, Madame, pendant ce siège, un homme fit sept jours de suite le tour des remparts, à la vue des assiégeants et des assiégés, criant incessamment d'une voix sinistre et tonnante : Malheur à Jérusalem ! Malheur à moi-même ! Et dans le moment une pierre énorme, lancée par les machines ennemies, l'atteignit et le mit en pièces.
Et, après cette réponse, M. Cazotte fit sa révérence et sortit.
Narré par le Chevalier Jean-François de la Harpe dans ses mémoires en 1802.
Jacques Cazotte fut condamné à mort en 1792, les minutes de son procès sont édifiantes, il est interrogé d’égal à égal par le président du tribunal et voyez les questions posées rapportées par le Marquis Stanislas de Guaïta:
Q-Quelle est la secte dans laquelle vous êtes rentré ? Est-celle des Iluminés ?
R- Toutes les sectes sont illuminées, mais celle dont je parle…. J’y suis resté attaché l’espace de trois ans ; … néanmoins j’en suis demeuré l’ami.
La connaissance par les choses occultes est une mer orageuse dont on n’aperçoit pas le rivage.
Et voyez la sentence du tribunal le privant de la vie, chacun des mots y est révélateur : Ecoutes les dernières paroles de tes juges ! Puissent-elles en te déterminant à plaindre le sort de ceux qui viennent de te condamner. Tes pairs t’on entendu, tes pairs t’on condamné… envisage sans crainte le trépas, songe qu’il n’a pas le droit d’effrayer un homme tel que toi. Encore un mot. Tu fut homme, chrétien, philosophe, initié, sache mourir en homme, sache mourir en chrétien ; c’est tout ce que ton pays puisse encore attendre de toi !

Chronologie partielle de la Révolution


On peut dire que la Révolution française débute le 14 juillet 1789 pour la grande majorité des gens par un fait divers tragique : la prise de la Bastille ; la mort de ses défenseurs et la libération des prisonniers retenus ouvrant une brèche dans laquelle s’engouffra la vindicte populaire. Le lendemain Lafayette est nommé commandant de la Garde Nationale, et le jour suivant la forteresse de la Bastille est détruite devant les ossements mis à jour on s’écrie : Le jour de la révélation est arrivé…les os se sont levés à la voix de la liberté française ; ils déposent contre les siècles de l’oppressions et de la mort, prophétisent la régénération de la nature humaine et de la vie des nations.. Partout dans le royaume la révolte gronde et s’installe mélange de peur et d’espoir. Le 04 août c’est l’abolition des privilèges, la déclaration des droits de l’Homme, machine de guerre contre l’ancien régime avec sa représentation ou fleurissent de nombreux symboles maçonniques date du 26 août. Un franc-maçon le docteur Guillotin en octobre, propose d’humaniser la peine de mort et de rendre les exécutions capitales moins barbares son idée une machine destinée à « rafraichir les nuques », elle porte d’abord le nom de Louison mais sera appelé bientôt guillotine. En janvier 1790, Maximilien Robespierre provoque une véritable tempête à l’Assemblée en demandant le suffrage universel, le 21 octobre le drapeau français devient bleu, blanc, rouge (bleu et rouge couleurs de la ville de Paris et blanc la royauté) pourrait-on parler d’une influence des couleurs américaines lors de l’indépendance de 1776 ?
En mars 1791 un message de la reine Marie Antoinette l’Autrichienne comme on la nomme alors, est intercepté, elle y demande de l’aide à son frère l’empereur d’Autriche, la France est encerclée par une coalition. En juin le roi et sa famille tentent de fuir, ils sont interceptés à Varennes. Le 20 juin 1792, une foule rageuse envahit les Tuileries, le roi tente de négocier avec la population furieuse et se coiffe même du bonnet phrygien rouge ! Après cet événement faisant suite à de multiples retournements politiques, le monarque perd toute crédibilité aux yeux des français. Le 22 juillet, la patrie est déclarée en danger, les volontaires affluents c’est l’époque de la naissance de la Marseillaise composée par le Frère Rouget de Lisle. Le 13 août 1792 suite aux nouvelles émeutes des Tuileries le roi et les siens sont emprisonnés à la prison du Temple  ; en septembre probablement en réaction à la défaite de Verdun (la ville s’était rendu aux prussiens) et la peur d’un retour a l’Ancien Régime, des groupes de massacreurs parisiens (mais également en province) investissent les prisons et égorgent tous les prisonniers quels que soient leur condition.
Le 20 septembre à Valmy les troupes révolutionnaires remportent une victoire surprenante contre la coalition européenne, les liens maçonniques entre Brunswick et Dumouriez ont-ils joués un rôle ? .
Deux jours après, la République est proclamée ! En décembre saint Just demande la mort du roi de France : Nul ne put régner innocemment ! Pour lui il faut venger le meurtre du peuple par la mort du roi. Comme nous le rappelle le philosophe Albert Camus, la théocratie fut ébranlée en 1789 et sera tuée en 1793 dans son incarnation humaine ; Dieu jusqu’ici se mêlait à l’histoire par les rois, après la mort de Louis XVI,  il est relégué dans le ciel des principes. Philippe Egalité, ancien Grand Maître du Grand Orient de France et cousin du roi votera sa mort.
Louis Capet seizième du nom monta courageusement à l’échafaud le 21 janvier 1793, celui qui avait raté son règne réussit sa mort.
Il but, selon ses dernières paroles après avoir absous le peuple de France : Peuple, je meurs innocent, je prie Dieu que mon sang ne retombe pas sur la France, le calice jusqu'à la lie !
Les tambours grondèrent, la foule cria, le couperet tomba et la république devint régicide !

