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Hauts Grades

Rite d'Adoption de Cagliostro

16 Mai 2012 , Rédigé par JM Ragon Publié dans #Rites et rituels

Il se compose de 3 grades : Apprentie, Compagnonne, Maîtresse égyptienne.

Les deux premiers degrés n'étaient qu'un noviciat pour parvenir à la maîtrise.

Cagliostro prenait le titre égyptien de Grand-Cophte.

La logé était dirigée par une Grande-Maîtresse, appelée Maîtresse agissante.

Aux Maîtresses seules étaient réservés les grands secrets, tels que les mystères de la régénération physique et morale, l'art et la puissance des évocations, etc.

Les premières Maîtresses constituées avaient reçu, par le souffle du grand-cophte, le don de son pouvoir ; celles-ci le transmettaient à leurs compagnes. Mais cette faculté ne donnait à celle qui la recevait aucune puissance personnelle pour le succès des opérations magiques. Elles-mêmes devaient employer l'intermédiaire d'un jeune garçon ou d'une jeune fille qui prenait le nom de Pupille ou de Colombe, suivant son sexe. Ces enfants doivent être dans l'état de la plus pure innocence. Le grand-cophte ou, en son absence, la maîtresse qui présidait leur donnait la faculté d'opérer ; eux seuls avaient les visions et en rendaient compte. Tout était caché aux yeux des personnes présentes (Thory) (24).

Sur une table, couverte d'un tapis vert, étaient posées 9 bougies allumées et une carafe d'eau pure. C'est dans ce vase qu'avaient lieu les apparitions, qui n'étaient visibles que pour l'enfant.

Ce rite fut fondé à Paris, en 1782. La loge prit le nom de Mère Loge d'adoption de la haute Maçonnerie égyptienne. L'épouse de Cagliostro (25) la présidait.

Voici ce que disent, au sujet de Cagliostro, les mémoires du temps.

« Les spéculations de la secte Balsamite avaient pour objet la métallurgie, la nécromancie, la kabbale et Porinocritie (l'interprétation des songes) ; c'est-à-dire les quatre parties les moins ardues et les plus vulgaires de la croyance philosophale, de la science des prestiges et de l'art devinatoire. Les procédés métallurgiques employés par Cagliostro étaient ceux de l'école de Paracelse et de Barri, dit Burrhus (26), qui sont assez connus. Son élixir vital, décomposé par Lavoisier, était composé simplement d'aromates et d'or potable, ainsi que l'élixir de longévité de Nicolas Flamel et du comte de Saint-Germain. Sa kabbale était appuyée sur le comput hébraïque appelé Samaritain. Sa pratique, à l'égard de l'évocation des ombres, était celle des cophtes, ainsi qu'elle est indiquée par le livre amorrhéen ; enfin, sa manière d'expliquer les songes était tout aussi déréglée que celle de Lucaccio Borradina. Cagliostro n'avait donc fait faire aucun progrès à l'art magique, et n'avait rien ajouté à celui de Jangleer, sinon sa dignité de grand-cophte, qui lui donnait, disait-on, le pouvoir de déléguer celui de la divination par l'hydromancie. Voici la formule de ce procédé balsamite.

Une pupille, une colombe, c'est-à-dire une jeune fille en état d'innocence, était placée devant un vase de cristal rempli d'eau pure, et par l'imposition des mains d'un grand-cophte, elle acquérait la faculté de communiquer avec les génies de la région moyenne, et voyait dans l'eau tout ce qui pouvait intéresser la personne au profit de laquelle on fomentait la révélation. J'ai vu, bien malgré moi, ajoute madame de Créquy (27), pratiquer cette opération divinatoire, à la prison des Carmes (1793), à propos du vicomte de Beauharnais, premier mari de l'impératrice Joséphine, dont une enfant de sept ans, la fille du geôlier, voyait ainsi dans une carafe, et décrivait exactement tous les détails du supplice, à l'instant même où l'on faisait tomber sa tête sur la guillotine. »

 

GRADE D’APPRENTIE

La loge est tendue en blanc et en bleu céleste. Un arbre est au milieu ; autour, un serpent tenant une pomme entre ses dents.

Cabinet noir. Il est éclairé d'une faible lumière. On y voit un squelette (du grec skélélos, desséché) et des ossements, avec cette devise : Pense au passé, au présent, à l'avenir.

Réception. Le mode de préparation diffère peu de celui du rite français, pour l'initiation des deux sexes.

