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Hauts Grades

Rite d'Observance Templière Mixte

10 Avril 2012 , Rédigé par RL La Cité Sainte Publié dans #Rites et rituels

 

1° Frère : Un certain nombre de Maçons Rectifiés considèrent que le Rite Ecossais Rectifié ne peut en aucun cas être mixte. Je pense qu'il faut distinguer deux aspects dans cette question. Le premier aspect est celui de la mixité en maçonnerie, prise de façon générale.
Le second est celui de la soi-disant incompatibilité de notre rite avec la mixité. En tant que Soeur, que pensez-vous tout d'abord de la présence des femmes en Maçonnerie?

  

2° Soeur La présence des femmes en Maçonnerie a longtemps été freinée par un problème de droit. En effet, il n'y a pas si longtemps encore, la femme était incapable sur le plan juridique. Elle était placée sous la tutelle de son mari et pour n'importe quel acte juridique, celui-ci devait intervenir et apposer la mention "lu et approuvé - bon pour autorisation maritale".

Seules les veuves et les femmes célibataires pouvaient être considérées comme majeures. La plupart des femmes ne répondaient donc pas à une des conditions premières de l'entrée en maçonnerie: être libre.

Dans les Constitutions d'Anderson de 1723, les femmes se retrouvent d'ailleurs classées entre les esclaves et les hommes immoraux, ce qui en dit long sur la mentalité de l'époque.

1° Frère         Pourtant, dès la moitié du XVIIIème siècle, des femmes ont été admises dans ce qu'on appelait des Loges d'Adoption.

 

3° Frère       Le Chevalier Guillemin de Saint Victor publie en effet à cette époque un recueil qui décrit un rituel d'adoption en quatre grades. Mais comme le nom l'indique, il ne s'agit pas d'un accès de plein droit, mais d'une adoption.

A la fin du XVIIIème siècle nous voyons Cagliostro créer une maçonnerie égyptienne restée célèbre.

La princesse de Lamballe, confidente de la Reine Marie-Antoinette, sera Grande Maîtresse d'une Loge d'Adoption.

Plus tard, sous Napoléon, nous verrons l'Impératrice Joséphine, Grande Maîtresse de la Maçonnerie féminine.
Mais cela n'empêche pas les Loges d'Adoption de garder les femmes dans un état subalterne par rapport aux hommes et que ces Loges d’Adoption soient toutes soumises à une Loge masculine.

Ce n'est qu’en 1893 que la mixité verra réellement le jour avec la création de la Grande Loge Symbolique Ecossaise Mixte "Le Droit Humain". Et encore de nos jours beaucoup de Maçons ne la considèrent pas comme régulière.

 

1° Frère     Il y a donc à peine un siècle que la mixité, c’est à dire en fin de compte la reconnaissance de l'égalité entre l'homme et la femme, est acceptée par une partie du monde maçonnique, ce qui prouve que les préjugés ont la vie dure.
Mais venons-en au Rite Ecossais Rectifié. Que certains Frères préfèrent pratiquer la maçonnerie entre hommes, ou que certaines Soeurs préfèrent la pratiquer entre femmes, cela relève de la liberté de chacun. Mais pourquoi s’indigner si d’autres Frères ou Soeurs souhaitent pratiquer le Rite Ecossais Rectifié de façon mixte ?

 

2° Sœur  Deux arguments principaux sont présentés.Le premier est que le Convent de Wilhelmsbad de 1782 ne l’a pas prévu et que seul un nouveau Convent pourrait ajouter ou retrancher quoi que ce soit aux décisions de l’époque. Comme la division des Maçons est telle que la réunion d’un Convent est illusoire, les choses risquent de rester en l’état encore longtemps.

 

1° Frère Personnellement, je ne trouve pas ce premier argument très convaincant. La mentalité de l’époque n’était pas, nous venons de le voir, favorable à la mixité et d’ailleurs la mise sous tutelle du mari ne prédisposait pas la femme à une carrière de Chevalier. Admettons.

Mais ce n’est pas parce qu’à l’époque la majorité n’imaginait pas que ce statut puisse changer que la mixité doive être exclue à perpétuité.