LIBERTE EGALITE FRATERNITE !


Alors la révolution de France fut-elle la révolution de la franc-maçonnerie ? En tant que groupe constitué non, il n’y eut pas de conspiration, comme il n’y eut pas de vote franc-maçon, comme nous l’avons rappelé plus avant ; la plus grande partie des activités des tenues d’alors consistait à pratiquer des rituels d’ouverture et fermeture des travaux, à recevoir des visiteurs illustres et moins illustres ; procéder aux initiations et augmentations de salaires ; accomplir des actes de bienfaisances pour enfin terminer par des agapes. Fut-elle comme le racontait des monarchistes « l’agent satanique d’un renversement inopiné » ?.
L’affirmation d’un complot maçonnique fomentant la Révolution en fin de compte arrangea beaucoup de monde parmi les Royalistes pour qui se fut une arme et aussi chez les Républicains francs-maçons qui s’en servirent comme d’un étendard.
La Révolution n’est pas née dans les loges même si par ses idées libérales, les ateliers maçonnique étaient un magnifique laboratoire d’idées, rassemblant des hommes qui sans elles se furent ignorés !
N’oublions pas que la Maçonnerie pratiquait chose rare pour l’époque la fraternité, s’y tenait des élections, on y revendiquait la liberté d’assemblée et la liberté de parole, de réunion et d’association. Les roturiers portent dans les ateliers, le baudrier ou cordon de maître et même l’épée, ce qui leur était interdit au dehors dans le monde « profane ».
Cette recherche d’égalité fit dire à Beaumarchais dans « Figaro », faisant transiter la philosophie du « sang » à celle du « mérite », apostrophant la noblesse : « Vous vous-êtes donné la peine de naître, et rien de plus » peuplant par ces mots les loges maçonniques.
En 1776 a l’indépendance des Etats Unis Lafayette, Washington, Franklin (Vénérable Maître de la loge « les neuf sœurs à Paris) étaient Frères en Initiation .
Pour Alexis de Tocqueville, la Révolution Française fut la terminaison soudaine et violente d’une œuvre à laquelle dix générations d’hommes avaient travaillés, mais pour lui le vieil édifice social serait tombé par lui-même tôt ou tard pièces par pièces.
Les lumières, nées dans les loges maçonniques hâtèrent-elles sa venue ? Ce n’est pas à en douter, rappelons-nous que pratiquement toutes les avancées sociales qui régissent notre monde actuel sont issues pour la plupart de réflexions polies au sein des assemblées de maçons. Ces cercles furent dans le passé innovateurs et à la pointe du progrès.

La franc-maçonnerie fut en sommeil (ou à peu près) pendant la crise révolutionnaire, mais la noble institution, grâce ; au Grand Orient de France laissa à la République cette devise que la France fit sienne un beau mois de juillet :
LIBERTE EGALITE FRATERNITE,  le reste n’est que littérature.

source :
http://lesarchivesdusavoirperdu.over-blog.com/article-18411215.html

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