L'introduction faite dans le temple, et l'interrogatoire terminé, on chantait, en latin dans les loges d'hommes, et en français, dans les loges d'adoption, le psaume : Laudate nomen Domini, laudate servi Dominum. Puis le président fait donner la lumière au récipiendaire, auquel il adresse une courte allocution, et reçoit son obligation.

Discours. La maîtresse agissante lui dit : « Les connaissances que vous parviendrez à acquérir sont la certitude de l'existence de Dieu et celle de sa propre immortalité. Sachez que l'Eternel a créé l'homme en 3 temps et en 3 souffles, et que, comme l'œuvre de la création était complète pour celle de l'homme, un souffle a suffi pour vous former femme. Nous allons donc vous accorder ce souffle tel qu'il nous a été donné par notre maître. »

La Maîtresse lui souffle sur la figure depuis le front jusqu'au menton, et dit :

« Je vous donne ce souffle pour faire germer en vous, et pénétrer dans votre cœur, les vérités que nous possédons ;

Je vous le donne pour fortifier en vous la partie spirituelle ;

Je vous le donne pour vous confirmer dans la foi de vos pères et de vos sœurs, selon les engagements que vous avez contractés. Nous vous créons fille légitime de la véritable adoption égyptienne et de la loge... Nous voulons que vous soyez reconnue, en cette qualité, de tous les frères et sœurs du rite égyptien, et que vous jouissiez avec eux des mômes prérogatives; nous vous donnons le pouvoir d'être, désormais et pour toujours, Franc-maçonne. »

Après la reconnaissance, on rend à la néophyte la mèche de cheveux qui lui avait été coupée, on y joint une paire de gants blancs, en lui disant qu'elle peut offrir le tout à l'homme qui est ou sera l'objet de son affection. « L'ordre ne défendant pas d'aimer honnêtement ses semblables. »

On lui donne une rose, emblème de l'innocence et de la vertu; une ceinture bleue et blanche, et un tablier blanc bordé de bleu, portant ces mots : Amour et charité.

Le discours explicatif roule sur l'entretien de Salomon instruisant la reine de Saba des vérités de la religion divine, et la désabusant des erreurs de l'idolâtrie. Le serpent entortillant l'arbre symbolise l'orgueil, cause des malheurs humains. « La pomme, dit le Rituel, est le symbole du fruit défendu, et c'est la femme qui, abusant de son empire, est parvenue à faire manger à l'homme le pépin funeste de ce fruit défendu. Mais, ce même pépin deviendra, par la grâce de l'Eternel, le moyen de réparer un jour cette perte, le fruit de gloire de la femme et le recouvrement du pouvoir que l'Être suprême a accordé à l'homme. »

Dans les loges d'hommes, l'instruction, très-incomplète, roulait toute entière sur l'alchimie, la magie, les évocations et les sciences occultes.

 

GRADE DE COMPAGNONNE

Ce grade est une préparation aux secrets de la maîtrise.

L'apprentie est introduite dans la loge un poignard à la main, les cheveux épars sur son cou et sur son visage. La principale cérémonie consiste à lui faire couper la tête du serpent, dont il est question dans le grade précédent.

Les épreuves terminées, la maîtresse agissante fait une allocution qu'elle termine ainsi :

« Vous n'êtes reçue aujourd'hui que par mes mains ; mais, le temps expiré de vos travaux de compagnonne, vous serez consacrée par la volonté de l'Eternel et par le pouvoir d'une maîtresse agissante, qui vous fera connaître les intermédiaires entre nous et l’Etre suprême.

Instruction. Êtes-vous Compagnonne d'adoption ?

R. Je viens d'exécuter les travaux qui m'avaient été prescrits.

D. Quels sont vos travaux ?

R. J'ai reconnu le fond de mon orgueil ; j'ai assassiné le vice et connu la première matière qui est le pépin que l'esprit orgueilleux avait ôté de notre pouvoir,

D. Comment peut-on parvenir à communiquer avec les êtres célestes ?

R. En sachant la méthode de consacrer non-seulement sa personne, mais encore le temple dédié à l'Eternel.

 

GRADE DE MAITRESSE EGYPTIENNE

La loge est tapissée en bleu céleste étoile d'argent. Trône élevé de 7 marches ; dais de soie blanche avec des lys d'argent. Brillant éclairage. Derrière l'autel, le tabernacle.