Cet argument est d’autant plus faux qu’en réalité le Convent des Gaules (1778) a pris position sur le principe en ce qui concerne la mixité ! La question ayant été posée lors de l’avant dernière séance par Beyerlé : « Les chefs du Système devaient reconnaître que c’était là une noble entreprise et ils ne pouvaient faire de l’exclusion des femmes une question de principe, puisque Willermoz avait initié sa propre soeur et que Pasqually avait accordé la même faveur à plusieurs postulantes ... ». (La Franc-Maçonnerie Templière et Occultiste p.489, René le Forestier, 1970, Aubier-Montaigne, Paris-Nauwelaerts Louvain). Même si pour des raisons de politique maçonnique on proposa à Beyerlé de présenter un projet au prochain convent qui pourrait être adopté par les trois Provinces de France, on voit qu’on était loin d’un refus de principe ! Willermoz avait été parmi les plus pressants pour obtenir l’autorisation de Pasqually de recevoir des femmes et comme la décision tardait à venir il passa outre avec l’appui de Louis-Claude de Saint-Martin et reçut Mme Provensal aux hauts grades Cohen. (Idem p.321). Pasqually finit d’ailleurs par tenir parole et les rituels adaptés aux femmes furent envoyés à Willermoz le 3 août 1774.

 

3° Frère Justement, le deuxième argument est que, par nature, une femme ne peut pas accéder à la Chevalerie en général et à la Chevalerie Templière en particulier.

 

1° Frère Que la nature d’une femme l’empêche d’être chevalier n’était pas l’avis de nos ancêtres. Je citerai à titre d’exemples Tiphaine, épouse de Du Gesclin, Jehanne de Monfort ou encore Jeanne de Belleville, trois femmes chevaliers du moyen âge, célèbres pour leur bravoure.

Et puis, bien sûr, le plus célèbre chef de guerre féminin de l’histoire de France que fut la Pucelle d’Orléans, appelée aussi Jeanne d’Arc.

Tous les témoignages concordent, tant de la part de ses amis que de ses ennemis, pour certifier qu’elle fut à la fois une guerrière douée et courageuse et un excellent stratège, habile aussi bien dans les manœuvres qu’en matière de logistique ou d’usage de l’artillerie, ce qui même pour un homme était rare à l’époque.

Qu’elle ait été bergère, comme le prétend la légende, ou fille illégitime du duc d’Orléans et de la reine de France, comme le pensent certains historiens modernes, ne change rien au fait que des armoiries lui furent décernées par une ordonnance de Charles VII en date du 2 juin 1429, soit quatre semaines après qu’elle ait délivré Orléans des anglais.

Elle était donc noble et les historiens nous rapportent que son anneau de chevalier portait la mention “Jhésu Maria”. En fait, l’histoire de l’antiquité à nos jours est pleine d’exemples de femmes égales aux hommes en courage et en bravoure et nous avons de nombreux exemples de femmes armées Chevalier. Je vais d’ailleurs demander à notre Orateur de nous lire quelques passages significatifs d’un essai publié en 1788 par un Frère Chevalier du nom de Jean-Pierre Beyerlé, Président de la Grande Loge Ecossaise de Nancy, Eques a fascia, dans la Stricte Observance Templière. Ce texte a le mérite de nous démontrer que tous les maçons du XVIIIème siècle n’étaient pas hostiles à l’accès des femmes à la Chevalerie Templière, puisque l’auteur appartient à un Ordre Templier précurseur de notre Rite.

 

Orateur : Extraits de l’essai de Jean-Pierre Beyerlé (1788) “De la Franc Maçonnerie d’Adoption”:

“Si nous nous transportons à Delphes, à Eleusis, etc. nous trouverons le ministère sacré dans les mains des femmes, comme celles des vestales à Rome.

Plus nous nous éloignerons de ces temps reculés, et plus nous verrons des femmes coopérer aux actes qui paraissent ne devoir appartenir qu’aux hommes.