Titres. La maîtresse agissante prend le nom de reine de Saba. Les 12 premières maîtresses reçues adoptent des noms de sibylles, les autres ajoutent à ces noms le titre de seconde, par exemple la sibylle phrygienne lre, la sibylle phrygienne 2e, etc., etc.

Les dames ont leur habit lalari (aube) (28) ; les visiteurs portent l'épée, tête découverte.

Pendant qu'on prépare l'aspirante, la maîtresse fait faire l'adoration (la prière continue) à tous les sujets présents, et fait placer la colombe auprès du trône, sur un tabouret bleu et argent.

L'aspirante étant introduite, la maîtresse dit :

« Réunissez-vous à moi, frères et sœurs, tant visibles qu'invisibles, pour adorer l'Eternel, et le prier intérieurement de me faire la grâce d'admettre au nombre de ses enfants la sœur..., etc. »

Tous les assistants s'agenouillent.

D'après l'ordre de la présidente, la colombe évoque l'ange Gabriel qui permet que la récipiendaire soit purifiée; puis, six autres anges primitifs, pour consacrer les ornements enfermés dans le tabernacle et qui lui sont destinés, enfin Moïse, afin qu'il bénisse chaque ornement et tienne, dans sa main droite, la couronne de roses, jusqu'à la fin de l'opération.

La colombe descend les ornements, la maîtresse trace un grand cercle, y fait placer la récipiendaire à qui elle adresse une allocution, en donnant chaque objet.

Il est permis à la maîtresse d'invoquer le fondateur, le grand cophte, pour confirmer et bénir cette réception.

Après avoir fait adorer et remercier l'Eternel, la maîtresse agissante ferme la loge.

 Instruction.

 

D. Connaissez-vous ce que vous êtes ?

R. Oui, je suis homme : mon sexe m'avait, malheureusement, fait perdre mon innocence primitive ; mais, ayant reçu la lumière, ayant écrasé le vice, je suis parvenue à connaître la vérité et à recouvrer mon pouvoir.

D. En quoi consiste ce pouvoir ?

R. Ayant été créée à l'image et ressemblance de Dieu, j'en ai reçu le pouvoir de me rendre immortelle, de commander aux êtres spirituels et de régner sur la terre.

D. Qu'entendez-vous par régner sur la terre ?

R. Que l'Eternel n'a formé et créé la terre que pour l'homme et pour être commandée par lui; mais il ne saurait y parvenir sans connaître la perfection du moral et du physique, sans avoir pénétré dans le véritable sanctuaire de la nature, et sans posséder notre doctrine sacrée, qui enseigne deux façons d'opérer : l'une pour se rendre immortel physiquement, l'autre pour le devenir moralement.

D. Quel est le fruit de l'immortalité spirituelle ?

R. La sagesse, l'intelligence, la faculté d'entendre et de parler toutes les langues, et le bonheur inappréciable de devenir l'intermédiaire entre Dieu et nos semblables.

D. Comment peut-on obtenir une aussi grande faveur ?

R. Le grand-cophte, notre fondateur et maître, après avoir choisi un local solitaire et y avoir fait construire le bâtiment convenable, s'y renferme secrètement avec douze de nos frères, pour y former le pentagone sacré, avec les instruments de l'art, qui sont : le glaive, la truelle, le couteau, le poignard, le clou, le canif, les 3 aiguilles, le compas, la règle, l'encrier de métal et le plomb. Chacun de ces instruments doit avoir un manche selon l'art. Ceux qui contiennent la partie matérielle doivent être faits au jour et à l'heure de mars. Il faut que la consécration de tous soit faite au jour et à l'heure du soleil, et qu'ils soient trempés dans la couleur convenable. Il est également très-nécessaire de connaître la couleur et la différence des plumes dont on doit se servir pour écrire, etc., etc.

Conçoit-on qu'un tel tissu d'absurdités, même à l'aide d'un spectacle pompeux et fantasmagorique, ait pu avoir une sorte de succès dans la France et à l'étranger ?

Anecdote. Madame Elisabeth-Charlotte-Constance, baronne de la Recke, née (1756) comtesse de Médem, au château de Schœnburg, en Courlande, littérateur, se sépara de son mari pour vivre avec le célèbre imposteur Cagliostro, contre lequel elle publia plus tard une sorte de factum. Sur la fin de ses jours, elle tomba dans le mysticisme et mourut en 1833.

source : www.ledifice.net

 

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