Dans son traité de la noblesse, la Roque nous dit: “L’on a mis en doute si les femmes peuvent être chevalières; sur quoi l’on peut dire que s’il y a eu des diaconesses dans l’église, et encore maintenant des chanoinesses, les femmes peuvent aussi participer aux honneurs séculiers.” Il y a plus, on cite un ordre de chevalerie, érigé pour récompenser la valeur des femmes catalanes, l’ordre de la hache, institué par Raymond Béranger, dernier comte de Barcelone. Si l’on n’institua pas un nouvel ordre pour reconnaître la bravoure des dames de Palence, c’est qu’on les décora de celui de la Bande.L’ordre des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem fit naître celui des dames chevalières de Saint-Jean de Jérusalem, dont il y a plusieurs maisons, surtout en Espagne. On voit aussi, dans ce royaume, des chevalières de Saint-Jacques de l’épée et de Calatrava. Il ne serait donc pas étonnant qu’on agrégeât des femmes à la société maçonnique. Si, parcourant les fastes de l’histoire, on se repose sur les conséquences qui résultent des faits auxquels elles ont participées; pourra-t-on se refuser de leur accorder qu’elles ne le cèdent guère aux hommes dans la réussite de tous les projets qu’elles ont entrepris.”
L’auteur énumère ensuite des lieux où des femmes ont combattu l’ennemi, défendu des fortifications ou repoussé des assauts lors du siège d’une ville. Après avoir rappelé leur bravoure, il poursuit en disant: “L’histoire des héroïnes, très curieuse sans doute, est trop étendue pour pouvoir donner seulement leur nomenclature; mais il résulte de l’énumération de ces filles et femmes vaillantes, … que, quoi qu’on en puisse dire, les femmes sont aussi capables que les hommes d’entreprises périlleuses; on est même en droit d’en conclure que c’est à leur éducation plutôt qu’à leur âme, qu’on doit imputer ce défaut d’énergie, cette crainte, cette timidité, que l’oeil trop peu philosophe regarde comme un attribut du sexe féminin. Mais ce n’est pas seulement sous le casque, l’écu au bras, la lance au poing, que les femmes ont prouvé leur égalité avec les hommes.”
Et l’auteur de citer Sémiramis et Nitocris, reines de Babylone, et Elisabeth, reine d’Angleterre, comme exemples d’habileté dans le gouvernement, et beaucoup d’autres femmes célèbres pour leurs connaissances de théologie, de philosophie, de sciences ou de langues. Et de conclure: “La Franc-Maçonnerie. embrasse généralement toutes les connaissances divines et humaines, et ajoute à ce vaste plan l’exercice de tous les actes qui deviennent le fruit de l’étude de ces connaissances, et toute femme vertueuse a le droit d’occuper la place que son génie et ses talents lui désignent dans la société maçonnique.
L’homme et la femme sont deux dans un, et ces deux n’étant qu’un, une des portions de cet un a droit aux avantages auxquels l’autre prétend avoir droit.

Chassez de vos têtes la distinction de sexe, ne pensez pas à l’écorce dangereuse des femmes, ne voyez en elles que l’âme spirituelle; en parlant à une femme Maçonne que ce soit votre âme qui se développe à une autre âme, et réfléchissez que cette âme n’a point de sexe.”

 

1° Frère La position de notre Loge en la matière est-elle appuyée sur des arguments liés à la symbolique maçonnique ?

 

2° Soeur Notre position quant à la mixité est conforme à la symbolique du Temple maçonnique et découle de la spiritualité chrétienne dont nous nous réclamons. Le Temple maçonnique n’est-il pas peuplé d’emblèmes aussi bien masculins que féminins ? C’est en tout cas une condition que doit remplir tout temple qui se veut une représentation de l’Univers.
L’homme, temple lui aussi, fut créé, selon l’enseignement du Livre, à l’image de Dieu: mâle et femelle.

En hébreu, homme se dit “Isch” et femme “Ischa”. L’être humain, homme ou femme, est fait d’une unique substance, selon le texte, car les mots pour désigner cette différence sexuelle sont construits sur le même radical “Isch – Ischa” qu’on pourrait traduire par “homme” et “homesse” si on voulait reproduire en français la nuance de l’hébreu. L’égalité entre homme et femme est indiquée par la même racine étymologique comme ils sont faits d’une même matière d’os et de chair.

Ainsi la Loge Temple est bien plus conforme à la symbolique bisexuelle si des Sœurs figurent parmi eux. On pourrait même se demander si une Loge constituée seulement d’hommes n’est pas à demie construite.
La conclusion qui en résulte est que les Constitutions d’Anderson ont rejeté la femme des temples maçonniques (femme qui, rappelons-le, avait autrefois sa place dans les loges opératives) non pour des motifs initiatiques, mais pour se conformer à la situation sociale et juridique de la femme à cette époque. Aujourd’hui cette situation est tout autre, au point que la ségrégation sexiste est au contraire devenue choquante.

  

1° Frère Je conclurai en disant que le moins qu’on puisse attendre d’un Frère qui, selon le catéchisme du 1er grade, “vient en Maçonnerie pour apprendre à vaincre ses passions”, c’est d’être capable de résister aux tentations que lui impose “l’écorce dangereuse” dont on a parlé ; le temps d’une tenue en tout cas.
La mixité apporte selon nous une richesse supplémentaire à la réflexion et donne plus de relief et de couleur à nos recherches. C’est la raison pour laquelle, sans vouloir l’imposer à qui ne la souhaite pas, cette mixité est un idéal pour notre Loge auquel nous accordons le plus grand prix.

 Source : http://loge-la-cite-sainte.wifeo.com

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